CHAPITRE PREMIER
Que selon les Grecs le mariage est un sacrement.
Nous avons prouvé par plusieurs passages d'auteurs iion suspects que les Grecs reconnaissaient sept sacrements; ce qui esl une preuve assez certaine qu'ils mettent dans ce nombre celui du mariage, puisque snns cela on ne pourrait trouver le nombre de sept. Mais les Grecs ne nous laissent en aucune incertitude; puis(|u'à commencer par Siméon de Thessaloiîi(|uc, qui esl regardé connue leur principal théologien pour les derniers temps, il n'y en a aucun qui ne dise que le mariage célébré en face d'église, qu'ils appellent Tt>.toî và/^o;, le mariage honorable, est un vériiable sacrement de la loi nouvelle, qui produit, à •l'égard de ceux qui le reçoivent dignement, la grâce nécessaire pour vivre chréliennemenl dans la société de l'homme et de la femme, poiu- élever leurs enfanis dans la crainte de Dieu, et pour les engendrer plutôt à l'Église et au ciel , qu'au monde et à eux-mêmes. C'est ce qu'enseigne Méiccc Syrigus, dans sa réfuiation du quinzième article de la Confession de Cyrille Luoar : TotUes les églises, dit il, ont appris par la tradition des apôtres, dont il avait parlé peu auparavant, qu'il fallait mettre le mariage honorable au nombre des sacrements. Nous appelons mariage honorable, non pas celui qui est en usage par toute la terre, par la conjonction de Huimme et de la femme pour la génération des enfants, car quoique celui ci ait été donné et béni de Dieu par bonté, pour la conservation du genre humain qui était corrompu, il n'est pas néanmoins un sacrement, puisqu'il esl commun non seulement à tous les infidèles, mais aux animaux; mais c'est celui que l'Église célèbre à l'égard des personnes fidèles , par l'invocation contenue dans tes prières sacrées, et duquel il est dit que t le mat riage est honorable, et la couche nuptiale sans tache, > etc. C'est celui-là qu'il est défendu de dissoudre pour toute sorte de cause que ce soit ; et celle défense a éié faite par celui qui a ordonne qu'on ne donnerait plus de libelle de divorce, parce qu'il n'clatl pas permis que
t l'homme séparât ce que Dieu avait conjoint. > Le mariage d'une autre sorte peut être dissous, selon S. Paul, qui dit que « si un infidèle veut se séparer de sa fenune, « il le peut faire. »
Le même apôtre l'a appelé en propres termes ^ t mystère » ou t sacrement , > lorsqu'il a dit : i Ce € mystère est grand, » et il ne dit pas qu'il est i grand » simplement, mais dans Jésiis-Christ et dans l'Eglise. Car cette conjonction n'est pas réputée comme une souillure , ni comme un péché, chms l'Eglise, quand même elle serait accompagnée de quelque passion ; mais par la médiation du Saint-Esprit qui se fait par la prière du prclre, que Dieu a établi pour être le conciliateur de cette union {et il ne joint pas immédiatement ceux qui la contractent), ceux qui se marient selon les règles de la tempérance et de la modestie sont sanctifiés, et même ils sont sauvés, selon celte parole de l'Apôtre : i La femme sera sauvée par les enfanis quelle mettra au monde, » c'est-à-dire dans l'étal du mariage, « pourvu qu'ils persévèrent dans la foi, dans la charité et dans la sanctification avec tempérance. » // dit aussi que « l'homme infidèle, sera sanctifié par la femme fidèle , et la fcmmJ! infidèle par l'homme fidèle; i ils le seront donc encore plus lorsqu'ils seront fidèles l'un et fautre. Il réfute ensuiie ceux qui, pour éluder le sens de ces paroles do S. Paul, disent qu'elles doivent être entendues simplement de Jésus Christ et de l'Église; et il montre par ta suite du discours que comme il esl p.irlé des devoirs réciproques des personnes mariées, il s'ensuit que c'est vérilablementdu mariage dont il esl parlé, elBonpas (le l'union mystique de Jésus-Clirist et de l'Église.
La Confession orthodoxe, question Mo, dit que k sixième sacrement esl le tnariage , qui, après (pie les futurs époux se sont donné réci .noquemenl la foi conjttqrle, est confirmé et béni par le prêtre. Les synodes de Cyrille de IJerroée et de Parlhénius-le-Vieux ont dé- ( l;iré contre Cyrille que le mariage élail considéré pirnii les Crocs comme un sacremcnl : cl la même doctrine a été enseignée par Corcssius cl par Grégoire prolosyncelle, son disciple.
9G7 rERPÉTUni! DE LA I-Oî
Celui-ci, dans son Abrégé dos dogmes de TÉglisc , ouvrage approu\é i)ar lous les Grecs, coinine on Ta fail voir ailleurs, donne pour lilre au chapitre dans !e- «nicl il parle du mariage ces parolcs-ci : Explication du sixième sncrenicni, c'est-à-dire du mariage. Le mariage, conlinue-l-il, est une entière concorde et une union de l'homme et de la femme, afin qu'ils passent ensemble toute leur vie. Nous disons que cette union est entière, paice que ce composé qui se joint par la volonté de l'homme, de la femme et de l'Église, ne peut être séparé par personne pendant toute leur vie, selon que Jésus-Christ a dit : t Que l'homme ne sépare pas ceux f que Dieu a joints, y ISous disons ensuite que le mariage est un sacrement que Dieu a établi, et par lequel l'homme se joint avec la femme pour toute cette vie temporelle, et S. Paul nous enseigne que c'est un sacrement, en disant : « Ce sacrement est grand , parce qu'il signifie l'union de t J ésttS-Clirist avec l'Église, t El quoique le mariage soit une chose naturelb et politique, comme contrat civil, ce n'est pas néanmoins en l'une ou en l'autre de ces manières qu'il est sacrement, mais en ce qu'il détourne l'homme de la fornication, qu 'il conduit à la charité, et qu'il soumet au commandement de l'Eglise, enfin en ce qu'il est une grâce de Dieu, à cause de quoi S. Paul appelle le mariage i honorable, et la couche nuptiale immacu- I lée. > // est clair qu'il a été ordonné de Dieu par ces paroles qu'il dit dans la Genèse : « Il n'est pas bon que « l'homme soit seul , faisons-lui un secours. » Car ayant créé Adam cl iayanl mis dans le paradis, il forma ensuite Eve de sa cèle, et il la lui donna pour femme et pour secours , afin que le genre humain se mullipliàt. C'est pourquoi Jésus-Christ, se trouvant à une noce à Cana de Guidée, y fit son premier miracle en changeant l'eau en vin.
