‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 236 sur 323 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

De la vie monastique.

Plusieurs Grecs et Orientaux j)arlenl de la vie monastique comme d'ime partie de la péniteiice; de sorte qu'on les accuse de l'avoir mise au nombre des sacrements; ainsi nous en parlerons en ce lieu-ci. Cet article mérite une attention particulière . par rapport aux disputes que nous avons avec les protestimis, parce qu'il répand de grandes lumières sur iilusieura autres points de la religion , et même qu'il nous conduit à connaître le jugement qu'ils auraient fait de la vocation extraordinaire des premiers réformateurs. Chacun sait (jue la plupart étaient sortis des monastères pour venir travailler au grand ouvrage de la réformation de l'Église : qu'ils ne se retirèrent pas cic communautés déréglées pour mener ailleurs une vie plus conforme à leur institut ; mais qu'ils le condamnèrent absolument comme un étal opposé à la liberté des enfants de Dieu, comme un joug insupportable, enfin ïomme une invention humaine contraire à l'Écriture çaiûte, et comme un très-grand abus. lia ne i:;;-.u-

quèrent pas de le mettre au nombre de ceux qui avaient été introduits par l'Église romaine; ne faisant pas réflexion que la vie monastique s'est établie d'abord en Orient, et que l'exemple de S. Antoine donna occasion à la fondation des premiers monastères en Occident. Si donc celte manière de vivre, qui a paru si odieuse aux chefs de la réforme , a été regardée par les saints des premiers siècles comme une vie angélique, et comme un modèle de la perfection chrétienne ; si le renoncement au nmnde pratiqué à la rigueur, la pénitence continuelle, les veilles, les jeûnes, les prières, la psalmodie, le travail des mains, la pauvreté volontaire, l'obéissance aux supérieurs, la désappropriation de tout, cl le reste des pratiques communes de la vie religieuse ont été l'occupation des plus grands Saints ; si ces règles ont été proposées comme le moyen le plus sûr de se tanctilier ; si elles ont été suivies par ceux qui sont les lumières de l'Église, c'est s'élever contre elle que d'oser condamner ce qu'elle a approuvé d'une manière si éclatante dans les temps les plus florissants. Mais c'est une impiété manifeste, que de vouloir proposer aux chrétiens une voie directement opposée à celle (jnc les saints ont pratiquée et enseignée.

C'est néanmoiiis co qu'ont fait les premiers réformateurs, et c'est le premier pas par lequel ils ont prétendu condnii-e les âmes à la perfection évangéliqtie. Ils avaient voué obéissance à des supérieurs de connnunautés ; après y avoir renoncé, ils ont pareillemeiit renoncé à celle qu'ils devaient à leurs supérieurs ecclésiastiques, et au corps de l'Église universelle. îls s'étaient enga.gés par des vœux solennels à la continence, à la pauvreté cl à la pénitence ; ils ont méprise ces cngàgei.ients pour se marier, pour vivre dans le monde avec toutes les commodités de la vie; enfin ils ont commencé leur mission par de pareilles actions, que l'ancienne Église a regardées connue des sacrilèges, qu'elle a punies par les anathèmcs et par de rudes pénitences; et les lois civiles n'ont pas été moins sévères à cet égard. Lorscjne les théologiens de Wiilemberg eiivoyèrent la (Confession d'Augsbourg et leurs ar.tros compositions au patriarciie Jérémie, ils se gardèrent bien de lui marquer que ceux qui avaient commencé à publier unedoctrine inouïe jusqu'alors étaient des hommes engagés dans la vie monastique par des vœux solennels de religion , ou qui avaient fait profession de chasteté en recevant les ordres sacrés , et qui d'abord, renonçant à tous ces engagements , tiraient des religieuses de leurs monastères pour les épouser; qui bupprimaienl tous les exercices de pénitence, et qui les voulaient (i»ire considérer comme des abus et des superstitions. Si les Grecs et les Orientaux avaient d'abord été informés de ces circonstances , ils n'auraient pas nianqué de dire, comme ils ont fait dans la suite , qu'il n'y avait pas lieu de croire que Dieu, pour réformer l'Église , se fût servi de tels hommes, qui en renversaient toutes les règles , et qui , après un .sacrilège si scandaleux . n'y pouvaient plus avoir de place que dans le rang des excommunies ou des péni- K n!s , (ant s'en faut qu'on dût les ccjutcr comme insu-

