‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 287 sur 323 · ESPÈCES ; PRIERES POUR LES MORTS · texte numérisé non relu

ESPÈCES ; PRIERES POUR LES MORTS

tant de force que d'exactitude ce qui regarde le dogme, et réfuté solidement ce que Georges Calixte en avait écrit, et ce qu'un ministre français en avait copié , puisque tout ce qu'il y a de celui-ci n'est qu'un nouveau tour qu'il a donné aux raisonnements de l'autre, sans aucunes nouvelles preuves. Ce savant prélat, quoiqu'il ait fait usage de celles qui se tirent de la discipline des Orientaux, n'a pas néanmoins examiné en détail tout ce que les protestants ont dit sur ce sujet, parce qu'il avait dessein d'être court. Mais on peut assurer que ce travail n'est guère nécessaire, puisque ceux qui ont été les plus prolixes, ce qui n'arrive que trop fréquemment à ces controversisles, peuvent être réfutés en très-peu de paroles.

Ceux qui se sont le plus étendus sur celle matière sont Véjélius et Fehlavius, tous deux de la Confession d'Augsbourg; le premier dans la Dissertation sur l'état présent de l'église grecque, et dans la Défense qu'il en a faite contre AUatius; l'autre dans ses Observations surChristophle Angélus. La manière dont s'y prennent ces deux écrivains est singulière : car, comme il a été dit ailleurs, ils n'ont eu aucune connaissance des auteurs grecs modernes, sinon par les citations du P. Morin, du P. Goar, d'Allalius et d'Arcudius. Leurs grands auteurs sont Angélus et Métrophane Critopule, qui, quand ils ne seraient pas aussi méprisables qu'ils le sont, ne peuvent pas balancer l'autorité de toute l'église grecque , lorsqu'elle ne s'accorde pas avec leurs témoignages. Mais ce qu'il y a de singulier, est que par ces mêmes auteurs on trouve de quoi confondre les protestants : car Angélus marque qu'on donne aux Grecs le pain et le vin mêlés ensemble ; et quoiqu'il ne parle pas de la cuiller, et que tout ce qu'il dit ne soit pas exact, n'étant pas conforme à l'Eucologe dont l'autorité est incontestable, il s'ensuit que les Grecs ne donnent pas le calice à tous, et qu'ainsi ils n'entendent pas ces paroles : Buvez-en tous, comme elles sont entendues dans la réforme. Ces luthériens ne font aucune mention de cette difficulté.

Les catholiques leur opposaient les Liturgies pour cet article et pour plusieurs autres. Fehlavius répond en rapportant plusieurs pages entières de Rivet, le plus ignorant et le plus téméraire de tous les critiques, comme nous croyons l'avoir prouvé dans le volume précédent (plus haut, dans ce même tome). Voét, Danhaverus, Zimmermannus , Dorscheus et d'autres pareils écrivains viennent au secours ; et comme ils se copient toujours les uns les autres, ils ne disent jamais rien de nouveau. Nous en appelons au jugement de tous les savants qui ont la moindre connaissance de Téglise grecque : car nous sommes bien assurés qu'il ne s'en trouvera aucun qui ne convienne que ces grands docteurs ne savaient pas les premiers éléments de la matière dont ils voulaient faire des leçons aux autres. Fehlavius se plaint amèrement de la manière dure avec laquelle Allatius a traité ChytrcTCus : Grand homme, à\i-\\,el siesliniéque l'empereur s'en servit pour réformer les églises lulhériennes d'Autriche et de Stirie, 11 pouvait être propre

à cela et être un honnélo homme en sa manière : mais pourquoi se mêlail-il de parler de la religion d€S Grecs qu'il ne connaissait pas, cl pourquoi laisaitil imprimer son discours, qui est un tissu d'ignorances cl de faussetés , dont Allalius n'a relevé que la moindre partie?

Pour venir à la communion sous les deux espèces, Fohiavius ne trouve rien de meilleur que d'insérer ce qu'en a dit Vossius, dont les paroles ont ci- devant été rapportées, et qui, à proprement parler, ne signifient rien qui ait rapporta la dispute présente : car s'il dit que la manière dont les Grées administrent la communion aux laûiues est plus recevablc que celle dos Latins qui ont ôlé entièrement l'usage du calice, il ne le prouve pas ; et l'autorité de Pierre-Martyr qu'il allègue, peut êirc rccevable dans les écoles prolestanies, non pas ailleurs. Enfin Felilavius entre dans la question, et sur ce que Bellarmin avait établi avec beaucoup de raison (pio la communion sous une seule espèce se prouvait par la conservation des choses sacrées , et par la manière dont l'EuclKiristie était administrée aux enfants et aux moribonds, par la communion laïque et parla messe des présandifiés, il entreprend de nier celte conséquence et de prouver le contraire. Avant que d'examiner ses preuves, il est important de remarquer que la plupart des protestants semblent croire que toute la science des catholiques est renlermée dans Bellarmin. Nous lui rendons toute la justice qu'il mérite comme grand théologien et de beaucoup d'esprit, dont les travaux ont été très-utiles à l'Église ; mais nous reconnaissons en même temps qu'il a souvent employé des preuves fort faibles, quoiqu'il raisoiniàt juste ; et cela se remarque particulièrement dans les passages des anciens auteurs grecs qu'il a cités sur des versions peu exactes, et dans des points d'antiquité ecclésiastique, qui de son temps, n'claienl pas suflisamment éclaircis.

