‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 230 sur 323 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Suite de la même matière , et du changement qui arriva par la nouvelle collection de canons pénilenliaux. Le trop grand relâchement et l'incerlitude de plusieurs de ces canons engagèrent Denis Barsalibi de

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ij faire une collection qui n'eût pas les mêmes incoiivé- I nienis, et qui pût être d'iîsage. Ou ne peut douter qu'elle n'ait eu une approbation générale, puisqu'elle est ordinairement citée par ceux qui ont écrit depuis. Nous en rapporlerons quelques extraits.

I A l'égard des péchés de la chair par les(iuels comj menée ce Pénitentiel, voici queUpies exemples de la discipline qui y est prescrite. La simple fornication , est punie d'un an de pénitence, pendant laquelle le , pécheur est privé de l'Eucharistie, jeûnant, outre les carêmes ordinaires, quelques jours de la semaine ; faisant aussi cent génuflexions ou prosternements par , jour ; et de plus il donnera aux pauvres deux deniers d'or, qui étaient des pièces du poids de notre ancien écu d'or. La pénitence est doublée pour les adultères. Pom* les sodomiles , il est ordonné quatre ans de ^ jeûne, sans boire de vin, et sans user d'huile ni d'aucun aliment gras, ou de poisson; cent cinquante génuflexions par jour, et six deniers d'or d'aumônes. Celle même pénitence est prescrite pour ceux qui ont péclic avec des religieuses, et pour celles-ci lorsqu'elles se sont abandonnées à un prêtre ou à un religieux ; et pour celles qui ont péché avec un Juif ou un Maiiomclan : mais si elles sont esclaves, la pénilencc doit être mitigée. De même un enfant qui a été forcé par son maître.étant fort jeune, est soumis à la pénitence ordonnée pour la fornication; et à celle de l'adultère s'il s'est abandonné lui-même lorsqu'il est parvenu à l'âge de discrétion. On ordonne mille génuflexions à celui qui a usé du mariage durant le carême, ou le jour qu'il a reçu la communion.

La pénitence ordonnée pour la réconciliation de ceux qui ont renié la foi est fort remarquable. Celui qui a commis ce crime demeurera quarante jours à la porte de l'église, priant ceux qui entrent et qui sortent d'intercéder pour lui auprès de Dieu; et, durant l'office, il tiendra un cierge allumé. Pendant ce lemps-là, il jeûnera étroitement, s'abslenant de vin, de poisson, d'huile, etc. Après ces quarante jours il entrera dans l'église, mais seulement pour prier t-l pour témoigner sa repentance par ses pleurs et par ses soupirs. Puis le prêtre lui piescrira les jeûnes convenables, et le séjiarera de la communion pour se])t ans. Il fera par jour cent génuflexions, et il donnera dix deniers d'or en aumônes, ou il rachètera un captif; et avant que de lui donner l'absolution, on dira pour lui cent oraisons , et après on célébrera cent messes ou Liturgies pour lui.

Celui qui est coupable d'un homicide volontaire jeûnera pendant trois ans, selon Barsalibi, quoique, selon d'autres , à ce qu'il témoigne , il ne jeûne qu'un an; il fera par jour cent génuflexions, et raciietera un captif. On peut connaître par ces exemples quelle était alors la discipline de l'église orientale pour l'imposition des pénitences. C'étaient ces règles qu'il fallait que le prêtre proposât d'abord à son pénitent ; et, après avoir examiné les circonstances des péchés confessés, il réglait le temps, lesmorlificalionc, les prières et les aumônes qu'il lui pres-

crivait. Il lui faisait promettre, même avec serment, connue le marquent plusieurs auteurs, qu'il ne coiajt mettrait plus de pareils péchés, ensuite qu'il accomplirait sa pénitence, autant qu'il dépendrait de lui.

