‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 242 sur 323 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Diverses observations sur la discipline des Crées dans

l'administration de f extrême onction.

On doit cciiend.ini examiner une objection qui a

«r, LIV. V. DK L'CXTUtM!

(lélcriiiiiié plusieurs liicologiciis à douter que les Grecs el les autres clirélieiis d'Oricnl fussent df-uicu rés dans les bornes de la tradiiion, parce qu'ils adiiiinisircnt l'onction à des personnes qui se portent bien, et que, même après l'avoir donnée aux malades, les prêtres qui ont célèbre l'oflice se font des onctions l'un à l'autre , et ensuite à ceux qui se trouvent présents. Celte objection , qui paraît considérable quand ci'.c est détacliée de toutes les circonstances de la cérémonie, ne l'est plus si on examine la diiTérence essentielle qu'il y a entre l'onction du nialado et colle (I;; ceux qui en font l'olfice ou <jui y assistent. Le niala'Ic, au nom durpiel on bénit l'Iiuile ou la lampe, est le sou! sur lequel on fait les prières conformes à l'intention de l'Église, el on ne les dit pas sur les antres. Hais comme ce sacrement n'est pas seulement pour demander à Dieu la guérison on le soulagement des infirmités corporelles, et qi:e sa principale destination est la réniissi(m des péchés; que par une ancienne discipline il y a eu plusieurs occasions où l'absolution des pénitents, quand ils ont commis de très-giands pécliés, aussi bien que celle des béréliques ou réputés tels, se fait par l'onclion jointe aux prières, les Orientaux ont cru aisément que l'huile bénite par bîs cérémonies sacrées pouvait être utile pour leur aliircr quelque bénédiction temporelle ou spirituelle. C'est par ce motif qu'après la cérémonie faite sur le malade, ils ont la dévotion de recevoir l'onction de l'huile qui reste, mais sans aucun dessein de recevoir le sacrement, qui n'est pas institué à colle fin.

La preuve en est claire, puisque cerlaincmenl ils ne deiiiandcnl lias la guérison quand ils se portent bien, qui est un «les effets que peut produire le sacrement; el que l'autre, qui est la rémission des péchés, ne peut non plus leur venir en pensée , comme si par celte onction ils les ciraçaient de même que par le saaenienl de pénitence. Car dans tous les of.lces de l'exlrcme-onction , grecs, syriens ou copblcs , il est marqué que le malade avant que de la recevoir aura confessé ses péchés aux prêtres ; ce qui fait voir que les péchés qui devaient êlrc expiés par la confession, par les peines canoniques et ensuite par l'absolution sacerdotale, ne leur paraissaient pas effacés par cette onction. En Egypte, où, parmi les Cophtes, la pénitence canonique a été abolie durant un temps considérable, on ne trouve pas qu'aucun de ceux qui l'ont atla(;ué.', connue Michel, métropolitain de Damietle, et quelques autres, aient dit que celte onction suffisait. Elle n'est pas marquée dans les Rituels comme faisant partie de l'office, et elle n'a aucune oraison p.iriiculière. On la doit donc regarder comme une psalifpie semblable en son genre à plusieurs autres (pie la dévotion a iiitroduit(!S, comme est celle de donner aux assistants, après la Liturgie, ce «|ui reste du pain offert à l'aulel, dont on a tiié la partie qui a élé consacrée. On la distribue h ceux qui n'ont pas conir.iunié avec de l'eau bénite, comme on donne en d'autres occasions de l'eau qui a élé bénite jtour 1^^ baptême.

