CHAPITRE II
Des cérémonies que les Grecs et les Orientaux prali^p'ent
pour r extrême-onction.
Les cérémonies que les Grecs et les Orientaux pra» rif[\!ent consisicnt dans un pins grand appareil de rites et de prièrcsqu'on n'en a observé dans l'Occident. L'office se fait ordinairement par sepl [,rê!res, el • a cela ils prétendent pratiquer lilléralemenl ces paroles de S. Jacques, inducat preshyieros EccUsiœ, ce qui s'c.>l aussi quelipict'ois praliipié en l'Église latine. Il serait inutile, de s'arrêter à nmiUrer (pi'ils enlendeirt par ce nml les prêtres el non pas les anciens, ou les autres personnes considérables de TÉglisc, puis!|ue ceux (pie les ))!()leslanis, surtout les presbytériei:s, appell ni LP.ciens, sont cnlicremcul inconnus dans louies les Cfimmurdons orientales. Si néanmoins le nouibre de sept prêtres ne se trouve pas, cinq ou trois célèbrent rufliee de la même manière; et on ne voit pas qu'os le fass'Mil célél'rer par un seu!.
riV. V. DE L'EXTKÈ.MI:: ONCTIO.N î£T DE L'ORDRE.
Comme, siiivaiil l;i (!is< ipliiic d'Orioni, on n'alicîul |i:is que le ninlade soil à rextrémité pour lui adiniiis Irer les saintes l.uiies, colle cércmonit se oc'cisr». irès-soineiii dans les églises, où i! se faii porseï ; eii quoi il n'y a rien d'exlraordiiiaiie. Car ii para;-, par les icnioignages de divers ailleurs cl d';incic!ïs RiUiels, (|iie celle conlnme a éié praliquce da:;s rÉglisc laliiie. On peut faire iicanniDiiis tonl ruilice dans la iiiais'tn du niaiadc, quand il n'esl pas en élal d'èire iransporlé.
On prend de l'huile d'olive cl on la niel dans niio l;inipe à sept branches, cl le plus ancien des sept p: êtres dit drs prières et des héiicditlioiis; après (juoi on allume la première branche cl ainsi des autres, ensuite on fait les onctions sur le malade en divi'rs:s parlies de son corps, continuant les prières el «n faisant le signe do la croix. C'est sur ce fondcuienl fine Tliomas-à-Jcsii el qneliiues autres, oui écrit que les chrétiens orientaux n'administraient poinl l'extrcmc-onclioii aux malades, mais qu'ils les froll:iiei:l avec l'huile d'une lampe; parce que ni lui, ni de pareils écrivains, n'avaient consulté les gens du pays, et encore moins les livres des églises, qui toulcs onl cet ofiice.
Voici comme il est prescrit dans le Rituel du piîriarclie des Coplilcs, Gabriel : On emplit de bonne huile de rale>liiie une lampe à sept branches, qu'(in place devant une image de la saiiile Vierge, el on xn-A anprès l'Évaiigiie el la croix. Les prêtres s'assemblent au nombre de sept, mais il n'importe (ju'il y en ail plus ou moins. Le plus ancien commence l'oraison d'action de grâces qui csl dans la Liturgie de S. Basile, il encense avant la lecture de l'Épître de S. Pau!, puis ils disent tous : Kyrie, eleison, l'oraison Dominicale, le psaume 51, l'oraison pour les malades, qui est aussi dans la Liturgie, el les autres pariicnlières marquées dar.s Tiiflice de l'exlième onclion. Quand N les a achevées, il allume tinc des branches,^ Tusaiit le signe de la croix sur l'huile, et cependant les autres chante ni des psaumes. Après qu'il a achevé les autres oraisons pour le malade, il lit la leçon de l'Épîlre catholique de S. Jacques en copine, dont la kclure se fait ensuite en arabe, |>uis Sanctits, Gloria Patri, l'oraison de l'Évangile, un psaume qu'il dit alternativement avec un autre prêtre, puis un évangile en copine el en arabe, les trois oraisons qui suivent dans la Liturgie , tme au Père, l'autre iionr la paix, une autre générale, le Symbole de Nicée et l'oraison (;ui le suit.
Le second prclre connuence après par la bénédiction de sa branche en faisant le signe de la en iv, et il l'allume, puis il dit l'oraison Dominicale, et Irnis autres de la Lilurg'e, une leçon de S. Paul , mie de l'Évangile, un psaume el une oraison particulière: pour le malade. Les autres prêtres, selon leur rang, foui les mêmes prières ; de sorte qu'on dit dans celle férénionie , comme marque l'auteur de la Science ecclésiastique, sept leçons des Épîlres, sept (h's F/an^il/.'S, sept psaumes f^t sept orai-on' paiîieii-
lièrcs. outre les c. mauines tirées de la Liiin-gie.
