CHAPITRE PREMIER
Quelle est sur ce sujet la doctrine de r église grecque et des autres chrétiens orientaux.
Il fallait avoir une impudence pareille à celle de Cyrille Lucar pour oser donner comme l'opinion commune de l'église orientale l'article 2 de sa Confession, dans lequel, par des paroles ambiguës et par une comparaison captieuse de l'autorité de l'Écriture sainte avec celle de l'Église, il déclarait que celle-ci se pouvait tromper, et que l'autre était infaillible. Ceux qui lui avaient dicté cette Confession s'aperçurent vraisemblablement de l'absurdité de la proposition , puisque les catboliques reconnaissent l'infaillibililé de l'Écriture , aussi bien (juc celle de l'Église, qui en est la dépositaire et l'interprète ; c'est pourquoi on lui fit ajouter après coup le dogme de la clarté de l'Écriture, qui est danà la réponse à la seconde question. Par ce moyen , comme remarqua le second synode de Conslantinople, il renversait l'autorité des saints Pères et des canons, où se trouve la tradition venue de Jésus- Christ par les apôtres jusqu'à nous, et qui a toujours été conservée avec respect dans les églises orientales cl occidentales. S'il avait dit, comme il a fait dans ses lettres, qu'il renonçait aux superstitions du papisme et de l'église grecque , on l'aurait regardé comme un honiiiie qui se serait rendu aux puissantes raisons du ministre Léger, que Georges Coressius, dont cet apostat parle néanmoins avec tant de mépris, ne craignit point d'attaquer en dispute réglée. Mais il fallait avoir renoncé à toute pudeur pour oser dire que les Grecs croyaient que l'Église pouvait se tromper, comme elle s'était en effet trompée plusieurs fois , et qu'ils regardaient la tradition comme contraire à la parole de Dieu. Car il était bien aisé de savoir , si les écrits des saints Pères n'étaient pas plus respectés dans la Grèce qu'ils l'étaient à Genève ; si les canons des anciens conciles étaient regardés comme des pièces servant à l'bistoire, ou connue des lois ecclésiastiques qui n'étaient plus en usage , et le contraire était de notoriété publique.
Il y avait déjà plusieurs années que le patriarche Jérémie , en priant par sa dernière réponse les luthériens de Tubingue de ne lui plus écrire sur des matières de religion, leur avait marqué, comme une des prmcipales raisons, le mépris qu'ils faisaient des Pères, que l'église grecque considérait comme ses maîtres et
SCS docteurs. On les trouve cités dans tous les auteurs anciens et modernes, pour établir les dogmes de la foi, ou pour combattre les hérésies, et après l'autorité des Écritures, la leur a été toujours employée pour les expliquer selon l'esprit et la tradition de l'Église. C'est ce (jui a été constamment observé dans les anciens conciles, qui ont ordinairement appuyé leurs décisions sur les témoignages des anciens Pères, qui avaient reçu de leurs prédécesseurs la doctrine enseignée par les apôtres. Les calvinistes mêmes ont reconnu l'anloriié de ces saints docteurs et des premiers conciles dans les points qui avaient rapport aux anciennes hérésies, quoiqu'ils l'aient rejelée sur ce qui regarde les nouvelles opinions nées avec la réforme. Au contraire les Grecs anciens et modernes ont pris les Pères pour leurs guides dans tout ce qu'ils ont écrit sur le dogme, sur rÉcritnre sainte et sur la discipline.
La preuve en est fort aisée, car c'est le respect pour la tradition qui a produit ces ouvrages connus et approuvés dans toute la Grèce, qu'on appelle ordinairement des Cliawes sur l'Écriture sainte, où sont rapportés les passages des saints Pères, pour l'expliquer selon leur sens et selon la doctrine de l'Église. De même on trouve différents recueils de leurs témoignages co)Urc les principales hérésies, el on voit que S. Augustin, en combattant les pélagiens, s'est servi des passages des 'Pères grecs et latins qui l'avaient précédé, et des prières de l'Église, comme ont f.iit Tliéodorel cl plusieurs autres. Dans les points de discipline on a allégué les canons des anciens conciles, et on en a tiré les règles de la morale chrétienne. Enfin non seulement l'Église a été gouvernée selon les lois que les anci.Mis évêques successeurs et disciples des apôtres avaient mises par écrit, mais aussi par les coutumes non écrites et pratiquées de tout tenqis parmi les fidèles , dont on a formé dans la suite diverses constitutions ecclésiastiques. C'est de ces canons, des réponses des anciens évêques, el des autres monuments d'antiquité ecclésiasti(iue, (ju'onl été tirées les collections greciines, et divers abrégés qui tn o;:l été faits en dilférents temps, suivant les!]uels les églises d'Orient se sont gouvernées dans les siècles les plus florissants, même dans ceux qui sont plus proches de nous.
Les Orientaux Syriens, Égyptiens, Arabes, de quelque communion qu'ils soient, nous fournissent de j.areilles preuves de l.ur respect pour la tradition, lis