ICG5 LIV. VU. DE L
des saints. Le mot arabe dont se scrveiii les auteurs do celle préface répond exactement au grec TifOTxuveîv ; et, quoi(iu'il signifie quelquefois arforer, aussi bien que l'aulre, il n'est pas néanmoins employé ordinairement pour signifier le culie qu'on rend à Dieu, signifié par le mot de jixrfd'x. Ainsi on doit faire à leur égard la même remarque qu'à 1 égard des Grecs, dans l'usage qu'ils font du terme de Trpoixuvsïv et de Tzpounûv»îît,-, qu'ils distinguent entièrement de celui de
loirpeùtiK
Mais il n'est pas nécessaire d'entrer sur cela dans un grand délai!, puisque la pratique de toutes les églises d'Orient confirme assez qu'elles sont d'accord avec les autres sur la vénération des images. Il est maniué dans le Pontifical des Copines parmi les cérémonies du sacre des patriarches d'Alexandrie, que lorsque tout l'office est aciievé , et que le nouveau patriarclic est conduit à la maison patriarcale , on porte devant lui trois croix , des cliàsses et l'image de S. Mare. La tradition de l'église coplile est si ancienne sur ce sujet, que dans leur liistoire patriarcale ell; se trouve marquée dès les premiers siècles de l'Église. Car on lit dans la Vie de Tliéonas, seizième patriarche et prédécesseur de Pierre- Ic-Marlyr, que le père et la mère du premier avaient ohionu sa naissance après d'ardentos prières qu'ils avaient faites , dans la douleur de n'avoir point d'enfants, qui avait été fort augmentée lorsqu'élant dans l'église, ils avaient vu Is autres cliréticns présenter leurs enfants devant les insagcs tics saints , et les frotter de l'Iniile des lampes qui Lrûlaienl devant ces images. Les Orientaux ont encore celle iirali(iue de dévotion.
Dans la Vie d'Alexandre, qui fut ordonné vers l'an 70i de Jésus-Clnist, il est rapporlé que sous Abdel Aziz, gouverneur d'Égypie, qui persécuta forl les chréliens, Asaba, son (ils aîné, éiaiit entré dans l'église de llolonan , y aperçut une image de la sainte Vierge qui tenait Jésus Christ entre ses bras , et qu'il demanda qui elle représentait. Sur la réponse que lui firent les chréliens, il dit en blasphémant ; Qui est Jésus pour que vous lui rendiez des honneurs divins? L'histoire ajoute qu'il cracha contre l'image, et que la miil même il eut une vision terrible , dans laquelle il lui parut qu'on le menait enchaîné devant un juge assis sur un tribunal el entouré de plusieurs soldats vêtus de blanc ; que Jésus-Christ se présenta el demanda justice de l'insulle qu'Asaba lui avait faite , et qu'un de ces soldais le I erça d'une lance. Il fut aussilôi saisi de la fièvre, el mourut la nuit même. Makrizi, Malioniétan, p-.'.rle de quchpies images semblables qui subsistaient encore de son temps.
Il est marqué dans l'iiisioire de Vazah, fils de Rejah, rapportée par les historiens de i'c^lise d'Alexandrie , et célèbre jiarmi les jacobites , qu'il fui transporté miracideusement du désert de la Mecque au Caire , dans l'église de S. -Mercure , par un cavalier qu'il trouva , s'étant égaré de sa compagnie. Que le sacrislaii< l'ayant trouvé, Vazah lui demanda où il était, et qu'après lui avoir dit qu'il était dans l'église de ce
P. DE T^ F. m.
TRADITION
lOCà
sanit qui avait souffert le martyre el qui faisait plusieurs miracles, il lui avait montré sou image, ait qu'aussitôt Vazah avait reconnu que c'était celui qu'il avait rencontré dans le désert.
Dans la Vie de Chaïl, quarante sixième patriarche, qui mourut vers l'an 702 de Jésus-Christ, on trouve un autre miracle d'un Mahomélan qui , étant monté sur une colonne, et ayant frappé d'un coup de lance un crucifix, demeura comme suspendu et le côté percé; et ayant demandé le baptême, il fui guéri.
Abidfarage rapporte que Ilonaïn, fils d'Jsaae, neslorien , fameux médecin, et traducteur de plusieurs livres de médecine et d'auircs sciences , étant à Bagdad dans la maison d'un chrétien , vit une image de Jésus Christ avec ses apôtres , devant laquelle il y avait une lampe alliunée. Il dit à cet homme : Pourquoi perdez-vous celle huile , puisque ce n'est pas là Jésus-Christ ni ses apôtres , mais seulement des images? Un autre médecin son ennemi , quoique chrétien, lui dit : Si elles ne méritent pas de resptxt , crachez contre elles , ce qu'il fit. Aussitôt après avoir obtenu la permission du calife de l'accuser devant l'assemblée des chréliens , il produisit les témoins contre Ilonaïn ; le catholique, de l'avis des évê;|ues, l'excommunia, en signe de quoi sa ceinture, marque de ehrisiianisme , lui fut coupée. Celle histoire n'est pas rapportée dans les Vies des catholiques ou patriarches nestoriens , mais Abulfarage mérite autant de créance; outre qu'il importe peu que le fait soit certain , puisqu'au moins il est constant par le récit de cet auteur jacobile que parmi les chrétiens les images étaient honorées, qu'on allumait des lampes pour marque de vénération , et (lu'on avait même de la foi jusqu'à se servir de celte huile pour s'attirer quelque bénédiction.
