ESPÈCES; PRIÈRES POUR LES MORTS. H
dance inutile, telle qu'a été celle rpTou eut à l'égard des Bdbémiens, aurait pu autoriser.
Les passages qui ont été rapportés dans les chapitres précédents prouvent d'mie manière convaincante que l'ancienne Église conservant la communion sous les deux espèces, l'a donnée eu plusieurs occasions sous une seule ; ef, quoi(pie l'usage commun fût de la donner sous les deux, on ne laissait pas de croire que le corps de Jésus-Clirisl était véritablement sous la seule espèce du pain, en sorte qu'on n'a jamais douté que celui qui \a recevait ne reçût véritablement le corps, et par conséquent le sang do Jésus-Christ; en un mot ce que les anciens comineutaieurs des offices ecclésiastiipies appellent légitima Eucliaristia. Les Grecs croient la même clîose, ce qui PC prouve par des exemples (pii ont été rapportés ; et les Orientaux, particulièrement les jacobiies, n'ont pas eu d'autre opinion, puisque par leur confession de foi ils reconnaissent que dans l'Eucharistie est le corps vivant et vivifiant de Jésus-Christ, dans lequel, par une conséquence nécessaire, on doit supposer la présence réeile du sang ; et c'est ce que les théologiens appellent concomitance. Les Orientaux donnent la couununion aux malades et aux enfants sous une seule espèce, et ils croient cependant (pi'ils donnent en C(ïtlo manière le corps cl le sang de Jésus-Christ. Quand ils recommandent aux prêtres toutes les précautions imaginables, afin que la moindre particule de l'Eucharistie ne tombe pas à terre et (pfelle no soit pas profanée, la raison qu'ils allèguent est que c^cst le corps el le sang dcJcsus-Clirist. Lorsipie le célébrant, suivant la discipline de l'église C(i|)hte, fait faire au peuple, et en pailiculier à ceux ipii vo.it lecevoir la coujuiunion, celle fameuse confession sur la présence réelle que nous avons donnée ailleurs (ci-dessus, dans ce mènic tome, pari. 1 ), el (jui est mar(|!iée dans ioutt;s leurs Liturgies, il ne tient sur la patène ou le disque qu'une pariicule du pain consaeié ; de même que lorsqu'on fait prononcer cette même confession aux i»rèlrcs el aux évcijucs dans leur ordination, on leur met da s leur main une par-* ticiilc. Cependant ils disent cpie c\sl là le corps el le sang d' Emmanuel noire Dieu, et le reste. H est donc certain que les Grecs et les Orientaux croient que dans chaque espèce, indépendamment de l'autre, est le corps et le sang de Jésus-Ciuist, en quoi ils s'accordent avec rÉglisc romaine; d'où il s'ensuit que celle discipline particulière pour la communion des malades, les précautions pour conserver décemmenl l'Eucharistie el pour en prévenir la profanaiion, et les autres points qui ont été manpiés, élaiU aussi anciens ijue les schismes, surpassent de plusieurs siècles les époques que les prolestants ont voulu établir, tant pour la doctrine de la présence réelle que pour le retranchement du calice à l'égard des laïques. Ce n'est donc point la créance de la présence réelle qui a fait retrancher le calice, puisqu'on l'a retranché aux malades et aux enfants en Orient longtemps auparavant sans la moindre contradiction ; et ce n'est pas
ce retranchement qui a produit toutes les précautions pour conserver l'Eucharislie avec respect, puisqu'elles se trouvent même parmi ceux qui ont conservé la communion sous les deux espèces.
