LIV. IV. EXAMEN PARTICULIER DE LA
lèljo apporte de ce qiw les Coplites ne se confessent 1 as souvent, dont rtîiie est leur ignorance et leur paresse, l'autre la crainte d'esssiyer des pénilenccs Ircsrudes que leur imposent les prêlres. Celte denùère raison ne lui paraît pas vraisemblable, et il la rejette. Vanslèbe a écrit que ces pénilenccs sont fo.idées sur les anciens canons, dont la rigueur n'est pns eiicore nîitigée, de sorte que la plus légère pénitence dure douze jours. L'auteur, après avoir dit que cette rigueur parmi des nations assez écartées des devoirs du christianisme lui avait toujours paru peu convenable, réfute Vanslèbe par le témoignage du P. du Bernât, supérieur de la mission des jésuites en Egypte, qui dit que tant s'en faut que les pénitences soient rudes, qu'au contraire elles sont très-légères, et ne consistent qu'en prosternemenîs, qu'ils appellent, dilil,j?iehaunol. Ce mol ne signifie rien, et apparemment il y avait dans l'original melanoat, c'est-à-dire //sTàvscat, des proslerr.emenls de loutle corps; à quoi on ajoute des psaumes, si la personne sait lire, et des jeûnes, mais seulemciit ceux auxquels on est obligé d'ailleurs ; car ils ont, dit-il, grmid soin de n'en pas prescrire d'extraordinaires, de peur que cela ne fît connaître les péchés des pénitents. S'ils prescrivent des jeûnes exlraordittaires, cest seulement pour les péchés énormes et trèsscandaleux.
Nous ne pouvons savoir si dans l'espace de trenleci:iq ans la face de l'église cophle a changé entièrement, ce qi;i doit néanmoins être arrivé, si ce que ce missionnaire a mandé est vérilablc. Car il est très-certain que les anciens canons subsistent encore dans cette c i:iiniunion et dans les autres séparées par le schisme ou par l'hérésie, et que tout le pouvoir qu'ont les confesseurs est de miiiger la longueur des pénitences et leur sévérilé, et de les commuer en d'aulres bonnes œuvres ; s'ils font quelque chose de plus, ils agissent contre le droit commun qui y est reçu. Les canons pénitcntiaux des jacobiles syriens, dont nous avons parlé, expliquent les pénitences fort en détail, et font voir qu'on impose des jeûnes extraordinaires, n(^n seulement pour des péchés énormes et scandaleux, mais jïour les plus communs coniie les préceptes du Décaîngue. Ainsi, quand par les canons do Barsaii'ù un homme coupable d'une fornication est condamné à jeûner un an, et à être cependant séparé de la communion, il n'y a personne qui puisse s'imaginer qu'un \vi lui ordonne autre chose, sinon que pendant un an il observera les jeûnes ordinaires, puisque, s'il ne les observait p:\s, il .'tcrait soumis à luie pénitence parliculière, qui est marquée dans les mêmes canons pour avoir vielé le précepte de l'Eglise. On voit aussi qu'en certains cas on jircscrit des jeû-ies au paiu et à l'ea», et qu'on interdit l'usage de l'iuiile et du vin les jours mêmes auxquels il est permis au commun des cliréliens, et ce'.a ne peut, s'accorder avec le témoignage de ce missionnaire. Ainsi on a lont sujet de s'e:! tenir à celui de Vanslèbe, d'autant pins qu'il s'accorde avec les canons et h discipline qui se trouvent dans les livres.
