CHAPITRE VIIL
Des archidiacres et des prêtres.
Dans l'église grecque, ainsi que dans toutes les coinmimions orientales, les archidiacres sont coirpiés parmi les dignités ecclésiastiques, ainsi que dans l'Église latine. Le P. Morin et d'autres savants théologiens et canonisles ont expliqué leurs fonctions, et ce quia rapport à leur iuslilution et à leurs pouvoirs, et les divers changomcnls de discipline qui sont arrivés à leur égard. Cela ne regarde pas noire dessein ; ainsi nous n'en parlons que pour marquer que parmi les nesloriens et les Cophtes ils ont eu depuis plusieurs siècles une très-grande autorité pour le gouvernement de l'Église. On voit par l'ancienne inscripiien syriaque et chinoise qui fut trouvée dans la province de Xensi en l(i2j, dans laquelle on trouve mie histoire abrégée de l'entrée du christi;uiisme dans la Chine par une mission des nesloriens dans le huilièmc siècle, qu'il y avail parmi les ecclésiasli'pies, dont les noms sont marqués en syriaque , un archidiacre de Cumdan ou Nankin , qui était alors le siège de l'empire. Lorsque les Portugais cnlreprirenl la réforme des chrétiens du Malabar, qui étaient nesloriens, Alexis de Ménesès. archevêque de Goa, trouva les é^;!ises gouvernées par un archidiacre. Il est souvent faii mention des an hidiacrcs d;ins rhisloire des patriarches de cette secte et dans celle des jacobiles d'Alexandrie. Enfin dans les Rituels d'ordination publiés par le P. Morin, il y en a un pour les archidiacres, el ou en trouve de semblables dans les manuscrits.
Or, comme nonobstant la distinction que font les théologiens et canonisles grecs entre x^V^'s''^ et ysi^soTo-Av. , les Syriens el les Égyptiens stj servent également du dernier mot, qui signifie l'ordinalion proprement dite el sacramentelle à l'égard des archidiacres , il a i>aru nécessaire d'examiner si on peut prouver en conséquence que les Orientaux croient que l'archidiaconal soit un ordre distingué du diaconat. Celle (pieslion paraîtrait assez inutile, si elle n'avait domié lieu à des missionnaires et à d'autres de dire (pie ces chrétiens avaient une connaissance si confuse de ce qui concerne la créance orlhodoxe louchant les ordris, qu'ils n'en reconnaissaient pas quelques-uns, comme les ordres mineurs, et qu'ils e:i claldissaient d'autres que l'Église ne recevait point comme distingués de ceux qu'elle connaît, entre autres les archidiacres, les archiprêtres, et les igumèucs ou archimandrite?.
Afin que celle objection eût quelque solidité, il faudrait que l'Église eût déterminé le nombre des ordres sucrés, ou autres , ce qu'elle n'a pas lait , puisqu'en Occident la discipline sur cet article n'a pas toujours été la même ; ce qi;i prouve suflisammenl que celle
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Viirictc n'aUaquail pas la foi , cl que cependant on a clé en commiuiion parfaite avec Tégllse d'Orient. Ainsi la seule difficulté qui pourrait rester, est que suivant le Pontifical des jacobites donne par le P. Mofin , et par celui de la bibliothèque du grand-duc, aussi bien que par ceux des Coplhes , il semble que les arcbidiacres ont une ordination distinguée et sacramentelle. Il ne faut cependant que lire cet office pour être convaincu du contraire.
On a remarqué ci-devant que ce qu'on pouvait regarder comme essentiel dans l'ordination des Oricnloux, était la prière : Divina graiia, et la formule par laquelle Tévéque dit à haute voix : Un tel est ordonné pour tel ordre; à quoi on peut ajouter les marques extérieures de la dignité, comme l'étole pour les diacres; enfin , ce qui est encore plus important , l'imposition des mains. Dans ces Rituels et dans les auteurs orientaux qui ont parlé des arciiidiacres il ne se trouve rien de semblable. On fait diverses prières et des encensements ; mais cela se pratique en presque toutes les cérémonies de l'église orientale. L'évêque soufilc trois fois au visage de l'archidiacre désigné, mais sans prononcer de paroles qui déterminent ce signe exlcrieur. On lui met l'Évangile sur la poitrine , il le rer.d ensuite à l'évêque , et i-1 reçoit le pouvoir de le firc dans l'église, ce qui est un des privilèges honorifiques de cette dignité; puis on lui met entre les mains une manière de crosse ou bâton pastoral pour marquer la juridiction qu'il aura sur tous les autres diacres qui lui sont soumis. En toules ces cérémonies , et dans les prières qui les accompagnent, il n'y a rien qui convienne à une ordination proprement di(e.
