‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 24 sur 323 · Chapitre XV · texte numérisé non relu

Chapitre XV

Ecluirassemenl de ce qui regarde les Arméniens. Que leur exemple déiruil manifestement les hypothèses de M. Claude. Que l'erreur des sociétés qui ne reconnaissent qu'une nature en Jésus-Christ n'empêche point qu'elles ne croient la vérité de sa nature humaine et la présence réelle. Justification de la sincérité des Liturgies cophtes et éthiopiennes contre les objections de M . Claude.

Comme M. Claude s'attache particulièrement dans sa réponse aux Arméniens, cl que les raisons qu'il apporte pour monlrer par leurs principes qu'ils ne peuvent admettre la doctrine de la présence réelle se peuvent étendre aux Cophtes et aux Ethiopiens, il est raisonnable d'y satisfaire exactement : et c'est ce que nous avons dessein de traiter ici.

Nous avouons qu'il faut excepter ces peuples du nombre de ceux d'Orient à qui les Latins n'ont jamais reproché de ne pas croire la présence réelle, puisqu'il est certain que divers auteurs les en oni accusés. Mais tant s'en faut que cette accusation fortifie la cause de M. Claude, qu'elle la déiruil absolument, parce <iu'elle fait voir clairement qu'il n'y a rien de plus opposé à l'esprit des Latins que celle prétendue p()liti(|ue qu'il leur attribue; qu'ils se portaient plutôt alors dans un excès tout contraire (\m est de presser les chiéliens d'Orient sur divers points de discipline que l'Eglise romaine a cru depuis avec raison devoir tolérer ; et enfin qu'ils n'ont point lait difficulté d'accuser ces sociétés de l'erreur contraire à la présence réelle, quand ils en ont eu quehpie prétexte. Un seul auteur, qui est Guy le Carme, en ayant chargé les Arméniens, a donné lieu à une douzaine d'autres de les en charger sans autre examen, f'ounpioi donc aurait-on plus épargné les autres sociélés d'Orient, et par quelle foi^Airrttria aurait-en eru dans l'Eglise la-

tine qu'il élail permis d'imputer celte erreur aux Arméniens sur le seul témoignage de Guy le Carme, (jui n'avait jamais élé en Arménie, et qu'il n'était pas permis de i'imputer aux Grecs, quelque conviction qn'ciii eût de leur erreur sur ce point?

Cette accusation confirme donc tout ce qu'on a dit de la foi des Grecs , cl elle n'affaiblit point les preuves qu'on a apportées de celle des Arméniens, l'^iics subsistent pour tout le temps qui précède iienoît douzième et qui suit Clément sixième : et elles donnent lieu de conclure qu'il est impossible que le corps de la nation ait eu une autre foi sous ces deux papes.

Mais comme les choses certaines peuvent avoir des difficultés, on avoue que l'on en peut former deux sur le sujet des Arméniens. L'une comment ils peuvent allier leur créance de l'unité d'une nature eu Jésus-Christ avec la foi de la présence réelle. L'autre est celle qui naît de l'informalion de Benoît XII et des lettres de Clément VI. Nous allons les traiter séparémeiii. Et comme la première ne regarde pas seulement les Arméniens , mais aussi les Cophtes, les Ethiopiens et les Jacobiles, à qui M. Claude attribue de ni(;r la présence réelle sur le même fondement de l'eutychianisme, nous examinerons celte difficulté à l'égard de tous ces peuples.

M. Claude propose l'argument qu'il tire de l'erreur eulychienne, pour prouver ipie tous les peuples que l'on en accuse ne croient pas la présence réelle et la transsubslaiitiation , d'une manière qui ferait juger qu'il ne souffre pas la moindre réponse. // s'agit, ditil, de savoir si toutes ces nations , Jacobiles , Cophtes, et Ethiopiens, peuvent tenir la transsubstantiation, c'est' à-dire qu'il s'agit de savoir s'ils ont encore quelque sorte de sens commun qui les empêche de tomber dans une contradiction qu'on peut apycler formelle, s'il y en eût jamais de formelle. Car que peut-on trouver de plus directement opposé que de soutenir d'un côté que Jésus-Christ n'a point de véritable corps, qu'il n'y a en lui que la seule nature divine, que tout ce qui a paru de sa conversation au monde, de sa naissance, de sa mort, de sa résurrection, n'étaient que de simples apparences sans réalité ; et de croire de l'autre que la substance du pain se change en la propre substance de son corps , et en la même substance qu'il a prise de la Vierge.

■ Mais il me permettra de lui dire que quand on traite une matière importante, et que l'on en parle de cet air, il esl bon de s'en instruire plus exactement qu'il n'a fait.

11 s'est imaginé que tous ceux qui disent qu'il n'y a qu'une nature en Jésus-Christ enseignent en mémo temps que Jésus-Christ n'a point eu ou n'a plus do corps : mais cette imagination est très- fausse.

Dioscore même , chef de cette secte , protesta Iiaulement dans le concile de Calcédoine qu'il n'admettait ni confusion, ni mélange, ni division des natures en Jésus-Christ, neque confusionem dicimus , neque commixtionem, neque divisionem. El Basile, évéque de Séleucie, sectateur de l'hérésie eutychieunc, avait fait la même protestation dans le concile d'Ephèse , ainsi qu'il est rapporté dans l'action première du concile de Calcédoine.

Facundus témoigne que les acéphales ou semi-culychiens enseignaient tellement que le Fils de Dieu n'avait qu'une nature, qu'ils voulaient que celte nature fût en partie consubstantielle à la nature du Père et en partie à la nôtre : Potest accipi eadem una nalura secundicm aliquid nalurœ Pntris esse constibstaniialis , et item secunditni aliquid nostrœ (I).

H ne faut que faire réflexion sur la question qui s'éleva entre Sévère, patriarche d'Antioche, et Juli<,n d'Ilaliearnasse, tous (Jeux de la secte des eulychiens, et qui la divisa en deux partis , pour reconnaître qu'il élait constant entre les uns cl les autres que Jésus- Christ avait un corps. Car elle consistait en ce que Sévère soutenait que le corps de Jésus-Chrisl avail

(i) Facund., lib, l, cap. 18, p. 36

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