DOCTIUNE DES ORIENTAUX SUR LA PÉNIT. 878 Ce que l'auteur de la dissertation dit ensuite touchant la confession sur l'encensoir est très-judicieux, en ce qu'il la traite comme une superstition grossière el ridicule ; mais cela n'empêche pas qu'elle n'ait été véritablement pratiquée,comme le prouvent non seulement Michel, métropolitain de Dan;ielte, et Abulbircal, mais encore d'autres. Si cet abus ne subsiste plus, il est néanmoins vrai qu'il a été en usage; cosnme il est encore vrai que le patriarche Jean, et Marc, fdsdeZaraa, son successeur, avaient abrogé la confession, et qu'ils avaient entrepris de persuader qu'elle n'était pas !iécessaire, puisqu'ils n'y obligeaient pas ceux qui étaient coupables des plus grands péchés. Ils ne la croyaient pas un sacrement, puisque Michel de Damielte, qui écrivit par l'ordre de Marc, prouve qu'<!lle n'est pas nécessaire, parce que Jésus-Christ, dit-il, ne l'a pas ordoiiiiée, mais qu'il l'a défendue en disant : i/a^fslrum nolile vocare vobis super terram; car c'est-là son fort argument, tiré d'une équivoque grossière de ce mol, qui, en arabe, est pris ordinairement prirmi les chrétiens pour signifier un confessscur. 11 dit aussi que S. Marc n'a pas établi la confession en Egypte ; par conséquent il niait qu'elle fût un sacrement, puisqu'il lui ôlail l'institutinn divine et la publication de ce précopte par les apôtres. On ne pouvait marquer plus clairement qu'il ne reconnaissait pas la pénitence pour sacrement, puisque Michel, patriarche d'Antioche, les deux Ebnassal, ei tous les autres qui réfutent cette opinion extravagante et pernicieuse, prouvent leçon traire , et montrent par divers i)assages , surtout par celui de S. Jacques et par les Actes des apôtres, que la confession est d'institution divine. On ne peut pas non plus douter que ceux qui approuvaient les non vcautés des patriarches Jean et Marc ne détruisissent entièrement le sacrement de pénilcnce , puisqu'on trouve dons la collection d'Abulbircal une forme inouïe à toute l'église orientale pour réconcilier ceux qui avaient renié la foi, et qui consiste à bénir de l'eau en y mêlant du chrême, en disant : Je votis lave an nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Enfin si Vanslèbe n'a pas parlé de la confession sur l'encensoir, c'est qu'il l'a oublié, car elle se trouve marquée dans le manuscrit môme d'Abulbircal qu'il avait apporté d'Egypte; cl ce qu'en dit cet auteur est tiré de l'écrit de Miche! de Damielte, dont le discours est à la f;:: de la collection de canons qi'.e Vanslèbe avait fait copier dans le pays, cl qui est dans la bibliothèque de l'Ora loire connno dans les anciens manuscrits.
On ne trouve rien de prescrit sur la confession des jeunes gens, ni d'âge limité pour cela, parce que, comme, suivant le rit grec, qui est suivi par tous les Orientaux, on donne bi communioi aux enfants en même teni,;s que le baptême, c'esl-ià leur prenùère communion. Mais les canons des jacobiles syriens, qui entrent dans un {îrand détail, parlent de la nécessité de se confesser sans aucune exception, ce qui fait juger que les enfants y sont compris, puisqu'ils ne sont pas exceptés. Il y a même des cas manjués où on voit qu'on imposait des lîénilences anv <^Mifanl>, coe.nne pour s'être aban-
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donnés à la lubricilé de leurs nmîli os , ou d'avoir été forcés, ou d'avoir commis le péché abominable volonlairement; et sur celle différence les pénitences sont plus ou moiiis rigoureuses. Il fallait donc qu'ils se confessassent pour recevoir ces pénitences ; et comme, avant ces deux indignes patriarches qui introduisirent l'abolition de la pénilence et de la confession , la discipline des Cophles était semblable à celle des autres chrétiens, il y a tout sujet de croire que les enfants étaient obligés à se confesser comme les autres dès qu'ils étaient capables de pécher. Il est vrai que quelques auteurs disent que les entants ne se confessent pas en Ethiopie, parce qu'ils se croient innocenls jusqu'à vingt-cinq ans. C'est ce que marque Damien de Goez, sur le témoignage de Zagazabo; et s'il est plus vrai sur cet article que sur plusieurs autres dans lesquels il s'est trompé grossièrement, c'était un abus semblable à plusieurs autres dont on ne peut les excuser. Pour les justifier, il faut une autorité plus grande que celle de M. Ludolf ; outre que la superstition de l'encensoir a été en usage pnnii eux, comme le témoigne Abusélah, ce qui fait voir qu'ils avaient ruiné la discipline de la péniteiiee.