>0.\CTION ET DE LOKitllE. 926

Si, dans la suite, ce qui é;ail d'abord innocent a dégénéré en abus, il ne faut pas le regarder connne une jvirtie de la discipline de ces pays-là, mais comniK une pratique qui, étant bien entendue, n'a rien de mauvi.is, cl qui a été introdiiile pour empêcher des snpcrslili >ns auxquelles bs Orientaux sont nalur:l- Icmeiit p;>rtcs, etdoni plusieurs que nous coimaissons à |:eine sont marquées dans les Vé.iiienliaux. Aicudiiis (1. o, c. 4) a traité cette question fort au long, <'t, quoiqu'il soit jnévenu ass(!z souvent contre les Grecs, il a entrepris néanmoins de justifier celte pratique qu'ils ciinservcnl , de donner l'onction de VsvyjlKtoj .à d'autres qu'aux niahulcs. Il dit pour cela que plusieurs saints, même en Occident, ont fait sur d s malades, sur des possétlés ou sur d'autres personn s, des onctions d'huile, qui souvent étaient suivies d'effets miraculeux; et que ce n'était pas l'huile bénite par les évê(iues ni par les prêtres. II cite sur cela plusieurs exemples des saints d'Occident, cl il y en a un Irès-grand nombre dans les Vies des saints d'Oricnl. Il ajoute que quand même les Grecs se serviraient de ce qui reste d'huile bénite par les prêtres, ils ne feraient que ce qu'on faisait dans l'Éylise occidentale à l'égard des én;'rgunièn(!S, el (pie, comme on ne fait pas à l'égard de ceux qui sont en santé les mêmes cérémonies qu'à l'égard des malides , on no doit pas tirer à conséquence quelques rubriques de l'Eucologe qui ont rapp irt à cet usage particulier, et qu'.l prétend avoir élé ajoutées par les Cncs modernes. II croit que cela a tiré son origine, suivant l'opinion de Bellarmin, de la dévotion des chiéiiens, qui étant témoins de divers effets miraculeux produits quelquefois par les sacrements, avaient cru s'attirer une bénédiction par l'huile bénite pour les malades, comme par l'eau qui avait servi au ba, lême, dont est venu l'usage de l'eau bénite, et (pie d'autres faisaient un pareil usage du chrême. On peut voir dans raule;ir même et dans les notes du P. Goar, ce qu'ils ont dit sur ce sujet; car le dessein de cet ouvrage n'est pas de justifier en tout les Grecs ni les Orientaux , mais de rechercher ce qui reste de monuments de l'anli- (juité ecclé>iastique dans les mines de ces églises ravagées par le schisme, ou par l'hérésie, et accablées depuis mille ans sous une dure captivité, qui a produit une grande ignorance, et fait un tort considérable à la discipline.

Ce qui a un rapport précis au dessein de ccl ouvrage est de savoir si de certains abus , et même ceux qu'on ne pourrait ju:,tiner de superstition , les proteslants peuvent coiulure par des conséquences justes , que les Grecs et les Orientaux ne croient pas que l'onclion des malades , telle qu'ils la pratiquent, est un véritable sacrement. C'est ce que nous ne croyons pas qu'on en puisse tirer, même de la coutume introduite dans les derniers temps, de f.irc l'onclion sur d'autres que sur des malades d'une mahidic dangereuse. Car il parait par les cérémonies et |!ar les prières qu'on en espère deux effets, l'un pour le co: ps , l'autre i-oin- l'àme. Or il n'y a pas un théo-

t)17 l'Elu ÉTUITÉ DE LA F(><

iugien grec qm dise de celte seconde espèce d'onclion qu'elle soit fondée stir rcxeni|)Ic des apôlres, marqué dans S. .Marc, i;isiirles paroles de S.Jacques, comme ils le disent de la première. li n'y aurait pas de S'ij t de condamner lusage qu'ils font de celle onciion sur rcux qui ne sont pas malades à l'extrémilé , puisque l'apôirc ne dit pas que, si quelqu'un est en cet clal , il appelle les prêtres; mais qu'il semble que le sens naturel de ses paroles s'élend à toute sorte de maladies. Sur ce principe on reconnaît dans leur pratiiiue (|u'ilsonl unetelleconfiunce à cette cérémonie, conwne étant d'iusl ttilion divine et reçue par la tradition apostolique ; qu'ils croient pouvoir employer rouclioii dans toutes les maladies sans attendre qu'elles soient périlleuses , comme on fait communément dans l'Église latiiic. Celte confiance marque une foi plus cer- Itine de reflicace de celte cérémonie à l'égard des maladrs, et marque clairement qu'ils n'ont pas déterminé le sens des paroles de l'Écriture aux guéi isons miracnicnses ; puisque si cela était , depuis qu'elles ont cessé, ils auraient enlièrement supprimé l'oncliori et les prières qui l'accoiiipagncnt, comme ont fait les proii'slaiils.

