‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 25 sur 323 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

éic corruptible durant sa vie mortelle, an lieu que Juli. n |)rétcnd'jit prouver par les Pères, qu'il avait loiijiiui s éié incnnupiible. Ainsi les uns et les autres denieiu-ait'nl d'accord qu'il avait un corj)s.

Tous ceux qui ont enseigné que Jésus-Christ av:Ht une nature composée , reconnaissaient de niênie un vériial)le corps en Jésus-Christ , comme tous les auteurs qui en ont écrit en demeurent d'accord.

Or s'il est certain en généra! que les semi-eutychiens n'ont jamais nié que Jé>us-Christ n'eût un vrai corps, il lie l'est pas moins (jue les Copines, les Ethiopiens et les jacohites, ne sont que semi-eutychiens.

Les jacohites sont de la secte des sévériens, comme le témoigne Nicéphore (1), et les Copiiles sont successeiu'S de ceux (pu ont soutenu en Egypte les seniinients de Dioscoro dnnt ils foui encore leur saint. Or Dioscore, comme nous avons vu, enseignait tellement qu'il n'y avait (prime nature en Jésus-Christ, qu'il n'y reconnaissait nncun irélange, ni aucune confusion.

Les Ethiopiens, étant soumis an patriarchedes Copiiles, ne peuvent pas avoir d'autres senlimenis qu'eux sur un point si important. Job Ludolphe, dans ses iNoles sur la confession du roi Claude , soutient même qu'ils ne sont point du lonl culyciiiets ; mais il est certain du moins qu'ils i;e le sont point , non plus (|ue les Coplites, d'une manière qui les engage à croire que Jésus-Christ n'ait plus de corps et de nature humaine. Car il n'y a rien de plus formel que les liturgies de ces peiiiiles pour la vérité de la nature humnine de Jésus Christ: et elleye^t si fortement exiirimée, que M. Claude n'a point trouvé d'autre moyen de les éluder qu'en disant en l'air que ces clauses y ont été insérées par les Latins. De sorte ([ue pour décider tout ce différend louchant l'opiniou qu'il attribue à ces sociéés , il n'y a qu'à établir la sincérité de ces liturgies.

L'examen en est d'autant plus important que la confession de la nature humaine de Jésus-Christ y est jointe à celle de la présence réelle, d'une manière si vive et si forte, que je ne crois pas qu'il y ait aucun homme de bon sens qui, après l'avoir considérée , puisse se persuader que ces nations ne la croient pas. C'est ce qui m'a porté à m'en informer exactement, et \oici ce que j'ai trouvé par celle recherche : Premièremeni, il n'est point vrai, comme M. Claude l'a cru (2), que l'on n'ait point le texte éthiopien de de celte liturgie qui s'appelle Canon univcrsulis /Eiltiopuni. Ou imprima à Rome, l'an 1548, trois liturgies en éliiiopien. Il y en a eu une autre, imprimée à Londres, qui porte pour litre la Liturgie de Diohcore. Or celle qu'on appelle Canon universalis est une des trois imprimées à Rome.

Il n'est i)oint vrai non plus que l'on ne sache point d'où cette pièce est tirée, et qui en est le traducteur. Si M. Claude ne se fût point arrêté à la bibliotlièiiiie des Pères , et qu'il eût eu soin de fiire e ;suller l'édilion qui a élé laite à I\ome des trois liturgies éthiopeniies et de la version de celle ([u'on nppelle Canon universalis, qui est la principale de ces trois, il aurait reconnu que l'un et l'autre y est marqué Irès-exaclemcnl.

L'occasion de l'impression de ces liturgies fut que Claude, roi des Abyssins , successeur de David, surnommé Vanagsaget , étant engagé dans une guerre Irès-dang'reiise av(;c un roi de ses voisins dont on avait sujet d'a|ipréhender l'événement des Ethiopiens (pii élaieiil à Home , ayant appris le mauvais étal de Itiir empire, craignirent que si ce roi voisin, qui était un impie, venait à s'emparer de l'Ethiopie, la religion ne s'y perdit faute de livres, ce qui les porta à enlreprendre de faire iiTiprimer à Rome, à leurs frais , le nouveau Testament et les liturgies éthiopiennes. Le principal de ces Ethiopiens s'appelait Pierre Conios ,

(i) Lib. 18, cap. 52.

(2J 2« Rép., p. 468.