Il reste à parler de la forme de l'absolution, que le P. du Bernât avait apprise, dit-on, des confesseurs cophtes. Après, dit-il, que le pénitent a confessé ses péchés, le prêtre récite une oraison à peu près semblable à celle qu'il dit pour sa confession lorsqu'il entre à l'autel; puis il dit une bénédiction qui répond à celle qu'on dit parmi nous après l'absolution. Le pénitent répète encore qu'il a péché, et demande l'absolution. Le confesseur la lui donne en ces termes : « Soyez absous de tous vos péchés, i Je ne vois pas, poursuit l'auteur de la Dissertation, ce qu'on pourrait y trouver à redire : car, si on admet comme valide une semblable forme impérative du baptême : « Bapiizelur servus Christi, > pourquoi l'Église ne soulj'rirait-elle pas que les Cophtes donnassent l'absolution, de la même manière?
Cette forme d'absolution est entièrement conforme au Rituel grec, et comme il est suivi par les chrétiens grecs qui sont e^ Egypte, il peut avoir été conservé par les Cophtes, aussi bien que la plupart des autres oraisons sacramenlelles. Mais comme nous n'avons trouvé aucune forme semblable dans les livres des jacobites, on pourrait croire qu'on a confondu les deux rites. Celui des jacobites syriens marque que le prêtre, imposant la main sur le pénitent, après plusieurs prières, dit : Que tel péché soit chassé de votre âme et de votre corps, au nom du Père. Amen. Qu'il vous soit pardonné et remis, au nom du Fils. Amen. Soyez sanctifié et purifié de votre péché , au nom du , Suint-Esprit. Amen. Celle forme est déprécatoirc, et on n'en trouve presque pas d'au Ire dans les Rituels orientaux, même dans les grecs , la plupart des théologiens étant persuadés que l'absolution consiste autant dans plusieurs prières qm précèdent que dans les dernières paroles : Soyez absous. Plusieurs savants hommes ont examiné de nos jours ce (ju'on peut dire ïwur et contre les formes déprccaloires, et on les
peut consulter sur ce sujet.
Les prêtres cophtes ne font pas en entrant à Tautel une confession semblable à cel!e que marquent nos Rituels, et ce qu'a voulu dire apparemment le P, du Bernai est que le confesseur prononce sur le pénitent une prière presque semblable à celle qui se dit au commencement de la Liturgie cophle, et qui est aussi dam l'éthiopienne. Elle est en effet appelée Voraison de l'absolution, et c'est celle que les maronites, auteurs de la traduction des messes égyptiennes imprimée à Augsbourg, ont mal appelée glorificalio Filii; il faut traduire absolutio ad Filium, parce que la prière est adressée à Jésus-Christ. C'est une espèce d'absolution générale, et il est marqué dans les Rituels qu'elle doit être dite par un archimandrite ou archiprôtre, ou par quelque évêque, s'il s'en trouve de présents, et même par le plus ancien. Les oraisons qui se disent pour l'absolution solennelle des pénitents, et pour celle qui se donne en particulier, sont presque les mêmes ; et conmie les Orientaux n'ont aucune connaissance des questions qui ont été mues sur ce sujet parmi les théologiens scolastiques, ils croient de bonne foi que ces formes, quoique déprécatoires, ont leur entier effet pour la rémission des péchés; et il paraît aussi que les auteurs de la dissertation sont de celle opinion. Mais l'exemple qu'ils allèguent de la forme du baptême ne convient pas , puisqu'il est certain que les Grecs n'ont jamais dit baptizetur, etc., mais baptizatur, au présent, ainsi que font tous les Orientaux, si on exceple les Cophtes, qui disent : Ego te baptizo. C'est ce qu'on peut reconnaître par l'ouverture seule de l'Eucologe ; et le P. Goar, aussi bien que beaucoup d'autres, ont remarqué il y a tant d'années celle erreur de fail, qu'on ne devrait plus s'y iromper. Il est inutile de dire que l'une et l'autre ont éié approuvées au concile de Florence, puisque, dans tout le cours des séances, il n'y eul aucune dispute sur ce sujet; et que si, dans le décret pour les Arméniens, dont les Grecs, même ceux qui persistèrent dans l'union, n'eureiil aucune connaissance, puisqu'il ne fut fait qu'après leur départ, on trouve les deux formules, cela vient de quelques copistes ou de correcteurs téméraires qui , étant accoutumés à lire dans les livres des scolastiques que les Grecs baptisaient en disant : Baptizetur, etc., mirent celle leçon en marge, quoique dans le texte il y ait baplizatur.
