‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 286 sur 323 · ESPÈCES • PRIÈRES POUR LES MORTS. HI · texte numérisé non relu

ESPÈCES • PRIÈRES POUR LES MORTS. HI

présence réelle était crue longtemps avant toutes les époques d'Auberlin et de M. Claude ; V que puisqu'on l'a retranché dans quelques occasions, et qu'on ne doutait pas néanmoins que ceux qui recevaient une seule espèce ne reçussent l'Eucharistie, c'est-à-dire le corps et le sang de Jésus-Christ , comme on ne peut pas douter que S. Denis d'Alexandrie ne le crût de la communion de Sérapion, et S. Basile de celle des anachorètes et des autres dont il parle, il fallait que l'opinion de la concomitance fût déjà établie, et par conséquent celle de la présence réelle; ce qui renverse tous les raisonnements des ministres, qui la font naître dans le dixième et le onzième siècle; 5° que puis(|ue les Orientaux séparés de l'Église depuis le cinquième et le sixième siècle, donnent de même la communion sous une espèce aux malades et aux enfants, il ftiut que cet usage soit plus ancieu que leurs schismes , puisque la conformité de leur discipline avec l'ancienne prouve qu'ils l'ont prise avec les autres cérémonies dans l'Église dont ils sont sortis; 6° enfin ils devraient reconnaître que comme aucune des pratiques anciennes, dont on trouve des marques certaines d^ins l'antiquité, ne peut convenir avec leurs principes, et que p.ir cette raison ils k'S ont toutes retranchées, il est impossible que leur créiuice soit conforme à celle de l'ancienne Église.

C'est ce qu'on lem- peut faire voir d'une manière fort claire dans la coutume qui a subsisté autrefois en plusieurs églises de donner la coiamunion par intinction , et qui dure encore parmi les Grecs et presque tous les Orientaux. Elle ne peut convenir avec !a créance de ceux qui ne croient pas le change ment réel et substantiel; mais seulement que dans la réception des symboles du pain et du vin on reçoit ca même temps le corps et le sang de Jésus-Christ, qui est rendu présent par la foi des communiants, et non pas par la consécration de ces mêmes symboles. L'imion des deux espèces qui se fait avant la comnumion dans l'Église latine, aussi bien que dans les églises orientales, a dos significations mystiques, que rapportent les commentateurs des rites , dont aucune ne peut convenir à la cène des protestants. Le mélange p.ir l'intinclion d'une particule dans le calice avait di.nné lieu à la communion appelée intincta , que diverses églises ont pratiquée, croyant qu'elle suffisait pour conserver les deux parties symboliques du sacrement, c'esl-à dire le pain et le vin ; ce qui n'était pas difficile à persuader à ceux qui croyaient déjà qu'on recevait le corps et le sang de Jésus-Chrisl également sous une ou sous deux espèces, comme o.i a sufiisaniment prou\é ailleurs que tous le croyaient alors. Cependant, parce que cette manière de donner la communion ne paraissait pas entièremenl conforme à l'institution de Jésus-Christ, elle n'était pas généralement approuvée, non pas à cause qu'elle supposait la présence réelle , ni à cause qu'elle était fondée en partie sur la crainte de l'effusion du calice, qui la suppose nécessairement. Cependant, comme les mi-

PERPÉTUITÉ DE LA FOI SUR LES SACREMENTS-

nistrps s'imaginent avoir prouve que ces précautions élaienl ignorées avant que le dogme de la transsubstantiation fût établi , et qu'ils fixent cet établissement au dixième et au onzième siècle , lorsqu'on leur fait voir cette même attention dans le troisième et dans le quatrième , et qu'ils trouvent la communion par intinclion pratiquée, longtemps avant toutes leurs époques, il faut, pour soutenir leur système, enfermer de nouveaux par rapport à cette cérémonie , dont il est aisé de reconnaître les conséquences.