Lorsnue tout esl achevé, celui pour lequel se fait la bénédiction de la lampe, si ses forces le lui permellent, s'approche, et on le fait asseoir ayant le visage tourné vers l'Orient. Les prêtres meltenl le livre des Evangiles élevé sur sa lêle avec la croix et lui imposant les mains ; le plus ancien prôirc dit les oraisons propres, puis ils lont lever le malade, ils lui donnent la bénédieiion avec le livre des Évangiles, et 011 récite l'oraison Dominicale. Ensuite on ouvre le livre, el on lil sur lui le premier endroit sur lequel ou tombe. On récite le Symbole et trois oraisons, après lesquelles on élève la croix sur la tête du malade , et en même temps ou prononce sur lui l'absolulion générale, qui se trouve dans la Liturgie. Si le tempsle permet , on dit encore d'autres prières, el on fait la procession dans l'église avec la lampe bénite et. des cierges allumés , pour demander à Dieu la guérison du malade, par l'intercession des martyrs et des autres saints. Si le malade n'esl pas en état d'aller lui-même près de l'auiel, on subsiiine une per>oime à sa place. Après la |)r()Cession les prêtres l'ont les onctions sur le malade, puis ils se font nue onclion les uns sur les autres de celle liuiie bénite, el ceux qui y ont assisté reçoivent aus>i une onclion , mais ce n'esl pas eu la manière qu'elle se fait sur le malade.
Tel esl l'usage presciil par le patriarche Gahriiîl pour l'église jacobile d'Alexandrie, et il esl [larcillenienl prouvé par les témoignages d'Ebnassal , qui , dans le cliap. 20 de sa colloclion . parlant de la vibile des malades, parle de cette céiémonie et l'autorise par les passages de S. .Marc el de S. Jacques, el par celui d'Echmimi, qui parle de la bénédiction de l'huile pom- les malades, dans laqnclle il dit qu'où ue mêle pas de chrême, non plus que dans celle dont on se sert à l'éçjrird de quelques pénitents qui sont réconciliés avec des onctions. Les jacobites syriens onl des rites el des prières assez semblables, dont nous ne rapporterons pas le détail, puisque les diirérences qui s'y rencontrent et celles de l'office grec ne sont pas esseulielles; ei les Éihi;)piens en onl un conforme à celui d'.-\le\anJrie.
Toutes les objections qu'on peut donc faire contre les rites orientaux qui regardent l'adminislration de riiuik hénile aux malades, se peuvenl former contre les rites grecs, qui sont l'original des autres. C'est une remarque préliminaire de laquelle dépeadenS' toutes celles que divers théoligiens ont faites sur cette matière, dans le dessein de prouver que les- Grecs n'avaient pas le sacrement de rextiéme-oncliony proposition avancée très témérairement par Gny-le- Carme, Praiéolns el divers autres, (pie Caucus, archevêque de Corfou, a mieux aimé copier, que de s'irtl'ornicr de ceux jarmi lesipiels il vivait, afin de savoir quelle é:ail leur loi el leur discipline.
Il est fort étonnant que dans le concile de Florence on ait examiné avec soin ce qui pouvaii être e; .-v îr.iir.- a'iv doi-'uies de la l'oi, e! 'pn; aoii seuI':ueiU iî
923 PERI'ÉTUnÉ OK LA FOI
n'y ail eu rien de clocidé contre les Grecs sur cet article, mnis (ju'il ne paraisse pas nicnie qu'on en ait dispute. Ils otit déclaré qu'ils reconnais -aient le sacreuicnl de l'cxirème-onction, et il élait de nnloric é pulilique quMs le cclébraieiil en la manière qu'ils observent encore présentement. Donc puisqu'au concile de rion-nce on ne jugea pas qu'ils fussent coupables d'aucune erreur sur ce sacrement, on no peut , sans lémériié, les accuser de ne l'avoir pas. Le décnt d'Eugène pour les Arméniens ne dclmit p:\s celte vérité, puisque jamais les Grecs ne l'ont connu, et qu'il n'a élé Tiit qu'après leur départ ; et que, sans enti er dans la discussion de ce qui regarde l'autorité qu'il doit avoir, il ne peut pas dé oger à cclic du décret général. C'est sur ce dernier que fui fondée l'union qîie les Gr-cs roniiirenl depuis; il con'.icnt ce qu'on propose à ceux qui renoncent au schisme , cl on ne les examine pas sur l'autre, qui ne les regarde p;>iiil. Le P. Goar, qui avait joint à un grand savoir une longue expérience, parce qu'il avait travaillé longtemps dans les missions du Lovant, a soulenu dans ses notes sur cet endroit de l'Eucolog'^^ qu'ori nc pouvait f^ans injustice accuser les Grecs de n'avoir pas le sacrement de rexlrèmc-onrt.on. Il remarque d'abord que les Latins y empliyaicnl autrefois sept prêtres comme les Grecs, ce qu'il prouve par un ancien office qu'a publié le P. Hugues llcnard, ce qui est confirmé par plusieurs autres. Il reprend avec justice Sinréon