P. DE LA F. III

dont Scaliger parle comme d'un homme de condition. Ce fut lui qui fournit anx fVais de l'impression , et un autre Ethiopien , Tespha Sion, en prit le soin. Tout cela est maniué exactement dans l'édition éthiopienne, et même lu somme que cette édition leur a coulée; de sorte qu'il n'y eut jamais de reproche plus vain que celui que M. Claiule fait contre cette pièce, en disant qifon nous Ca mise dans labiblioilièquedesPèressansnous dire d'oii on l'a tirée , ni qui est son traducteur , comme s'il ne suffisait pas que cela lut marqué dans la première édition , et comme si M. Claude n'avait pas été obligé de s'en informer avant de se hasarder à jtroposer cette accusation.

Pour la version latine, elle fut imprimée à Rome chez Antoine liiade, raniiée d'après, c'est-à-dire l'an 1549. Les Ethiopiens, qui la dédièrent au Pape, déclarent dans la lettre dédicatoire qu'ils s'étaient servis pour la traduire de Pierre-Paul Guallériiis. duquel ils parlent aussi dans la prélace du nouveau Testament étliiopiqne, en lui remiant ce témoignage, qnil aivinit les Ethiopiens plus que personne qui (ûl dans fEurope. Ainsi il n'y a rien de plus aiithentiijue que cette liturgie, puisqu'elle a élé imprimée par les soins et aux frais d'Éthiopiens naturels pour l'utilité de leurs pays.

On ne dissimulera pas néanmoins que M. Claude D'ail eu queli|ue petit prétexte de former contre celle liturgie les objections qu'il a faites, et que la version latine ne soit allérée en quelques endroits : mais on va voir que tant s'en faut que ces altérations en affaiblissent l'autorité en ce qui regarde l'Eucharistie et la vérité de la nature humaine de Jésus-Christ , qu'elles ne font au contraire que l'établir davantage.

On reconnaît donc de bonne foi que ces Ethiopiens faisant imprimer à l»ome la version de leur liturgie, et se servant de théologiens romains pour cet effet, craignirent <pic l'on n'y fût cho(|ué de quehiues expressions, et que cette crainte h s porta à les altérer dans la version ; mais comme ils savaient que l'on n'cileudait pas à liome l'élluopieu, ils laissèrent ces mêmes endroils sans aucune alléralion dans le texte éthiopien, en éludant ainsi l'exaclitude des censeurs romains , de sorle qu'il n'y a rien de si facile à ceux qui entendent cette langue que de reconnaître ce qui est de l'original et ce qui y a été ajouté dans la version.

Il ne faut point d'autre preuve que celle-là pour persuader toutes les personnes judicieuses de la sincérité du texte original. Car si les censeurs de Rome avaient eu le même pouvoir dans l'impression de ce texte que dans celle delà version, pour(|uoi y auraientils laissé ce qu'ils n'ont pas cru devoir souffrir dans la version ?

11 |iaraîi d'ailleurs que les censeurs romains n'eurent point de part à l'impression du texte éthiopien; ce furent les Ethiopiens qui en firent les frais; il n'est point dédié au Pape, il n'eu est poini parlé dans les préfaces; les armes qui sont au bas de la première feuille sont les armes de France avec celle inscription, Henricus rex Francorum. On voit en d'autres exem- j plaires, celles de l'empereur Charles cinquième. Tout cela marque que celte impression fut regardée comme une affaire particulière aux Éthiopiens, qui voulaient avoir des livres pour leur pays ; et non comme une affiiire publique où le Pape prît inlérêt, comme il fit depuis à la version.

Mais ce qui est remarquable, c'est qu'en comparan'le texte éthiopien avec la traduction on trouve qut> les objections que M. Claude fait contre celle liturgie, ou les avantages qu'il en prétend tirer, ne sont fondés que sur ces altérations de la version , dont il n'y a rien dans l'original.

Par exemple , le principal argument qu'il apporte pour la rendre suspecte est qu'il y est parlé de rélé-« valion de l'hostie, ce qu'il prétend être contraire à a

{Troisième.)

RÉPONSE GÉNÉRALE AU NOUVEAU LIVRE DE M. CLAUDE

que Zafçazabo rapporte tie la couUiaïc des Éthiopiens. Mais celle objeciion est absolument détruite par I Original. Car il n'y est pas dit un seul mol de l'élévalion.

