LIV. V. DE L EXTRftME ONCTION ET DE L'ORDRE
aulrcs. Pendant celle prière, et qnclines auircs suivantes, ceux qui doivent être ordonnés sont proslernés jusciu'à terre. Les paroles sont remarquables, en ce que révoque remercie Dieu de lui avoir donné par sa (jràce d'être nw.diateur et dispensateur de ses dons divins, et le pouvoir de donner, en son nom , tes talents du ministère spirituel aux ministres de ses saints nnjslères. Ainsi, conformément à la tradition apostolique , qui eut venue jusqu'à nous par l'ordination du ministère ecclésiastique, nous vous présentons, Seigneur, vos serviteurs qui sont ici présents, afin qu'ils soient diacres, choisis pour votre service; et tious vous prions tous pour eux, afin que la grâce du Saint-Esprit vienne sur eux, qu'elle les rende parfaits et capables d'exercer ce ministère, etc. L'cvêque leur h\l le signe de la croi\ sur la icte, et il lein- impose la main droite, tenant la gauclie élevée vers le ciel; et après une prière, il leur fait encore sur la lête le signe de la croix; ils se prosternenf, il leur Ole ensuite l'éioic qu'ils avaient au cou, et il la leur met sur l'épaule gauche. Il leur fait touclier le livre des Épitros de S. Paul, présenté par rarcliidiacre, Pt il lait le sign:^ de la croix sur leur front. Enfin il dit : Un tel est séparé, sanctifié et consacré au ministère ecclésiastique et an service lêvitique de S. Etienne, au uom du Père, etc.
On a dans de irès-excellents manuscrits des ordinations jacobiles , plus entières que celles du P. Moriii, mais qui contiennent presque les mêmes cérémonies, et des oraisons semblables en substance, sur lesquelles le dessein de traiter cette matière fort som- Hkairenient ne nous permet pas de nous étendre. Il est d'abord important de remarquer que lorsque ce savant homme les a intitulées : Ordinations des jacobiles ou eulychiens, il n'a pas parlé exactement, car les jacobiles, quoiqu'ils ne reconnaissent qu'une nature en Jésus-Christ après l'incarnation, condamnent néanmoins Eulychès cl son hérésie avec anathème. En nu mot, depuis plusieurs siècles il n'y a point d'eulydiiens eh Orient.
On remarquera encore que dans roffice qu'a donné le P. Morin il est dit d'abord que l'évêque coupe 1rs cheveux en forme de croix à celui qui doit être ordonne, et le met entre les mains de celui qui est chargé de l'instruire dans ce qu'il est obligé de savoir, ce <(iii ne convient ni à la discipline de ces églises, ni aux autres exemplaires. C'est ce (jui donne lieu de croire que ceux qui copièrent celui sur lequel a été faite sa traduction, y ajoutèrent celle cérémonie, qui a rapport à la tonsure monacale ou cléricale. I Les parties essentielles de l'ordination sont conformes à celle ((u'il a donnée comme propre aux maronites, t^e qu'il y a de particulier est que dans ce dernier oflice il est marqué que l'évêque imposant les mains, les met auparavant sur le voile qui couvre les saints mystères, et voici les paroles de la traduction : Itpiscopus ponil manus suas super mysteria, et extendil brachia sua contraliitque tribus vicibus accipicns de calice in pugillum suum ckm mysteria colligunt et cooperhint peplo seu lintco sacro. Ces paroles sont iniiilcliigibles,
et le sens qu'on y pourrait trouver est contraire à h discipline certaine et constante de tout l'Orient. Car le respect qu'ils ont pour l'Eucharistie ne permet pas de croire qu'ils en versassent quelque particalc! d-ins la main de l'évêque, comme nous l'avons fait voir ailleurs. Ce qui est donc plus clairement expliqué dans le manuscrit de Florence, et qui se pratique en d'autres ordinations, est que l'évêque étend ses main sur le disque ou la patène , et sur le calice, qui son» couverts de leur grand voile, qu'ensuite il ferme les mains comme s'il prenait une poignée de queb[iie chose, faisant ainsi entendre qu'il les sant titii! en cette manière, en les ayant approchées des saints mystères. 11 est aussi marqué qu'on donne le f^i-xiSio-» ou éventail au diacre, et l'encensoir avec lequel il encense lu peuple autour de l'église. La forme des dernières |;arolcs est la même , l'évêque disant : Un tel est ordonné diacre à l'autel de telle église, etc. Les cérémonies et les prières marquées dans le Ponlilical des jacobiles qui se trouve dans la bibliothèque du grandduc, ne diffèrent en aucune chose essentielle.
11 en est de môme des ordinations cophtes, c'est-àdire ilc celles des jacobiles d'Egypte soumis au pa~ triarche d'Alex.Tiidric. Le P. Morin en a donné uu abrégé très-imparfait, qui avait déji» été imi>rimé par Allatius dans ses Symmicta, sur lalradlIClion attribuée au P. Kircber, qu'on dit dans le titre avoir clé fait;; sur l'original en langue égyptienne. Comme ceux ({ni ne se sont pas appliqués aux langues orientales no peuvent juger de ces pièces que par les traductions, et que celle-là est entre les mains de tous les théologiens , il est bon de !.j- avertir qu'elle est pleinc'de fautes grossières ; qu'elle n'est pas faite sur le texte cnpble, mais sur une version arabe, par quelijue maronite qui n'entendait pas la matière, en sorte (pi'il y a plusieurs endroits capables do donner de faux sens, tels que sont ceux où ou trouve Kvangelium au Leu de beneplaciluni , fabrica ecclesiœ au lieu d'œdificatio, balieus au lieu à'orarium, et ainsi du reste: mais il y en a de plus capitales dans les autres ordinations. Ainsi on n'y doit avoir aucun éjjard.