très et comme docleurs. Mais lorsque, par les écrite; qui furent envoyés au patriarche Jérémie, il connut ce qu'enseignaient les protestants sur l'état monastique , et sur tout ce qui a rapport à la profession religieuse , il les réfuta d'abord avec douceur , pour les ramener à la vérité , supposant qu'ils l'ignoraient ; et lorsque, par leur second écrit, ils voulurent soutenir le premier, attaquant, comme des superstitions et des iiouvcaulés contraires à la parole de Dieu , les exercices et les vœux de religion , il les ménagea beaucoup moins , el les réfuta d'une manière irès-vivc dans sa seconde Réponse.

Depuis que l'argument lire du consentcmenl général des nations chrélicnnci; sur quelque point de doctrine cl de discipline a été mis en usage pour la controverse, lorsque les prolestants ont trouve le moindre vestige de conformité sur l'une ou sur l'autre avec les églises orientales, ils l'ont fait valoir autant qu'il leur a été possible. Ainsi, comme on Ta marqué ailleurs, M. de Saumaise, Aubertin, !!oitinger et quelques autres ont essayé , par des critiques insoutenables, de tirer de deux ou trois passages mal entendus des arguments pour prouver que les Orientaux étaient dans les mêmes sentiments que les calvinistes sur l'Eucbarislie. Sur l'article qui regarde la profession moîiaslique, il ne se trouve pas nn seul protestant qui ait osé citer les Orientaux, dont ils ont tant fait valoir l'autorité sur le mariage des prêtres, et sur l'usage de la langue vulgaire dans le service public de l'Église et dans l'administration des sacrements , quoiqu'il ny ait rien de plus faux ni de plus absurde que ce qui a été éciil sur l'un et l'autre point par Ussérius et par M. Ludolf, comme nous l'avons fait voir sur le premier; ce que nous espérons aussi faire sur le dernier, en traitant du sacrement de mariage (ci-dessous, liv. 6, cbap. 8).

Les prolestants ont donc très-sagement abandonné l'argumenl lire de la conformité de discipline et de doctrine touchant la profession religieuse , puisqu'ils ne pouvaient trouver dans l'église orientale ni autorité ni exemple qui appuyât ce que les réformateurs avaient enseigné et pratiqué. Car, remontant aux premiers siècles de l'Église, on trouve la vie monastique établie et pratiquée dès le troisième par S. Antoine, par S. Hilarion , par S. Pacôme et plusieurs autres , dont l'esprit el les règles subsistent encore présentement. Ce qu'a écrit S. Basile a été formé selon l'usage des monastères qui étaient établis de son temps sur ces premiers modèles, suivant lesquels il s'en est dans la suite établi un grand nombre d'autres par tout l'univers. Il serait inutile d'entrer dans un plus grand détail pour expliquer l'origine de la vie monastique en Orient, après tant de savants hommes qui l'ont amplement éclaircie ; surtout parce qu'on ne croit pas qu'il se puisse trouver un homme assez ignorant pour en contester l'antiquité , et i)our nier qu'au temps de S. Antoine les déserts d'Egypte et de Syrie étaient remplis de religieux , ou qu'ils ne fussent considérés comme des anges vivant sur la terre , et leur insl'tut

comme un état de perfection. On ne peut pas non plus contester qu'il n'ait été reçu el pratiqué dans ; tout l'Orient; et tant de livres qui contiennent les vies des SS. anachorètes, ceux de Palladius, de Théo- j doret , plusieurs anonymes le Gérontkou, le Paradis ' ou A£t/;wvâ,oiov, et laut d'autres, le prouvent suiïisamment pour l'église grecque; il ne reste donc qu'à la prouver pour celles qui en sont séparées par l'hérésie.