De plus, si les Syriens et les Égyptiens ortliodoxes ou hérétiques croyaient que la dignité d'archidiacri; fut un ordre distingué du diaconat . on trouverait des canons pour le conférer à ceux qui sont élus pour Icpiscopat étant encore diacres, conime il est ordonné qu'on leur donnera tous les autres ordres , et c'est ce qu'on ne trouve ni ordonné ni pratiqué. Il est donc certain qu'ils considèrent l'archidiaconat comme une dignité qui donne une grande juridiction à celui qui en est revêtu, mais qui ne le met pas hors du rarg dos diacres.
Nous n'expliquerons pas en détail toutes les cérémonies qui regardent l'ordination des prêtres et des autres ministres supérieurs , parce que cela demande Hu ouvrage à part, que nous espérons donner au pn« blic. 11 suffira de marquer les principales, et sur lesquelles toutes les églises s'accordent , parce qu'ell s font connaître , sans entrer dans aucune discussion, que comme elles ne peuvent convenir avec les maximes et la théologie des protestants, ils ne s'accordent pas plus sur cet article avec les Orientaux q;ie sur les autres, qui ont été le prétexte de leur séparation. On remarque d'abord que les Grecs et tous les Orientaux regardent le sacerdoce comme un degré de dignité et d'autorité dans l'église , qui ne peut être donné que par l'imposition des mains des cvêques, successems des apôtres; et qu'ils ne connaissent pour cvàines
DE L'EXTRCMi: -ONCTION ET DE L'ORDRE.
que ceux qui ont reçu l'ordination canonique par les mains d'autres évoques , remontant ainsi jusqu'à Jésus-Christ. On ne trouve point qu'une assemblée de laïques ait jamais cru pouvoir faire des prêtres ; mais seulement qu'elle les a proposés comme de dignes sujets , et qu'elle les a reçus comme ses pères et ses pasteurs légitimes, lorsque l'évêque leur avait imposé les mains avec les prières et les cérémonies ordinaires. On recoiuiaîtra facilement que la différence entre les prières et les rites de lÉglise latine, de la grecque et di.'S antres, n'est que dans des choses extérieures, mais qu'elles s'accordent dans la substance; et qtie, selon la discipline commune à toutes, comme un prêtre latin a été reconnu dans les églises grecques pour véritablement ordonné, et qu'im prêtre grec a été reconnu de même dans l'Église latine , ainsi que les prêtres syriens, égyptiens, arnténiens, éthiopiens et autres ; aussi un prêtre de l'église anglicane, un ministre calviniste , et ceux de toutes les autres sectes , ne sont regardés parmi eux (pic comme des laïques sans ordination. Cela seul aurait dft suffire pour ouvrir les yeux à ceux qui ont voulu tirer avantage de la fausse Confession de Cyrille Lncar ; et si lui ou quelques-uns de ses semblables , comme trois ou quatre vagabonds , doiiî il est étonnant que les calvinistes aient voulu faire valoir l'autorité, ont communiqué avec les prolestants, et ont traité leurs ministres c;Mnmc véritablement ordonnés , on ne prouvera jamais qu'aucune église l'ait fait en corps. Etienne Gerlach, ministre luthérien , qui servit de chapelain au baron d'Ungnade , atnbassadcur de l'empereur Ferdinand, du temps de Jérémio, patriarche de Constantinople , n'a jamais été reçu à la communion de l'église grecfiue comme prêtre, non plus que ce fameux Antoine Léger, quoique Cyrille, dont il fut le confident pour cet ouvrage de ténèbres de sa Confessio.i, l'appelât vase du Saint-Esprit.
