‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 268 sur 323 · LIV. M. DU MARIAGE · texte numérisé non relu

LIV. M. DU MARIAGE

gardé comme nul, et l'homme aussi bien que la femme soumis à une dure el longue pénitence. Pour ce qui regarde les évêques, on ne trouve, depuis les anciens schismes des nestoriens et des jacobiles , qu'un seul exemple, qui est celui de Barsomas. métropcdilain de Nisibe, qui fut regardé avec horreur dans sa propre église cl analhéniatisé même après sa mon, pour avoir épousé, commeLulher, une religieuse, et avoir exhorté les prêtres à en faire autant. Dans l'histoire de l'église jacobile d'Alexandrie il ne se trouve pas un seul évèquc marié , non plus que parmi les patriarches d'Anliochc de la même secte, ni parmi les Étiiiopiens ou les Arméniens; et même ces nations, aussi bien que les Grecs, choisissent ordinairement les évêques dans l'ordre monastique , dans lequel personne n'est admis sans avoir fait vœu de continence.

Donc, si on compare cette discipline avec la liberté évarvgélique des protestants, il est aisé d'y remaniucr unediilércnce totale : ceux-ci croient que tout ministre, même ceux que quelques-uns appellent évêques, peut se marier plusieurs fois; car il ne parait pas que la polygamie, qui excluait dans l'ancienne Église de tout ordre ecclésiastique, comme étant une marque d'inconlinence , leur fasse le moindre scrupule. Les Grecs et les Orientaux, au contraire , ordonnent à la vérité un homme marié ; mais ils lui défendent de prendre une autre femme si la sienne le laisse veuf. Ils exercent donc à leur égard ce que les protestants appellent tyrannie dans l'Église romaine, en refusant à des ccclésiasti(|ues qui sont à la fleur de leur âge la liberté de se marier, aussi bien qu'aux évêques, et généralement à tous ceux qui ont promis à Dieu par les vœux de religion de garder la continence. Les luthériens de Tubingue s'étaient assez explitjués sur cet article, non seulement par la traduction grecque de la Confession d'Augsbourg envoyée au patriarche Jérémie, mais par les autres écrits qu'ils opposèrent à ses réponses. Tons les éclaircissements qu'ils lui donnèrent ne l'empêchèrent pas de leur parler en ces termes : Vous dites qu'il vaut mieux se marier que de brûler, etc. C^esl par celle raison que nous permettons aux prêtres qui ne peuvent pas garder la virçjinité de se marier avant que d'être ordonnés ; car Dieu a ordonné le mariage. Il se commet des turpitudes parmi les ecclésiastiques quon empêche de se marier; nous ne f ignorons pas. Mais celui qui a promis de garder la continence doit la garder ; car après celte promesse nous ne lui donnons pas la liberté de se marier, puisque celui qui, ayant mis la main à la charrue regarde derrière, n'est pas propre au royaume des deux. S'il lui arrive quelque infirmité humaine, nous le châtions par la pénitence, par la confession et par des mortifications, aussi bien que par réloignement du nml, et la miséricorde de Dieu ne le rejettera pas.

On n'a pas de peine à reconnaître que Jérémie ne s'est pas voulu étendre sur cet article, pour répondre à des objections aussi frivoles que celles des luthériens , jugeant qu'il suffisait d'exposer simplement la discipline de son église , pour les convaincre par la

101« contrariété qu'il y avait entre celle de la réforme et celle des Grecs. Car que ne pouvait-il pas dire à des g'ns qui avaient la hardiesse de falsilier le texte de S. Paul, où il y a (1 Tim. 3, 2) : Mii; yuvaixd,- «vr,;>, en substituant le mot de ya.uctVïiî , pour prouver que les prêtres devaient être mariés? C'était avoir une opinion bien médiocre de la cap;>cité des Grecs et de leur patriarche, que de supposer <|u'ils ne reconnaîtraient pas une tromperie aussi grossière, puisque si, selon la prétention des protestants de Tubingue, une des conditions requises pour un évêque ou un prêtre, selon S. Paul, était (|u'ils eussent une femme, il s'ensuivrait de même qu'il fallait aussi qu'ils eussent des enfants, ce qu'aucun n'a jusqu'à présent osé dire. II est donc clair, et par les paroles de Jéremie et par les témoignages de tous les Grecs et Orientaux anciens et modernes, qu'ils n'oiit jamais entendu les passages de S. Paul : Unius ttxoris virum, autrement que dans le sens du mol grec //oviya.as,-, c'est-à-dire un homme qui n'a épousé qu'une seule femme, et leur discipline en contient une preuve démonstrative.