Ainsi, pour prouver que dans les premiers siècles de l'Église on réservait l'Eucharistie, il s'est servi du lémoignage tiré de la lettre de S. Jean Chrysostôme au pape Innocent I, où il est marqué que lorsque ce saint fut violemment chassé de sou siège, le sang de Jésus-Chi isi fut répandue sur les habits des soldats. Hell.irniin conclut de là (pie l'Eucliaristie était donc réservée; et Felilavius dit au contraire que ces paroles prouxenl qu'on ne réservait pas seulement l'espère du pain, mais aussi celle du vin, quoique dans la vérité on n'en puisse tirer ni l'une ni l'autre conséquence. 11 est dit dans celle lettre que des soldais, p.irmi lesquels il y en avait qui n'étaient pas chrétiens, enlrorent dans l'église lorsqu'on aduiinislrail le baptême solennel. Or il faut ignorer ladisciplineancicnne, pour ne pas savoir qu'on célébrait en même lem|)s la Liturgie, el qu'on communiait ensuite les nouveaux baptisés. C'était donc dans le temps même de la célébration des saints mystères que cette profanaliui arriva ; el ce passage ne prouve pas qtie ce fût l'Eucharistie réservée, ni qu'on réservât l'espèce du vin.

Felilavius raisonne ensuite sur rexcm])lc de sainte

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Gorgonie, et d'une manière toul-à-fait singulière, qui marque en même temps une prodigieuse ignorance d« l'ancienne disci|)iine:car au lieu qu'il est aisé de comprendre quecellesainteayanl ramassé ce qu'elle avait des restes de l'Eucharistie, que les fidèles eni|»ortaient alors dans leurs maisons, elle alla à l'église, qu'elle se prosterna devant l'autel, on elle fil cette fervente prière expliquée par S. Grégoire de Nazianze, son frère (oral. 11), et qui fui suivie d'une guérison miraculeuse, voici comme cet auteur tourne cette histoire: il nous représente sainte Gorgonie qui va la nuit à l'église, qui se prosterne devant l'autel, c'esl-à-dire, selon lui, à la porte de l'endroit où était la table ; car il faut bien se garder, dit-il, de prendre dans un autre sens le mot de ôuutaaTïipiov, el qu'en tàtanl elle chercha si elle n'y trouverait pas quelques restes du pain et du vin qui avait été employé pour la Liturgie ; car, poursuit-il, on en laissait quelquefois sur la sainte table. Quand la chose se serait ainsi passée, il s'eiisuivrail nécessairement que cette sainte croyait que la table sacrée ou Vuiitel, comme l'appelle S. Grégoire, sur leijuel Jêsus-Clirisl était honoré, avait une sainteté particulière, ce que les protestants ne croient point; qu'elle croyait que les anlitypes du corps ou du sang de Jésus-Christ, même hors de la communion, étaient lout autre chose que du pain el du vin resté sur la table, puisqu'elle s'en servait pour demander à Dieu un miracle, qu'elle obtint par ses prières, ce qu'ils ne croient pas davantage. Ainsi tout ce qui peut résulter de ce fait, est qu'on réservait les deux espèces dans l'église, el que ce qu'on en lire pour la communion sous une espèce est sans fondement.