dcTliessalcmifiue, de ce qu'il soutiat, sans aucim fondement, que ce sacrement ne peut être administré par un seul prêtre. Il témoigne que quoiqu'il soil assez ordinaire parmi les Grecs de se faire porter à rÉgliso pour le recevoir, ils le donnent néanmoins dans les maisons. A l'égard de ce que la bénédiclion de riniile nc se fait pas par les évêques, il termine la difficulié en un mol , citant l'instruction dressée pour les Crocs par Clément VIII , oij il est dit qu'ils ne seront point obligés dans les lienx cù ils sont soumis aux Latins , de prendre l'huile béiiile par le diocésain, parce qu'ils en font la bénédiction , suivant un ancien usage , dans le temps môme qu'ils Padminis- Irent : Ciim ejusmodi olca ab eis in ipsà olcorum el sacrameulorum exhibitione ex veteri ritu coiificiautur nc benedicantur. Arcudius, qui n'esl pas toujours favorabl' aux Grecs, cite (1. 5, e. 2) celle instruction, et il csl cnlièremcnt de l'opinion du P. Goar. j Connue on ne doute pas après cela que la matière ne soit leile qu'il est nécessaire, la dil'ficullé qui reste regarde la forme , el les théologiens qui sont le plus prévenus contre les formes dépréeatoires ne peuvent fiicr que l'Église latine s'en sert en ce sacrement. Le P. Goar, Arcudius mcn;e, et d'autres très-babil, s lliéologiens, la font consister dans une des oraisons qui commence par ces mots : nàTep â/'* . '°'^p^ twv
f^y&> Père saint. Médecin des âmes et des corps ,
qui avez envoyé voire Fils unique Noire-Seigneur Jésus- Christ qui guérissait de tonte maladie , et délivrait même de la mort , guérissez N, votre serviteur des maladies du corps el de l'àme dont il est attaqué, et vivifie: -le par la
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grâce de voire Christ , par les intercessions de lu irèssainte Vierge, etc. Car celte oraison explique les principaux eiïels qu'on atiend du sacrement, (|ni sont la rémission des péchés el la guérison du corps Ainsi le P. Goar conclut que celle forme est suflisante; qu'il n'en faut pas cherclier d'auire , et encore moins en inventer de niuvclles, counne avait voulu fiire Catumsyritiis, Grec-Ilalien, dont le livre a clé conda;nné, et certainement avec raison. Car l'auleur, sous prétexte de reprendre les fautes d'Arcudius , en commet de beaucoup plus grossières, par des raffinements ridicules de seolastique , dont les conséquences renversent toute l'économie de la discipline sacramentelle. Le défaut de l'expression de l'acte du ministre est une de ces subtilités , el on n garde présentement cette opinion comme un paradoxe insoulenable.
Le raisonnement du P. Goar csl très jtistc 01 très conforme à ce que l'Église a jugé des cérémonies grecfiues, qu'elle a approuvées, non seulement par un consentement tacite , puisque dans le temps que les deux églises ont conservé l'union , il n'y a eu an- CH!ie dispute sur rextrême-onction ; mais encore après un examen sérieux , tel que celui (pii avait éié fait durant le concile de Florence , et qui a élé renouvelé souvent, sous Léon X, Clément VII, Grégoire XIII et Clément VIII, |)ar rapport aux Grecs qui jc trouvaient dans des pays soumis aux Latins. On doit aussi ajouter que ce sacrement est presque tout de prières , que les Rituels lali s en contiennent un très-grand nombre, et que rien n'est plus contraire à l'esprit de l'Église que de les regarder c inme inutiles, par des raisons de convenance tirées de principes qui sont beaucoup moins aiiciens que les cérémonies et les prières dont il est question.
Les Grecs et tous les autres croient au contraire qu'elles sont très elïicaces ; el, quand ils raisonnent scolastiquement, ils prouvent fort bien qu'elles tiennent lieu de forme dans ce sacrement, comme dans la pénitence, dans le mariage et en tous les aulres. Ou penl voir sur celle matière les recueils qu'a donnés M. de Launoy d'un grand nombre de Rituels de tous les siècles, et on reconnaîtra qu'il n'y a presque aucune prière ou céiémoiile qui ne se trouvent confirmées par la pratique semblable des églises d'Occident. Enfin on ne peut nier que la coutume d'appeler plusieurs prêtres, et de faire les prières sur le malade, ne soil entièrcmenl conforme à ce que prescrit l'apôtre S. Jacques; en sorte qu'il y aurait plus de peine à justifier la pratique de recevoir l'onction avec les paroles : Ungo te, etc., qui onl été dans les Rituels latins pendant plusieurs siècles , et par le ministère d'un seul prêtre , qui semble n'clre pas ce qu'ordonne S. Jarques, qu'à défendre le rit oriental des objections de ceux qui l'attaquent.