Après cette imposition des peines canoniques, le prêtre disait un office destiné pour cette fonction, qui a une entière conformité avec plusieurs qui se trouvent dans nos anciens Sacramentaires avec ces litres : Ralio ad dandam pœuilentiam. Ordo ad suscipieii' dum pœnitetilem, ad dandam pœnitenliam, et qui sont assez semblables à ceux des Grecs. Voici ce qu'il contient : Le prêtre dit d'abord une oraison pour demander à Dieu qu'il oublie nos péchés, qu'il nous comble de ses miséricordes, et qu'il nous fasse marcher dans ses voies. Puis il dit un répons, le commcr,cement du psaume 50, deux autres prières au nom du pénitent, nn autre répons, et quelques oraisons que nous ne pouvons bien exprimer en notre langue ; ensuite le prêtre mel de l'encens dans l'encensoir, et après les encensements il dit les oraisons parliculières pour les principaux péchés, qui sont marqués dans un livre à part. Il lit une leçon des Actes des apôtres, une de l'Épîlre de S. Jacques, où il est parlé de la confession des péchés, et une troisième de l'Épître aux Éphésiens. Quand ces leçons ont été achevées , le prêtre impose les mains sur la tête du pénitent, puis il réelle comme à son nom une prière en forme de confession à Dieu des péchés que le pénitent a confessés , comme s'ils étaient les propres péchés du prêtre, pour lesquels il demande miséricorde. Cette prière finit par une particulière pour le pénitent, qui alors se retire pour accomplir sa pénitence. Tout ce détail est tiré de Barsalibi, et représente ce qui se trouve dans les autres auteurs qui ont parlé de la pénitence. Car ils la font tous consister dans la confession des péchés, dans l'imposition du canon, son accomplissement et l'absolution, qui était suivie de la participation de l'Eucharistie.

Ces mômes auteurs conviennent que le prêlre avait une enliérc autorité de modérer la pénitence, de la commuer en d'autres bonnes œuvres, d'en abréger le temps, et de soulager le pénitent, s'il l'on trouvait digne. Il est vrai que s'ils en avaient usé suivant les règles très-sages de Michel, patriarche d'Anlioche, des Ebnassal , de Barsalibi , et de toutes les instructions anonymes, ils ne seraient pas tombés en d'aussi grands abus que ceux qui se sont introduits dans la suite, et qui même détruisirent toute la discipline parmi les Cophtes. Mais nous parlons des règles suivant lesquelles tout ce que nous venons de rapporter devait être exécuté.

La première peine était d'être privé de la communion, et le délai de l'absolution jusqu'.à ce que la pé ■ nitence fût accomplie , ou que le prêtre eût jugé à propos de la terminer. En cela les Orientaux ont ui" discipline différente de celle des Grecs, telle que la représente le P. Morin ; puisque, selon Barsalibi, l'absolution ne doit être donnée que lorsqu'il est permis aux prêtres de recevoir l'oblation du pénitent, de ce

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lébrcr la Liturgie à son inlenlion, et de Tadmeltre à ;a participation des saints mystères. On n'a pas de peine à comprendre que les Orientaux ont pu concilier les prières qui sont regardées comme une absolution préparatoire, avec celles de la dernière et véri table absolution sacramentelle, parce qu'ils n'ont pas disputé sur ces matières , et qu'ils se sont tenus simplement à l'observation de ce qu'ils trouvaient établi par la tradition de leur église. Ainsi il est inutile de se fatiguer à rechercher quelles peuvent avoir été leurs pensées ihéologiques, pour les accommoder avec celles de quelques théologiens modernes. Nous nous tenons aux faits rapportés simplement; et quoique notre dessein ne soit pas de justifier en tout ces églises orientales, nous les justifions suffisamment lorsque nous faisons voir que leur discipvline est conforme à celle des Grecs et des Latins, surtout à celle louable coutume de prier souvent sur les pénitents, et de leur ioiposer les mains.

Les pénitences marquées fréquemment dans ces canons sont les mêmes que celles de l'église grecque. Les jeûnes sont de deux sortes : car ceux qu'on impose extraordinairemeiu se devaient observer au \mn et à l'eau ; les autres, dans le cours du temps prescrit par les canons, étaient moins austères, quoiqu'ils le fussent beaucoup plus que les nôtres, et ceux du merci-edi et du vendredi étant observés dans tout TOrient, les pénitents les gardaient avec une plus grande abstinence, et semblable a celle du carême, ne buvant point de vin, et ne mangeant ni laitage, ni œufs, ni poisson, ni huile. On doit sous-entendre toujours , suivant l'usage constant de l'Orient, que les samedis et les dimanches étaient exceptés dans ces longs jeûnes; de sorte néanmoins que ces jours-là les pénitents ne pouvaient user de ce qui leur était défendu dons le cours de la pénitence. Le prêtre pouvait en dispenser ceux qui par infirmité ou par faiblesse de tempérament n'étaient pas capables de les soutenir; mais il leur ordonnait d'autres œuvres dont ils pussent s'acquitter.