C'est pourquoi ils l'attaquent, quoiqu'ils avouent qu'elle est fort ancienne, prétendant que dans le quatrième siècle elle s'était introduite en quelques endroits, mais qu'elle fut supprimée par l'autorité du pape Jules vers l'an 440. Qu'ensuite on recommença à la mettre en ttsage, particulièrement vers fan 900, parce que le dogme de la transsubstantiation s'était déjà insinué dans l'Eglise, et qu'on recommença à donner la communion par inlinction, pour éviter, comme on disait, le péril de l'effusion. C'est là le raisonnement de Vossius (Disp. 23, tliess. 7, p, 334) qui est entièrement détruit par ce que nous trouvons de plus certain dans l'antiquité : car sans parler de ce qu'il suppose que la communion était donnée de cette ma)iière aux enfants et aux malades dès le temps de S. Cyprien, ce qui mettrait cet usage hors de tout soupçon, les nesloriens et les jacobites le pratiquent depuis le concile d'Épbèse et le concile de Calcédoine, sans que les catholiques leur en aient fait de reproche. De plus, la lettre du pape Jules l (de Cons., dist. 2) aux évoques d'Egypte, d'ofi est tiré le passage rapporté par Gralien, est supposée, et les paroles sont du quatrième concile de Braga, tenu vers l'an 676. Il n'est pas vrai non plus que cet usage fut supprimé par le pape Jules, qui n'y a jamais pensé, puisque plus de deux cents ans après il subsistait en Espagne, et que ce concile ne l'approuva pas. Mais un autre de Tours, cité par Burchnrd (1. 5, c 9), le justifie, et cependant la transsubstanlialion n'était pas encore connue, si on veut croire les calvinistes. Les contestations qu'il y eut sur cette manière de donner la communion ne troublèrent pas la paix de l'Église, comme encore présentement elle ne trouble pas l'union avec les Grecs cl les Orientaux réunis à l'Église romaine. Il est donc aisé de comprendre que les prolestants ne se servent de l'argument qu'ils tirent de la contradiction que trouvèrent ceux qui donnaient la communion par intinclion, que pour lâcher de faire croire que ceux qui la combattaient soutenaient que la communion sous les deux espèces était absolument nécessaire, en sorte qu'autrement il n'y aurait pas eu de sacrement, ce qu'aucun d'eux n'a jamais dit, et ce que les prolestanls doivent dire.

Quand on a disputé sur ce sujet dans le douzième siècle, une des raisons qu'alléguait Eriiulfe, évoque de Rochester, pour soutenir l'usage de la communion par intinclion, était la crainte de répandre quelque chose du calice. C'est, disent les prolestanls, que la transsubstantiation était alors établie; et cependant ceux qui prétendaient qu'on devait donner le calice ne ve-

jetaient pas celle raison comme frivole, ainsi que font les minisires qui ont traité cette malièrc. Ces auteurs en conviennent, mais ils répondent qu'on doit éviter ce péril avec beaucoup d'attention ; de sorte que ceux qui donnaient le calice, aussi bien que ceux qui ne le donnaient pas, regardaient comme un malheur et comme un grand péché si, par la négligence des prêtres ou des diacres, l'Eucharistie tombait à terre. Ce n'est donc point une nouvelle opinion née dans le dixième siècle, qui a produit ces précautions et le retranchement du calice; puisque longtemps auparavant on trouve dans les Pénitentiaux latins et grecs les peines canoniques imposées à ceux par la faute desquels cette profanation serait arrivée, et que dès les premiers siècles elle était regardée avec horreur, comme on l'a prouvé ailleurs. ( Ci-dessus, 1" part, de ce tome, 1. 3, c. 4.)

Il est donc aisé de conclure de tout ce qui a été dit, que les protestants ne peuvent tirer aucun avantage de l'usage de l'ancienne Église ni de celui des églises orientales, pour justifier leurs opinions, et encore moins leur discipline. Ils croient que le calice est absolument nécessaire par l'institution de Jésus-Christ, aussi bien que par l'analogie du sacrement, et ils ne donnent pas la communion autrement ; les Grecs et les Orientaux ne donnent depuis plusieurs siècles le calice qu'aux prêtres. De plus, ils croient si peu que l'administration du calice soit absolument nécessaire, qu'ils communient les malades et les enfants sous une seule espèce. Les Grecs ne suppléent pas à ce défaut, s'il est essentiel jusqu'à détruire le sacrement, puisque la pratique de donner avec une cuiller une petite particule trempée dans l'espèce du vin, encore moins celle de donner à un enfant la cuiller à sucer, ou lui mettre le doigt dans la bouche, n'est pas donner le calice du Seigneur. Ceux qui reçoivent la communion de celte manière ne boivent point, non plus que les malades auxquels on présente une particule qui a élé imbibée du vin consacré plusieurs mois auparavant, et dans laquelle il peut tout au plus rester quelque odeur imperceptible du vin. Les Orientaux qui donnent simplement le pain consacré, croient cependant aussi bien que les Grecs que ceux qui reçoivent la communion de celte manière reçoivent le corps et le sang de Jésus-Christ. Ils sont donc tous fort éloignés de la créance des protestants.

