CHAPITRE X
Des évcqucs.
L'épiscopat est en si grande vénération dans tisutos les communions séparées par l'hérésie ou par le Si hisme, qu'il ne s'en est jusqu'à présent trouvé aucune eu Orient qui n'ait eu des évoques, et qui n'ait cru que sans évoques il n'y avait point d'église. Par le nom d'évèqucs , ces chrétiens n'ont pas entendu des mperintendanls , tels qu'en ont les luthériens , ou des personnes ordonnées par des prêtres et par des laïques, mais des prêtres qui, selon les carons, avaient reçu l'imposiiioii des mains de tr'ois ou de plusieurs évêques ordonnés par d'autres, qui l'avaient été par leurs prédécesseurs, en remontant jus<iu'aux apôtres. C'est cette succession d'évêques qui lait le f(Uidement des ordinations , el elle subsiste encore dans les églises orientales. Car les palriarches jacobites d'Alexandrie ont éié ordonnés par Dioscore el par ses successeurs, dont la suite n'a jamais été interrompue jusqu'à nos jours. Les Grecs, depuis lacoiiquêle de l'Égyple , lurent quatre vingl-dix-sept ans sans patriarche de leur communion; mais au lieu d'en faire ordonner un par leurs prêtres, ils envoyaient aux églises voisines ceux qui devaient être ordonnés , cl c'est ainsi que l'église grecque d'Alexandri<i s'est maintenue durant un siècle , jusqu'à ce qu'ayant obtenu la môme liberté que les jacobites, elle commença à avoir son patriarche .et ses évoques. Les Crocs d'Anlioche ont eu de même les leurs ordonnés par les évêques orthodoxes, et les jacobites avaient reçu l'ordination par Sévère et d'autres qui avaient tenu ce siège , hérétiques à la vérité ; mais outre qu'ils les regardent comme orthodoxes , il est incontestable qu'ils avaient été ordonnés par des évoques dont l'ordination était légitime. Les nesloriens ont succédé dans le siège de Séleucie et de Clésiphonte à des évoques orthodoxes , dont ils se vantent laussement d'avoir maintenu la doctrine, et ils font remonter cette successi(Mi épiscopale jusqu'à S. Thadée; preuve certaine qu'ils ne croyaient pas qu'on pût former un corps d'église si cette succession manquait. Us se trompent sur ce qui regarde h\ doctrine ; mais ils disent vrai quand ils assurent que leurs anciens évêques avaient été ordonnés dans l'Église catiiolique ;el t'est de ceux-là qu'ils tirent leur ordination.
On sait aussi très-certainement que la manière dont tous les évoques ont été ordonnés depuis le conmienccment de la séoiration de ces hérétiques, a
SUU LES SACREMENTS ggo
été conforme à ranciennc tradition de l'Eglise universelle; qu'ils ont suivi les rites qu'ils trouvaient établis, qu'ils n'en ont pas iniroduit de nouveaux directement contraires aux anciens , et qu'ils auraient regardé des ordinations faites selon la discipline des églises protestantes comme nulles et sans aucun effet , puisqu'ils ont conservé exaclemenl tout ce qu'il y a d'essentiel dans cette cérémonie sacrée.
Il est étonnant que quelques protestants aient cru après cela imposer assez au public, pour faire croire qu'on pouvait prouver, par les témoignages des auteurs orientaux, qu'anciennement dans l'église d'Alexandrie le patriarche était ordonné par desimpies prêtres.C'est un paradoxe que Selden entreprit de soutenir pendant les troubles d'Angleterre en liivenr du parti presbytérien, dont il était un des principaux acteurs. H n'avait aucunes preuves que celle qu'il prétendit tirer d'un passage de l'histoire d'Eulychius, patriarche d'Alexandrie, qui n'était pas alors imprimée, et qu'il n'entendait pas, rapportant à l'ordination ce qui avait rapport à l'élection du patriarche. C'est ce qu'Abraham Échel- Icnsis a prouvé très-clairement dans le livre qui a pour titre Eulychms vindicatus, auquel jamais les protestants n'ont fait de réponse solide ; et on pourrait, s'il était nécessaire, y ajouter un grand nombre d'autres preuves. Mais il n'y en a pas de plus décisive que la forme d'ordination pratiquée dans tout l'Orient, que nous allons expliquer.