Une des plus ordinaires parties de la pénitence canonique était le proslernemcnt de tout le corps , ou génuflexion, en mettant le front à terre, et en disant Kyrie eleison, ou quelque aulre prière équivalente. Les Grecs ont encore la même pratique, qu'ils appellent absolument /isrâvoiK, et les Syriens aussi bien que les Arabes ont conservé le mot grec pour signifier la chose. Ces proslernements se faisaient non seulement le jour, mais la nuit, et ils sont ordonnés pour toute pénitence aux péchés légers.

Les aumônes se trouvent prescrites dans toutes les collections des canons anciens et récents, comme un des moyens les plus sûrs de racheter les péchés selon l'Écriture sainte ; et c'est aussi en quoi il y a eu et où il y a encore plus d'abus. Car l'avarice de plusieurs prêtres, fondée sur le prétexte spécieux des nécessités des églises exposées à de continuelles vexations sous des princes mahomélans, a donné lieu , comme cela est arrivé en Occident, à racheter les

pénitences par des aumônes qui passaient par les ' mains des ecclésiastiques , et cela les rendait plus indulgents, d'autant plus que les évêques et même les patriarches souffraient ce désordre, et partageaient cet argent avec leurs inférieurs. Ceux qui avaient quelque zèle pour la discipline déclamaient lortenicnt contre cet abus, entre autres Michel d'Anliochc, les auteurs des différentes instructions ou homélies qui ont été citées, et plus qu'aucun autre Denis Barsalibi. Ils disent qu'M« prêtre qui, se laissant gagner pnr les présents que lui fait son pénitent, et qui par un motif si criminel et si sordide, se relâche de la sévérité prescrite par les canons , admettant à la sainte table celui qui n'a pas accompli sa pénitence la pouvant jaire, commet lin crime semblable à celui de Judas qui vendit son maître ; que quand il offre le sacrifice pour lui , il offre du pain immonde , et l'argent des personnes infâmes , quoique Dieu ait défendu de le recevoir dans fancienna loi ; qu'un tel prêtre peut donner la rémission des péché, mais que lui et le pénitent en commettent un nouveau plus grand que tous les autres, dont ils doivent attendre le châliment en l'autre monde, et qu'ils le reçoivent même souvent en celui-ci. Ainsi ils seraient sans reproche s'ils suivaient les règles de leurs églises, où ces abus sont condamnés.

La rédemption des captifs a toujours été considérée comme une<Euvre très-méritoire, et elle l'est encore davantage dans des pays où un grand nombre de chrétiens se trouvent esclaves de maîtres infidèles, qui les forcent à renoncer à Jésus-Christ, particulièment les enfants. C'est pourquoi parmi les pénitences celle-là est presque toujours prescrite, principalement pour les grands crimes. Les Grecs et les Latins l'ont aussi souvent ordonnée.

Il est à remarquer que les jeûnes, les prières et les autres œuvres de mortification prescrits dans ces canons, n'ont jamais dû être remis entièreinenl, suivant la discipline de l'église orientale , mais seulement en partie; et qu'on ne trouve aucun vestige de celle formule introduite dans le douzième siècle, pro onmi pœnitentiâ reputabitur ; ce qui fut principalement mis en usage du temps des croisades. Les Orientaux ont toujours enseigné qu'afin d'obtenir la diminution de la pénitence, il fallait l'avoir commencée, et l'avoir exécutée en partie. Cela n'a pas empêche qu'ils n'aient accordé l'absolution à ceux qui se trouvaient en péril de mort avant que de l'avoir accomplie, en quoi ils ont suivi l'usage de l'ancienne ÉglibC. C'est sur ce principe que Barsalibi dit qu'on doit prier et offrir le sacrifice pour celui qui , ayant commencé sa pénitence avec ferveur, est surpris de la mort avant que d'avoir pu l'achever.

