CHAPITRE VIÏ
Que iétat de la vie monastique , selon les Grecs , renferme les trois vœux de religion pratiqués dans r Église latine.
Oii ne peut mieux éclaircir cette matière (ju'en rapportant sommairement ce qae les GrecA pratiquent
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lorsqu'ils reçoivent l'habit de religion : car les miestions et les réponses qui se font en celte occasion n)eUenl la chose dans une entière évidence. Ce que
nous appelons Vhabit de religion est appelle par les Grec cx^/jia, et ce mot est en usage dans toutes les langues orientales parmi les chrétiens dans le même sens, M. Ludolf (lîist. 1.5, c. 3 ) s'est trompé lorsqu'il a dit qu'il signifiait Yhabit des supérieurs; car il signifie généralement celui que portenf, tous les religieux , comprenant toutes les pièces qui le composent. !.es Grecs font une distinctioii entre le petit habit , qu'ils ai);iellci;t //.u.côv <sxr,iJLa., et le graiid : le premier étarit pour les religieux qui ont fait leur premier noviciat; et le second pour ceux qui , après les vœux solennels, (iiil passé quelques années dans la pratique de la vie roligieuse. Les degrés de cet état sont d'abord celui des novices ou commençants , qui par cette raison sont appelés àpy^ipioi; le second de ceux qui portent le petit habit, et ceux-là sont appelés //.wpiajjvj/Aoi ; le troisième enfin est des parfaits et du premier ordre, qu'on appelle /i£7a>o7x/),"0'- Les premiei-s sont précisément comme les novices , et ils ne sont pas engagés à l'état monastique, dans les pratiques duquel ils er,- Irent pour s'éprou'er. Ainsi il n'y a pas grande cérémonie pour mettre un homme dans le noviciat : et cela se fait par une simple bénédiction du supérieur, après deîix oraisons , par lesquelles on demande à Dieu qu'il accorde à celui qui se présente la grâce nécessaire pour renoncer au monde , et pour s'acquitter des devoirs de la profession qu'il veut embrasser. On lui coupe les cheveux en forme de croix, et on lui donne la tunique ou x'-^w-'. et le xa/xo/aù^^ta; , qui est une espèce de bonnet ou de calote. Cette distinction des différents degrés delà vie monastique est conforme à l'Encologe et aux meilleurs auteurs; au lieu que celle de (^hristolphe Angélus (c. 27 et seq.) est entièrcmciit arbitraire et de son invention. Ulesdisiingue en ceux des monastères , les anachorètes , et ceux qui vivent dans lesceliules. Cela ne fait aucune distinction pour les obligations de cet état , car elles sont toujours les mêmes.
Le petit habit se donne avec plus do cérémonie : car ceux qu'on appelle simplement kpyâp<.ni. ou coinmençanls et pKaoyojjcuJTîs , parce qu'ils sont vêtus d'une étoflè grossière appelée pa^ov dans la langue moderne, ne sont regardés (jue comme étant dans les préliminaires du noviciat. Les seconds ou fxixpidxniJ-cii commencent à être religieux. Apiès quelques prières, celui qui doit recevoir cet habit est présenté par l'ecclésiastique , et il demeure quelque temps à la principale perte nu-pieds, nu-tête et sans ceinture, ayant quitté ses habits ordinires. Il fait trois génuflexions, et ensuite lesupéricur du monastère lui fait une courte exhortation, puis il lui demande pourijuoi il est venu. L'antre répond que c'est dans le dessein d'embrasser la vie monastique. Le supérieur lui demande si c'est de sa propre volonté, et sans aucune contrainte qu'il a pris cette résolution, l'autre répond que c'est librement. Le supérieur continuant lui demande s'il de-
meurera dans le monastère et dans la pratique de la vie religieuse jusqu'au dernier soupir. L'autre assure que oui, avec l'aide de Dieu. Vous conserver ez-vous, poursuit le supérieur, dans la virginité et dans la tempérance et dans la piétél Omi, répond l'autre, avec faide de Dieu. Observerez-vous , continue le supérieur, jusqu'à la mort, l'obéissance à votre supérieur et à vos frères en Jésus-Clirîst ? L'autre répond de même. Enfm le supérieur demande : Soutiendrez-vous pour le royaume du ciel l'austérité de la vie monastique? A quoi il répond, comme aux questions précédentes, qu'f/ /e fera avec l'aide de Dieu.