On peut aisément apprendre par les ordinations grecques du P. ilorin , par celles qu'a données le P. Goar, et par le Pontifical de M. Habert, le détail do la discipline des Grecs qui est le fondement cl l'original de celle des Orientaux ; cl comme ces habiles tliéologiens ont prouvé très-solidement que dans ces ordinations il ne manquait rien de ce qui est essentiel au sacrement, on en peut dire autant de celles des autres chrétiens unis ou séparés de TÉgiisc catholique.
Nous commencerons par les ncstoriens, comme les plus anciens do tous les hérctifiues qui subsistent encore, et sans nous arrêter à tout le détail , nous marquerons les rites essentiels. Après diverses prières commencées par l'archidiacre et continuées par le clergé et par le peuple , l'évêque prononce sur celui qui doit être ordonné la formule : Gratia divina, puis il lui impose les mains, et dit une oraison , dans laquelle , ayant fait mention de la puissance donnée par Jésns-Clirist à son Église , d'instituer des ministres sacrés, par la tradition apostolique continuée jttsqiC à présent, il dit qu'il lui présente ceux qui sont devant l'autel uour clïc élevés au sacerdoce. 11 dit ensuite :
Nous vous prions pour eux, Sdqiwir , afin que lu grâce du Saint-Esprit descende sur eux, qu'elle les rende parfaits et dignes du ministère auquel nous les présentons. 11 est à remarquer que celle prière est eulièrcment semblable à riuvocalioii du Sainl-Esprit qui se l'ait dans la Liturgie, à celle qui se fait dans le bapicroe, dans la consccralion du chrême, et en quelques autres cérémonies s;tcramcnlelles ; ce qui prouve incontestablement que l'ordination esl regardée comme nn sacrement pour la perfection duquel on invoque le Saint Esprit, de même que sur lo bapiéme cl sur fEncharislie , qui sont reconnus, même par les protestants, comme de vérilables sacrements. L'évèfiue demande aussi, par une prière particulière à Dieu, que ceux qui seront ordonnés reçoivent la grâce nécessaire pour imposer les mains sur les malades , your offrir le sacrifice, pour consacrer les eaux bnptisniules, et pour les autres fonctivns sacerdotales. 1! f.iil le signe do la croix sur leur froni, cl il acconuiiodc réloie qu'ils portaient comme diacres sur I ép;iule gauche, en la faisant croiser sur leur poilrim;. Puis il leur donne à chacun le livre des Évangiles , cl en leur faisant le signe delà croix sur le front, il dit : N. est séparé, sanctifié et consacré pour te saint ouvrage du ministère ecclésiastique et du sacerdoce d'Aaron , au nom du Père, etc.
Dans l'ordination suivant le lit des jacobites les cérémonies et les prières sont fort semblables. On dit la formule Gralia divina. L'évêque, avant que d'imposer les mains sur la tête de celui qu'il ordonne les approche du voile sous lequel sont le disque sacré et le calice , comme les sanctifiant par la proximité «les saints mystères ; ce qui se fait en la manière (jui a été expliquée en parlant de l'ordination des diacres, il les impose même d'une manière singulière, en les éloviinlet en les abaissant peu à peu, comme pour !-igni!ier la dcsccnle de la vertu d'cn-haut; et en ce moment 'es diacres remuent les éventails. Après les prières ordinaires, il dit celles de l'invocalinn du b.- Esprit , et faisant le signe de la croix sur le front lie celui qui est ordonné , il dit : Un tel est ordonné dans la sainte Église de Dieu prêtre au saint autel de N., au nom du Père, etc. 11 lui accommode réloie comme la portent les prêtres, cl il lui donne les «rnementssacerdolMux. Puis le nouveau prêtre donno l'encens en faisant le tour de l'église; il baise l'aulci, ensuite la main de l'évêque , et après la coimnunion l'évêque lui fait une exhortation sur la dignité et les devoirs du sacerdoce. Ces cérémonies sont conf.irincs à deux offices de la même ordinatioi), qui se trouvent dms le manuscrit de Florence.