Les Grecs, suivant l'office que le P. Morin a tiré d'un Pontifical fort ancien, après le Trisagium et (piclqnes autres prières, font venir celui qui doit être sacré au pied de l'autel , où le prélat qui fait l'office dit la formule Divina gratia. Ensuite il met le livrr des Évangiles sur la tête et sur le cou de celui qu'il ordonne, et sur lequel les autres évêques metienl la main; puis, lui imposant les mains, il dit une prière, par laquelle il demande à Dieu que celui qu'il ordonne, soumis à l'Évangile, reçoive par l'imposition des mains de lui et des autres évêques la dignité pontificale, par l'avènement du S. -Esprit sur lui. On dit d'autres prières, et l'oflicianl lui imposant encore les mains, prononce une oraison, puis il le revêt de Yliomopliorion, qui est le principal des ornements épisc.);;au\.
L'ordination que le P. Morin a donnée selon le rit nestorien, commence par plusieurs oraisons pour demander à Dieu qu'il accorda la grâce et le don du Saint-Esprit an nouvel évoque. On lit des leçons de l'Évangile qui ont rapport à la puissance donnée par Jésus Christ à ses a|)ôlres ; puis on met le livre sur les épaules de celui qui reçoit l'ordination, et dans ce temps-là même tous les évoques présents lui imposent les mains. L'évêque officiant prononce la formule Cralia divina; puis il dit une oraison pour demander à Dieu qu'il confirme l'élection. Il fait sur lui le signe de la croix, et imposant sa main droite sur la tôle de celui qu'il ordonne, il élève la gauche vers le ciel, et prononce une assez longue oraison. On y trouve ces paroles remarquables : Suivanl la tradilioH apostolique
9G! LIV. V. DE LEXrilÈME
qui est venue jusqu'à nous par l'ordination et l'imposiion des mains pour instituer des ministres sacrés, par la (jrûce ne la sainte Trinité et par ta concession de ^^os saints l'ères qui ont été en Occident, dans cette église de Kuki (c'csl le nom de rancieiinc église de Séieucie, qu'ils prélciideiit avoir élé bâtie par S. Maris, kur jipôlre), mère commune de toutes les églises orthodoxes, nous vous présentons ce serviteur que vous avez élu pour cire évêque dans votre sainte église. Nous vous prions que la grâce du Saint-Esprit descende sur lai, qiCelle habite et repose en lui, qu'elle le sanctifie, et lui donne la perfection nécessaire pour ce grand et relevé ministère auquel il est présenté; puis il l'ait 8ur lui le signe de la croix. L'archidiacre avertit les assislaïUs de prier pour ici prêlre, auquel on impose les mains afin de le sacrer évêque. Alors le peuple crie à haute voix : À|io;, qui se dit quelquefois en grec, quelquefois en syriaque. L'officiant dit une oraison par laquelle il demande à Dieu qu'il lionne à celui qui est ordonné la puissance d'en-haul, alin qu'il lie cl délie dans le ciel cl sur la terre, cl que par l'imposition de ses mains il puisse guéiir les malades, et faire d'autres merveilles à la gloire de son nom ; el que par la puissance de votre don, il crée des prêtres, di's diacres, des sous-diacrcs el des lecteurs, pour le ministère de votre sainte église. Apres cela lo prélat officiant lui fait encore le signe de la croix sur le front; puis on lui donne les ornements épiscopaux après les avoir mis sur l'autel ; cl le prélat ofticianl, après en avoir fait la bénédiction, les lui donne ainsi que la crosse épiscopale, et en lui faisant le signe de la croix sur le front, il dit : Un tel est séparé , sanctifié et consacré pour l'ouvrage grand el relevé de l'épiscopat de telle ville, au nom du Père, etc. ; le reste ne contient que des choses de cérémonial.
Ou trouvera quelques endroits dans cet extrait qui ne s'accorderont pas avec la version de cet olfice qu'a donnée le P. Morin, qui n'est pas exacte ; ce qu'on marquera ailleurs plus en détail, parce que ceux qui ne lisent ces ordinations qu'en latin ne peuvent souvent en entendre le sens. Le texte même n'est pas bien correct partout, el c'est cependant sur cela que llottinger a fondé plusieurs réflexions absurdes |)0ur trouver le calvinisme en Orient.
L'ordination des évoques , selon le rit jacobite , est assez semblable. Après l'office du jour cl diverses prières , un des évêques fait à haute voix la prockmation du nouvel évêque suivant la formule Cruiia divina. Ce qu'il y a de particulier, cl qui ne se trouve jtas dans le rit nestorien , est q;ic les évêques présentent au patriarche ctlni qui doit être ordonné, qui a entre ses mains une confessi )n de foi écrite et signée, dont il fait la lecture, ensuite de quoi il la remet entre les mains de celui qui fait l'office. On trouve dans divers manuscrits des confcs>ioris de foi qui paraissent avoir élé liaitcs en de pircillcs occasions, et même quelques fornmics de ce qu'elles dcvaienl contenir. C'est d'une de ces pièces que nous avons tiré un témoignage remarquable sur la créance des Oricn-