Nous avons ensuite à parler des Liturgies ou messes qui se trouvent ordonnées dans plusieurs canons, et sur lesquelles il y a quelque difflcullé. Il semble qu'on les peut diviser en deux espèces : les premières étant regardées comme une oblation du sacrifice, dans lequel le prêtre faisait des prières spéciales pour le pénitent, afin que Dieu lui accordât la grâce d'une

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sincère conversion ; les autres étaient d'un dessein tout différent, puisqu'on y admettait pour la première fois le péniicnl à la communion, ce qui était sa réconciliation parfaite. Celte distinction n'est pas clairement marquée dans les Pénitentiaux, parce qu'il arrive souvent qu'on n'y explique pas en détail des choses connues alors de tout le monde. Mais il y a beaucoup d'apparence qu'il la faut faire, et voici les raisons sur lesquelles est appuyée cette conjecture.

Les canons anciens et modernes ordonnent que les pénitents feront célébrer plusieurs Liturgies ; et par conséquent elles devaient être célébrées durant le cours de la pénitence, puisqu'elle était achevée aussitôt qu'ils avaient reçu l'absolution et la communion, à moins que par ces mêmes canons, on ne leur prescrivît quelque mortification qui devait durer encore après, comme il s'en trouve des exemples. A ces Liturgies le pénitent pouvait assister, excepté lorsqu'il avait commis de ces grands péchés , pour lesquels il était exclus durant quelque temps de l'entrée de l'église. On ne voit pai néanmoins de preuves (|u'i! y assistât ; et cela ne paraît pas nécessaire. 11 .suflisait qu'il offrît à l'église ce qui élail ordonné pour célébrer une Liturgie ; car dès le temps de Darsalibi la coutume de donner pour cela de l'argent en forme d'aumône parait établie. C'était donc à proprement parler une messe pour le pénitent, qu'il n'aurait pas été permis de célébrer s'il n'eût été actuellement dans l'exercice de sa pénitenco. Car quoiqu'on priât en général pour les pécheurs, même ceux qui étaient encore engagés d-aiis le péché, c'était comme l'Église prie pour les infidèles. Quand elle recevait l'aumône du pénitent pour célébrer la Liturgie, c'était un commencement de réconciliation, qui le préparait à être bientôt admis à la sainte table. Il y avait ensuite un second degré, lorsqu'il offrait à l'autel siMi offrande, et qu'elle était reçue, en conséquence de quoi le prêtre le nommait diuis les dyptiques.

Suivant la discipline commune, dés qu'on avait reçu l'offrande de qucl(|u'un, et que son nom avait éié récité à l'autel, il était regardé comme rétabli dans la communion de l'Église, et dans le droit de participer à rEucharistie. 11 est donc assez vraisemblable que, lorsqu'il est marqué dans les canons pénitentiaux que l'oblation du pénitent sera ainsi reçue, i. était alors réconcilié par l'absolution sacramentelle, et qu'aussitôt il communiait. Sur cette supposition , qui est fondée dans le droit commun, lorsqu'on obligeait le pénitent à faire célébrer plusieurs Liturgies, celles qui étaient célébrées à son intention après cette l>remière, à laquelle il recevait l'Eucharistie, étaient après son absolution pour lui obtenir de nouvelles grâces ; mais elles ne faisaient plus une partie essentielle de sa pénitence. On n'a rien de certain sur le détail de cette discipline, que nous tâcherons d'éclaircir dans les dissertations latines sur la pénitence, où ces canons et les principales prières et cérémonies se trouveront en leur entier.

Le pèlerinage des saints lieux est aussi une œuvre

méritoire de la plus grande antiquité, et la division de l'Église par les hérésies et parles schismes n'a apporté aucun changement .à cette dévotion. C'est ce qui a fait que depuis le commencement de l'empire mabométan touti;» les nations et les sectes y omt eu des églises et des chapelles , ce qui subsiste encore. On trouve dans l'histoire des jacobites d'Alexandrie que rien ne les affligea davantage que la défense (jue firent les Francs, lorsqu'ils étaient maîtres de Jérusalem, d'y recevoir les Coplites. Il y a divers témoignages de ce pèlerinage dans l'histoire des nestoriens, des Éthiopiens, des Arméniens, et en général de tous les chrétiens du Levant; et on doit remarquer en passant que si on le traite de superstitieux, comme ont fait les protestants , ils ne peuvent pas dire que les Orientaux l'aient appris de l'Église romaine. CHAPITRE III.