Les plus anciens canons de l'Église excluent les bigames du sacerdoce , quoiqu'il n'y en eût aucun qui eût en même temps deux ou plusieurs femmes; et c'est pécher contre le respect que nous devons à ces siècles vénérables par leur sainteté, que de s'imaginer qu'on soulTrit jtarmi les chrétiens des hommes coupables d'un pareil crime, ni qu'on eût besoin d'un avertissement exprès de l'Apôtre, afin queTite et Timothée n'élevassent pas au sacerdoce ceux que l'Église chassait de sa communion. Qu'on examine tout ce qu'il y a de monuments les plus certains dans l'antiquité, on ne trouvera jamais que les conciles ni les canonisles aient entendu autrement les paroles de S. Paul dont il est question , ni que les bigames, qui étaient exclus do toutes fonctions ecclésiastiques, fussent autres que ceux qui s'étaient mariés deux fois. A l'égard des autres, on ne songeait pas à les exclure du sacerdoce, mais ils étaient retranchés de la communion de l'Église , cl soumis à de sévères pénitences. Il est étonnant qu'il y ait eu des hommes assez téméraires pour s'imaginer que par une équivoque grossière, sur laquelle il n'y ajamais cudedispute, et que la discipline de l'église grecque et latine a suflisannnent expliquée, supposé qu'il y eût quelque obscurité, ils pouvaient justitler une nouveauté aussi scandaleuse que celle des mariages de tant de vieux prêtres ou moines , qui n'avaient pas d'autre raison à alléguer contre les lois divines et humaines, pratiquées alors depuis plus de mille ans, sinon qu'ils ne pouvaient garder la continence. Belle excuse, comme leur reprochait Érasme, pour des gens qui se prétendaient inspirés de Dieu ! Luther attaquait la discipline de l'Église romaine comme ayant élé établie par les papes : on peut juger que celte raison était aussi fausse que frivole, puisque l'Orient, avant et après les schismes , la conservait avec une légère différence : car tous les arguments des protestants pour attaquer le célibra des ecclésiastiques pratiqué parmi nous, at-

tnqiicnt colui que l'église grcc(iuc iii>f»ose à ceux qui onl élé oniiMinés Un prèlrc qui est ordonné à Page de trente ans, et qui devient veuf, n'a pas moins à coinbailre pour vivre dans la conlincnce, que Luther à (luaranle-deux ans cl Carioslad à quaranle-sopt. Que ceux qui nous proposent de tels lionimes p<mr exemples , trouvent dans l'iiisloirc ecclésiastiiiiie les femmes de S. Ignace, martyr, de S. Polycarpo, de S. Irénce, de S. Athanase, de S. Basile et de tant d\iutrcs.

îl faut donc convenir que toutes les règles de discipline qui subsistent ilcptiis les premiers siècles du clirislianisnie, tant parmi les Occidrnlaux que parmi les Orientaux, détruisent entièrement ce que les prolestants onl avancé sur ce sujet. Ils objectent les gn.nds désordres qu'il y avait parmi le clergé; Érasme cl d'autres contemporains ne leur en rcproclienl pas de moiiulrcs, auxquels le mari;!gc de ces pasteurs évangcliqr.es n'avait pas remédié. Mais que ne faisaientils en même temps réflexion sur tant de saints ecclésiastiques cl tant de religieux exemplaires qui prouvaient assez, par l'observation exacte de leurs vœux, que la continence n'était pas impossible, avec la grâce do Dieu, à ceux qui élaieut fidèles à leur vocation? Si dans les temps d'ignorance cl de relâchement il y a eu plusieurs abus, on y a remédié, grâces à Dieu, et l'Église catholique non seulement ne les souffre pas, mais elle donne de grands exemples de la vertu contraire.