Outre ces livres qui se trouvent cités avec éloge par tous les auteurs du moyen âge, les Grecs ont les anciennes règles de S. Antoine, de S. Pacôme et de divers autres, qui établissent toutes les pratiques de la vie monasti(iue, les Ascétiques de S. Basile, l'Échelle de S. Jean Ciimaque ; et on ne peut pas douter que les religieux n'aient pratiqué ces règles , qui subsistent encore dans tout l'Orient, el sur lesquelles furent d'abord formées celles des premiers monastères d'Occident. Car , comme de savants auteurs ont prouvé , la vie monastique n'était pas connue en Occident avant le voyage de S. Athanase à Rome en 340 ; et S. Jérôme remarque que sainte Marcelle ayant appris de ce saint et des autres qui vinrent à Rome pour éviter la persécution des ariens ce qui se pratiquait par les disciples de saint Antoine, qui vivait encore, et la manière de vie qui était observée dans les monastères d'Egypte et de Thébaïde établis par ce saint et par saint Pacôme , pour les vierges el pour les veuves , commença à les imiter , el n'eut pas honte de professer ce qu'elle avait reconnu être agréable à Jésus- Christ. Sur cet exemple il s'établit un grand nombre de monastères à Rome. Saint Eusèbe de Yerceil fut nn des premiers qui pratiqua celle vie, comme saint Ambroise à Milan. Saint Martin établit plusieurs monastères en France, et avant lui celui de l'île Barbe était en réputation. Saint Augustin établit la vie monastique à Tagasle, el le nombre des religieux s'augmenta à un tel point en fort peu de temps, qu'il n'y avait aucune province d'Europe où il n'y eût plusieurs monastères sous les règles de saint Colomban, de saint Basile, de saint Macaire, deCassien, de saint Césarius, et d'autres particulières. Car, comme ont remarqué ceux qui onl le mieux écrit de celle matière, presque tous les plus fameux monastères avaient des règles particulières, quoiqu'elles convinssent toutes en ce qu'il y a d'essentiel pour la vie religieuse; la différence ne consistant qu'en des usages locaux sur des choses indifférentes. Mais tous convenaient en ce qui concernail l'abstinence de la viande qui était généralement observée, l'obéissance, la désappropriaiion, la psalmodie, le travail des mains et la chasteté. Le nombre des religieux en Occident était si grand, qu'aux funérailles de saint Martin il s'en trouva plus de deux mille. S. Macaire en avait cinq mille sous sa conduite, selon qu'il est marqué dans la préface de sa règle, et Eunaftius fait assez voir, ce qu'on sait d'ailleurs, que le nombre en était fort grand en Egypte.

En Orient la vie monastique s'est conservée presque au même état qu'elle était dans les commencements.