On trouve une preuve bien certaine el généralement c'.ablie de celle opinion , dans la discipline commune de tous les Orientaux pour célébrer le sacrement de rextrême-onclion. Ils le cé.èbrenl comme les Grecs, en bénissant une lampe à sept branches, avec plusieurs prières, et les Rituels marquent qu'on la place devant une image de la sainte Vierge; c'csl ce que prescrit le Rituel du patriarche Gabriel. II y est aussi marqué que lorsque le prêtre va à i'autel pour cbmniencer la Liturgie , il encensera trois fois les images de la Vierge et des saints. On y trouve un office pai liculior pour la l>énédiclion d'une image. Il y a dans les anciens mamiscrils une dispute sur la foi cinétienne entre deux religieux cophles , et un Juif nommé Anirani , lévite , qui fut converti et baptisé avec toute sa famille, ce qui arriva sous le patriarche Andronie, prédécesseur de Benjamin , qui fui celui sous lequel les Arabes se rendirent maîtres de l'Egypte. Celui qui a écrit celle conlérence dit que lorsque l'évèque ayant fait les prières stu- l'eau du baptistère y versa le saint chrême et fil le signe de la croix sur l'eau avec son doigt, on vit alors un miracle surpreiianl. Ce fut que la figure de S. Jean-Baplisle , qui le représentait donnant le baptême à noire Seigneur Jésus-Christ , et fTrentc-quatrcJ
50U7 rEUPLTlilTK i)E LA FOI
çiiôiait dans le mêiuc lien, parut à tous ceux qui étaient yréicn'.s faire le signe delà croix sur l'eau avec son duiijl.
CIIAPITUK VI.
Du signe de la croix et de j'iusieurs autres céiêmouies
supprimées par les protestants comme superstitieuses ,
et observées par les Grecs aussi bien que par tous les
autres chrétiens orientaux.
M n'osl pas nécessaire de s'élemlre beaucoup sur c<s arliclcs, puisqu'il n'y a personne tant soil peu iuslruil de ranlifiuilc ecclésiastique , cl de l'élal des éi^iiscs du Levant , qui ne sache que les pratiques rcliîiieuscs qui sont observées par les catholiques, et <}ui furent d'abord supprimées par la réforme, é;aient ia plupart très-anciennes, en sorte que plusieurs se t' otivaicnl en usage dès les premiers siècles de l'Église; ce qui fait connaître en même temps que les schismes et les hérésies qui l'ont divisée n'ont donné aucune allointe à des usages pieux qui étaient regardés comme de tradition apostolique.
11 n'y en a jjas do plus ancien et qui ait été plus uiiivcrsellemcnt reçu, que celui du signe de la croix. On trouve q •.c les anciens chrétiens s'en servaient en t iule occasion , et c'est ce que prouvent les acles des lî'.nriyrs, les saints Pères, les historiens, les Vies des o:iachorèles , enfin tout ce qu'il y a de momunents (i'anliquilés ccclésinsliqucs. Us commençaient toutes icui-s actions par le signe de la croix, ils bénissaient, ils cliassaicnl les démons , ils faisaient des miracles; et c'ét;iit tellement la marque du chrétien, qu'on commençait, comme on le fait encore, louies les cérémonies du bapîème, eu imprimant le signe de la croix sur le front des caléehumcnes , ce qui s'est conservé dans toutes les églis- s de l'univers (1). Nous n'entrerons pas dans le dé: ail des preuves ramassées depuis si longtemps dans les livres des théologiens qui sont entre les mains de (ont le monde, et dont on pourrait faire de justes volumes, et même nous n'en donnerons que de générales, mais inronlestablcs, de la discipline des Grecs et dos Uiicntuux sur cet article.
La coutume de tous ces clircliens est de faire dans le commencement de toutes leurs prières le signe de la croix ; dans la Liturgie , aux bénédictions préliminaires sur le pain et sur le vin qui doivent è!re consacrés, à la lecture des saintes Ecritures, et à toutes les cérémonies , le célébrant fait plusieurs signes de croix. îl y en a encore davanlagc dans la pariie qui répond à notre canon pour la consécralion de l'Eucharistie, pour la fraction et pour l'intinction de rilostic. Los Copliles les muliipiienl encore de telle niMiière , qu'il y a ordinairement dans leurs livres d'Église un Irai lé particulier de tous les signes de croix qui se doivent faire depuis la consécration
(1) Euplius liberf» manu signans sihi fronlem... B. Euplius signaeulum Cliristi faciens in fronle suâ , Act. mariijr., p. 319 et 34. Rursùs ergo pcrterrefacii crucis signvm su;e quisque impressit froiili ; /j. 3G2. Totumquc suum corpus signe crucis muniens ; ;). 50 i, Aci. S. Theod. ll;ec ubi dixit Christi miles signe crucis se muniens; .ic/. S. Vcrdii, p. 57-2.
jusqu'à la connnunion. Lorsqu'elle est portée à l'endroit de l'église où se metlcnl les femmes, le prêtre donne la hénéJiction en faisant le signe de h croix avec les saints mystères , comme on pratique parmi nous à la bénédiction du S. -Sacrement. On voit la même cérémonie des signes de croix dans tous les olllces du baptême des Grecs, des Syriens melchiles ou orthodoxes , dans ceux de Sévère d'Antioehe et de Jacques d'Édesse , qui sont en usage parmi les jacobites; dans les Rituels cophles, éthiopiens ou arméniens, comme dans ceux des nesloriens. 11 en est de même des offices de l'ordinatloii , de la pénitence, du mariage et de l'extrême onction ; dans les bénédiciionsdes vases sacrés, et des ornements qui servent aux autels ; dans la consécration des mêmes autels et des KvTi/tLvffta des Grecs, sur lesquels on peut célébrer quand il n'y a pas d'autel consacré , ce qui est aussi en usage parmi les Syriens; de même dans la dédicace des églises, et lorsqu'on fait la consécration du chrême ; enfin dans toutes les bénédictions particulières dont ils ont un très-grand nombre.