Continuation de la même matière, et de la pénitence des ecclésiastiques.

Enfin, après que le pénitenta accompli tout ce que le confesseur lui a prescrit de mortifications, de prières et d'aumônes, il se présente de nouveau devant son père spirituel, ou, si toute la pénitence n'est pas accomplie, il obtient la dispense ou la commutation d'ime parties des peines canoniques, et il reçoit l'absolution pour recevoir aussitôt la communion. Le prêtre, selon Barsalibi, lui impose les mains, lui souffle trois fois an visage, et dit : Que ce péché soit chassé de votre âme et de votre corps, au nom du Père , amen ; qu'il vous soit remis et pardonné, au nom du Fils, nmen; soyez- en purgé et sanctifié, au nom du Saint- Esprit, amen. Après cela, continue-t-il, il lui ordonne de dire les prières que chacun connaît, de faire quelques génuflexions et jeûnes, lui marquant combien de temps il les doit obverver. Enfin il l'admettra à la participation des sacrements lorsqu'il jugera à propos, et conformément aux canons des apôtres et des Pères.

Ces paroles donnent à entendre que parmi les jacobites syriens il peut y avoir eu une discipline semblable à celle des Grecs, qui accordent l'absolution en imposant la pénitence, quoique, comme il a été dit ci-dessus, il ne se trouve rien de décisif sur ce point là ;-et les paroles que nous avons citées de Barsalfiji ne le sont pas entièrement , car elles peuvent être ciUendues également de la première imposition des mains lorsqu'on donne la pénitence, comme de la dernière, qui est l'absolution proprement dite. Car, comme il a été dit ailleurs, les oraisons qui sont employées dans la dernière cérémon/e, qui est la réconciliation du pénitent , sont presque toutes déprécaloires, même celles dans lesquelles il est liùt mention des paroles de Jésus-Christ touchant l'auiorité de lier, de délier et de remettre les péchés, qu'i! donna aux apôtres.

Telles sont celles qui se trouvent dans l'oflîce des nestoriens. Car après plusieurs psaumes, réponse! oraisons convenables à la pénitence, le prêtre met les mains sur la tête du pénitent , et dit ces paroles ;

Seigneur notre Dit>u, bon et plein de miséricorde, (juirép.a'idez votre grâce et votre miséricorde sur tous, répandez. Seigneur, la grâce de votre bénignité sur voire serviteur ici présent, et changez-le par l'espérance d'un renouvellement à la vie de grâce ; renouvelez dans lui votre Saint-Esprit , dans lequel il a été scellé pour le jour du salut. Purifiez-le par votre miséricorde de toute impureté, et dirigez tes pas de ses mœurs dans les voies de la justice; mettez-le dans la société des saints de voire Église, par une ferme espérance de l'adoption de votre divine Majesté, et par la douce participation de vos mijslères vivifiants. Fortifiez-le par le secours de vos miséricordes , afin qu'il observe vos commandements, qu'il fasse votre volonté, et qu'il confesse, adore et loue à tout jamais votre saint nom, Seignciir de toutes choses. La rubrique marque ensuite que si le pénilenl a renié la foi, on lui doit faire ronclion du chrême sur le front en forme de croix , en disant : N . est signé, sanctifié et renouvelé au nom du Père, du Fils , et du Saint- Esprit. S'il a péché par ignorance ou involontairement, on ne lui fait pas ronclion ; mais le prêtre fait seulement sitr lui le signe de la croix. En celle discipline que conservent les nestoriens, on remarque les vestiges de celle de l'ancienne Église, qui se servait ^e l'onction à regard de certains hérélvcjps, ce que les nestoriens, et même d'autres clirélics du Levant , ont mis en usage à l'égard de ceux qui avaient renié lu foi, quoiqu'on ne la praliiiuàt pas dans les premiers siècles, en réconciliant ceux qui étaient tombés dans un pareil crime.