m LIV. lY. EXAMEN PARTICULIER DE LA DOCTRINE DES ORIENTAUX SUR LA PÉNIT. 80O

qui demandât iinc si prompte réforme , que c'était par là qu'il fallait commencer celle de l'Église, comme ont fait les premiers cliefs des prolcstaiils. De saints religieux sont quelquefois sortis de leur retraite pour le bien de l'Église , dans des temps où ils pouvaient lui être utiles par leurs exhortations, et par l'autorité que leur vertu leur donnait paimi le peuple. Quelquesuns, comme il en faut convenir, en sont sortis mal h propos et ont causé de grands troubles. Mais tous retournaient à leur premier état, et rentraient dans leurs monastères : autrement ils étaient considérés comme des apostats, et retranchés de la communion de rÉglise. Il n'y a aucun exemple de religieux ou de religieuses qui aient renoncé à leurs vœux , ou qui se soient mariés par principe de piété et de plus grande perfection, dans tout ce qui reste d'histoires grecques et orientales : si quelques-uns l'ont fait par libertinage , ils ont été sévèrement punis selon les canons , qui n'ont pas été moins sévères à leur égard que les lois civiles. On ne peut donc pas douter que dans le quatrième, le cinquième, le sixième et le septième siècles de l'Église , jusqu'au changement entier de la face des affaires de l'Orient par les conquêtes des Mahomélans, la vie monastique ne fût pratiquée dans toute l'Église conformément aux règles anciennes qui sont venues jusqu'à nous. C'est ce qui est prouvé trèsclairement et dans un grand détail par l'homélie de S. Jean Chrysostôme que nous venons de citer, dans laquelle il marque la renonciation au monde et à toute propriété , l'obéissance entière aux supérieurs , l'abstinence , les jeûnes , les prières du jour et de la nuit, le chant des psaumes et des hymnes, la lecture et la méditation continuelles de l'Écriture sainte ; ce qu'il loue comme une vie tout angélique. La seule lettre de S, Basile à cette vierge qui était tombée dans le crime, et un nombre infini d'autres écrits des saints Pères , dans les temps les plus florissants de l'Église , contiennent de pareilles preuves de la doctrine et de la discipline de ces temps-là touchant la vie monastique.

11 est certain que cette même discipline subsista dans toute l'église grecque nonobstant la division produite par les hérésies. Elles infectèrent un grand nombre de religieux , parmi lesquels il se trouva des licsloriens , des pélagiens , des eutychiens et monophysites ; mais aucun hérétique ne condamna la vie religieuse : tous , au contraire , la professèrent avec autant d'exactitude que les orthodoxes ; et l'histoire ecclésiastique nous apprend que les principaux troubles qui donnèrent occasion à la convocation du concile de Calcédoine furent excités par l'archimandrite Barsomas, et par un grand nombre de religieux attachés à Dioscore. Les nestoriens , chassés de l'empire romain , occupèrent , par la protection des derniers rois de Perse , la plus grande partie des monastères de Mésopotamie. Les monophysites se conservcreni de même dans la possession de la plupart de ceux d'Egypte jusqu'à la conquête des Mahométans ; de sorte qu'il n'y resta presfjue plus d'ofthodoxes. L%

en ce que tous les monastères suivaient une même règle , et que toute la différence consistait dans des usiges particuliers , ce qui subsiste encore parmi les Grecs , aussi bien que parmi les Orientaux. 'L'habit ) monastique est partout le même , et les règles sont fort semblables, se réduisant aux obligations générales delà vie religieuse; les usages particuliers ne regardant que la discipline locale des monastères. Ainsi quand nos auteurs mettent des distinctions entre les religieux de Saint-Antoine, de Saint-Basile , ou de quelques autres ordres, cela est sans aucun fondement, puisque tous praliqucnt la môme règle, et qu'ils ont le même habit, les mômes abstinences et les mêmes exercices spirituels. Les règles de S. Basile comprises dans ses Ascétiques sont reçues par tous les religieux, et en cela il y a une entière conformité entre les Grecs, les Syriens, les Arméniens, les Égyptiens, les Éthiopiens et loutCs les nations, sans que la différence des sectes ait introduit aucune diversité.

