CHAPITRE VllI
Si on peut dire que les Grecs égalent au baptême la
profession monastique, et qu'ils la mettent au nombre
des sacrements.
Nous avons déjà louché quelque chose de cette question en parlant des sacrements en général, sur ce que deux ou trois Grecs du moyen âge ont rais la profession monastique au nombre des sacrements ; qu'à celte occasion quelques catholiques les ont accusés de s'éloigner de la doctrine de l'Église, et que divers protestants ont voulu tirer avantage de ces ténioignages, en faveur des nouveautés introduites par leur prétendue réforme. Lorsqu'il s'agit de dogmes, il ne suffit pas de trouver quelques écrivains parti culiers qui hasardent une proposition nouvelle, inconnue aux anciens, et ijui n'est fondée ni dans l'Écrilure ni sur la tradition ; qui n'est marquée dans aucune confession do foi, et qui enferme des conséquences opposées à la saine ihéologie universellement reçue : or c'est le jugement qu'on doit faire de ce que ces Grecs ont dit que la vie monastique était un sacrement; que c'était nn second Ijaplôme aussi efficace que le premier, puisqu'il remettait tous les péchés ; et que par conséquent il devait être considéré comme un sacrement. Quand on examine quels sont les auteurs de cette opinion, on trouve qu'ils se réduisent à deux ou trois qui n'ont |)oint pensé à dogmatiser, qui n'ont jamais été considérés comme auteurs de nouveautémais comme des déclamaleurs, qui voulant louer !a
JOl ilV. IV. EXAMEN Px\RTICliLlER DE LA DOCTRINI', DES ORIENTAUX SUR LA PÉNIT. 902 vie moaslique, Tonl fait avec excès, et d'utie manière néanmoins qui ne pouvait avoir un mauvais sens parmi
ceux qui les enfendaicnl. Tel est un moine Job, qui est assez peu connu, de sorte qu'on sait à peine qu:ind il a vécu, et qui met le saint habit, c'est-à-dire la profession monastique, au nombre des sacreôients. C'est-là le sujet d'un grand éclaircissement que donnent Arcudins et Allaliiis ; d'autant plus que celui-ci, qui avait une grande coimaissance des auteurs grecs modernes, en a trouvé quelques autres qui ont encore poussé la pensée plus loin, et qu'ils se sont appuyés de l'autorité des livres attribués à S. Denis ; et l'un et l'autre étaient embarrassés à y répondre. La réponse que nous avons marquée dans le premier livre est très-simple, et n'en est pas moins vraie. Elle consiste en ce que le mot de //u^rviptov, dans les Pères grecs, n'est pas si restreint qu'est parmi nos théologiens le mot de sacrement, mais qu'il a une signification beaucoup plus étendue; et que l'auteur do la Hiérarchie ecclésiastique n'a pas pensé à faire un traité des sacrements , mais à expliquer ce qui regardait les principales fonctions pontificales et sacerdotales , parmi lesquelles peut être mise la bénédiction de ceux qui embrassent la vie monastique. Les Grecs qui ont écrit depuis que ces ouvrages sont entre les mains de tout le monde, n'ont pas pour cela jugé que les cérémonies sacrées, dont il n'est fait aucune mention dans ces livres, ne produisissent pas la grâce Bancliiiante, et par conséquent qu'elles no fussent pas de véritables sacrcmciils. Ceux des derniers siècles encore moins, quoiqu'ils croient de même que leurs anciens, que ces livres sont de S. Denis, et :]u'ils ont par conséquent une autorité supérieure à celle des autres Pères.
Siméon de Tlicssalonique, que les Grecs modernes suivent principalement dans la matière des sacrements, fournit une explication très-naturelle aux difficultés qu'on forma sur les témoignages des auteurs qui mettent la profession monastique dans le nombre des sacrements que reconnaît l'église grecque aussi bien que la latine. Il en parle fort en détail, et en particulier de tout ce qui a rapport à l'iiabit monastique , expliquant jusqu'aux nsoindres cérémonies avec lesquelles il est donné. M>is il dit expressément qu'on doit regarder cet état comme faisant partie de la pénitence, ce qui a aussi été dit par d'autres théologiens grecs. De cette manière, tout ce que ceux qui se sont plus étendus sur les louanges de la vie monastique ont dit, lorsqu'ils en ont parlé comme d'un sacrement, doit être entendu de celui dont il fait une partie, qui est la pénitence, sous larjuclie l'état religieux est compris, suivant le sentiment de plusieurs autres Grecs anciens et modernes. Celte véiilé étant supposée, et aussi bien prouvée qu'elle l'est, puisque toui ce qui a rapport à la vie monastique est partie ou niar^fue de la pénitence, la difficulté cesse entièrement.