Voilà ce qu'il était nécessaire de remarquer sur l'article de cette dissertation des continuateurs de BoUandus qui concerne la pénitence, et dans laquelle il y a plusieurs recherches curieuses et plus amples qu'on n'en avait encore donné sur celle matière. Mais conmic elle est do soi-même très-obscure , et qu'elle ne peut être éclaircie que par les livres orientaux, qui n'avaient pas été consultés par ceux qui ont fourni les mémoires, il ne faut pas s'étonner qu'ils aient été défectueux.
11 ne paraît pas nécessaire de faire un examen particulier de ce qu'Arcudius a écrit sur la pénilence ; et ce n'est pas sans raison qu'il dit que les ecclésiasti-
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ques grecs négligent trop la confession, dans la crainte d'êlrc déposés, ou au moins privés de toutes les fonctions de leur minislère. Cela ne peut être regardé que comme un très-grand abus; d'autant plus que les règles subsistent, et qu'elles n'ont jamais été révoquées, quoiqu'elles soient très-mal exéculées. Car on ne Irouve guère d'exemples de celte sévérité canonique dont les Grecs se vantent, jusqu'à reprocher aux Lnlins.commea fait Siméon dcTliessalonique (p. 31), que leurs ecclésiastiques commettent impunémeiit toute sorte de péchés. Ce n'est pas, dit-il , que quelques-uns des nôtres ne tombent dans des péchés de la chair ; car nous savons que quelques-uns y tombent, et nous les corrigeons par la pénitence. Mais parmi les Latins, la débauche est presque sans aucun reproche ni correction; de sorte même que cela n'empêche pas d'être promu aux ordres sacrés , ni d'en faire les fonctions. Il n'explique pas en quoi consistait cette pénitence des ecclésiastiques ; mais il n'est pas difficile de comprendre qu'elle doit être entendue selon les règles de l'église grecque assez connues d'ailleurs ; d'autant plus que dans les réponses à plusieurs questions ecclésiastiques (qusest. 50 , p. 548) il marque que celui qui est tombé dans quelque pécbé considérable après son baptême ne peut être ordonné ni rétabli dans aucun des ordres ecclésiastiques. On ne trouve pas que les Grecs soient entrés dans le tempérament des Syriens jacobites, tel qu'il a été prescrit par Barsalibi ; ainsi la discipline subsiste entièrement à l'égard des premiers, et ils sont inexcusables de ne l'observer pas. Les melchites ou Grecs du patriarcat d'Alexandrie suivent entièrement la discipline de l'église de Constantinople , et ils n'ont rien de particulier. Les Cophtes , quoiqu'ils soient entièrement séparés de communion avec les Grecs, n'ont pas cependant d'autres règles que celles qui ont été communes à toute l'église d'Orient avant qu'elle fût divisée parle schisme ou par les hérésies, et ces règles sont celles que nous avons expliquées. C'est d'elles qu'on doit tirer la doctrine et la discipline des Orientaux ; non pas des abus qui peuvent se rencontrer dans la pratique, quand ils seraient autorisés par une longue coutume, qui ne prescrit pas contre les lois ecclésiastiques, surtout lorsqu'elles ont été confirmées par un long usage. Nous avons lâché de ne rien avancer louchant la discipline orientale qui ne fût fondé sur ces règles ; et elles servent à faire reconnaître les abus, au lieu que ceux qui ont voulu juger de la doctrine et de la discipline des chrétiens orientaux par ce qui était pratiqué ou toléré , comme ont fait la plupart des voyageurs, n'en ont donné qu'une idée fausse ou très-imparfaite.