[1 serait fort inutile de prouver par les témoignages des auteurs des premiers siècles de l'Église que la vie monastique y a été pratiquée et considérée comme un ciat de perfection , la chose étant d'elle-même assez claire par la 'Vie de S. Antoine écrite par S. Atlianase, par celles de tant d'autres saints anachorètes écrites par des auteurs contemporains , par Pallade , par Théodoret, Jean Moschus, Sulpice Sévère et plusieurs autres. Ils ont écrit ce qui était de notoriété publique ; et le respect universel dans lequel étaient les saints dont ils rapportent les actions et les paroles , est une preuve incontestable de la vérité de ce qu'ils écrivent. On ne trouvera pas dans toute l'antiquité aucun auteur chrétien qui ait blâmé la conduite de S. Antoine, de S. Pacôme, des saints Macaire et de leurs imitateurs, ou qui les ait représentés comme des précurseurs de l'Antéchrist , qui imposaient aux hommes le joug insupportable de la chasteté perpétuelle , qui défendaient l'usage des viandes que Dieu a créées pour notre nourriture , qui se confiaient en leurs bonnes œuvres, et qui croyaient que la pénitence rigoureuse qu'ils s'imposaient pouvait contribuer à l'expiation de leurs péchés : car ce sont-là les raisons que les prolestants ont eues pour condamner la vie monastique et pour l'abandonner. Il n'y a que des pa'iens superstitieux , comme EunapiUs , qui en aient parlé avec mépris , et avec si peu de sens , qu'en même temps qu'il accuse les religieux d'une vie débordée, et qu'il les attaque par toutes sortes de calomnies, il raconte fort sérieusement les choses les plus incroyables de Maxime , d'Édésius et d'autres philosophes , et aussi ridicules que ce qui se trouve dans les légendes les plus décriées.

On remarque , au contraire, que les Pères, et surtout S. Jean Chrysostôme ( hom. 14, in 2 ad Tim. ), voulant exciter les chrétiens à la pénitence et à la pratique des vertus chrétiennes, leur propose l'exemple dos anachorètes et des autres religieux de ce temps-là. Ils étaient donc bien éloignés de croire que cette vie angélique, comme ils rappellent, fût un abus

P9l PEEPÉTUITÉ DE LA FOI

Grèce a conservé jusqu'à présent la profession monastique ; et nonobstant la tyrannie des Mahomélans sous laquelle elle gémit depuis la ruine de l'empire de Constantinople, la vie monastique a toujours subsisté , et même elle subsiste encore et elle est florissante en plusieurs monastères, parliculièrement dans ceux du Mont-Sinaï et du Monl-Allios, appelé par excellence la sainte Montagne. P. Bellon en avait donné une description assez exacte; le P. dom Bernard de Moiitfaucon en a publié une plus ample traduite du grec de Jean Comiiène , par laquelle , outre plusieurs circonstances curieuses , on apprend qu'il y a dans celle monlagne vingl-qualre monastères , et plusieurs milliei's de religieux , qui vivent selon les règles austères des anciens Pères , s'abstenant de viande toute leur vie , jeûnant rigoureusement une grande partie de l'Année , occupés à la prière , à la psalmodie et au travail des mains , et par celte raison respectés dans tout l'Orient , même par les infidèles. On sait anssi que la plus grande partie des évêques d'Orient, et même les patriarches, sont tirés de l'ordre monaslifiue, dont ils observent les règles, même lorsqu'ils sont élevés à la dignité épiscop.ile , sans s'en dispenser sous aucun prétexte. Enfin tous ont conservé cette discipline par une tradition non ialerronipue , qui s'était maintenue dans les fameux monastères de S.-Sobas, des Acœmèles, de Slude et plusieurs autres fondés sur les règles et sur les exemples des premiers instiluleurs de la vie monastique , dont la mémoire est en véiiéralion dans tout l'Orient ; au lieu que si on veut croire ceux que la réforme a mis au large en les délivrant d'une vie aussi peu commode selon la ch;dr, il faut regarder ces grands saints comme des précurseurs de l'Antéchrist.