Les Grecs et les Orientaux ont conservé en ce point la discipline généralement reçue dans toute l'Église, puisqu'elle se trouve éiaLlie dès les premiers sièeles. Nous faisons le signe de la croix sur notre front , dit Tcrlullien , à t7(a(/«e prts, en entrant , en sortant, en nous habillant , au bain, à table , à la lumière, en nous couchant , en nous asseyant et en tout ce que nous /"«isoHS (I). Origène dit qm les démons craignent la croix de Jésus-Christ , ci quils tremblent quand ils la voient marquée sur les fidèles. S. Antoine disait la même
chose à ses disciples, /m t.xjw siSoD^rat rà CY.fuXoJ to'i
xuciKxoû azx'jf-oû. S. Cyr.Ue de Jérusalem dit aussi : N'ayons pas de honte de la croix de Jésus-Christ ; si quelqu'un la cache, faites ouvertement le signe de la croix sur votre front, afin que les démons en voyant ce signe s'enfuient bien loin en tremblant. Faites-le en buvant, en mangeant, assis, couché , quand vous vous levez, en parlant , en mardiant, en un mot, partout. C'est ce (lue S. Jérôme a dit eu ce peu de paroles : A chaque action, à chaque pas, que votre main fasse le signe de la croix du Seigneur (2).
Parmi les prali(pies non écrites que S. Basile dit être établies par la tradition il met le signe de la croix. Afin, dit il , de parler d'abord de la première et de la plus générale : Qui nous a laissé par écrit de faire le signe de la croix sur ceux qui espèrent au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ {ô)? On en trouve la
(1) Ad omuem progressum atqiie promotum , ad omncm aditum et exilum, ad vesiitum et calceatum , ad lavacra, ad niensas, ad lumina, ad cubilia, ad sedilia , quùcumque nos conversalio exercet, frontem crucis sigriaculo terimus. Terlull. de Coronâ Mil.
(2) Ad omnem actum, ad omuem inccssum, manus pingal Domini crucem ; episl. ad Eustoch.; epist Paulœ.; epist. ad Lwtam.; Aug., tract, il in Joan., in ps. 50, GS, 141.
(5) Iva ToO TTfWTOu r.a.1 koivoxÛtov itpSfzoï itvrjcdû. Ta TUTtw CTtKupoZ TOÙi îî," t4 Svo/xa Toû Kvplo» ii/j.6/ \r,a<j\) Xf i- (TTSy TjJ.Tri/.OTas Y.oLi:ot.or,iJjcii.i;tiO'/.i -rt» o 5càvpâ/t/*«io^ ôiÔK^^v lias., de Sp. saucto., c. '21.
lOufi LIV. Vil. DE L\ TRADITION
pioiive dans les acies des martyrs, comme dans ceux de S. Eiiplius, de S. Théodore, de S. Gordiiiset quelques autres des plus aullicnlifiucs. Ce que S. Grégoire de Nazianze dil de Julien l'apostat , qu'étant effraye au milieu d'une opération magi(|uc, et ayant fait le signe de la croix , il vit tout disparaître, est confirmé par tous les auteurs de ces tcmps-Ià, et par les autres postérieurs.
La plupart des autorités qui ont été citées ne sont pas moins reçues parmi les Orientaux égyptiens et syriens orthodoxes, hérétiques eu schismatiques, que parmi les Grecs ; parce que les écrits des Pères dont elles sont tirées se trouvent en leurs langues, comme surtout la Vie de S. Antoine par S. Athanase, qui est souvent citée , et les catéchèses de S. Cyrille. Tous les Ritacls et Pontificaux font foi que le signe do la croix est comme le fondement de toutes les cérémonies sacrées, sans lequel on n'en fait aucune. C'est ce que dit S. Augustin : Que si on ne fait pas ce signe sur le front de ceux qui croient, ou sur l'eau par laquelle Us sont régénérés , ou sur rituile avec laquelle ils reçoivent la clirisnuaion, ou sur le sacrifice dont ils sonl nourris, aucune de ces choses n'est faite comme il faut (1). On trouve la même doctrine enseignée par Isaac, catliolique, dans son traité contre les Arméniens, où il dit que le signe de la croix sanctifie tous les mijslèrcs des cliréliens ; qu'il fuit le pain, le vin et l'eau, le corps cl le sang de Jésus Christ; qu'il fait qu'un bâtiment déviait le temple de Dieu et la maison du Seigneur, et qu'il sanctifie le chrême et l'huile par lesquels les chrétiens sont sanctifiés. Sévère, Ehnassal et divers autres, qui ont fait des traités de la prière particulière, recommandent aux thrclicns de la commencer par le signe de la croix ; et parmi les pratiques religieuses , sur lesquelles ceux qui ont écrit de la différence des socles marquent que tous les chrétiens sonl d'a( corJ, celle-là n'est pas oubliée.
Ce qui a cié dit du signe de la croix se doit entendre de la plnpnrt des autres cérémoniou qui se pratiquent dans l'Église catholique pour radmini.->Uaiion des sacrements, ci en d'autres occasions suivant les besoins des fidèles. Les premiers réformateurs ayant, comme il a été dit ailleurs, formé un nouveau sysionie <!e religion , suivant des prmcipes qu'ils avaient étalais sans consulter l'antiquité, dont le plus général é:ait que tout ce qui ne se trouvait pas marqué dans l'Écriture sainte devait élre considéré comme contraire à la pr.role de Dieu , retranchèrent sur ce fundomenl toutes les cérémonies, pratiquées dès les premiers siècles , les traitant comme des abus et des superstitions. Ensuite ils prétendirent en faire voir i'oligine, et dans ce dessein ils ramassèrent tout ce qui se trouvait dans les auteurs les plus méprisables, »]ui aliribuaiciit souvent des coutumes très-anciennes
(1) Quod signum nisi adliibeatur fronlibus credenlinm, sive ipsi aqsue quà regenerantnr, sive oleo qiio chrismate iumiguntur , sive sacrificio (|uo aluntur, I j!jii corum -i'.c pcriicilur. Aitg., tract. IIS in Joan.