Supposant donc la vérité de ces faits, qui a été saflisaramenl établie ailleurs, on a peine à comprendre ce que les protestants prétendent tirer de la discipline des Orientaux, pour favoriser ce qu'on enseigne dans la réforme touchant la nécessité absolue du calice. Car pour commencer par les Grecs, il n'y a aucune ressemblance dans la manière dont ils administrent l'espèce du vin, et celle dont on la reçoit dans toutes les églises protestantes. Les prêtres reçoivent le calice parmi les Grecs lorsqu'ils communient à la Liturgie célébrée par d'autres ; la même chose s'ob- Berve en plusieurs cathédrales, à Cluny et à S.-Denis à l'égard de ceux qui servent à l'autel. Dira-t-on que les Grecs ont retranché le sang de Jcsus-Clirist aux laïques, parce qu'ils ne leur donnent pas le calice ? On le doit dire nécessairement dans les principes des protestants, qui ne croyant pas que l'on reçoive le corps de Jésus-Christ que dans la réception actuelle des espèces, et rejetant le dogme et le ternie de concomitance, ne doivent recevoir le sang qu'en buvant le calice. Or ce n'est pas boire le calice, ni observer l'institution de Jésus-Christ, que de recevoir dans une cuiller une miette consacrée et trempée dans le calice : car dans le calice des protestants , s'ils ne renoncent à leurs principes, il n'y a que du vin, qui n'est pas devenu le sang de Jésus-Christ, puisqu'il ne le devient que par la réception actuelle. On ne joint donc pas le corps au sang de Jésus-Christ comme les Grecs croient, en faisant l'inlinction du pain dans le calice, puisqu'alors ni le pain ni le vin ne sont pas son corps ni son sang. Aussi la réforme a supprimé cette cérémonie selon qu'elle est pratiquée dans rÉglise latine, et ne connaît pas celle de l'église grecque.
Aucun prolestant n'a encore entrepris de prouver jque la manière dont les Grecs et les Orientaux donnent la communion aux laûjues, soit selon la forme cvangclique et apostolique de la donner sous les deux espèces, et même ils ne pourraient le faire. Ils ont aflecté do maniucr que les Grecs communiaient sous les deux espèces, et ils en sont demeurés là, soit qu'ils ignorassent la discipline orientale , comme il paraît fort vraisemblable par la manière dont la plupart en ont écrit, soit qu'ils aient dissimulé la vérité, comme il est arrivé à plusieurs de leurs auteurs. H est vrai que quelques-uns, quoique obscurément, ont approuvé la communion par intinciion, comme étant plus tolérable que d'ôter eniièrement le calice. C'est ainsi qu'en parle Yossius (disp. 27, thcss. 8 , p. 557), qui n'appuie ce sentiment que par l'autorilé de Bucer. On ne peut douter que celle manxcre ne soit meilleure que (fôler entièrement le calice : car, comme dit très-bien Bucer dans sa seconde réponse à Lalomus, si on donne du vin versé sur le pain rompu en petites partie*, coutume que quelques anciens ont introduite, la ma-
nière de te distribuer est changée, mais on ne détruit pas entièrement le sijmbole avec les paroles sacrées qui te sanctifient, et sous lesquelles Jésus-Christ a ordonné qu'il fût présenté, au lieu que les prêtres de l'Églisi romaine ont été toute la dispensation du sang du Seigneur, étant les paroles et les signes. Fehlavius (Not, ad Chrisloph. Angel. ), qui n'a rien cru pouvoir dirt de meilleur, a inséré tout ce que dit Vossius sur ce sujet, sans répondre néanmoins à la difficulté : car il ne s'agit pas de savoir si la manière des Grecs est moins éloignée de l'institution de Jésus-Christ que celle dont les Latins administrent l'Eucharistie aux laïques, mais si elley est conforme, et c'est ce qu'on ne peut soutenir : car on ne peut prétendre que ce que les Grecs pratiquent soit boire le calice du Seigneur, et le symbole n'est pas conservé lorsqu'il n'en reste aucune marque sensible. Or il n'en reste aucune du vin consacré dans la particule réservée pour les malades, puisque les Grecs en font exhaler toute l'humidiié, en le mettant sur le feu, et le faisant sécher autant qu'il leur est possible.