L'ordination des p'êlres dans l'église copble est à yo:\ près semblable , pai ticulicremcnl pour l'imposilion des mains, avec les deux formules, Divina gralia, (M celle par laipielle il est déclaré (yVuu tel est prêtre d,' telle église. L'office qu'Allalius av.it fiii imprimer, cl (lae le P. Morin a inséré parmi les autres, est Ira- •liiit d'une si étrange manière, qu'il doime plusieurs f;uiN sens, entre autres deux ; l'un est l'endroit
où il y a jnrnmento vrœslito , comme si, avant que le iiouvt au prêtre baisât l'autel, on lui faisait faire iiiv serment ; l'autre explanel aliqnid de mysteriis, ce qui donne à entendre qu'on lui f.iit faire quelque manière de sermon. 11 n'y a rien dans le texte qni ait rapport à cela; et comme le détail dépend de l'explication de mots arabes , nous n'y entrerons pas , sinon pour avertir que les |)aroles traduites ainsi, explanet uliquid de mysteriis signifient (ju'i/ recevra la communion des saints vnjstcres; et qu'il n'y a pas un mol dans le texte original toucliaiit ce prétendu serment. La forme de l'instruclion que l'évêque fait aux nouveaux piètres n'est guère mieux traduite. Nous en trouvons deux dilTérentcs, dont l'une et l'autre, pailanl de la i!ig;iilé du sacerdoce, marquent, entreautres clioses, qu'ils se souviennent qu'i/s sont les dispensateurs des plus grands mystères du nouveau Testament, qui sont le corps et le sang de Jésus-Clirist. Dans la seconde, vous avez entre vos mains le corps de votre Créateur ; vous le tiendrez et vous le toucherez avec vos doigts, etc. Ce que vous toucherez est le corps de votre Dieu, de celui qui remet Us péchés du monde, et qui sera votre juge au jour du jugement.
Le père Morin forme différentes questions touchant les prières et les paroles dans lesquelles il croit qu'on doit établir la forme de l'ordination. U réfute Arcudius, qui prétend (]ue c'est dans celle (pii conuncnce />ii7')i« </ra/irt , et il soutient qu'elle n'e4 qu'imc publication , ou une déclaration de l'élection de celui (pu va recevoir l'ordination. Les Orienlanv n'entrent pas dans ces difficultés , se contenlanl do croire qu'avec ces cérémonies et ces pi'icres l'ordination est parfaite , sans déterminer les temps el ks moments. Ils croient toutes les i>riéres cfiicaces , et il n'y a que ceux qid ont voulu les examiner lr.!|> Scrupuleusement, el sans faire réflexion à rantiijuiKî dont elles tirent leur autorité , qui les aient cru inutiles. Il imp;)rle peu de savoir quelle esl celle dans la(iuelle on doit faire consister la forme; puis- (ju'on les dit toutes avec atlenliou , îo sacremcni ne peut manquer par le défaut de la forme. L'iuiiX)silion des mains, qui esl réitérée plusieurs fois, n'o!)lige pas à rechercher laquelle doit être regardée comme sacramentelle ; et on ne peut soupçoinier d'erreur ceux qui diront avec les Orientaux qu'elles le sonl toutes. Nous ne prétendons pas ici faire leiu' apologie, qiioiqu'à l'égard des ordinations il par;u"l »scz qu'elles furent jugées valides , après l'exainca qui Cil fut fait sous Urbain VIII , puisqu'on délendit d;' les réitérer; et la conformité qu'elles ont avec celles d s Grecs les justifie siifusaunncnl. Maisco qui regarde notre dessein esl de montrer, comme nous croyons avoir fait , que ces prières el ces cérémonies [ sont si contraires à la doctrine et à la pratique <lo-l tous les (>rolcstanls, même de ceux qui appellent leurs ministres prêtres et évêqucs , tprelles sufllscnt pour faire voir combien ils se sonl éloignés de la tradition et de la doctrine de toiN'.es les églises , !ors([u'ils ont prétendu ne icnoncer qu'à celle de l'Église romaine.