à des papes qui avaient vécu pl-usicurs années après; puis cherchant à y trouver quelque confurmilé avec les supersliilons p.aicunes, ce qui fusait un effet merveilleux parmi le peuple ignora::t et pr.venu; enfin dans la suite lorsque quel«iuos uns ont eu conn.iissance des livres des Juifs, ils en ont prétendu trouver la source dans le judaïsme.
Plusieurs habiles l!:é..logiens catholiques ont suffis.mment démontré la fausseté de ce principe des protestants , que tout ce qui n'est pas expressément marqué dans l'Écrilure est contraire à la parole de Dieu ; et comme nous avons prouvé par des témoignages bien positifs des Grecs et des Orientaux qu'ils recoimaissent comme nous l'autoriié do la tradition , il n'est pas nécessaire de s'étendre davantage sur cette matière. Il suffit de reinaïquer que tou:es ces cérémonies sacrées, qui font partie de l'administration des sacrements , cl d'autres qui ont rapport à diverses pratiques de piélé, sont si généralement reçues d.i temps inunémorial dans toutes les églises grecques et orientales, qu'il n'y a sur cela aucune contestation ; que toute la différence consiste en ce que les Orientaux en ont encore plu; que nous, et que parmi celles qui leur sont particulières il y en a quelqiies unes dont l'antiquité n'est pas si bien prouvée que celle des liôtros, qu'ils ont presque toutes.
Nous avons parlé du signe de la croix, que les calviiiistcs ont en horreur, de sorte qu'ils ont excité de grands tumultes contre ceux de la confession d'Augsbonrg et contre l'église anglicane de ce qu'ils Tavaienl conservé dans le haptême, et dans quelques autres cérémor.ies. Les Levantins les plus simples, sans avoir étudié la controverse, ne peuvent comprendre que lo signe de notre salut, et la marque la plus certaine du christianisme, avec laquelle ils voient dans leurs histoires que les saints chassaient les dénions et faisaient tant de miracles, puisse scandaliser ceux qui pré:endenl être chrétiens. Enfin il est hors de doute ipic dans le baptême et dans tous les sacrements le signe de la croix est employé â chaque oraison et à clia;iuc cérémonie, comme il a été dit ci-dessus.
L'onction sacrée n'est pas moins observée par les Giccs et par les Oiieiitaux ; celle qui se fait d'abord avec l'iiuile des catéchumènes et celle qui se fait avec le chrême ou mgron, dont on fait aussi le mélange avec l'eau du baptême. Nous en avons parié en traitant de ce sacrement, et sans entrer dans un nouvc)!! détail de preuves, il n'y a qu'à lire l'office du bnplêu;e dans l'Eucologc, celui des Syriens jacobiies de Sévère , patriarche d'Antioche, et celui dos Éthiopiens, l'un et l'autre imprimés dans la Diblio;hcque des Pères et ailleurs, pour en élre pleinement convaincu. Elle est employée de même dans le sacrement de confirmation ; dans celui do la pénitence pour réconcilier des apostats et certains hérétiques, conformément à la discipline établie par les anciens canons; dans la consécration des autels et des églises, quelquefois pour celle des vases sacrés ; dans l'extrême-ouction, et en quelques autres cérémonies, excepté dans l'ordi-
iiaiion lies prclrcs et dos év«?qiics, où elle n'est pas
pratiquée comme en Occident.
Simcon de Tlicss;doni(jiie explique loules ces onctions, et comme il ne perd aucune occasion de blâmer les Latins, tout ce qui ne se trouve pas cn:ièromciil conforme à la discipline grecque lui paniîl iriégulier. Mais il ne blàme pas pour cela l'usage de ronciion, dont il rapporte l'origine à l'institution apostolique, ce qui prouve deux points également importants dans celle matière : le premier, qu'il ne la regarde pas comme une superstition ; le second, qu'en condamnant la discipline des Latins, il fait assez voir que les Grecs ne reconnaissent pas que la leur ait élé tirée de l'Église latine. Aussi plusieurs ihéologicMis qui ont disputé avec les Grecs ne leur ont pas été plus favorables, puisque dans la clialour des conlo^tati(lns, on remarque qu'il était ordinaire de part et d'autre de condamner d'abus tout ce qui ne se trouvait pas enlicremont conforme à la discipline des tms ou des au- Uvs. Les pro!c>l:\!io qui cliercIuMont la \ élite do boni;c foi rcconnaitroiU néanmoins que les Grecs ont ajouté plusieurs nonvolles pratiques à l'ancien usage, qui sont inconnnrs aux Latins, et que noire discipline est beaucoup pins siiu|',le que celle des Grecs; qu'ils l'élabli-sentciimmc nous sur le fondement inébranlable de la tradition, mais qu'ils y joignent l'autorité des ouvrages attribués à S. Denis, des canons des apôtres, des conslilulions et d'autres que nous reconl'.aissoiis n'cire pas aussi anciens que les Grecs et les Oiienlaux se rimagincnt. îls sont néanmoins d'une grande anlVipiito par rapport au scbisme des protestants, et ils sont reçus conmie auibcntiqnes paniiices cbréticns ; de sorte ([u'ils s'en soi vent pour soutenir leur discip'ine, de même que nous nous servons dos témoignages dos anciens les moins contestés.