Ce n'est pas que ces paroles qui se lisent dans la version latine, Sacerdos clevans Sacrnmeuluin dicet alla voce, doivent passer pour une faisilicalion. Car comme c'est l'ordinaire des liturgies orieiilales d'omettre les ruhri(iues, il est aussi ordinaire aux traducteurs de les suppléer. Et <iuant à la contrariéié qu'il semble que cette rubrique ait avec ce que Zagazabo rapporte que les ÉUiiopiens n'élèvent point le Sacrement, elle est absolument nulle. Car ce que dit Zagazabo s'cniend naturellement de cette élévalion solennelle qui se pratique par les Latins immédiatement après la consécration ; et il est vrai que celte élévation n'est point en usage parmi les Elbiopiens ni parmi les autres sociétés orientales. Mais cela n'enq)êche pas que comme les Grecs et les autres églises d'Orient pratiquent avant la distribuiioa dos mystères une espèce d'élévation moins solennelle et moinsremarquablequ'ilsappeilenlàyiavÛs^wTtv, il ne puisse y en avoir une semblable parmi lesÉlbiopiens. Et en eflet celte élévation est marquée dans celle liturgie peu de temps avant la communion du prèlrc et du peuple, c'est-à-dire au même leuips où elle se fait dans toutes les communions d'Orient. Quoi qu'il en soil, on ne peut tirer aucun argumeiit (le celte élévation marquée dans la version contre le texte original, puisqu'il n'y en est point fait men-

La comparaison du texte origmal avec la version découvre encore plus clairement combien est vaine la conjecture que M. Claude fait sur une clause qui se trouve dans la Iraduclion, et qu'il exprime en ces termes. Cependant, dit-il (l), parce que Dieu surprend les sages en leurs ruses, on n'a pu s'empêcher d'y laisser des choses qui ne s'accordent pus trop bien avec la doctrine de la iranssubslunliuliou, comme est cette prière que le prêtre fait après la consécration : Faisant, dit-il, conm>émoralion de la mort et de la résurrection, nous offrons ce pain et ce calice, et nous le rendons grâce de ce que par ce sacrifice lu nous as rendus dignes de comparaître eu ta présence el d'exercer ce sacerdoce devant toi. Nous te prions, Seigneur, et le supplions ardennnenl que lu envoies Ion S. Esprit sur ce pain el sur ce calice qui sont le corps el le sang de Jésus-Christ notre Seigneur cl Sauveur au siècle des siècles. S'ils entendaient, dit M. Claude, que le pain et le calice (ussenl le corps el le sang du ï'ils de Dieu en propre substance, lui diraient-ils à luimême qu'ils lui od'rent le pain et le calice en commémoration de su mort et de sa résurrection, et ne serait-ce pas une impiété de lui demander qu'il envoyât sur ce \iain cA sur ce calice son S .-Esprit? Ce n'est pas à Jéms Christ même qu'on ofl're son corps et son sang. On ne s'i'xprime pas de la sorte quand on croit la réalité roiwiuie, moins encore peut-on lui demander qu'il envoie sur eux son S.- Esprit.

Je ne m'arrêterai pas ici à réfuter au long l'erreur 5;ro>sière par laquelle M. Claude ose avancer que ce îi'est i)as à Jésus-Christ que l'on offre son corps et sou sang, contre la doctrine expresse des liturgies et des Pères, (|ui décident (|ue c'est Jésus-Christ gui reçoit le sacrifice et qui est distribué (2), «t que le sacrilice s'offre à toute la Trinité et par conséquent à ,îésus-Clirii»t clan S. -Esprit connue au Père.

Je me contenterai de lui dire que celte prière sur latiuelle il chicane n'est point dans l'original éthiopien en la manière qu'elle est exprimée dans la version, mais qu'elle y est conçue dans les termes ordinaires à toutes les autres liiurcies orientales; car au Heu qu'il y a dans la version : Nous te prions, Seigneur,

(1) 3' nftp., p. 670.

I.-3) nasil.cbrjvs. in i.iturg.; cjtHI. in Orat. de Coïna M«l.; l'Ul^eut. lib. ?ad Momm,

et te supplions ardemment que lu envoies ton S. -Esprit sur ce pain et sur ce calice qui sont le corps et le sang de Jésus-Christ ; Ui lexle éthiopien porte . Nous te prionsei tesuppiwns, Seigneur, d'envoyer ton S.- Esprit, et ta vertu sur ce pain el sur ce calice, et qu'ils le fassent le corps el le sang de Noire-Seigneur Jésus-Christ. Do sorle qu'il est si faux que les paroles de la version soient contraires à la transsubstantiation, et que ce soil par un conseil de Dieu qu'elles y aient été laissées, qu'il se trouve au contraire que ces paroles ont élé ajoutées dans cette version par les traducteurs , de crainte que l'on ne tirât quebjue conséquence des paroles du texte contre la doctrine commune de l'Église romaine sur la forme de la consécraiion.

