LIV. YJI. DE LA TR.VDITION
ont, comme !cs Grecs, des commentaires sur la sainte Écriture, cl on ne voit pas que les commentateurs clierclienl à l'expliquer selon leur sens particulier; ils cherchent à représenter celui de l'Église qu'ils tirent dos explications des SS Pères, dont ils rapportent les passages ; et on voit dans la vie du patriarche Déuiétrius qu'une des principales accnsalions contre Origène fut de ce qu'il cxpli(iuait l'Écriture sainte plutôt selon les opinions des JniCs que selon la tradition de l'Église. Outre la traduction qui a été faite il y a plusieurs siècles des cominentuires et de divers tmités de S. Jean Chrysostôine, de S. Aihanase, de S. B:isile et de plusieurs autres anciens Pères, t;>nl en syriaque qu'en arabe, les Orientaux ont des chaînes seuiblahlos aux grecques, sur le Penlatouque, sur les Psaumes , sur les Évangiles, et sur d'autres livres de l'Écriture, toutes composées de passages des Pères. Il n'y a d'autre difTércuce, sinon que les orthodoxes syriens ne rapportent ordinairement que ceux (|ui soiit reçus dans toi!<e l'Église ; au lieu que les nestoriens y joignent ceux qui sont considérés dans leur secte comme docteurs , entre autres Diodore de Tarse , Théodore de llopsueste et plusieurs Syriens. De même les jacobites citent fréquemment Sévère d'Antioche, qui a beaucoup écrit, et qui se trouve même cité assez souvent dans les chaînes grecques, Pbiloxèuc de Hiérapolis, Moïse Barcépha, Jacques d'Édesse et divers auircs, qui conlimient la tradition parmi eux, et qu'ils prétendent avoir maintenu la doctrine des anciens Pères.
Dans les traités théologi(iues on trouve aussi un grand nombre de citations de S. Atlianase, de S. Cyrille, et de tous les Pères grecs. Pour eu donner une idée plus juste, il ne sera pas inutile de marquer ceux qui sont cités dans le livre de la Foi des Pères , le plus authentique de ceux desjacobiles, où ils ont rassemblé les arguments et les autorités dont ils se servent pour soutenir leur erreur d'une seule nature. Ils citent S. Ignace , martyr, S. Polycarpe , évê(|U8 de Smyrnc, S. Pierre , martyr, évêque d'Alexandrie, S. Grégoire Thaumaturge, Alexandre, évêqne d'Alexandrie, S. Athanase, S. Grégoire-lc-Théulogien , S. GiégoiredeNysse, S.Basile, S. Jean Ghrysostôme, S. Épiphane, S. Cyrille d'Alexandrie, Sévère d'Anlioclic , Dioscore, Théodore d'Alexandrie , Benjamin, Côme d'Alexandrie, Jacques de Séruge, et de plus les lettres supposées du pape Jules; des traités attribués à Hippolite de Porto , qu'ils mettent au nombre des papes; les livres attribués à S.Denis, sans parler de plusieurs autres, dont les passages sont rapportés en divers exemplaires de cet ouvrage.
II eu est de même pour les canons et pour tout ce qui regarde la discipline ecclésiastique , dans la célébration et l'administration des sacrements et le gouvernement des Églises. Leins règles sont tirées des anciens canons de l'Église universelle, principaleiiienl de la grecque, sur lesquels les patriarches , les évêques et les canonistes appuient toutes leurs décisions. Ils ont le même respect pour tout ce qui leur est venu de la tradition non écrite; car ce qu'ils ap-
pellent nouveaux canons des apôtres et différents extraits de leurs Constitutions, ainsi que plusieurs canons anonymes, ne contient autre chose que l'usage commun rédigé par écrit i>oiir servir de règle aux ecclésiasiifiues, loiS{iue la domination des .Mahoniétans leur ôta tout commerce avec les autres églises.
Enfin si on examine toutes les pratiques religieuses que les protestants ont retranchées , comme des abus superstilieux inventés dans l'Église romaine etn'ayar.t aucufi fondement dans l'Écriture, ce qu'ils ont prétendu être une raison suffisante pour les abolir, il n'y en a aucunes qui ne soient conservées parmi les Orien taux , comme ordonnées par les apôtres mêmes , ce qui signifie qu'ils les regardent comme de tradition apostolique. Tel est l'usage insigne de la croix dans tons les sacrements , dans les bénédictions , dans la Liturgie et dans les prières ordinaires; celui de se tourner vers l'Orient, selon la discipline ancienne ; la bénédiction des églises , des vases sacrés ; la dévotion envers la sainte Vierge et les saints ; la vénération des reliques , celle des images ; le jeûne du carême, celui du mercredi et du vendredi, outre plusieurs autres, qu'ils observent avec une régularité égale à celle des religieux les plus austères, la prière pour les morts , et particulièrement la célébration de la Liturgie pour le repos de leurs âmes; la vénération des saints lieux, les pèlerinages par dévotion ou par pénitence; la vie monastique, les vœux de religion, la hiérarchie ; enfin tout ce que les protestants ont aboli comme contraire à la parole de Dieu, les Grecs et les Orientaux le pratiquent comme ordonné par les a poires. Il n'y a sur cela aucune différence entre les orthodoxes et les hérétiques.
Ce n'est pas seulement dans leurs traités théologiques qu'ils établissent ce respect liour la iraditioa, c'est aussi dans la pratique de toutes les choses qui ont été II arquées ci-dessus, comme ou le reconnaît p;;r leurs histoires et par les Rituels. On a un grand détail des cérémonies pour la célébration des sacrements, clou y reconnaît toutes celles que nous conservons dans nos offices, jusqu'aux moindres bénédictions, les signes de croix, les onctions, enfin tout ce que la réforme a supprimé. On voit des exemples dans leurs histoires qui jirouvent la pratique c iistante de celle discipline; des miracles par l'îiueharibtie, par le signe de la croix, par l'intercession des saints, ou par leurs reliques; l'imposition des pénitences, les ordinations, les prières et les Liturgies solennelles pour lesnu)rls ; cnfii) on reconnaît partout le même culte, la même di-rcipliue, la même forme publique et liarticulière d'administrer les sacrements que dans rcglise grecque, avec laquelle les rites des Orientaux oiit une grande conformité; ce qui fait voir combien ils sont éloignés de tout ce que les proleslanls ont prétendu donner comme la forme évangélique et apostolique d'administrer les sacrements : idée dont nous avons ailleurs prouvé la fausseté, en examinant ce que leurs écrivains ont dit de plus plausible pour jusiilieç tant de diverses formes de leur cène.