CHAPITRE Ylll
Du mariage des prêtres, des diacres et des autres ecclésiastiques, où on examine aussi ce que pensent les Orientaux sur celui des personnes engagées dans l'état monastique.
Il nous reste à examiner un article sur lequel on ne peut assez s'étonner de l'ignorance et de la mauvaise foi de la plupart des anciens controversistes protestants, qui ont écrit contre le célibat des prêtres et des autres ecclésiastiques engagés dans les ordres sacrés, et contre l'obligation de garder la continence lorsqu'on l'avait promise à Dieu par des vœux solennels de religion. Sur la plupart des autres points do doctrine ou de discipline, que les premiers réformateurs prirent pour prétexte de leur séparation, lorsqu'on a ciié le consentement des églises orientales, Icm principale défaite a été de traiter les chrétiens de ces pays-là comme des ignorants plongés dans la superstition; mais, par rapport au mariage des prêtres, ils les trouvent parfaitement orthodoxes, et reconnaissent dans leur discipline des vestiges de celle du temps des apôtres et de la primitive Église. C'est qu'il n'était pas indifférent à la réforme de justifier des noces aussi irrégnlières que celles de Carlostad et de Luther, qui scandalisèrent leurs propres disciples et les princes qui la soutenaient. Et lorsque les catholiques les reprochèrent à ceux qui, étant venus pour réformer l'Église, donnaient un si mauvais exemple de leur intempérance, ils ne purent opposer que de très-frivoles réponses, telle que fut celle de Luther, qu'il le faisait en dépit du monde et du diable, et pour faire plaisir à sa mère ; car c'était ce qu'il disait, selon le récit de ses plus grands admirateurs (1).
Cependant les personnes les plus sensées en jugeaient tout autrement, et ces fades plaisanteries sur un sujet aussi sérieux leur attirèrent des reproches auxquels jamais ils n'ont pu répondre. Nous rapporterons à celle occasion ce qu'écrivait Érasme sur ce sujet: ï/oi.5 quand nous accorderions, dit-il, à ces prédicateurs de l'Évangile qu'il leur est permis de se marier , qui ne s'étonnera pas avec raison que ces pauvres petites brebis ~*£stinécs à être égorgées , qui ne cherchent rien en ce
(1) Utsegrè facerct mundo et diabolo, parenti quo-
Îiie lioc suadenti gratilicarelur. Melch, Adam, Vit. util. 9. 130.
monde que la gloire de Jésus-Christ, chargés de tant de soins, exposés à tant d'afflictions jointes à la pauvreté , malheureux et pénible fardeau , ne puissent vivre saris femmes, que plusieurs pour des sujets moins importants n'épousent point , ou voudraient ne les avoir pas épousées ? Mais parmi ces gens-ci, toute tragédie se termine par une catastrophe comique; quand on a trouvé une femme on entend chanter : Adieu messieurs , applaudissci. Quelle peut donc être une si furieuse intempérance, que tant de maux ne peuvent éteindre? D'oii peut venir une si grande révolte de la chair , dans ceux qui se vantent d'être conduits par l'esprit de Jésus-Christ (1) ?
A l'occasion des justes reproches qu'essuyèrent Carlostad, Luiher et ceux qui les imitèrent, ils commencèrent à citer les passages de S. Paul qui marquent la sainteté du mariage chrétien , honorabile conjugium, Ihorus immaculatus, et d'autres semblables, comme si ces éloges pouvaient convenir à des mariages contraires à toutes les lois divines et humaines, qui avaient été toutes violées dans le scandaleux mariage d'un moine avec une religieuse, sans autre cérémonie que d'inviter trois amis à souper et de leur dire qu'il épousait cette femme. Nous n'entrons point dans la controverse qui regarde cet article , mais nous nous attacherons uniquement à faire voir combien les Grecs et tous les Orientaux sont éloignés des maximes sur lesquelles les protestants ont entrepris de justifier de tels mariages. Ils disent que dans tout le Levant les prêtres sont mariés, et cela suffit pour faire croire à des ignorants qu'en Orient les ecclésiastiques, les religieux et les religieuses avaient la même liberté de se marier que celle qui a été accordée dans la réforme. Cependant on reconnaîtra aisément la fausseté de celte supposition, quand on considérera le véritable étal de la discipline des Grecs et des Orientaux sur ce sujet, et elle est telle que nous allons la rapporter en peu de mois.
Il est vrai que les Grecs, en quoi les Orientaux les imitent, permettent aux diacres et aux prêtres de continuer à vivre avec les femmes qu'ils ont épousées avant leur ordination; mais quand elles meurent, ils ne peuvent pas se remarier sans être déposés el réduits à la communion laïque. De même celui qui a été ordonné prêtre ne peut pas se marier, ou il est enlièrcmenl exclu du ministère des aulels. Le mariage subsisterait ; mais celui qui aurait été contracté avec une personne engagée dans l'élal monastique , serait re-
(i) Jam ut donemus istis Evangelii procconibus esse fas uxores ducere, quis non jure admirelur oviculas maciationi dcstinatas. nihil in hoc mundo quairentes pneler Christi gloriam, tôt curis districios, tôt afflictionibus obnoxios, quibus accedit et paupertas, onus lum miserum, tum grave, non posse vivere sine uxoribus, quas tam mulii ob leviores causas aut non ducunt, aut ductas nollent? At istis omnis Iragœdia exit in cataslrophen comicam- Ubi contigit uxor, occinitur : Valele et plaudile. Qu.nc malum est ista tanta fallacitas, quam tôt mala non possunt excuterc? Unde tanta carnis rebcllio in his qui se jaclant agi spirilu Christi? Erasm., F.p. ad fratres Infer, Germ.