Le supérieur lui fait ensuite une exhortation , par laquelle il lui recommande de faire attention sur ce qu'il promet à Dieu, parce que les anges invisiblemcnt présents écrivent cette promesse, dont on lui demandera compte Jans le second avènement de Jésus- Chrisl. Qu'il faut donc, pour suivre cette vie trèsparfaite, se purifier avant toutes choses de toute sorte de souillure de la chair et de l'cspri! ; renoncer au faste arrogant de la vie mondaine ; oijéir sans murmure à tout ce qui lui sera ord,)nné, persévérer dans la prière, dans les jeûnes et dans les veilles; résister aux tentations du démon lorsqu'il lui rappellera en mémoire les désordres de sa vie passée, ou qu'il lui inspirera de l'aversion pour la voie qui conduit au royaume des cieux; qu'en commençant d'entrer dans cette voie il ne fallait pas regarder derrière soi; qu'il fallait renoncer à l'amour de père , de mère , d'amis et à celui de soi-même pour n'aimer que Dieu; n'avoir aucun attachement aux grandeurs du monde, mépriser les homieurs et le rejms de la vie, et ne pas fuir la pauvreté, l'austérité et le mépris de tous les hommes; éviter tout ce qui peut empêcher de courir après Jésus-Christ, ayant toujours en vue les biens que doivent espérer ceux qui vivent selon Dieu, et se souvenir des peines et des travaux qu'ont souffert lés saints et les martyrs qui ont répandu leur sang pour les acquérir. Enfin il représente au novice que la vie qu'il embrasse l'oblige à renoncer à tout, à porter sa croix et à suivre Jésus-Christ. Il lui demande ensuite si, avec l'espérance que Dieu lui en donnera la force, il promet d'accomplir toutes ces choses jusqu'à la fin de sa vie; et le novice répond que oui. Après cela le supérieur prononce sur lui une prière, par laqucHc il demande à Dieu la grâce de persévérance pour le novice, et lui donne l'habit, après avoir dit une auîra prière.
Le supérieur, avant que de lui couper les cheveux, ce qu'il fait après avoir reçu les ciseaux de sa main, l'interroge encore pour savoir si c'est de propos délibéré qu'il embrasse la vie monastique; et, après que le novice a répondu que oui, il lui coupe les cheveux, et il lui donne la tunique, la ceinture, le x«/xïj;iaûxto.' ou bonnet, le manteau et les sandales, le tout avec une bénédiction à chaque pièce , et en ajoutant que c'est comme un gage du grand et angéiique habit , nui ne diffère que parce que ce dernier ne se donne qu'après plusieurs années de profession. Ensuite, outre le»
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prières particulières qui ont élé dites sur le novice ,loulc l'assemblée en fait une publique pour demander à Dieu qu'il lui donne sa protection et son secours, afin qu'il puisse exécuter sans obstacle et sans reproche le dessein de s'engager à la vie monastique, vivre dans la piété confornic à son état, renoncer au vieil homme el se revêtir du nouveau, pour demander aussi que Dieu lui remette ses péchés. On lit une ëpîlre tirée de celle de S. Paul aux Éphésiens : Praires, confortamini in Domino, Ce puis l'Évangile selon S. Matthieu : Si quis diligit patreni el malreni plus quàm me, clc. On lui donne une croix, en disant : ie Seigneur a dit : Si quelqu'un veul me suivre , qu'il renonce à lui-même , qu'il porte sa croix et qu'il me suive. Puis on lui met en main un cierge allumé, et on lui dit: Le Seigneur a dit que votre lumière luise devant les hommes, etc. Enfin celui qui a fait l'office adresse la parole aux assistants, en faisant l'application delà parabole de l'enfant prodigue à l'action de celui qui s'engage ainsi dans la profession de la vie religieuse. Suivant le système des protestants, toutes ces pra-
tiques qui sont en usage parmi
les Grecs sont un