Il paraît donc irès-clairemcnt que tout ce qui peut èire considéré comme nécessaire pour la couslitution eniière du sacrement, se trouve dans ces ordination». On demande d'abord quelle est la matière ; ceux qui la font consister dans la cérémonie de donner à celui qui est ordonné les instruments ou les marques do son ordre, trouvent qu'on présente le livre des Épîtrcs, le voile sacré dont on couvre les saints mystères, et le fi-CûiQ-j ou éventail, eî celte matière es', plus que sufiisante. Le P. Morin et d'autres habiles théologiens la Ibnl consister dans l'imposition des mains, ce qui est plus vraisemblable et plus conforme à l'ancienne lhéo~ logie. Caille imposition des mains se fiil plusieurs fois. A l'égard de la forme , quoique les anciens Grecj ' ne se soient pas servis de cette manière d'expliquer la doctrine des sacrements , qu'elle ne soit même pas plus ancienne parmi nous que Guillaume d'Auxerre, qui la proposa dans le douzième sièrlc , comme elle
ne conlienl rien de conlrnire à la foi, elle a été reçue par les Grecs modernes, quoiqu'avec plus de circonspeclion. Car ils ont toujours cru, et en cela ils n'ont rien dil qui ne fût conforme à la doclrine des Pères grecs et latins, que les formes sacramentelles «e recevaienl aucune alteinie par les prièies. Ils croient donc qu'elles ont leur efficace, et même qu'elles sont nécessaires, en ce qu'elles déterminent les signes sacrés et les cérémonies à l'intention de l'Église, et en cela on ne peut accuser les Grecs ni les Orienl;iux <l'aucune erreur.
Cepemlant les théologiens plus attachés à l'nsnge présent et au style des écolos que n'ont été ceux qui ont jugé que les prières pouvaient tenir lieu de forme, cl qu'il était incontestable que dans quelques sacrements, surtout dans la pénitence et dans l'extrêmeonction, il n'y avait eu ordinairement que des formes dépréeatoires, ne peuvent faire de diflicuUés raisonnables sur celles des ordinations orientales. Car la formule :/)JvjHa gratia, qui est marquée dans tous les offices en diverses langues, peut inconlestalilenienl passer pour une forme sacramentelle , puisque celle expression : La grâce divine élève un tel de Cordre des lecteurs à celui des diacres, est équivnleule à celle-ci : J'ordonne diacre un Ici qui n^élait que lecteur; et ainsi l'aclion du ministre, qu'on appelle aclus cxcrcilus, est en son entier. Si cela ne suffisait pas, ce qui se dit en dernier lieu : Un tel est ordonné pour être diacre de telle église, y supplée abondamment, puisque c'est comme si l'évêque disait : J'orJoH«e m« tel diacre , etc.; de niêmc que, de l'aveu de tous les théologiens, on reconnaît que la forme dont les Grecs se servent pour administrer le baptême est eflîcacc, quoiqu'ils ne disent pas: Je vous baptise, mais : Un tel est baptisé.
On doit encore faire moins de difficulté sur la ililîérence des cérémonies, q'ii n'a jninais été un obstacle à l'union des églises. Aussi, noiiobslanl l'avis et la pratique contraù'e de [dusieurs missionnaires et théologiens, qiù condamnaient par cette raison les ordinations orientales, et qui souvent les avaient fait léitérer, Urbain VIII réprima cet abus, dont les conséquences étaient trcs-dangereuscs. Car, si un prêtre ordonné de la manière dont on célèbre les ordinations dans l'église orientale esi considéré comme laïque par le défaut des cérémonies pratiquées dans l'Église latine , il est certain que tous les anciens évêques, cl les plus grands saints de l'église grecque, n'étaient ni prêlrcs, ni évêques, ce qu'on ne peut penser sans horreur.
Les protestanls peuvent comparer leurs ordinations de diacres avec celles que nous avons rapportées, qui ne sont pas moins éloignées d(! leur discipline qu'elles sont conformes à celle de l'ancieime Église et à la pratique universelle de tous les siècles. El comme, parnn les calvinistes, ce qu'ils appellent ministre est un diacre, ils peuvent reconnaître que si le peuple a quelque part dans celte cérémonie, ce n'est pas pour l'imposition des mains, ni pour ce qu'il y a desacraw*«sile! , suais pour le témoignage des bonnes nioeuis
PERPÉTUITÉ DE LA FOI SUR LKS SACREMENTS. Q48
et do la capaci:é du sujet ; en"n que les prières sa-
crées demandent à Dieu, pour celui qui est ordonné, une grâce réelle cl propre au ministère dont il est revêtu, produite par le Saint Esprit invoqué exprès, el par conséipient une grâce sacramentelle.