C'est sur le même fondement qu'ils établissent plusieiirs bénédictions, qui se trouvent prescrites dans les Rituels grecs et orientaux, qui sont conformes à l'usage très-ancien des églises d'Occident, < l qui ont lenr (irigine dans la pieuse coutume qu'avaient les ]'remiers ibréiiens, de sanctifier l'usage des clioses iialurelles j-ar la prière, qu'ils employaient à plus forte raison d;tns loules les actions (pu avaient rapport à la religion. Ainsi ils ont des offices de la bénédiction de l'eau, qui répond à notre eau bénite, et une particulière pour la cérémonie qui se fait à la fêle de l'Épiplianic en mémoire du baptême de Jésus-Cbrist, et on quelques autres occasions. De même ils bénissent riiuile et le premier vin qu'ils tirent d'une pièce, et on voit par des auteurs anciens que parmi IcsCopbles 1:) coutume élail d'en apporter les prénùces .à l'église, où on s'en servait pour célébrer la Liturgie. Ils bénissciil les nouvelles maisons, les vases, les viandes, en un mol presque toutes les clioses nécessaires à la vie, te qu'ont fait autrefois les plus grands saints sans être toccusés de superstition. Ces pialiqr.es pieuses étaient comnnmes dans toute l'Église, comme il par.iit par les anciens Rituels, mais elles n'étaient presque plus eti usage dans les temps auxquels les ministres sup-
ri:Ri'f,TLirÉ de la foi sur les sacrements
ton
posent qu'il est arrivé un grand cliangemcnl de dogmes et de discipline, par le commerce que les Orientaux ont eu avec les Latins. Cependant il e>l fort aisé de reconnaître que ces coutumes pieuses ont un même principe, qui est la confiance dans les prières de l'Église, dans le signe do la croix et dans le ministère sacré des prêtres cl des évoques, auquel était attachée la bénédiction, indépendamment du mérite personnel de ceux qui la donnaient. Car tpioi ;ue les bistoircs grecques et orientales rapportent un grand nombre de merveilles opérées par de saints anacborctes, ei d'autres serviteiu's do Dieu, qui bénissaient de l'ea», du vin, de l'iiuilc, du pain et de semblables matières, cependinl on a t(!UJours distingué ces bénédictions décolles qui étaient pratiquées dans lÉglise. Les premières regardaient des elTots purement miraculeux, dont Jésus Christ n'a pas laissé la puissance à son Égliso, mais (|U'il a donnée et qu'il donne lorsqu'il lui plaît à ses serviteurs |)our rédilicaion des fidèles; les autres regardent leur sancliiicalion, qni se fait en deux manières, proprement et efficacement par les sacrements seuls, et indirectement par le bon usage des clioses nécessaires à la vie, qu'en veulent faire ceux qui n'en usent qu'après la bénédiction de l'Église. Aussi les Grecs et les Orientaux distinguent parfaitement l'effet de ces bénédictions, et la grâce produite par les sacrements, autant qu'ils distinguent l'àvTtowpsv ou le pain bénit de l'Eucharistie; la bénédiction commune de l'eau, de celle qui se fait aux .•"oiils do baptême ; l'huile sacrée de la cbrismalion, cl celle qu'ils font par dévotion a\ee l'huile des lampes allumé s devant les images, qu'ils ne confondent pas non plus avec celle de l'extrênie-onclion, comme l'ont écrit quelques voyageurs mal informés. Il faut donc que les protestants conviennent que ce qu'ils ont appelé superstitions de l'Église latine, était en usage plusieurs siècles avant leur scbisme dans la Grèce et dans tout l'Orient.
Mais quand ils condamnent de superstition ces pratiques de piété, ils font bien voir qu'il n'y a pas moins d'ignorance que d'injustice dans celte téméraire censure , puisqu'il est aisé de recoimaître qu'au contraire elles ont élé introduites pour extirper les restes de superstition du paganisme qui subsislaiont encore , et contre lesquelles les saints Pères déclament avec tant de véhémence. Rien n'est plus fré(pionl dans leurs homélies q!:c de fortes déclamations contre ceux qui se servaient de ligatures et de caractères magiques pour la guérison de diverses maladies; contre les divertissements ridicules des calen.les de janvier; (onlie les étrenncs, les vœux :iux fontaines, aux arbres et plusieurs autres pareilles superstitions, contre lesquelles les conciles et les Pénitenliniix grecs et latins établissent diverses peines. C'était donc dans la vue de désaccoutumer les chrétiens de tous ces abus qu'on multipliait les prières et les bénédictions, qui se trouvent dans les livres les plus anciens. Les saints cvêques permettaier.t niême quelques praticpies innocentes sans les approuver entièrement, pour en ab-.ilir
1073 LIV. VII. DE LA TIlADITîON
d'aiiires H/ji élaienl condamnables. Ainsi S. Angus'.in approuvait que quel(iiics-uns dans le mal de tète y a|'pli(iu.isseiit l'Évangili; plutôt que de se servir de ligatures. Lorsque vous avez mal à la télé, nous vous louons si vous y niellez l'Evangile, et si vous navez pas recours à une ligature. Car l'infirmité humaine est venue à un tel point , que nous sommes contents si nous toyons un homme au lit travaillé de la fièvre et de grandes douleurs, lorsqu'il n'a point d'autre espérance tjue de s'f/ppliqucr l'Evangile à la tète, non pas qu'il soit fait pour cela, mais parce qu'il l'a préféré à des ligatures (I). Si donc plusieurs béuédiciions particulières ont été reçues dans les premiers siècles, on a jiu .'es pratiquer sans aucun scrupule de superstition, puisqu'elles étaient principalement instituées pour en supprimer tous les restes, car elle était prodigieusement enracinée parmi les païens.