Nous trouvons aussi un ancien office de la pénitence traduit en arabe, et dont l'original est syriaque, où l'absolution est conçue en ces termes : Seigneur Jésus-Christ, Fils unique et Verbe de Dieu le Père, qui avez rompu tous les liens du péché dont nous étions chargés, par votre passion vivifiante , qui avez soufflé dans la face de vos saints disciples , les apôtres , en leur disant : e Recevez le Saint-Esprit ; celui à qui vous remettrez les péchés, ils lui seront remis , et celui à qui vous les retiendrez, ils lui seront retenus. > Vous, Seigneur, qui par vos saints apôtres avez accordé à ceux qui exerceront le sacerdoce en tout temps dans votre sainte Église, le pouvoir de pardonner les péchés sur la terre , en sorte qu'ils pussent lier et délier tous tes liens des crimes ; nous vous supplions instamment, et nous implorons votre bonté, vous qui aimez les hommes, pour votre serviteur N. et moi misérable, qui nous prosternons devant voire sainte gloire, afin que vous commandiez par votre miséricorde , et que nous soyons délivrés des liens des péchés que nous avons commis contre vous , sciemment ou par ignorance , ou par une mauvaise disposition du cœur, par action, par paroles ou par pensée. Vous qui connaissez l'infirmité de la nature humaine , accordeznous , comme un Dieu plein de bonté et d'amour pour les hommes , le pardon de nos péchés ; bénissez-nous , purifiez-nous, rendez-nous libres, remplissez-nous de voire crainte , et conduisez-nous à ce qui est de votre volonté , parce que vous êtes notre Dieu, auquel est due toute gloire, etc.

Telles sont les oraisons que nous trouvons dans les Rituels de la pénitence, et nous n'en avons vu aucune qui eût rapport à la forme ego te absobo , qui est en usage dans l'Église latine. On a vu ce qu'a remarqué le P. Goar sur les formes grecques, qui sont presque semblables , sans que cette différence ait fait douter les plus habiles théologiens de leur validité, qui n'ignorent pas que les anciennes formes d'absolution employées dans l'Église occidentale étaient dans le même sens et dans le même style, sans que jamais on ait douté que la rémission des péchés ne fût accordée aux pénitents par de semblables prières ; puisque c'eût été douter que la puissance de remettre les péchés eût été dans l'Église , où elle a été et où elle sera jusqu'à la fin des siècles.

Il nous reste à parler de la pénitence des ecclésiastiques , laquelle, selon les anciens canons , consistait dans la déposition, puisqu'on ne les mettait pas en pénitence. Celte discipline s'élant abolie peu à peu se trouva presque hors d'usage quand les églises orientales subirent le joug tyrannique des Mahomélans. Les évêques n'étaient même plus en état de maintenir l'ancienne sévérité des lois ecclésiastiques, de peur qu'elle ne portât ceux qui y auraient été soumis à renoncer au christianisme , ou à se porter à quchiues extrémités. On peut juger néanmoins que ces anciens canons n'étaient pas enrièrement oubliés, puisque outre ceux des conciles et des Épîlres canoniques des SS. Pères, . insérés dans toutes les collections , celles que nous avons citées comme plus anciennes que Barsalibi , établissent pour plusieurs péchés la peine de déposition ; entre autres contre les prclres qui donnent les sacrements à des pécheurs publics et scandaleux, sans qu'ils aient fait de confession lii de pénitence; contre ceux qui auront accepté quelque magistrature séculière ; contre ceux qui auront porte les armes , ou frappé quelqu'un ; contre celui qui aura célébré la Liturgie pour un excommunié, et ainsi de divers autres. Celle discipline s'éloignait déjà de l'ancienne , suivant laquelle tout ecclésiastique était déposé pour les péchés capitaux , qui rauraieiit exclus des ordres sacrés, s'il les avait commis avant son ordination; car il n'y a qu'un petit nombre de péchés qui soient i)unis par la déposition.

Mais le changement entier fut introduit dans le douzième siècle, et on a sujet de croire que Darsalibi proposa d'abord le tempérament, et qu'il fut approuvé comme prudent et convenable aux circonstances du temps. Ce fut de doubler aux ecclésiastiques la pénitence qu'on imposait à un laïque. Voici ses paroles, qui marquent clairement que de son temps il n'y avait aucune loi établie sur ce sujet. Celui, dil-il, qui, après avoir reçu les ordres sacrés, tombe dans le péché , s'at' tire un grand malheur et de grandes douleurs. Nous sommes fort incertains sur ce qu'il faut faire en pareilles circonstances. Cependant nous croyons qu'il lui faut prescrire pour pénitence le double de ce qu'on impose aux i(v,qu€^. On ne remarque rien ni dans les canons,

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