ramas de superstitions grossières contraires .à la parole do Dieu, qu'il fallait promptement abolir, comme aussi ils ont fait dès le commencement de la réforme, pour extirper les abus du papisme. Mais ce que les protestants appellent abus, superstition, joug insupportable, les Grecs l'appellent la vie angélique, et l'état de perfection évangélique. C'est porter sa croix, renoncer à soi-même et suivre Jésus-Christ, et c'est pratiquer non seulement les préceptes, mais les conseils de l'Évangile. En cela ils n'ont pas eu d'opinion particulière, puisqu'ils ont formé les règles de la vie religieuse sur la doctrine et sur les exemples des plus grands saints , qui ont non seulement enseigné, mais pratiqué tontes ces choses, les croyant aujsi conformes à l'Évangile que ceux qui les ont abolies prétendent qu'elles en sont éloignées. Les Grecs et tous les Orientaux, qui regardent ces saints comme de grands serviteurs de Dieu, sont persuadés qu'il a parlé par leur bouche et par leurs exemples, et on ne leur fera jamais croire qu'il ait révélé à des apostats ce qu'il avait caché à ces hommes extraordinaires. Car il n'y a point de milieu : si S. Antoine, S. Pacôme , S. Macaire, S. Martin, S. Benoît et tous ceux qui ont établi et pratiqué la vie monastique, ont été animés de l'esprit de Dieu, ce que toute l'Église avait cru jusqu'à la réforme, ceux qui ont condamné cet état de vie ne pouvaient être animés que d'un esprit entièrement contraire, et l'esprit de vérité ne se contredit point. La ferveur du premier institut diminue, mais la règle subsiste : si les Grecs se sont éloignés de celle que leur prescrivaient les fondateurs de la vie monastique, au moins ils ont conservé du respect pour eux el pour ce qu'ils avaient ordonné.
L'aversion que le schisme a inspiré contre les Lalins n'a pas porté les Grecs à les attaquer sur ce qui regarde la vie monastique dans son principe, comme piauvaise et comme coutrairo à la liberté des enfants
de Dieu. Toutes leurs accusations se sont réduites à des reproches, et il faut convenir qu'ils étaient souvent bien fondés, sur ce que nos religieux ne vivaient pas selon leur institut; qu'ils n'étaient pas assez austères ; qu'ils mangeaient de la viande ; qu'ils se mêlaient des alfaires de ce monde, au lieu de demeurer dans leur retraite ; surtout qu'ils portaient les armes, et qu'ils répandaient du sang, ce qui n'était que trop ordinaire durant les guerres d'outre-mer. Quelquesuns entrent sur cela dans un grand détail, jusqu'à reprocher aux Latins que leurs religieux , môme ceux qui s'abstenaient de viande, ne faisaient aucun scrupule d'en mêler le jus avec les légumes. Ces reproches n'étaient que trop vrais, puisque ce relâchement de la règle donna lieu à divers canons , et ensuite à différentes réiorines, nonobstant lesquelles il subsiste encore en plusieurs endroits. Siinéon de Thessalonique ne ménage pas les Latins sur ce sujet plus que sur les autres. Mais ni lui, ni Balzamon, ni Neclarius, n'ont blâmé pour cela l'état monastique; au contraire ils l'ont relevé par les plus grands éloges, comme on verra dans la suite.
On pourrait dire que ce qui a été rapporté ci-dessus , étant tiré de l'EucoIoge, est très-récent , et ne peut avoir toute l'autorité nécessaire pour prouver l'antiquité de la tradition louchant la vie monastique. Mais cette objection n'a aucune solidité , puisque les anciens Eucologes sont entièrement conformes aux nouveaux dans tous les points essentiels : et que ce qui est contenu dans les uns et dans les autres touchant les trois vœux de religion est confirmé par un si grand nombre de témoignages do tous les siècles , qu'on ne le peut soupçonner de nouveauté. 11 est facile de citer un nombre infini d'exemples de religieux qui ont manqué au devoir de leur profession par des péchés contre la chasteté, et de reconnaître en même temps la pénitence rigoureuse qui a élé imposée à ceux qui en étaient coupables, dont on trouve un fort grand détail dans le livre de S. Jean Climaque , qui est traduit en arabe il y a plusieurs siècles, et qui n'a pas moins d'autorité parmi les sectes séparées que parmi les orthodoxes. Les canons pénitentiaux qui sont rapportés en différentes collections syriaques et arabes, aussi bien que dans les grecques, prescrivent des peines l)eaucoup plus longues et plus sévères pour les religieux coupables de pareils péchés que pour les laïques. Les mariages, par lesquels ils auraient voulu excuser leur intempérance, sont déclarés profanes, nuls et de véritables sacrilèges, non seulement par ces mêmes canons, mais par les lois civiles, contenues dans le corps de ceux qu'ils appellent cauoni impériaux, parce qu'ils sont tirés en partie de celles du Code Théodosien, et d'autres constitutions impériales.