C'est une réflexion que les protestants ne paraissent pas avoir fixité, puisque la plupart de leurs éciivaiiis se sont fatigués fort inutilement pour prouver que presque toutes nos cérémonies avaient été imiiées de celles du paganisme ou du judaïsme; sur quoi plusieurs ont faii une grande ostentation de leur érudi lion, principalement ceux qui se sont distingués par l'élude de la langue hébraïque , les autres s'étant retranchés à ce qu'ils trouvaient dans les auteurs grecs et latins. C'était assez pour imposer au peuple ignorant, qui ne savait pas que la plupart des cérémonies poïetmes étaient des imitations de celles dans lesquelles consistait le service du vrai Dieu, tirés des Hébreux , dont la loi était plus ancienne que tout ce qn'd y avait de plus ancien dans le paganisme; et que le reste n'était que des superstitions grossières et abominables. Ce qui aurait été tt.lérablo s'il eût été rapporté à Dieu, comme les oîTrandcs, les prémices, les «lînes, les libations et send^labies praii jues, n'est pas ce que les chrétiens ont imité des païens , puisque l'usage en était établi parmi les Juifs. Ce qui avait rappoità l'idolâtrie était en horreur, et n'a jamais été souffert parmi les chrétiens , puisqu'on voit tant de canons anciens conire les moindres pratiques qui pouvaient en tirer leur origine. Mais ce n'était pas une suixai-stilion que de changer celles qui pouvaient eu êlP8 soupçonnées pour en substituer d'antres qui n'avaicr.l rien que de pieux. Ainsi un cln-élien purifiait par le signe de la croix et par la prière ce qui pouvait avoir été souillé par des cérémotiies païennes. Les idolâtres en avaient plusieurs qui étaient de véritables opérations magiques, par lesquelles ils attaquaient les chrétiens, et la pièvention formée par les préjugés de la naissance pouvait troubler des esprits faibles. On y remédiait par des prières et des bénc-
(1) Cùm caput libidolet, laudamussi f':vangelium tiiti ad caput posucris, et non ad li.-'aturam cucurreris. Ad hoc enim perdnctae:,t infirmitas hominum..., lit gandcamus quando videmns hominem in lecttdo sno conslitutum jactari febribus et doloribus, ncc ilicubi spem posnisse, nisi ut silti Ev.ngclium ad caput poneret, non quia ad hoc factmn est, sed quia pnelatumcst Evaiigfliutn iigaluiis. InJoann. tract. 7.
dictions, qui étaient suivis ordiuaircmc:;l d'effets miraculeux , dont les auteurs les plus respectables de l'antiquité rendent témoignage; et ils méritent plus de créance que quelques impies de ces derniers temps, qui les ont voulu traiter de ridicules et d'esprits faibles. Telle est l'(»rigine de toutes les bénédictions particulières que l'Église a ai>pronvées , et par lesquelles les restes de la superstition qui était répandue dans tout l'univers ont été abolis.
Les controversisles protestants ont atla^iné de même les cérémonies de l'Église dans la célébration des sacrements, particulièrement celles de la messe, d'une manière qui donne assez à entendre qu'ils n'avaient fait aucune attention à celles que les Grecs pratiquent depuis plusieurs siècles, et qui sont assez conformes à celles des cbrétiens orientai!-". L.-s premiers réformateurs ont condamné ces cérémonies comme des nouveautés introduites par les papes, et contraires à cette simplicité de la cène évangéiiipie et apostolique, de la forme de laquelle jamais on n'a pu convenir parmi les rclonnés. Cependant les Grecs et les Orientaux n'ont pas reçu de l'Église latine plusieurs cérémonies qu'elle n'a p,)iiii ; mais ils sont et ils ont toujours été comme elle dans les mêmes sentiments, louchant l'usage qu'on en peut faire pour ho lorcr les saints mystères et pour augmenter le respect et l'attention des fidèles. Les églises d'Orient et d'Occident se sont accordées sur ce qu'il y a d'essentiel pour la célébration des sacrements ; et si dans l'appareil extérieur elles ont varié, ce n'a été que dans des choses indifférentes, et qui ne sont pas contraires à rinstitniion du sacrement, ni à l'inlenlion de Jésus- Christ. Personne ne s'imagi:iera qu'on s'en éloigne en faisant avec plus de décence dans des vases d'or et d'argent destinés uniquement aux usages sacrés, ce qu'il a ordonné de faire en commémoration de sa mort, ni qu'on s'y conforme par la manière que plusieurs zélés ont voulu introduire, particulièrement en Angleterre. On y a vu des mi istres presbytériens, pendant les troubles que ceux de ce parti avaient excités, aller prêcher montant sur une tombe au lieu de monter en chaire, et, après le sermm fini, envoyer au premier cabaret prendre un piin cl une pinla de vin, après quoi se tournant vers le nord, de pciT qu'on ne crût qu'ils se tournaient vers l'aulel, ils coupaient le pain par morceaux, et donnaient à boira dans un gobelet à leur auditoire, prétendant que c'était là le vrai modèle de la cène apostoli.jue et évangélique, ce que les protestants raisonnables r.-gardérent comme une extravagance punissable. Cependant un fanatique la soutenait par les mêmes raisons dont les protestants attaquent nos cérémonies. Il ne trou vail point dans l'Écriture que la table sur laquelle rEucliaristie avait été instituée fût tournée vers l'orient, encore moins que ce fût un autel: il n'y voyait point les vases destinés à cette cérémonie, ni les prières prescrites dans la Liturgie anglicane , ni les surplis, les chappes, le bonnet carré ou d'autres i;.--aj;cs qu'elle a conservés, cl sur lesquels les prcsby-
lériens ont cxcilc lanl de troubles.