Il dit ensuite qu'il y a trois sortes d'unions dans le mariage : celle qui est puren)ent spirituelle , et par manière de dispensalion, comme le mariage de la sainte Vierge cl de S. Joseph, pour lui servir de gardien ; la seconde est celle des corps pour la multiplicaiion et la conservation du genre humain, et en même temps pour empêcher que ceux qui ne peuvent se contenir ne tombent dans les péchés de la chair ; la troisième est toute spirituelle, pour la multiplicaliott des enfants spirituels : et telle est colle de Jésus- (Jiiisl, qui est appelé l'époux, avec l'Église, qui est aj'j»eléc l'épouse, dont nous sommes les enfants par la ix'ijénéralion que nous recevons dans le baptême.
Il dit ensuite que la matière du sacrement sont S homme et la femme orthodoxes et légitimement «iiis, que l'Église joint ensemble avec le cousenlem(;nt des deux parties , afin que les deux deviennent «lie même chair ; qu'il faut pour un mariage légitime que l'homme ait au moins quatorze ans, et la fennne treize, qu'ils soient orthodoxes, parce que le concile <le Calcédoine défend d'épouser un infidèle ou un hérétique ; que la forme est la grâce qui perfectionne le mariage ; que la cause finale est la multiplication et la conservation du genre hum;iin . la consolation de riioHUiM;, la délivrance de la foniicaiion . cl l'union
spiriluelle et corporelle , en quoi consiste princii)a^icmenl 'c mariage légilime.
Tous les patriarches et évêques, qui depuis les dis putes sur la perpétuité de la foi, ont donné des altos talions de la créance do leurs églises, ont témoigne de môme qu'ils reconnaissaient le mariage pour sacrement de la nouvelle loi. Une des principales avait été celle de l'église de Jérusalem , parce qu'elle f:!t donnée après une assemblée synodale, qui apjrou\u Texposition de foi, et lous les éclaircissements imprimés depuis sous le nom de Synode de Jérusalem. Li; j>atriarclie Dosithée , qui avait dressé cet écrit , Ta confirmé aullicntiqnemcnt en le faisant imprimer sons lo. lilre d'Enchiridion contre les luthériens cl les culviuistes, avec le traité de Syrigus contre Cyrille tiaduil c:i gr-(:C vulgaire. Le même Dosill.ée a donné au public, en 109i, un o|)Uscule contre Jean Caryopliyll ■ , et il y a inséré des anathèmcs sur la matière des siscrcments , dont le premier est contre ceux qui nicni qu'il y ait sept sicrcnicnls; celui du mariage est nommé avoc les autros.
En cela ceux de ces derniers (cmps n'ont rien avancé qui ne fùl conforme à la doctrine des anciens, piùsqu'on la trouve soutenue contre hs hilhérions par le palriarcho Jérémie dans sa première et seconde réponse; et dans celle-ci, après avoir dit (|ue le mariage est un don de Dieu , qu'il a aca^rdé aux hommes par condescendance pour la génération des enfants, tant que cet univers sujet à la corruption subsistera, il .ajoute, qu'il est un mystère ou sacrement établi de Dieu , aussi bien que les autres, dont il venait de parler, qui sont l'ordination , l'Eucharistie, le chicme et le bapléme, et qu'il le bénit lui-même; ce qui signifie qu'il y attache sa j;ràce cl sa bénédiction. Gabriel de riiiladclpliic, et lous ceux qui ont écrit depuis lui ont dit la même
S'il y a louchant ce point-là, cl d'autres scndjlablcs, dos (lisimlos euue les tallioliques , parliculièrcmenl les scoIasli(pies , et Ciitre les Grecs, elles ne regardonl poinl les prolcslanls, et ils ne peuvent en tirer aucun avantage. Los uns et les autres conviennent qu'il y a dans l'Église une tradition certaine et constiuite donner la béiiédiction à ceux qui contraclenl le mariage, cl que celle bénédiction ost un véritable sacrement, parce qu'elle produit une grâce spéciale pour vivre thrélicunemcnl dans cot élat. Ils conviennent donc sur ce principe que celte cérémonie est un sacromont. Us le prouvent par les mêmes passages de l.i sainte Écriture; ils enseignent également qu'aucun riuélien ne peut s'unir par le mariage avec une fomnje s'il ne reçoit celle bénédiction de l'Église, ce (jui prouve sa nécessité à l'égard de ceux qui se marioul. il ne reste donc en conleslatiou que de savoij si cotte cérémonie et les prières qui l'accompagnen snifisonl pour produire le sacrement.
Coite question traitée avec eux n'est pas la mêm; (juo colle qui a été agitée entre plusieurs Ihécdogiens. < aliioliques, cl qui soni de doux sortes. Car les anciens, Il plupart scolasliqiies, aya:it peu de connaissance de