Les Grecs dont on cite les témoignages, disent que la vie religieuse est un second baptême, qu'elle pro-
duit la rémission des pécliés, et que celui qui rcnribrasse devient un enfant de lumière ; ce sont les paroles de Siméon de Thessalonique. Mais il est bien évident qu'elles ne doivent el ne peuvent s'entendre que de la pénitence, qui en nuircâme et le fondement, puisqu'il dit ensuite immédiatement que Notre-Seigneur s'en réjouit avec les anges, et que pour l'amour de celui qui reçoit riiabit de religion, il tue le veau gras, c'est-à-dire, qu'il lui donne son corps el son sang. Puis, expliquant les cérémonies de la prise d'habit, il dit que le supérieur qui le lui donne le fait lever pour signifier (ju'il s'est relevé du péché dans lequel il était tombé, qu'il en a obtenu la rémission, que le père l'a reçu, et l'a do nouveau adopté pour son fils , qu'il lui a rendu la première robe de purification, et qu'il le met au rang des anges ; qu'on lui fait baiser l'Évangile, ce qui signifie le baiser que le père donna à l'enfant prodigue ; et ainsi du reste. Or ce n'est pas seulement par Tinlerprélalion niysticjue des cérémonies pratiquées dans ia profession monasliipie qu'on reconnaît le rapport qu'elles ont à la parabole de l'enfant prodigue, c'est aussi par les prières que l'église grecque emploie en cette occasion , comme il a été marqué ci-dessus. Comme donc personne n'ignore que toute cette para- ])ole a un rapport certain et déterminé par tous les saints Pères à la conversion du pécheur et à son relom-à Dieu par la pénitence, l'état d'une moriiiicatiou continuelle vouée solennellement, et accompagnée d'im renoncement entier au monde et à soi-même, est un degré de perfection supérieure, mais il a toujours rapport à la pénitence.
Tous les Pères ont appelé la pénitence un second baptême, un baptême de larmes , un baptême laborieux ; ils n'ont pas pour cela comparé la pénitence au baptême, sinon en ce qu'ils ont exhorté les pécheurs à avoir une entière confiance que leurs péchés commis après le baplème étaient remis par la pénitence, et qu'elle les rétablissait dans la qualité d'enfants de Dieu, qu'ils avaient perdue par leur mauvaise vie. Cependant ils ont distingué la première réconciliation obtenue par le baptême de celle qui s'obtient par la pénitence : ia première comme purement gratuite et sans peine , l'autre comme laborieuse et douloureuse ; ce qui n'empêchait pas qu'on n'eût une entière confiance au pouvoir des clés donné à l'Église. C'est aussi dans ce rang qu'ils ont mis la vie nion;\slif;ne, puisqu'elleétail également embrassée par des personnes d'im caractère fort différent. Les prcn.iers qui en ont donné l'exemple et établi des règles, comme S. Antoine, S. Pacôme et divers autres, le firent par le désir de renoncer entièrement au monde, et de mener une vie parfaite ; et quoiqu'ils eussent la plupart conservé l'innocence de leur baptême, ils voulaient pir humilité être regardés conmie de grands pécheurs. La vie qu'ils menaient était plus austère q'je celle qui était prescrite par les anciens canons aux pécheurs coupables des crimes les plus énormes. Les autres se retiraient dans les monastères pour y faire pénitence des désordres de leur vie
passée, et ils étaient également reçus ; de sorte que Moïse, voleur et homicide, ne fut pas moins Torneinent et l'cdificalion de son siècle, que plusieurs autres qui s'claient donnés à Dieu dans une jeunesse innocente.