Si donc l'Église romaine est tombée dans la stiperslilion el même dans l'idolàlrie, comme ont dit les premiers zélés de la réforme, parce que depuis la lin des persécutions clic a célcl)ré les sacrements, priiicipalemenl celui de riùicliaristic, avec plus de décence cl d'appareil qu'on ne pouvait faire sous les païens, elle n'a rien f lil qne ce qui a clé universellement praii(]né dans toutes les autres églises. Il y a tout sujet (le croire que si les premiers réformateurs av.iienl eu quelque connaissance de la discipline antienne, ils auraient parlé autrement : car il est certain que les Grecs ont plus de cérémonies qu'il n'y en a parmi les Latins, puisque si on examine ce qu'il y a d'essentiel dans la célébration des sacrements, surtout dans la Liturgie, on tiouvera que les Grecs en ont ajouté un très-grand nombre, sur lesquelles il n'y a pas lieu de les accuser avec autant d'aigreur qu'ont fait quelques Ibéologiens. Ils peuvent les pratiquer, comme ils font depuis plus de mille ans, sans aueun reprothe, puisqu'elles sont autorisées par la Iradilion de leur église ; mais ils ne peuvent s;;ns tcmcrilé cl sans injustice condamner celles qui ont des usages différents; et c'est ce que fait à toute occasion Simon de Tlicssalonique , contre l'exemple des plus grandes îiunières de l'Église, qui n'ont jamais condamné leurs fières pour de semblables sujets.
Mais ces dilTércnds entre les deux églises, qui n'ont commencé qu'après les schismes, ne regardent point les protestants, puisque leur discipline dans l'admiiiislration des sacrements est également éloignée de Tune et de l'autre. Ils sont obligés au nioins d'avouer que l'église grecque a beaucoup plus de cérémonies que nous n'en avons, et qu'elle ne peut avoir reçues de nous, qui ne les connaissons pas. On voit que depuis plusieurs siècles il y a eu de part et d'autre un grand soin pour préparer le pain cucliaristif|uc el le vin qui devait être offert pour célébrer les saints mystères. Nous pouvons dire néanmoins avec sincérité ipie les Grecs elles Orientaux nous surpassent en ueia , puisqu'ils le font avec de longues prières ; que c'est ordinairement dans la sacristie ou dans l'église cl par lis niaiiis des ccclésiasti jues qu'ils le préparent chaque fois qu'ils célèbrent la Liliirgie, de sorte môme que siuvenl ils ont reproché aux Latins leur négligence sur cet article. Les nesloiiens, dont la séjiaralion est la [ilus ancienne, ont un office particulier pour celle ccrénnjiic, cl elle n'est fondée que sur un grand respect qu'ils ont pour l'Hucharisiie. On n'entre pas dans la discussion de toutes les disputes sur les azymes, qui n'a pas paru assez considérable à quelques églises prolcslantes, pour changer l'usage qui se trouvait établi en Oi cident avant la reforme , piiisqu'd a subsisté môme dans Genève.
La vénération du pain cl du vin qui devaient être consacrés an corps cl au sang de JésnsClirisl ne fait pas parmi nous une pariie de l'oflice, cl on se ci-nlenlo d'aiiporier la décence requise. Mais les Grecs cl les au'r.s c!irctic!is d'Orient font une nia-
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nière de procession solennelle pour les apporter de la crédencc à l'autel : un diacre ou un prêtre les porte élevés sur sa lôte el couverts d'un voile, le peuple se prosterne, et leur rend un honneur plu» grand que celui qu'on rend aux images ; mais fort différent de l'a'loration qui n'est due qu'à l'Eucharislie. Ceux qui (ml c'omié un autre sens à cette cérémonie se sont trompés, lorsque quelques-uns ont prétendu que les Grecs adoraient les saints dons avant la consécration, cl qu'ils ne le-; adoraient pas après. Siméon de Thessalonique el Gabriel de Philadelphie ont expliqué trop clairement la doctrine do leur église pour laisser aucun doute; et selon l'explication qu'ils donnent de ce rit particulier, on ne peut y trouver à redire, sinon qu'ils portent peut-être trop loin le respect envers la matière qui doit être sanctifiée el devenir le corps el le sang de Jésus- Christ. Cela seul f\dl voir combien ils sont éloignés des principes des proleslanls, el que l'honneur qu'ils rendent aux saints mystères ne leur a pas été inspiré par les Latins, qui ne connaissent i)as de pareille cérémonie.
11 en est de même de diverses autres, comme celle de diviser l'hoslie avec un petit fer que les Grecs appellent la sainte lance, ce qu'ils font en mémoire du côté de Jcsus-Cbrisl transpercé dans sa passion ; de mêler de l'eau bouillante dans le calice un pou avant la communion , de la donner par intinclion avec une cuiller, ce que pratiquent aussi toutes les églises d'Orient. On trouve en plusieurs anciens liituels différentes manières d'administrer la communion ; elle a été donnée par intinclion en plivsieurs endroits, el il y a eu sur cela quelques contestations même entre les Latins, j arce que celle coutume n'était pas universell( ment approuvée , quoiqu'elle n'ail jamais été absolument condamnée comme un ai>»)S qui tendît à détruire l'institulion de Jésus-Christ : cardans le temps mÔMie de ces disputes l'Église romaine était entièrement unie avec la grcc(ine, où celte pralicpie était reçue depuis plusieurs siècles. On trouve aussi dans l'ancien Ordre romain l'usage du chalumeau d'or ou d'argciit qui est encore conservé dans (pielqucs églises fort aneiemies, comme en celle de l'abbaye royale de Saint-Denis.