Les anciens Latins et Grecs ont réglé leur discipline dans l'administration de l'Eucharistie en différentes manières, sans croire contrevenir au précepte de Jésus-Cbrisl, ni à la pratique de la primitive Église, qu'ils connaissaient mieux que ceux qui sont venus quinze cents ans après, et qui, par la diversité de tous les offices qu'ils ont composés pour l'administration de leur cène, ont assez fait voir que ce modèle parfait de la cène évangélique leur était entièrement incoimu. Le fondement de la discipline grecque et orientale ancienne et moderne est la foi de la présence réelle, et dès qu'on la croit, on n'a plus aucune difficulté à reconnaître que la communion donnée sous

i«7 LIV. Vin. COMMUNION SOUS LES DEUX une ou sous deux espèces est toujours véritablement le corps et le sang de Jésus-Christ. Si donc il y a eu quelque dispute, soit autrefois touchant rintiiiction, soit préseniement sur la manière dont les Grecs donnent l'Eucharistie aux malades et aux enfants, ce n'est pas qu'il y ait eu aucun doute de part ni d'autre touchant la présence réelle, et ainsi cette dispute n'appartient point à la foi, mais elle est purement de discipline. Or toutes les églises du monde, avant le schisme des protestants, ont cru et elles croient encore qu'elles peuvent par l'autorité que Jésus-Christ a laissée aux apôtres, et par eux à leurs successeurs, régler ce qui regarde la discipline. Par cette autorité plusieurs anciennes coutumes, quoique pieuses, ont été abolies, sans que les fidèles y aient trouvé à redire. On donnait l'Eucharistie dans la main, on l'emportait dans les maisons, on communiait en particulier. Si quelqu'un demandait présentement la même chose, on ne la lui accorderait ni dans l'église grecque ni dans l'Église latine, et s'il faisait schisme pour cela, il serait condamné partout. Cependant il demanderait ce qui a été pratiqué dans les siècles les plus florissants du christianisme, au lieu que la manière dont les protestants donnent le calice est inconnue à toute l'antiquité, puisqu'ils l'administrent sur un faux principe : car elle croyait donner le sang de Jésus-Christ, et ce que le diacre luthérien présente ne l'est pas encore et ne lésera, selon son opinion, que quand le communiant aura bu dans le calice. L'Église ancienne envoyant une particule du pain consacré à un chrétien croyait lui envoyer le corps de Jésus- Christ ; que si cette même particule tombait à terre, et si elle était foulée aux pieds, c'était un aussi grand crime que si on l'eût commis à 1 "égard de la personne de Jésus-Christ. C'est de cette ferme créance que sont venues toutes les précautions pour administrer ce sacrement avec décence, et pour éviter les profanations, même celles qui pourraient arriver par négligence. C'est sur cette même créance qu'est fondée la discipline grecque et orientale, qui ne peut avoir lieu parmi ceux qui ne croient aucun changement. Il est donc inutile de vouloir s'en servir contre l'Église romaine, et de la vouloir combattre par l'usage des Grecs et des Orientaux qui diffère entièrement de celui des protestants ; et comme les deux églises orientale et occidentale conviennent des mêmes principes, que leur discipline s'accorde en plusieurs points essentiels qui détruisent les conséquences qu'on en voudrait tirer contre leur créance commune, c'est abuser de la crédulité des ignorants que de prétendre trouver quelque conformité entre la doctrine et la discipline des prolesianls touchant la communion sous les deux espèces, avec celle des Grecs et de tous les Orientaux.

Il serait après cela fort inutile d'examiner en détail ce que les protestants, principalement les luthériens, ont écrit sur la question dont il s'agit pour réfuter Aliaiius et Nihusius, qui les avaient attaqués par les témoignages des Grecs et des autres chrétiens orientaux. Feu M. l'évêquede Meaux a traité avec au-

Page 1