Le baptême effaçait tellement tous les péchés, ([u'on n'obligeait à aucune pénitence canonique ceux qui l'avaient reçu ; ils étaient admis au sacerdoce sans difficulté, quand ils seraient auparavant tombés dans les plus grands crimes. On ne trouvera jamais que la profession monastique ait été considérée comnie ayant le même effet par rapport aux péchés qui excluaient du sacerdoce; les règles communes s'observaient à i'égard de ceux qui entraient dans la vie monastique comme à l'égard des autres;, et quand ils avaient commis des péchés, qui , suivant la discipline des premiers siècles, excluaient de la comnmnion, ils ne la recevaient pas plutôt dans les monastères qu'ils l'auraient reçue [ailleurs ; et même comme il y avait alors fort peu de prêtres parmi les religieux, les anachorètes et ceux qui étaient dans des cellules particulières allaient recevoir les sacrcmenls aux églises voisines, et il n'y avait pas d'autre discipline pour eux que pour les laïques.
Jamais dans l'église grecque on n'a cru que les péclîés fussent remis autrement que par le ministère des prêtres ou des évêques , après la perte de l'innocence acquise gratuitement par le baptême. On ne trouvera aucun père , ni aucun écrivain de quelque autorité, encore moins des évêques assemblés synodalement pour établir quelques règles sur la discipline de la pénitence, qui aient dit aux pécheurs coupables de plusieurs grands crimes : Embrassez la vie religieuse, et aussitôt tous vos péchés vous seront remis, comme par le baplême. Il faut néanmoins que cette vérité, si c'en est une, ait été connue dès les premiers siècles de l'Église; car Job, Théodore Siudile et quelques modernes , ne peuvent pas l'éiablir contre la doctrine de toute l'antiquité.
La rémission des péchés a été donnée aux pénitents par l'imposition des mains , par des prières et par des formules d'absolution, qui se sont conservées non seulement dans l'Église universelle, lorsque la grecque et la latine étaient unies , mais aussi dans toutes celles qui se sont séparées par Thérésic ou par jc schisme. Le ministère des évêques ou des prêtres, auxquels ils en avaient donné l'autorilé, a été requis d'une nécessilé absolue dans cette fonction, qui comprend l'exercice de la puissance des clés. Comme donc il ne s'agit pas ici de voies extraordinaires , mais d'une pratique très-commune dans TÉglise , on ne peut supposer, sans une grande témérité, que la profession de la vie monastique , dans laquelle , selon la discipline de l'église grecque , il n'y a aucune cérémonie, ni acte qui ait rapport au sacrement de pénitence, puisse donner la rémission des péchés. Car, comme nous l'avons marqué ci-dessus , il n'y dans i'oflice du petit ou du grand habit aucune absolution, pas raèmc de celles qui , clant en termes généiaux ,
ne peuvent passer pour sacramentelles. De plus, ceux qui l'ont la cérémonie de donner l'un et l'autre habit, souvent n'étaient point prêlrcs ; parce que ce n'a ét6 que dans les derniers temps que les supérieurs des monaslcres , ou archimandrites, ont été élevés au sacerdoce. Ce serait donc encore une nouvelle difiiculté que d'expliquer comment de simples religieux pourraient donner l'absolution , et même une absolution si étendue et si parfaite, qu'elle piit être comparée à la rémission des péchés obtenue par le baptême. Enfin comment ceux qui prétendraient que l'habit monastique est un sacrement, accorderaient-ils cette opinion avec la doctrine constante de l'église orientale, qui enseigne qu'à l'exception du baplême, en cas de nécessité, aucun sacrement ne peut être administré que par des prêtres.