11 est permis à M. Claude de conclure en général de ces allérations que, pour fonder quelque preuve solide sur ces liturgies, il faut les comparer à l'original. Mais celle comparaison lui est si peu a\antag(!iise que, détruisant comme nous avons vu tous les vains avantages qu'il en prétend tirer contre l'Église romaine, elle établit encore plus fortement toutes les preuves que l'Église romaine en tire contre la docti ine des sacramenlaires.

Car je lui déclare qu'ayant fait conférer exactenieul par des personnes habiles tous les passages qu'on en a ciiés pour la présence réelle et la iranssubvtanlialiou avec le texte étliiopien, non seulement elles les ont trouvés conformes, mais (|u'elles ont même irouvé dans ce texte des clauses importâmes qui ont élé omises dans la version, tant ceux qui l'oiâ faite étaient peu appli()ués à favoriser el à établir la doctrine de l'Église romaine sur l'Eucharislie.

On trouve dans l'original éthiopien ce que le peuple dit ajjrès la consécration : En vérité, en vérité , en vérité nous croyons , nous nous confions en vous , nous vous louons, ceci est véritablement votre corps ; ou, pour traduire plus mol à mot, comme a fait Kircher : Ceci est {nous le croyons dans la vérité) voire corps.

On y trouve aussi celle confession que le prêtre fait avant de communier, el qui est conçue dans ies mêmes ternies que l'on a rapportés. C'est le corps saint, digne d'honneur, et plein de vie de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, qui a été donné pour la rémission des péchés, et pour faire obtenir la vie éternelle à ceux qui le prennent véritablement. Amen. C'est le sang de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ , saint, digne d'hou' neur, et vivifiant, qui a élé donné pour la rémission des péchés, el pour faire obtenir la vie éternelle à ceux qui le reçoivent vérilabler^.cnl. Amen. C'est vraiment lecorvs et vraiment le sang d'Emmanuel notre Dieu. Amen. Je le crois , je le crois , je le crois à présent el, pour toujours. C'est le corps , c'est le sang de notre Seigneur et Sauveur Jésus - Christ ; ce corps et ce sang qu'il a pris de la bienheureuse et très-pure vierge Marie , el qu'il a uni avec sa divinité. Après celle confession si claire el si précise de la présence réelle , les Ethiopiens ajoutent celle de la vérité de la nature humaine de Jésus-Christ, en ces termes : Ce corps qui est né sans mélange d'aucun homme , et sans que la divinité ait été séparée de l'humanité m changée en elle, dont il a rendu un témoignage illustre sous Ponce Pilate en se livrant pour nous dans l'arbre de la croix. Amen. Je crois, je crois, je crois que la divinité n'a pas été séparée de l'humanité une seule heure ni un seul moment. Et il s'est donné lui-même pour nous , afin de procurer le salut, la rémission des péchés, el la vie éternelle à ceux qui le reçoivent véritablement. Je le crois, je le crois, je le crois maintenant el pour toujours. Mais le texte éthiopien ajoute encore ces paroles , qui ne se trouvent point dans la version latine : C'est ici te pain vivant qui est descendu du ciel, le précieux corps d'Emmanuel notre Dieu dans la vérité. Ceux à qui on le donne répondent : .\mei\. El le diacre distribue le calice en disant : Cest le calice de vie qui est descendu du ciel , le précieux sang de Jésus-Christ. £l celui qui le reçoH révond ; Anien amerj.

Lxix LIVRE PREMIER.

Cette double confession de la présence réelle et de l:i naiiire luiniaiMe (ie Jésus-Christ est aussi contenue ii;in> les deux liturgies coplitcs attribuées à S. Basile et à S. Grégoire : etM. Claude ne doit point prétendre les rendre suspectes parce (pfelles ont été traduites par Victor Scialac; car ayant fait conférer sa version avec des liturgies cophtes manuscrites fort anciennes (jui sont à Paris, l'on a trouvé que ce Iraduclcnr n'avait rien ajouté à tous les passages qu'on en a cilés, et qu'il les avait même un peu abrégés en quelques endroits, comme on le peut voir par la traduction littérale de ce qu'on a cité de la liturgie de S. B;isile, et que nous insérerons ici : Cent là le corps saint ei le sang précieux, pur cl véritable de Jcsiis-iUirisl. , Fils de voire Dieu. Amen. Le saint et véritable corps cl le sang véritable de Jésus-Clirist, Fils denolreDieu. Amen. Le corps et le sang d' Emmanuel notre Dieu; ce l'est dans la vérité. Amen. Je le crois, je le crois, je le crois, et je le confesse du fond de mon cœur, ou, jusquà ce que je rende rame, usque ad animam ; que cest là le corps même vivifiant de son Fils unique notre Seigneur, notre Dieu et notre Sauveur Jésus-Christ. Il l'a pris de la sainte et pure Marie , mère de Dieu , notre commune maîtresse , et l\i uni à la divinité sans mélange, sans confusion, sans altération.