C'est aussi une calomnie très-manifeste que de l'accuser de condamner absolument le mariage des prêtres, puisque non seulement dans les siècles passés, mais dans celui-ci, ks Grecs réunis n'ont jamais clé inriuiélcs sur cet article, non plus que les Orientaux maronites ou autres, qui vivent selon l'usage de leur église. Après cela quel reproche peut-on faire à l'Église romaine, de ce qu'elle prescrit aux ministres des autels un genre de vie plus parfait et plus digne de la sainteté des mystères dont ils sont les dispensateurs, lorsqu'ils s'y sont engagés par une promesse solennelle? Si les protestants disent qu'ils ne trouvent dans l'Écriture sainte aucune loi qui autorise do semblables vœux , ils n'en trouvent aucime qui les défende, el ils doivent reconnaître qu'avant la reforme on n'avait jamais douté qu'on ne fût obligé d'accomplir les vœux qui avaient été faits à Dieu. Il en a élé parlé en exposant la discipline des Orientaux et leur créance touchant la vie monastique. Les Grecs el les Orientaux s'accordent avec les Latins sur cet article.

Il ne resterait plus rien à éclaircir touchant celle matière, sinon de répondre à ce que les protestants ont écrit au contraire on dillerenies dissertations touchant l'église grecque, que Felilavius, dans les notes qu'il a faites sur le traité de Christophe Angélus, cile cl extrait avec de grands éloges. Mais ce serait bien perdre son temps et abuser de la patience du public qMc de se fatiguer à examiner ce qu'ont écrit de pareils rapsodistes , qui n'ont rien d'original, mais qui

ne font que se copier les uns les autres avec de grands éloges. Il n'y a qu'à parcourir ces dissertations \xij.v reconnaître que les plus recherchées sont celles ijui onl été tirées de nos auteurs, particulièrement du P. Goarel des livres d'AUatius, dont ils font des critiques pitoyables quand ils entrcpreimenl de les réfuter. La harangue de Chylréus sur l'état des églises d'Asie est comme la pièce fondamentale de tous leurs systèmes, et personne de ceux qui ont quelque connaissance superliciellc de ces matières n'ignore prcsenteii'.cnl que c'est un lissu d'ignorances grossicn s et de lanssclés. Il paraît que les autres plus modernes n'.ivaient presque consullé aucun livre des Grecs, pas même plusieurs imprimés il y a longtemps, el qui sont entre les mains de tout le monde. Il est donc fori inutile de les citer, et encore plus d'employer celieux conmiuns si rebattus et cent fois réfutés sur \<mariage des prêlrcs, pour justifier la conduite irrégu Hère dos premiers réformateurs, et se servir ensuite de l'exemple des prêtres orientaux qui sont mariés. Nous avons assez fait voir la difl'érencc entière qu'il y a entre leur discipline sur ce sujet et celle des protestants; mais c'est un point auquel ils ne touchent pas. Un Grec marié est ordonné prêtre , et chacun le sait sans l'apprendre de Chylréus, de Damnhouder, deCalovius et de pareils écrivains; mais si un prêtre se mariait, il serait déposé el mis en pénitence. Suivant l'>s principes de la réforme, un évêqiie a la même liberté de se marier que leurs ministres ; qu'ils citent un seul exemple depuis mille ans d'un évoque grec, syrien, égyptien, arménien, éthiopien, qui ail élé marié, ou d'un religieux qui en ait fait autant, morne sous Cyrille Lucar, si zélé pour les calvinistes. Fehlavius aurail dû reconnaître que , dans l'écrit qu'il a traduit avec de gros conmientaires, l'auteur qui évilail de dire ce qui pouvait déplaire aux proleslanls, parmi lesquels il écrivait, quoiqu'on ne puisse regarder son ouviage que comme lrès-dé!éclueux , en dit néanmoins assez pour les confondre sur le mariage des prêtres el sur les vœux monastiques, sur quoi son commentateur passe fort légèrement.