Telle est, et telle a toujours élé la créance de l'église grecque, conforme à celle de toutes les autres ; et l'opinion de quelques particuliers ne l'a pas détruite , si même on doit convenir qu'ils aient parlé en théologiens, et non pas en orateurs. S'ils avaient parlé en théologiens, ils auraient été suivis par d'autres ; il ne s'en trouve néanmoins aucun qui ait réduit en articles de doctrine de pareilles pensées pieuses , mais éloignées de l'exactitude suivant laquelle il faut expliquer ce qui a rapport à la foi. Ceux qui en ont parlé exactement ont renfermé la profession monastique sous la pénitence. En ce sens Théodore Siudiie a pu dire qu'elle purgeait de toutes sortes de péchés, et il ne laisse aucune équivoque quand il ajoute : Par la vie parfaite qu'on mène ensuite ; car c'est ainsi qu'il faut traduire ces paroles, puisque le mot sTTiSiwv^t signifie la vie qui reste après certain temps ou certaine action. Ce n'est donc pas par la seule susception de l'habit, ni par la profession solennelle de la vis religieuse que, selon lui , le pécheur obtient la rémission de tous ses péchés, c'est parla pénitence continuelle qu'il en fait dans une vie toute de mortilication et de retraite ; ce qui n'exclut pas les autres parties nécessaires du sacrement de pénitence , qui dépendent de l'Église et de ceux qui sont les ministres de Jésus- Chrisl. et les dispensateurs des mystères de Dieu. C'est une supposition nécessaire, puisqu'on ne peut établir des exceptions contre la règle générale, si elles ne sont marquées précisément dans les canons ou dans les écrits des saints Pères. Or la règle universelle a toujours été que les pécheurs confessassent leurs péchés, et qu'ils reçussent la pénitence canonique pour l'accomplir, ou d'abord avant que d'être admis aux saints mystères, ou dans la suite si elle durait plusieurs années, selon la prudence du coiifesscur. De même on a accordé la pénitence à ceux qui la cicmandaienl, quoicjue malades >. l'extrémité et hors d'état d( la pouvoir accomplir ; et, suivant la sage tiisposilion du concile de Nicée, la communion étaii accordéo à tous ceux qui étaient en péril de mort, afin qu'ils ne fussent point privés d'un viatique si nécessaire. M;ii6 quand ces pénitents revenaient en santé, ils élaieii! obliges à accomplir la pénitence. Par coite mèuM
sir; I.IY. IV. EXAMEN PARÏlCUEIEil DE L.\ m i.iison , lorsinie la profession de la vie inoiiaslique a succédé à la iiénilonce publique , comme il païaîi que cela s'chl lait plusieuis fois en Orient cl en Occident, (!n n'a pas refuse Tliabit de religion à ceux qui le demandaient au lit de la mort. On les encourageait à espérer que Dieu acccplcrait leur bonne volonté , en cas qu'ils ne survécussent pas assez pour exécuter le dessein et la promesse solennelle de passer leur vie dans les exercices de la pénitence. S'ils ne le faisaient pas, 0:1 les regardait comme des excommuniés, et comme on regarderait présentement un religieux aposlat. C'était donc le vœu et rintenlion d'embrasser la vie monastique , que signifiait l'habit dont les moribonds étaient revêtus , sur lesquels était fondée l'espérance qu'on leur dotuiait de la miséricorde de Dieu , et du pardon de leurs péchés, et non pas sur la simple prise d'habil, jointe à la profession monastique : car si elle eût effacé tous les | écbés de même qu'ils sont effacés par le baptême, on n'aurait pas obligé ceux qui revenaient en santé à acconipl.r la ])éuilcnce. Ce n'est donc point cotte simple [)rofessii)n qui produit la grâce; encore moins doit on s'imaginer que les Grecs aieni prétendu que ce lût de la manière dont la produisent les sacrements ; mais c'est par la continuité desœuvresde pénitence et d'une vie parfaite, que ceux-mêmes qui peuvent avoir exagéré les louanges de la vie monastique l'ont comparée au baptême.
Allalius a inséré une longue lettre de Michel Glicas, qui n'a aucune difi'icuUé étant entendue de cette manière, et qui en aurait beaucoup, si on voulait s'attacher à l'examiner par parties, surtout en y joignant l'examen sérieux de ce qu'on trouve dans les livres de la Iliérarcliie ecclésiastique, et sur quoi Allalius emploie l»eai:coup de paroles Siméon de Thessaloniquc, Syrigiis, et tous les autres Grecs qui ont éciit des sacren enis, avaient la même ojiinion que lui des «iuvragcs
' (le S. Denis , et cependant ils n'y ont pas vu ce (ine li.'s autres ont prétendu en tirer, pour mettre li [irol'cssion monasiiiine dans ce nombre, si ce n'est comme partie de li pénitence; et cela sui'iit pour justifier les Grecs d'une erreur inexcusable, et qui renverse l'économie de la doctrine de l'Église, qu'ils ont conservée. M, lis Allatius, et encore plus Arcudiiis, défendant souvent les Grecs contre de fausses accusations, les abandonnent aussi quelquefois avec trop de facilité dans
S des points où il est aisé de les juUifier, et où même il est de l'intérêt de la vérité et de l'Église de le faire.