Il en est de même de la pauvreté et de l'obéissance religieuse dont il est parlé dans les constitutions monastiques, jointes aux canons dont Échellensis a donné une partie avec ceux du concile de INicée tra-» duits de l'arabe , de même que dans celles des pria '
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cipaux canoiiistes que nous avons cilés , et qui n'en parleiU pas avec moins de respect que de toutes les antres cui concernent la discipline ecclésiasli((uc. Co n'est pas seulement parce qu'ils savent que ces règles sont établies parla tradition non interrompue de plusieurs siècles, et par le témoignage aussi bien que par la pratique des plus grands saints; mais aussi parce qu'ils les trouvent marquées dans les Constitutions apostoliques , lesquelles, comme on a dit ailleurs, ont parmi eux une entière autorité.
Enfin il n'est pas nécessaire de s'étendre davantage sur celle matière, puisque les protestants mêmes, entre autres M. Smith, conviennent de tout ce que nous avons rapporté touchant la vénération que les Grecs ont pour l'état monastique ; qu'ils l'appellenl une manière de vie parfaite , angélique et selon Dieu, et l'imitation de la vie de Jésus-Christ ; que les religieux qui sont dans toute la Grèce s'engagent par vœu à la règle de S. Basile ; qu'il y en a un très-grand nombre dans le Mont-Athos, recomniandable par leur vie dure et pénitente , qui attire le respect et la considération des Turcs mêmes, tant à l'égard de ceux-là qu'à l'égard des autres; que tous ont un même institut, qu'ils observent si exactement, qu'on peut dire qu'ils ne cèdent en rien aux religieux des premiers siècles : qu'ils s'abstiennent de chair et de tout poisson qui a du sang; qu'ils jeûnent presque continuellement , et qu'à la prière et aux autres exercices ils joignent le travail des mains, cultivant la terre, et faisant euxmêmes tout ce qui est nécessaire à la vie.
Aussi un auteur luthérien qu'on voit partout cité avec des éloges qu'il ne méritait guère , c'est Élie \éjélius, iKinislre à Ulm, dans une dissertation historico-théologirpie sur l'église des Grecs d'aujourd'hui ( Eccles. Grxcan. hod. p. M), marque parmi leurs erreurs les éloges énormes qu'ils donncn! à la vie monastique, iinmane elogium vitœ monaslicœ, avouant que Jérémic, Christophle Angélus et les autres la louent excessivement. Mais pour dimirmer la force de ces éloges, et tâcher de conclure qu'ils sont excessifs, il rapporte que quelques - uns égalaient la profession monastique au baptême, ce qu'il a tiré d'Allatius, comme tout le reste , ou du P. Goar. 11 est singulier que des hommes aient eu la hardiesse de faire de pareilles dissertations sans avoir lu en original aucun auteur grec , mais seulement des rapsodies de leurs professeurs, qu'ils comblent de louanges , pendant qu'ils chargent d'injures ceux qui leur ont ai)pris le peu qu'il y a de vrai dans leurs ouvrages. Or les éloges de la vie monastique que Véjélius trouve excessifs sont tirés des écrits des saints Pères les plus respectables pour leur antiquité : et quand même on n'aurait aucun égard à la tradition, l'autorité de saint Antoine, de S. T'acôme, de S. Basile et de S. Jeau-Chrysostôme, pour ne pas parler de tous les autres, prévaudra toujours auprès de ceux qui cherchent la vérité, contre la nouveauté téméraire de ceux qui, au bout de douze cents ans , ont enseigné le contraire. De plus, comme ceux-ci étaient presque tous moines
apostats, quand ils auraient eu dans l'Église l'autorité qu'ils n'avaient pas , ils ne devaient pas être écoulés dans leur propre cause, et moins encore par les Grecs que par les Latins. Car les Grecs ne les auraient pas plus écoutés que les catholiques écoutèrent les premiers réformateurs, puisque par les règles de l'église grecque des hommes qui, pour marque d'une mission extraordinaire, sortaient des maisons de prière et de pénitence pour animer les princes et une multitude furieuse à les piller et à les détruire, qui violaient ouvertement les vœux faits à Dieu, en prenant pour femmes des vierges qui lui étaient consacrées , sans aucune raison, sinon qu'ils ne pouvaient garder la continence , tels réformateurs auraient été regardés comme des pestes publiques, auxquels à peine on aurait accordé la pénitence.