Les nestoriens et les jacobites, partout où ils se sont répandus, ont conservé le même respect pour la profession monastique , comme il paraît par leurs histoires. Les monastères de Nitrie et de Sceté, celui de S.-Macaire, et plusieurs autres dans l'Egypte et dans la Tbébaïde subsistent encore , quoiqu'ils aient souvent été ravagés par les barbares; elles auieurs mahomélans nous ont conservé la mémoire de ceux qui ont été détruits par les derniers sultans d'Egypte , principalement par les derniers Mamelues. La plupart de ceux que l'église neslorienne considère et honore comme ses saints, Ilormoz, Mar Aba, Narsès et tous ceux qu'ils appellent les Pères syriens , dont ils font une fête particulière, étaient religieux; ainsi que ceux dont il est parlé dans le synode de Diamper sous Alexis de Menesès, quoique les noms soient extrêmement défigurés. 11 en est de même des jacobites syriens. Ceux d'Egypte et de tout le patriarcat d'Ale.xandrie ont porté encore plus loin le respect pour, l'état monastique ; car il y a plus de mille ans que presque aucun patriarche d'Alexandrie de cette secte n'a été élu sinon du nombre des religieux ; de sorte même que la coutume a passé en loi , et cette condition est marquée par Ebnassal , Abulbircat et les autres qui Ohi écrit louchant l'élection de ces patriarches. C'est

pourquoi lorsqu'il est arrivé, comme il y en a quelques exemples , que celui qui' était élu pour cette dignité, et même pour l'épiscopat, n'avait pas fai^ profession de la vie religieuse dès sa jeunesse, il la faisait avant que d'être ordoimé, en recevant le grand habit et la bénédiction d'archimandrite, ce qui est marqué dans les Pontificaux. Or ce n'était pas une simple cérémonie, puisqu'on recevant cet habit, ils entraient dans tous les engagements de la vie monastique, qu'ils observent encore étant évêques ou patriarches, de même que dans les monastères ; et Philothéc, 03° patriarche jacobile d'Alexandrie, s'en étant dispensé,. fut regardé comme un impie , et sa mémoire est en horreur. Quoiqu'il y eût très-peu de nestoriens en Egypte , on trouve cependant que dans le 12' siècle ils y avaient un monastère, où il ne restait plus (lu'un seul religieux du temps d'Abusélah, qui en fait meulion. Les Arméniens y en avaient anssi quelques-uns, entre autres celui de S. -Georges, qui avait été bâti par Bedercljemal , Arméiden , généralissime des armées d'Egypte. Beheram, visir de la même nation, se relira après s.i défaite, et se fil religieux dans le monastère de S.Cheimda ou Sanulius en H56.

Salomon, roi de Nubie, ayant renoncé à la couronne, vint en Egypte vers l'an de Jésus-Christ 1021 , et se fil religieux dans le monastère de S.-OnulVe, que les Arabes appellent Abunclcr. Les mê.mcs auteurs parlent de plusieurs monastères bâtis Cii Nubie par le roi Raphaël , qui y bâlit aussi diverses églises. Les Éthiopiens n'ont pas moins estimé la vie monastique, dont ils prétendent que Tekiahaimanol a été parmi eux le fondateur ; et on voit par la seule histoire d'Alvarez qu'il y avait dans le pays un grand nombre de monastères, comme celui de Debra-Libanos ou Mont-Liban, de-la-Yision, Sainte-Marie-d'Ancona, Icono-Amelaca, Nazareth, Imbra-Christos et divers autres. M. Ludolf (Itist. Eih. , 1. 3, c. 5) n'a pas contesté un fait aussi notoire que celui-là , non plus que le grand noinhie de religieux et de religieuses qu'il y a en Élliiopie ; mais il a voulu faire l'agréable en rapportant des miracles ridicules tirés de son Hagiotoge , qu'il fait tant valoir ailleurs, pour les comparer à d'autres qu'il a tirés de quelques légendes. C'est ce qui n'a aucun rapport à la matière qu'il avait entrepris de traiter ; et ce qu'il dit, quoiqu'il passe sous silence plusieurs choses plus importantes que celles qu'il raj)porte, suffit pour prouver que les Éthiopiens regardent la vie monastique comme un état de perfeclion , et qu'ils en jugent loat autrement que ne font les prolestants. Enfin il n'y a point d'église , de quelque secte ou nation qu'elle ait été, où on n'ait pas honoré et pratiqué la vie religieuse.

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