M. Claude est contraint de reconnaître que ces paroles contiennent une confession expresse de la vérité de la nature humaine, et il n'a rien à y répondre, sinon que c'est peut-être les Latins qui les ont ajoutées dans (pielques-unesdes réimions qui se sont faites de ces peuples avec rÉgiise romaine. Mais celle défaite est si conlrane au bon sens , que je m'étonne que M. Claude n'ait pas eu quelque honte de la proposer. Car il faut remarquer, 1° rpie l'Egypte ayant été toujours sous le pouvoir des Sarrasins depuis (ju'ils la conquiient la première fois, et n'ayant point été recouvrée sur eux par les croisades, les Latins Ji'ont jamais été en pouvoir d'y répandre leiu- doctrine et d'y changer les liturgies. Et il y a encore moins d'apparence qu'ds l'aient pu faire à l'égard des Ethiopiens, puisque l'Ethiopie leur a toujours été presque inconnue, et qu'ils y ont même envoyé beaucoup moins de missionnaires qu'aux antres pays d'Orient.

2" M. Claude nous devrait dire dans (jnelle réunion il prélend que ce changement des liturgies s'est pu faire. Ce n'est pas certainement dans celle qui se fit au concile de Florence, puisqu'elle n'eut point d'autre effet, sinon que le pape Eugène envoya aux Elhiopieus une confession de foi opposée à leurs erreurs. Mais les historiens qui rapportent celte confession de foi ne parlent en aucune sorle de celte addition à la liturgie. Ce n'est pas aussi dans la légation des Ethiopiens à Sixte V. Car outre qu'elle ne regaidait point les Cophtes d'Egypte, et(|u'ainsi elle ne peut pas avoir donné lieu à corrompre leur.-, liturgies, aucun historien n'a l'ait mention que le Pape ait exigé d'eux celte addition.

5° Il est très faux que ces termes sans commixlion, sans confusion et sans mélange, ou ceux (|ui sont dans la liturgie éthiopienne, que la divinité n'a été ni séparée de l'humanité ni changée en elle, soient directement opposés à l'erreur des Cophtes. Car nous avons fait voir <iue les semi-eulyehiens , après Dioscore et Sévère leurs chefs, se servaient de tous ces termes. Et je ne sais comment i\l. Claude en a pu douler, pui-riue les passages mêmes qu'il produit de Técla Maria, prêtre abyssin, pour prouver que les Ethiopiens sont eutychiens, portent expressément qu'ils professent simplement une nature sans mélange ni confusion, ce qui s'accorde avec cette liiurgie.

Enfin, il est indubitable que si les papes avaient été les maîtres de ces liturgies, et y avaient pu faire telles altérations qu'il leur plaisait, ils n'auraient jamais mampié d'ajouter aux trois cent dix-huit Pères du concile de îSicée, aux cent cincpianie de Cunstantiiiople et aux deux cents d'Éphèsc, dont il est fait pieijijû!) en (Jeux endroits de cet oflice . ceux qui as-

sistèreal au concile de Calcédoine, puisque l'aversion (|ue les Ethiopiens ont conlre ce concile fait une grande partie de leur schisme, et qu'elle est si violente qu'ils l'appellent l'assemblée des fous el des apostats, comme le témoigne Job Ludoljthe. C-pendant ils ne l'ont pas fait, elle concile de Calcédoine y est toujoin-s exclu du nombre des conciles oiihodoxeg doit il est fait mention.

11 est donc visible que la sincérité de ces liturgies ne pouvant d'une part être raisonnablement contesiéo, el M. Claude demeurant d'accord de l'autre qu'ell.s contiennent une confession irès-formelle de la vérité lie la nature humaine de Jésus-Christ, on ne i)eut avec la moindre apparence soupçonner ces pouiilfs de croire que Jésus Christ n'ait point de corps; et qu'ainsi l'on ne peut prendre prétexte de cette erreur pour leur attribuer de ne p is croire la présence réelle dont ils font une coufession si claire et si précise dans ces mêmes liturgies.

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