Que les protestants accusent donc les Grecs de superstition, d'erreur grossière et d'une prévention excessive pour la vie monasti(iue, ils ne diront rien que leurs principaux chefs n'aient déjà dit plusieurs fois, et qui n'ait été autant de fois réfuté , non seulement par les catholiques , mais encore p;ir les Grecs : car Jérémie seul a réfuté si solidement l'article de la confession d'Augsbourg, et les répliques que lui firent les théologiens de Wittemberg, que depuis ce tempslà les protestants ont laissé les Grecs en repos, tout leur avantage ayant été d'en séduire quelques-uns, comme Cyrille, dont nous avons ailleurs fait voir l'ignorance et la méchanceté; et tel qu'il était, il n'a jamais osé attaquer la doctrine de son prédécesseur, ni essayer de la rendre suspecte. Dans la première réponse, Jérémie avait répondu modestement aux luthériens qu'ils faisaient mal de mettre la vie monastique, les fêtes, les cérémonies, les jeûnes et pareilles choses au nombre des œuvres inutiles , puisque les saints Pères en avaient jugé autrement; et il prouvait ensuite très-solidement la perfection de cet état. Il les réfuta encore plus fortement dans sa seconde réponse, en fiiisant voir que les anciens saints, qu'ils n'avaient pu s'empêcher de louer dans leur réplique, avaient vécu de la manière selon laquelle les religieux devaient vivre; qu'ils avaient établi les règles et Qu'ils les avaient confirmées par leur exemple ; qu'ainsi cette vie qui consistait en une renonciation entière au monde, et en une mortification continuelle en imitant Jésus-Christ et ses apôtres, ne pouvait être que très-parfaite; que la difficulté ne devait pas en rebuter , et qu'elle n'était pas une raison suifisante pour la quitter, puisque S. Basile et les autres saints q-ii avaient mis par écrit les instructions de la vie monastique n'avaient pas dit que si le poids en était trop rude on la pouvait quitter ; mais qu'ils avaient dit qu'alors il fallait se soumettre plus fortement, et s'attacher plus étroitement au joug de Jésus-Christ, en soulager la pesanteur par l'exercice laborieux de toutes les vertus, et par une prière continuelle, dans l'espérance de parvenir ainsi aux récompenses éternelles. Ensuite il rapporte quelques anciens canons qui concernent la vie monastique , qui prononcent
anathème contre ceux qiù rabaïuionnent après en avoir lait profession, à moins qu'ils ne (assenl pénitence; de même contre ceux qui pillent les monastères et les autres lieux consacrés à Dieu, contre ceux qui corrompent des religieuses, et ainsi du reste. C'était assez clairement coudamiier les luthériens, et celui qu'ils regardeiU comme restaurateur de l'Évangile, qui se trouvait ainsi cbargé d'analhèmes de l'église grecque , aussi Jiien que de ceux de lÉglise romaine.
