‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 270 sur 323 · LIV. VI · texte numérisé non relu

LIV. VI

céralions du corps , des prières muUipliécs; jamais aucun n'a dit à ceux qui souffraient de pareilles tentations : Mon frère, mariez-vous promplement , et usez du remède que Dieu a prescrit. S'ils s'en servaient malgré l'ordonnance du médecin spirituel, comme ont fait Carlosiad, Lullier cl tant d'autres à leur exemple, ils élaienl regardés comme des apostats et excommuniés, sans avoir d'autre voie pour rentrer dans l'Église que celle d'une rigoureuse pénitence. C'est qu'alors on était encore dans celle erreur grossière dont les prolesianls ont prélcndu délivrer l'univers , mais que les Orientaux croient, comme une véiilé hors de doute, que toutcbréiicn était obligé d'exécuter ce qu'il avail promis à Dieu par des vœux solentiels. 11 a donc fallu aussi la renverser, contre la doctrine et la pratique de toute l'Église, et cela par des raisons si fausses el si pitoyables , qu'il n'y a que la prévention et le libertinage qui puissent les faire approuver, Car, pour ne pas nous P.rrêter à cel'os de M. Ludolf, q\ii 5C rctluiseiil à ce qu'il y a de plus trivial sur celte matière, ceux qui en ont écrit plus exactement com- Ixcii font-ils de fausses suppositions, afin que les conséquences qu'ils tirent puissent être véritables ? Ils citi-nl des passages de l'Écriture, et jamais dans l'Éclisc on ne leur a donné le sens qu'ils prélendent. Il faut donc supposer qu'ils en savent plus que les loros;, il faut rejeter la f.radilion , il faut condamner I s vœux monastiques, et abroger toutes les Wis ecf lc>iastiques et civiles , suivant lesquelles l'Église a éié gouvernée pendant quinze cents ans , c'esl-à-dire, o:i un mot , que le système des protestants pour condamner et supprimer, comme ils ont fait, le célibat des ministres sacrés, ne peut être vrai qu'en supposant comme vérités démontrées tous les autres articles de leur doctrine.

Après tout cela ils n'auront encore rien prouvé contre le conscniomcnt général de l'Église autorisé par celui de toutes les communions orientales, qui en sont séparées par riiérésie ou par le schisme. Or connne il est certain que de tout temps et en tout p:!ys on a pratiqué le contraire de ce que la réforme a introduit, d'où il s'ensuit, par une conséquence t lès-certaine, qu'on a cru le contraire, il faut que les protestants disent que l'Église s'est trompée , ce qui est une de leurs erreurs capitales : et ils n'en ont pas d'autres preuves, sinon de dire que ce qu'elle a (Hiseigné et pratiqué est contraire à In parole de Dieu. Mais ce qu'ils appellent la parole de Dieu est un sens qu'ils donnent à quelques passages qu'ils entendent d'une manière dont ik n'avaient jamais été entendus, ce qui suppose que l'ancienne Église a été dans l'erleur sur l'inteHigencc des Écritures , dont elle était l'interprète et la dépositaire. C'est aussi ce qu'ils accordent volontiers, d'où il s'ensuit que S. Paul ermite , S. Antoine, et tou^ les autres saints anachorètes, croyant faire un sacrifice agréable à Dieu, en se consacrant à lui par l'abandon de toutes ciioses, et par une pénitence continuelle, se sont trompés, et que uiême ils ont grandement péché , si on excepte ceux

U .MARIAGE

qui se retirèrent dans les déserts pour éviter la persécution. Car ceux qui cherchèrent à imiter leur vie par un zèle mal entendu , ou qui prirent pour prétexte de leur retraite les divisions qui troubinient l'Église , tous ceux-là, péchaient à ce que prétend Fehlavius (1). Tels sont les raisonnements théologiques , comme il les appelle, dont lui et les siens attaquent le célibat el la vie monastique ; et ces raisonnements seront très-justes, pourvu qu'on renverse toute la théologie; non pas celle des scolastiques, mais celle de tous les Pères , et même la religion. C'est supposer que les i)lus grands saints de l'Église l'ont ignorée , et qu'ils ont été dts pécheurs scandaleux, au lieu qu'ils avaient éié considérés comme des modèles de la plus haute perfection, et comme des anges vivants sur la terre.

On ne s'arrêtera pas davantage à examiner les longs commentaires de ce minislrc de Dantzick, avec SCS citations ennuyeuses des ccrivaini dc SO;i pays, qui ne font que se copier les uns les autres , et dont le nombre ne peut pas donner autorité à une nouveauté qui a renversé toute la discipline de l'Église. Quand on examinera celle question sans prévention, il paraîlia difficile de s'imaginer que personne croie qu'on doive plus déférer à l'autorité de Daniia-.verus , Yéjélius, Calovius, Hidsémannus, Hospinieii , Iloilinger, elde semblables auteurs, qu'à celle de S. Allianase, de S. IJasile, et de tous les écrivains grecs et latins. On peut dire la même chose des protestants qui ont traité ce point de controverse avec plus d'art et plus d'esprit, comme André Dudithius.évêque des Cinq-Églises, qui ayant apostasie se maria, frappé des conséquences du précepte général donné aux hommes, lorsque Dieu dit aux premiers pères : Croissez et multipliez , et de toutes les autres mauvaises raisons qu'il avait apprises en passant à Genève. Il voyait aussi clairement dans l'Écriture que les prêtres étaient obligés de se marier, comme il y crut voir depuis, lorsqu'il se fil socinien, qu'elle enseignait le contraire de ce que les calholiques, aussi bien que les protestants, croient du mystère de la Trinité. C'est avoir bien peu de respect pour l'ancienne Église que de prétendre faire céder l'autorité et les exemples de S. Paul, de S. Antoine, de S. Hilarion, de S. Pacôme, et de tant de saints d'Occident, à celle de Luther, de Carlosiad et de leurs semblables. C'est aussi peu respecter l'houime raisomiahle que de supposer qu'on ne peut se passer de femme , et que tous ceux qui n'en ont pas s'abandonniînl aux plus infâmes débauches. L'Église a eu de tout temps de grands exemples de chasteté , el on ne remarqua pas, dans la naissance de la réforme, que le mariage de tant de moines et de prêtres contribuât beaucoup à la réformation des mœurs; plusieurs auteurs contemporains assurent le contraire.

Ce qui a été dit louchant la discipline de l'église grecque à l'égard des bigames, qu'elle excluait du sa-

(1) C.ielerùm, ut hiïc obiter moneam, sicut hi, ita illi quoquc priorcs non leviler peccàrunt. Fliel., uot. ad Christ, angei, p. 691.

cerdoce se doit entendre selon Tusage commun. Tliéoilorel a expliqué autrement le passage de S. Paul, mais il avait à se iuslificr d'avoir ordonné métropolilain de Tyr le comte Irénée, qui était bigame. Le reprociie qui lui en fut fait par les autres évêques fait assez voir qu'il avait agi contre les canons , ce

que deux exemples qu'il citait ne justifiaient pas. Los raisonnements des protestants , ni l'érudition de Grotius, qui a soutenu la même opinion , ne peuvent servir à prouver que la jiratique constante de toutes les églises n'ait été telle que nous l'avons re[)ré-

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