Les Grecs ont aussi introduit la coutume de faire séeher des particules sacrées trempées dans le calice, de tele manière qu'elles pussent se conserver durant longtemps sans se corrompre. Les Latins n'onl pa pratiqué la même chose, cl quelques-uns ont trouvé à redire à cet usage dos Grecs ; mais connue les uns cl les autres se sont accordés sur le point essentiel, qui était de conserver rEucharistie pour les malades, c'est la nïênie créance qui leur a fait prendre les mêmes précautions, quoitpie d'une manière diîïérenle, el non lias ces précautions qui onl introduit une nouvelle créance. Quand le schisme des protestants durerait anssi longtemps qu'il y a (pic l'Église catholique subsiste , il n'arrivera jamais qu'ils aient la même alle!ilion sur le pain cl le vin de leur cène, cl ils ne s'cui-
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barrasscroiil pas plus qu'ils foiil présciilcnieni de ce qui en restera. Ainsi ce qu'il y a d'essenlicl el de coninuin aux églises d'Orient el à celle d'Occident était l;i créiicc que les parties de ce qui avait été consacré élaicnt véritablement le corps et le sang de Jésus- ClirisI ; que par conséquent lorsqu'on donnait ces parlicuies aux malades el aux moiibonds , même sans célébrer la Liturgie , ils recevaient le corps et le sang de Jésus-Christ. Sur ce principe, les Latins, qui n'ont pas donné l'Eucharistie par intinciion, sinon en quelques églises particulières , n'ont réservé que les espèces du pain ; les Grecs, qui l'administraient de celte manière, ont conservé les particules trempées dans le calice, et, pour empêcher qu'elles ne se corrompissent par l'humidité , ils les ont desséchées. Ceux qui ont f onservé rEucharislie de cette manière , et ceux qui bo sont contentés de la conserver sous une seule espèce, ont également cru le cliangenienl réel du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ; puisque sans celle créance ni l'une ni l'autre manière ne pouvait avoir lieu , comme clic n'e-t venue dans l'imagination à aucun de ceux qui ne le croient pas.
Dans la primitive Église , un peu avant la communion, les diacres disaient à haute voix que les choses saintes sont pour les saints ; celle coutume s'est conservée dans toutes les Liturgies orientales, et les rères grecs en font souvent mention. Il ne paraît pas iiéaiHiioins qu'elle ail été en u^age dans les églises d'Occident ; el celle variété de discipline ne prouve pas que les Latins aient eu moins de respect el d'alleniion dans l'administration de l'Eucharistie que les Orientaux. De même on trouve dans les offices de l'Église latine que l'Eucharistie ét;iil élevée el montrée aux fidèles peu après la ct-n écralion; au lieu que, suivant le rit oriental, clic ne se f.iisait qu'un peu avant la communion, comme les Giecs, les Cophles, les Syriens cl tous les autres le praiiquenl encore. Celte dilTérenoe de cérémonies, sur laquelle quelques prolcslants ont tant raisonné , ne peut avoir aucune Gonséqucnce conlie l'uniforniilé de la foj de la présence rée le, jiuisqu'il n'est pas nécessaire que rEucharislie soit expo ée à l'adoraiion des fidèles ûè< que Li consécration est supposée faite, pourvu qu'avant la communion cet acte de religion soit pratifiné.
Les Grecs modernes, quoiqu'ils soient presque louj,:^urs prévenus contre les L ilins, en sorte (ju'ils trouvent dos défauts cssenlicls dans presque toutes nos fércnioiiies, et que le jugement qu'ils en forment soil à peu près comme cehi (,u;i nos thé;:Iogicns formaient autrefois sur loul ce qui n'était pas exactement conforme au rit latin, sont néanmoins assez équitables pour no pas condamner des pratiques j)icuses qui se sont inlrodiiilcs parmi non-;, quoiqu'elles leur soient iiicomuics, et qu'elles ne soient pas fondées sur l'ancienne discipline. Ainsi un luthérien ayant demandé à Mélèce Piga, patriarche d'Alexandrie, ce qu'il pensait touchant les processions solennelles dans lesquelles le Sainl-Saercment est porté parmi nous, il répondit i|uc, quoiqu'elles ne fussent pas en usage duis l'égliiO
TRADITION
grecque, on ne pouvait néanmoins les blâmer.
Les Grecs el les Orientaux conservent aussi avec respect la coutume qui est parmi nous de la procession des palmes, celle de l'adoration de la croix le vendredi-saint, d'autres processions suivant les fêtes en différentes églises, la visite des saints lic;ix;cn nu mut, tout ce que les premiers réform.iteurs ont reproché à l'Église caiholique comme dos superstitions et des nouveautés qu'elle avait introduites. Les Orioi.taux font une grande différence entre ces pieuses pralii|ues et ce qui regarde les sacrements, dans la célébration desquels ils dislinguenl pareillement ce qu'ii y a d'esseiiliel, en quui ils conviennent avec nous, et ce qui est institué pour rendre les mystères plus augustes, et pour rappeler dans la mémoire des fidcics ce qui peut exciter leur foi et leur dévotion. Il s'ensuit donc que les chrétiens orientaux n'ont pas regardé ces pratiques comme snperslilieuses, et que comn:o ils ne les confondent pas avec les principales céicmonies des sacrements, ils reconnaissent que l'Église a toute l'autorité nécessaire pour établir ce qui peut servir à l'édification des fidèles, comme foui les cérémonies, sans qu'il soil besoin de les trouver marquées dans l'Écriture sainte, ou pratiquées dès les premiers siècles du christianisme; ce qui est une preuve convaincante que sur cet article ils n'ont pas d'autre sentiments que les Grecs el les catholiques.