Ils se vantent d'avoir vigoureusement réluté Jérémie; et c'est le jugement qu'en faisait Crusius, régent de Tubingue, qui n'élnii guère capable de juger de telle matière, puisque sa capacité dans la langue grecque, qui devailèlre son fort , était très-médiocre. Car le grec des écrits qu'ils envoyèrent à ce patriarche, non seulement n'a aucune élégance, mais il est plein de barbarismes ; et, ce qui est un défaut essentiel, la plupart des termes ne sont point du style ecclésiastique. Ce n'est pas par une alTecialion d'élégance, telle qu'on l'a autrefois reprochée avec raison à des savants , qui, écrivant en latin, évitaient avec soin de se servir des mots consacrés par l'usage de toute l'Église, parce qu'ils ne les trouvaient pas dans Cicéron. 11 paraît clairement que Crusius ou les autres traducteurs des écrits envoyés à Jérémie n'avaient aucune connaissance de ce style , ce qu'on ne reconnaît pas moins dans leur latin que dans leur grec.
Mais Jérémie ne pouvait pas parler autrement qu'il a fait, sachant h doctrine de son église; et on peut dire qu'il n'y avait que des hommes enîièrcmenl ignorants de tout ce qui regarde la Grèce chrétienne , qui pussent juger, comme a fait Yéjélius, qu'il avait doimé des louanges outrées à la vie monastique. S'il avait lu Siméon de Thessalonique , il aurait bien trouvé d'autres éloges. Dans le traité des sacrements, en parlaiil de la pénitence, il dit qu'elle comprend aussi le très-saint habit des religieux, qui est et qu'on appelle l'hahil angélique, parce que celte vie imite et promet la pureté, la pauvreté, les hymnes , les prières, l'obéissance et la sainteté des anges ; qu'il est aussi appelé l'habit de pénitence, comme étant lugubre, humble et simple, n'ayant rien d'inutile, éloigné de tout ce qui fait l'objet de l'ambition dos hommes, pour marquer le renoncement à toutes les pensées, discours et actions du monde, et comme étant la marque d'une vie céleste ; que le religieux doit imiter en toutes choses la vie de Jésus-Ciirist , être luunble, pauvre, soumis, et ne se soucier de rien qui ait rapport au monde ; que pour cela sa vie est une croix continuelle, et qu'il s'engage par une promesse solcimelle à garder la chaslelé, à ne rien posséder, à s'occuper toute sa vie de jeûnes et de prières, enfin à tout souffrir pour Jésus-Christ ; qu'il a donné la première et la principale règle de la vie monastique, en promettant le ceniuiile et la vie éternelle à ceux qui abandonneraient tout pour l'amour de lui , ce que Siméon prouve par plusieurs passages de l'E-
criture. li dit ensuite qu'il faut regarder la vie monastique comme instituée par Jésus-Christ, et donnée à l'Église par les apôtres, telle (ju'on la trouve prescrite par saint Denis : que saint Pacôme reçut d'un ange la forme de l'habit monastique, dont toutes les parties ont diverses significations mystérieuses qu'il explique. Enfin il marque que la dignité de cet état est si grande, que, quoiqu'on ne puisse douter que le sacerdoce, étant d'institution divine, ne soit selon l'ordre au-dessus de l'état monastique, parce que les œuvres du sacerdoce so;U les œuvres de Dieu, avec lequel on ne peut avoir de communication, ni recevoir de sanclilication, ni être chrétien sans le sacerdoce ; cependant, selon S. Denis, l'état monastique considéré par rapport à la sainteté de la vie, est plus grand que celui d'un prêtre séculier ; en quoi peut-être cet autour a parlé avec exagération, et môme avec peu de justesse, p\iisque dès qu'il s'agit de la sainteté des mœurs, on pourrait dire sur le même principe qu'un laïque vertueux est au-dessus d'un mauvais ecclésiastique. Ce n'est pas d!)nc qu'il ait voulu élever l'état monastique au-dessus du sacerdoce, puisqu'il en recoimaît la dignité supérieure à celle des religieux. Mais il a parlé selon l'usage de son église, où depuis plusieurs siècles la plupart des ecclésiastiques faisaient profession de la vie religieuse, de laquelle on tirait presque tous les évêques et les patriarches mêmes : et ce qu'il a voulu dire est que la sainteté de cet état relevait en quelque manière la dignité du sacerdoce.