! Enfin ils ne méritaient pas moins d'indulgence que
: S. Thomas, qui a dit à peu près la même chose. On peut, dit-il (2-2, qua-st. uU., ad. 5) , avec raison dira que par rentrée en religion on oblieul lu rémission en-
I liire de% péchés , parce que pour satisfaire à tous ses péchés il suffit qu'un homme s'eiigaqc entièrement an
( service de Dieu , comme il fait en entrant en religion,
\ parce que cette profession surpasse tonte sorte de satis-
I \aclion, même la pénitence publique; sur quoi il cite le flécrcl. (J'cst pourquoi, ajoute t il, on lit dans les Vies
j des Pires que ceux qui entrent en religion ohliennent la
\ P. UE LA F. lil.
CTIIINK DES OUiEMACX SUR L\ rÉNlT. 'im w.ème grâce que ceux qui sont baptisés. Personne n'a accusé S. Tliomas d'avoir égalé la profession monastique au Itapième par cette comparaison, parce qu'il est aisé de reconnaître qu'elle a un sens tout dilTérent. Il n'y a donc pas plus de sujet de reprocher colle erreur aux Grecs, qui n'ont dit que la même chose.
II faut néanmoins convenir que quehjucs-uns, particidièrcnnîMt les mo.Iernes, ne peuvent être excusés d'à voir donné lieu par leurs expressionsoiitrécs à de mauvais sens qu'on peut leur donner, et que leur ont doniu; en effet quelques tl;éoli!giens latins, qui les ont prise> trop à la lettre, ou qui pouvaient induire lessimpleseï ei reiir. C'est ce qu'on peut dire de quelques Orientaux, (jui ont entendu trop littéralement ce ([u'ils ont trouvé sir ce sujet dans les auteurs grecs du moyen-àge, liarticulièreaicnt dans les Vies des Pères, d'où on recoim.^it que S. Thomas avait tiré (C qu'il en a dit. Or il est à remarquer que les versions arabes de ces Vies, du Paradis ou \ti.imjy.pioi, et de semblables autres ouvrages, sont extrêmement altérées, et que si les savants ont remarqué par la grande diversité des exemplaires grecs qu'on y avait f.dt plusieurs ad(liti;)ns on changemeiils , c'est tout autre chose dans ces traductions orientales par le défaut gétiéral de ciitique qu'on reconnaît dans tous leurs autem-s, et encore plus dans les Orientaux : car lorsqu'ils Irauscrixenl un livre , s'ils trouvent ailleurs quelque pièce qui ait rapport à la matière, ils l'y insèrent, surloul dans les histoires ; de sorte que toutes les altérations des Actes (les saints faites par Mélapjjraste el par les légendaires grecs ou L.tins , ne sont rien eu comparaison do celles des traducteurs orientaux. C'est donc ainsi qu'ayant la Vie de S. Antoine traduite du grec de S. Atbanasc, ils y ont fait un grand nombre d'additions. Une des principales regarde la question que nous traitons, parce que dans la tiaducîion arabe, lellc qu'on la lil dans la |iliipart des exenq)Iaires , il est rapporté (jue S. Antoine eut une vision , dans laquelle il crut que son mue était séparée de son corps, et présentée devant le tribunal de Dieu , oii les démons entrer prirent de l'accuser de tous les péchés qu'il avait commis depuis sa jeunesse ; qu'alors il entendit une voix du,ciel qui dit que tons ceux qu'il pouvait avoir commis avant que d'embrasser la vie monastique lui avaient été remis dans le temps même qu'il s'y était engagé. Cette; histoire est citée dans une formule d'exhortation pour les ruligicux qui prennent l'habit, rapportée par ALuluiicat, et par d'autres auteurs.