A l'égard des pers'>nncs qui sont en pleine santé , on no penl pas dire ([ue les Grecs en faisant roncliiu prêt: iiilcnt les guéiir des maladies (|n'ils n'ont pas. C'est donc le second effet qu'ils ont en vue, qui est la rémission des péchés. Or il y a plusieurs sortes de réniission des péchés, cl il ne la (anl pas restreindre à la priuripalo et à la plus ossontielle , qui est celle qu'on (djtient par le sacrement de pénitence, par laquelle le pécheur se soumet aux clés de l'Égliso. Ca n'est pas cela que prétendent les Grecs modernes en faisai.l l'onction de l'huile bénite sur d'autres quf sur des malades; puisque, comme il a é:é prouvé [ar leurs auteurs, ils ne croient pas que les pécîiés commis contre le Décalogne puissent être remis autrement ([lie par la confession , la salisfaclio!) canonirpic et l'alisolulion sacerdotale. II n'y a pas d;ins les lliéologiens ni dans les caiionislcs le moindre vesiige d'une antre sorte de disciidine pour obtenir la reniissiou de pareils péchés : et aucun canoa, ni constitution syno- <lale ou patriarcale , n'a établi que ceux qui en avaient la conscience cliirgéc pouvaient s'adrisscr :iux prêtres, qin feraient sur eux l'office de Vsv-/éyc.t.oj, iroyeiuiant quoi ils pourraient librement approcher <le la communion, Ceux-mènies qui ont voulu abolir îa confession , connue deux patriarches d'Alexandrie dont il a élé parlé , n'ont jamais proposé ce moyen couime propre à supj léer la pénitence canonique. De plus les Grecs maniueul dans leurs Kucologes (juc celui qui recevra VzùyDMioj ou rexlrcme-onclion , doit auparavant avoir été coidcssé. Si donc ils ont cru que la confession était nécessaire, afin que ceux qui recevaient ronclion pussent partit iper à la griîcc (|ui est propre à ce mystère, ils supposaient nécessairement que, pnur le recevoir avec fruit , il fallait qu'ils fussent oblenu par la péniicnce la rcinission de leurs j'i-cliés ; c'e>l à dire de ceux dont ou ne ji.-^ui oritcnir

SliK LtS SACRKMF^NTS.

le pardon sans les soumettre au.x clés de l'Eglise.

Ce n'est donc pas de ces péchés que les Grecs prétendent délivrer ceux auxqnels ils administrent l'onction destinée ordinairement aux malades. Lesjéchés véniels, comme enseignent la plupart des théologiens, conformément à la docirine des Pères, sont remis par différentes bénédielions, par de bonnes œuvres et par pliisieurs pralifjues de piélé, que l'exemple des p'/tis grands saints jiislifie suffisamment. L'eau du baptême, quoique sa première et principale destination regarde l'usage qui s'en lait da.us le saci ement , a néanmoins élé coiisidérée comme aîlirant quel(|ue béuédictioi» sur les fidèles , et c'est ce qui a donné origine à l'eau bénite. On remarque qu'autrefois plusieurs avaient une pareille confianee pour le clircnic; de sorte que ce qui était d'abord une action de piélé, à laquelle l,s chréùcns aimaient mieux avoir recours dans leuri infirmiiés et dans leurs peines, qu'à diverses supetslilions qui élaienl restées du paganisme , et contre lesquelles S. Jean Chrysoslôme, S. Augustin et d'autres rères déclament si fréquemment , dégénéra en abus,^ cl pour le réprimer on fit divers canons. La vénération pour l'Eucliarislic produisit plusieurs autres pratiques qui furent louées en certaines occasions, parce qu'on reconnaissait quole principe en était bon, puisqu'il était fondé sur une foi vive; el néanmoins elles ont é:é défendues dan; la suite. S. Augustin (op. Ivipcrf. 1. 3, c. IGl) rapporle l'exemple d'une femme qui , pour guérir son fils d'un mal désespéré , fit un caiaplisme avec la sainte Eucharistie, ce qui serait aujourd'hui regardé comme un sacrilège. Abulfarage,. sur le témoignage de jacobiles plus anciens, parle de quelques chrétiens do son temps qui conservaient des particules de rEucharistie comme des reliques , dont ils faisaient divers usages qu'il condamne. Mais lui et d'autres canonistes orientaux permettent de porter sur soi des pâles faites avec la poussière de l'autel, de faire usage de l'eau avec laquelle on lave le c: lice .'près la célébration des saints mystères, et d'autres pratiques semltlables.

C'est donc sur quelque chose de pareil qu'd faut établir l'origine de l'usage introduit parmi les Grecs de se servir de l'onction, môme ii l'égard de ceux qui se portent bien. La foi commune de ces chrétiens, suivant laquelle ils croient que les matières employées dans les sacrements sont sanctifié!.^s par les ministres des autels, fait qu'ils sont persuadés qu'elles portent une bénédiclion qui peut être utile tant pour le corps que pour l'âme. Ainsi , comme ils se sont servis de l'eau qui restait après le baptême et du clircme, ils ont cru facilement que l'huile Léniic par sept prêtres et par plusieurs prières le.ir pouvait communiquer une bénédiclion plus grande que celi'j qu'ils espéraient recevoir en se frollant rie l'huile des loupes (|ui brîtlaicut devant les imagesde la Vierge cl des saillis, ou leurs relitpies, dont on trouve un exemple dans la Vie de rierre-le-.Martyr, patriarche d'Alexandrie. Ce qui était d'abord simple el ^ans afl'e< lalioii est devenu un a!*u-- dans la suite, p:iisqu"'in Me

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