Allalius prouve, par plusieurs raisons Urées de la philosophie , qu'après cela on ne peut pas dire qu'il reste du vin dans le pain consacré , et ces raisons soni au moins aussi fortes que celles dont se sert Mélèce Piga pour prouver le contraire. Il ne s'agit pas de raisonnements philosophiques dans une matière où, selon la doctrine commune de tous les prolestants aussi bien que des catholiques, il doit y avoir un signe sensible, et il n'y en a plus dès qu'il ne peut être reconnu par les sens ; or personne ne peut contester qu'il est impossible de reconnaître par les yeux, ni parle goût, ni même par l'odorat, à quoi se réduit Mélèce Piga , si dans la parlicule consacrée dont les Grecs communient les malades, on a mêlé quelques gouttes de l'espèce du vin, ou si ce mélange n'a pas été fait. La manière dont le P. Goar, Allatius et d'autres témoins oculaires ont parlé de ce mélange prouve assez ce que nous disons, puisqu'il se fait en touchant légèrement et en forme de croix la parlicule principale avec la cuiller qui a élé trempée dans le calice. Quand celte particule aurait clé imbibée entièrement de l'espèce du vin, outre que toute l'iiunienr en est évaporée, quand même il e» resterait quelque léger indice, l'analogie du signe matériel n'y subi^iste plus; ce vin n'est plus le calice du sang de Jésus- Christ répandu pour la rémission des péchés ; cl le symbole n'y est pas plus que dans une grande quantité d'eau, où on aurait trempé la cuiller de la même manière donl on louche la particule consacrée. On ne croit pas qu'aucun proteslant voulût soutenir que la nature du symbole y est conservée , puisqu'il n'y a ni l'action ordonnée par Jésus-Christ, sur laquelle ils insistent tant : car on ne boit pas le calice ; ni la cnos« signifiée par cette action, qui est l'effusion du sang de Jésus-Christ, puisqu'elle n'est point représentée aux sens par une action tonte différente, qui est une intinciion ou une madéfaction légère, dont il n'y a ni précepte dans l'Écriture, ni d'exemple dans la cène
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de Noire-Seigneur, et qui n'a aucune analogie avec la substance du mystère. Car celle que les comnicnlateurs des Liturgies grecques y remarquent, en expliquant la cérémonie de l'union des deux espèces, ou 4yta èvwjis, qui se fait pareillement dans le rit latin , est fondée sur des raisons toutes différentes, dont la principale est l'unité du sacrement dans les deux espèces, qui consiste à reconnaître par celte union ce que les jacobiles ont très-bien exprimé en peu de mots, lorsqu'ils disent : Je crois que c'est là le corps de cesatuf, et le sang de ce corps. Cependant ces Orientaux ne pratiquent pas la même chose que l'église grecque pour la communion des malades, puisqu'ils la leur «dministrent sous la seule espèce du pain, sans le tremper dans le calice, ni sans y verser quelques gouttes, et ils sont persuadés néanmoins que de cette manière ils reçoivent le corps et le sang de Jésus-Christ, de même que ceux qui ne peuvent recevoir que le vin consacré reçoivent pareillement le corps, comme prouvent les passages qui ont été rapportés.
Mais, sans entrer dans un plus grand détail , nous pouvons demander aux protestants de quel droit ils prétendent employer contre les catholiques des objections tirées de la discipline des Grecs, qui ne s'accorde point avec les principes de la réforme. Ils font fort valoir que les Grecs et tous les Orientaux donnent la communion sous les deux espèces; mais ce n'est pas la donner selon les maximes des protestants, puisque ce n'est pas en buvant le calice. Les Grecs ont institué la manière dont ils réservent et administrent la communion aux malades , et celle dont ils la donnent aux laïques. L'Église romaine n'a pas pour cela rompu l'union, et si quelques particuliers, comme le cardinal Humbert, les ont accusés d'abus et d'erreur, l'Église n'a jamais approuvé leurs jugements précipités, puisqu'elle laisse encore ceux qui sont réunis, dans la pratique de leur discipline. On ne peut douter qu'elle n'ait autant de droit pour régler la sienne que les Grecs en ont eu pour régler la leur; et c'est par ce même droit qu'elle a introduit la coutume de ne communier les laïques que sous une espèce , comme les Grecs ont introduit celle de ne leur plus donner le calice à boire, mais une particule dans une cuiHer , ou la même particule imbibée plusieurs mois auparavant.
Ce que l'Église a établi pour la communion ordinaire des laïques était en usage dès les premiers siècles pour celle des enfants et des malades, pour celle des chrétiens dans leur particulier, et pour d'autres occasions. Si c'eût été un sacrilège et une destruction fie la substance du mystère que de le donner sous une des deux espèces, le crime aurait été aussi grand dans ces premières circonstances, qu'il est, suivant la supposition des prolestants, dans la pratique qui est présentement en usage.. C'est ce que personne n'a osé dire; et quoiqu'ils n'aient pas un fort grand respect pour l'antiquité, ils ne l'ont pas néanmoins assez perdu pour avancer que quand on envoya une petite