Il y a aussi dans la collsclion des Cophtes ccrlaii.s c 1 nons recueillis sous le titre de : Canons pour le temps; ce qui signifie que c'est un recueil de plusicm-s points de discipline fondés en pratiepie, comme il parait assez par ce qu'ils contiennent; et, sous le litre 18, voici ce (ju'on y Irotive : Si un séculier tombe en quelque péché de la chair, ou en quelque autre très-grief, et qu'il se fasse religicuxen recevant le saint habit monastiquj, il est purifié de ses péchés comme par la grâce du baptême. Et si avant la réception de l'habit il a commis plusieurs crimes, lorsciu'il l'a reçu, il peut être promu au sacerdoce (YinQt-nvufJ
lERiÉiliTL I)i: LA FOI
A cela le canon ajoute qno si un prêtre après l'ordim- (ion commet des péchés qui l'excluent des [onctions sacerdotales, s'il prend l'habit de religion, il peut reprendre les fonctions de son ministère, parce que la grâce qu'il reçoit par le saint habit efface tous ses péchés, parliculiircment s'ils ne sont pas publics.
II n'osi pns dilficilc de rcconnaîlrc que celle discipline esl fort récenle, puisque suivant rancienne, ceux qui avaient coninnis des péchés qui étaient soumis à la pénitence canonique ne pouvaient parvenir aux ordres sacres. Celte rigueur n'a élé niiiigée que fort lard dans l'église orientale, et il serait difficile de trouver quelques canons d'aulorilé qui Tcussent changée. Ce cliangcmcnt ne vient que de la coutume; et lorsqu'elle fut établie, elle acquit force de loi pour les pays où la tyrannie des barbares ne pennctlait pas d'observer les règles ecclésiastiques selon toute liiur rigueur. Ensuite il fallut cbcrcbcr une raison de celte nouveauté, et il n'en parut pas de meilleure que ce qui se trouvait dans leslivres ascétiques touclianl les louani;es de la vie monastique. La principale était de l'appeler un second baptême, comme la pénitence dont elle faisait une partie, le baptême elTace tous les pé elles; il ne fut pas difficile de pousser cette comparai son au-delà des bornes, surtout dans des ouvrages qui irëiaient point ihéologiqucs, comme en effet elle ne se trouve dans aucun de ceux qui peuvent passer pour lels. Barsalibi et Abulfirage parlent de tous les sens différents de nom du baptême, et ils niellent dans ce nombre la pénilcnci^ l'aitpelant, suivant la doctrine des Pères, un baptême de larmes el laborieux; mais ni eux ni les .tutres n'ont dit que l'effet fût sciubla- J)lc à celui du baptême de Jésus-Christ. Dane comme ils ont enseigné que celui qui embrassait la pénitence suivant les règles prescrites par l'Église, c'est-à-dire la douleur sincère, la confession, la satisfaction et l'absolution, devait être assuré de la rémission de ses péchés, ils ont en même temps reconnu que ceux qui s'cngagaicnl volontairement et pour toute leur vie dans une pénitence continuelle, devaient être aussi assurés de la miséricorde de Dieu, que ceux qui avaient reçu la rémission toute gratuite; au lieu que celle-ci est le fruit des travaux de la pénitence, puisqu'après les autres cérémonies, celui qui reçoit l'habit f;iil une «onfcssion générale de tout ce qu'il a de plus secret. C'est pourquoi Siméon de Tiiessaloniqne conclul de là que le saint habit est compris dans la pénitence.
C'est ce qui paraît de plus convenable pour expliquer les difficultés qu'a formées Allaiius, et qu'il lâche de résoudre par une voie plus longue cl plus embarrassée. La lellre de Michel Glycas, qu'il rapporte entière (1. 5, c. IG, § 23), et qui mcrile d'être lue, . Mifilnon seulement pour confirmer ce qui a été dit ! ci-dessus, mais aussi pour fiiire voir que celte comi jiaraison peu exacte du baittcmc et de la profession j monastique n'était pas généralement approuvée, sinon dans le sens que lui donne Siméon de Thessalonique. Une si des pariiculiersdans les derniers temps se sorit demies de celle doctrine, ils n'on! aucune aulorité
dans l'église grccfiue, et i! suffit, pour la ju.>tifier, d èlablir, comme nous avons fait, qu'elle n'a jamais mis la profession moiiastiijue au nombre des sacrements, ,' sinon comme une partie de la pénitence.