Ce raisonnement pourrait être bon si toutes les preuves que nous avons de la communion sous une espèce se réduisaient à celle-là : mais il y en a d'au 1res et de plus anciennes qui terminent la dlificullé. Elles ont de plus cet avantage, par-dessus celles que les prolestants nous opposent, que toutes celles que nous trouvons dans l'antiquité s'accordent non seulement avec la créance de la présence réelle, et la supposent nécessairement, mais aussi qu'elles conviennent avec la discipline de tous les siècles : car la foi qu'eut sainic Gorgonie, cl qui lui fil espérer sa guérison par l'application de l'Eucharislie, est la même que SatjTC, frère de S. Ambroise, eut dans son naufrage, el qu'eut celte femme dont parle S. Augustin , sans parler de plusieurs autres. Cette foi supposait une sainlelé inhérente, attachée aux particules de l'Eucliaristie, comme on doit nécessairement supposer la même foi dans tous les Grecs et Orientaux, qui ont rapporté des miracles de cette nature, qui ne peuvent arriver, cl même qui ne peuvent pas tomber dans l'esprit de ceux qui ne croient pas le cliangen.enl réel des dons proposés, cl qui ne connaissent de réalité que dans la réception el dans l'usage. Cet exemple est conforme à la discipline de ces temps-là , puisqu'il est certain que Jcs fidèles communiaient dans leurs maisons avec les particules sacrées qu'ils recevaient à l'église, et qu'ils emportaient; ce qui ne peut avoir lieu dans tous ics sysié-

1121 LIV. VIII. COMMUNION SOUS LES DEUX mes des protestants : car ceux qui le feraient parmi eux ii'eraporleraieiU que du |)aiii et du vin, et aucun d'eux n'a encore dit que celui qui le prendrait ainsi en particulier fil la cène du Seigneur, et que par la foi il reçut véritablement le corps et le sang de Jésus- Christ. Il s'ensuit aussi que sainte Gorgonic , au lieu de mériter les louanges que S. Grégoire lui donne, niérilait une forte réprimande et qu'elle faisait ircsnial. C'est an^si par où Feiilavius conclut sa critique, mais i'appuyani de l'aulorité do Dorsclieus et de Pierre-Martyr, giands noms pour opposer à un docleur aussi respectable que S. Grégoire. Celte pciile femtne, disenl-ils, sauf le respect d'elle et de Grégoire, son frère, ne paraît pas avoir été assez instruite dans la religion chrélietine, de croire quon eût besoin d'autel afin que ses prières fussent exaucées, et son exemple ne doit pas être proposé pour l'imiter. On ne croit pas cependant que louie personne qui ne sera pas iTéveniie jusqu'à raveuglcmenl, puisse s'imaginer que de telles autorités doivent détruire celle de S. Grégoire. De plus, il n'est pas question de savoir si sainte Gorgoiiie faisait bien ou mal, mais si elle avait porté rCucliaristie dans sa maison, ce qu'on ne peut pas contester, puisque c'était l'usage de ces siècles-là.

Après cela les ministres se donnent beaucoup de peine pour prouver (lue les premiers chrétiens eniporlaient les deux espèces, parce que S. Jérôme a dit de S. Exupére, évéque de T(.uiouse, qu'ayant vendu les vases sacrés pour soulager les pauvres , il portait te corps de Jésus-Clirist dans un panier, et son sang dans un verre; et sur ce que S. Justin marque dans sou Apologie, qu'on portait le pain et le vin aux absents. Ou conviendra sans peine qu'il est très-possible que lorsqu'on a pu dans les commencements porter les deux espèces, on l'a fait stiivanl la première institution : mais comme nous trouvons dans les siècles suivants des preuves certaines que les fidèles n'emportaient que l'esj.èce du pain, ce n'est pas deviner que de dire que la même pratique peut avoir été en usage dans les premiers temps; au lieu que les |;rolestants devinent !orS(prils disent que Sérapion reçut les deux espèces, que sainte Gurgonie les employa toutes deux, que, dans l'exemple tiré de S. Cypricn toiiclianl cet enfant qui rejeta rEncliaiistie, le diacre se trompa, croyant qu'on lui avait donné le pain. 11 n'est pas permis de deviner sur de pareilles matières, et encore moins de décider sur des conjectures en l'air , quand elles ne sont appuyées d'aucunes preuves , et encore plus lorsqu'elles sont détruites par la discipline des siècles suivants.

C'est sur cette discipline que les catholiques s'appuient, parce qu'ils trouvent dès le quatrième siècle que l'Eucharistie était réservée dans une colombe mise sur l'autel , et certainement on n'y pouvait pas mettre le calice; qu'il y a diverses circonstances dans les auteurs anciens qui marquent l'usage de ces vases où l'Eucharistie était mise et leurs diflérenls noms ; au lieu qu'on n'en trouve aucun pour réserver l'espèce du vin, ni aucun exemple dans les anciens auteurs qui