Les canons, les réponses des patriarches et de plusieurs évoques qui sont regardés comme les docteurs et les maîtres de toutes ces églises d'Orient, ei la discipline qui subsiste encore présenlement , sont des preuves démonslratives contre la nouveauté que la réforme a inireduile, cl an en peut ajouter une dont l'autorité n'est pas moins considérable , qui csl celle que nous tirons de l'histoire. On ne peut douter que l'église grecque ne se soit conduite depuis les premiers siècles st Ion les règles qui ont élé manpiées ci-dessus. Pour ce qui regarde les Orientaux , les ineîchitos onl la même discipline ([ue les Grecs; et les nestoriens ni les jacobilcs n'y onl rien changé par rapport au mariage des ecclésiastiques. Dans l'histoire des patriarches d'Alexandrie , il est marqué que lorsque Déméirins fut élu, plusieurs murmurèrent de ce qu'on faisait patriarche un homme marié , disant que cela était contre les canons, et <pic comme il sut que cela eau-

sait du scandale, il le fit cesser en découvrant qu'il avait toujours vécu avec sa femme comme si elle eût été sa sœur, ce que Dieu confirma par un miracle ; car elle porta des cliarb»ns ardents dans sa robe sans la bifti(T. Dojjuis, non seulement aucun patriarche n'a été marié, mais la régie a été de les prendre dans Tordre monastique; et même une des conditions que les auteurs rapportent comme nécessaire dans la personne qu'on doit élire, est d'avoir gardé sa virgiiiilc depuis l'enfance. 11 ne se trouve dans toute l'Iii^toirc des jacobiles d'Alexandrie aucun exemple de prêtre qui se soit marié après l'ordination, sinon de quelques malheureux qui en même temps renonçaient aucliristianisme; encore moins de religieux et de religieuses après les vœux de religion; et ils étaient tniics comme des apostats, et soumis à une rude pénitence; en même temps le mariage était déclaré nul.

L'iiisloire de l'église neslorienne fournit un seul exemple en la personne de Barsomas, métropolitain de Nisibe, qui vivait sous l'empereur Justin. L'historien dit qu'il épousa une religieuse nommée Mamoiiia ou Babouia , et qu'il publia une ordonnance par laquelle il permeltait à tous les ecclésiastiques , même aux religieuses, de se marier; les exhortant aie faire, quoique très-peu voulussent suivre son exem|)le.Noii seulement les catiioliques ou patriarches nestoriens condamnèrent sa conduite , mais ils fulminèrent des anathcmes contre lui et contre ceux qui l'auraient imité ; cl comme il se maintint par des voies violentes, méprisant l'autorité de son église, il fut résolu que, pour (létrir à tout jamais sa mémoire, aucun métropolitain de Nisibe ne pourrait être élu catholique , ce qui a été observé durant plusieurs siccles.

Il n'y a rien de particulier à remarquer touchant la discipline des autres chrétiens d*Orient, puisqu'elle est certainement la même en tout p:\ys et en toute communion ; par conséquent les Éthiopiens , soumis m tout aux patriarches d'Alexandrie , ne peuvent pas avoir de lois ecclésiastiques entièrement opposées à celles de leurs supérieurs. Mais M. Ludolf, selon sa coutume, ne trouve rien de plus beau dans les Éthiopiens que le mariage des prêtres, où il croit apercevoir une image de la primitive Église. Car, selon lui, les évcques, les prêtres et les diacres pouvaient avoir des femmes dans les premiers siècles , jus(iu'à la défense de Siricius et d'Innocent I , sur quoi il déploie les lieux communs dont les protestants se servent. Mais, poursuit-il, dans les églises d'Orient on a plus estimé les noces honnêtes qu'un célibat dangereux, et exposé à une concupiscerice continuelle. Cest pourquoi les Grecs, les Arméniens, les Russes et en particulier nos Éthiopiens, non seulement permettent le mariage à leurs prêtres ; mais les derniers préfèrent ceux qui sont mariét; tn sorte que si quelqu'un veut être prêtre, il est obligé de se marier ' car ils regardent comme un précepte les paroles de l'Apôtre : « Unius uxoris virutn, i qu'ils entendent néanmoins de telle sorte, qu'ils ne se peuvent ma-

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