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marque clairement la coutume de le réserver; qn'oii voit (ju il était absolument imposbible de conserver du vin en petite quantité pendant longtemps , ou de le transporter au loin, comme on aurait dû faire à l'égai ,1 des anachorètes : ce qu'il eût été diflicile d'accnrd r avec la grande attention qu'on avait pour prévenir l.i profanation de l'Eucharistie. Lorsqu'on vient auv siècles suivants, on voit que les Grecs changèrent b coutume de donner le calice aux laïques et les coui munièrent avec une cuiller, leur donnant une parti cule trempée, et marquant pour i)rincipale raisun da ce changement de discipline le péril de relTiision du sang précieux. Que les ministres aitaiiuent cette raison tant qu'ils voudront, ils ne peuvent nier qu'elle ne fût reçue généralement dés le quatrième siècle; el quand on n'en aurait pas des preuves aus->i certaines que celles qui se tirent d'Optat, de S. Athanaseetde S. Jean Chrysostôme , puisque toutes les églises orthodoxes, hérétiques ou schismaliques, ont établi et observé la discipline qui subsiste jusqu'à nos jours, cl qui ne peut avoir lieu sinon sur ce même principe , il faut nécessairement (|u'il ail été cru et reçu dans la primitive Église. Nous concluons de là que puiiiiu'on a craint el évité la profanation dans les premiers siècles du christianisme , on a pu prendre les mêmes précautions qui ont élé prises dans la suite pour l'éviter; et comme une des principales a élé de prévenir l'dïusion du sang précieux, qui a fait qu'en Orient on a retranché le calice aux laïques, sur ce principe on n'a pas donné les deux espèces aux fidèles pour la communion domestique.

De plus, quand on examine de pareilles questions qui regardent des faits anciens dont on n'a pas un« entière connaissance, il n'y a aucune témérité à supposer qu'une discipline qui se trouve établie depuis plu>ii'urs siècles sans opposition , est la même que celle qui était observée dans les premiers temps, ou au moins q Telle y est fort semblable. On voit que les Grecs dès le quatrième siècle ne donnaient pas le calice aux malades , et qu'ils gardaient des particules sacrées , comme ils font encore présentement. Il est donc très-probable que cet usage était l'ancien , puisqu'il s'est établi sans dispute et sans contradiction ; et on ne peut lui donner moins d'antiquité que le temps du concile d'Éplièseet de celui de Calcédoine, puisque les nestoriens et les jacobiies l'ont conservé jusqu'à ce lemps-ci. Les Grecs ajoutent une cérémonie que les antres ne pratiquent pas , el qui consiste à imbiber les particules réservées pour les malades avec l'espèce du vin et les sécher extrêmement , afin de pouvoir dire qu'ils donnent les deux espèces. Il est difficile de marquer le commencement de celte coutume; et ce qui peut faire croire qu'elle n'est pas de la première anli(iuité est que les autres chrétiens ne la connaissent pas. Mais que les prolestants supposent s'ils veulent, avec Mélèce Piga, que cette intinction est nécessaire pour conserver l'analogie du sacrement, ils ne peuvent selon leurs principes en tirer aucun avantage, puisqu'il faut l'abandonner ou

reconnaître comme lui la concomilance : car il est contre toute raison de vouloir se servir du témoignage d'un auteur, ne prenant qu'une partie de ce qu'il dit et abandonnant l'autre. Dès qu'on reconnaît la concomitance , la question est linie , et quelle que puisse être la discipline , elle ne change pas la doctrine.

Sur ce principe quelque fatigue que se donnent ces Jliéologiens luthériens , pour prouver par l'exemple des Grecs et des autres chrétiens d'Orient la nécessité des deux espèces , ces preuves deviennent inutiles, dès qu'elles ne peuvent s'accommoder au système général de la créance des protestants. Il ne s'agit pas de cérémonies qui ont pu changer, mais de la foi qui s'est toujours maintenue en Orient comme en Occident , et c'est celle de la présence réelle. Elle produit naturellement les précautions qui se sont pratiquées dans toutes les églises pour empêcher la profanation de l'Eucharistie; c'est de là qu'est venu Tusage de la cuiller parmi les Grecs, celui du chalumeau d'or ou d'argent dans l'Église latine , le linge appelé dominicale , les boîtes d'or, d'argent ou d'ivoire , les colombes , et ainsi du reste. Jamais société protestante ne s'est avisée de rien de pareil ; les plus raisonnables s'étant réduits à la propreté , qui même a paru superstitieuse à quelques zélés presbytériens il est inutile de prouver qu'on réservait les deux espèces , puisqu'elles n'étaient rien moins que le corps et le sang de Jésus-Christ selon leurs principes. Enfin quand tout ce que ces auteurs disent sur les exemples tirés de l'antiquité serait aussi vrai qu'il est faux ou incertain , pour le moins ils n'ont rien à opposer à la pratique des églises orientales, qui est aussi contraire à leur créance et à leur discipline qu'elle est conforme à ce que croit et pratique TÉglise catholique.

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