‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 29 sur 323 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

bassadeur de sa majesté Irès-chréiienne , à qui l'on avait envoyé quelques mémoires sur lesprélenlions de M. Claude , a eu I;i boulé de les lui communiquer. L'on y marquait en particulier l'argument qu'il tirait du dogme des Arméniens, qu'il n'y a qu'une nature eu Jésus-Christ , pour en conclure que les Arméniens ne pouvaient croire que le corps de Jésus- Christ fût présent dans l'EuclKirisiie, et que le pain fût véritablement changé en son corps. On y avnit joint aussi une exposilion de quelques autres opinions des calvinistes , pour en savoir ce qu'en croient les Arméniens. Et voici ce qu'il a répondu par un décret authentique condrmé |i;ir toutes les marques de son autorité, et signé par deux évéques et trois ecclésiastiques arméniens.

M, Claude remarquera seulement qu'en quelques endroits il exprime les opinions des calvinistes non en la manière qu'elles étaient dans le mémoire qui a été envoyé à Constaiilinople, mais eu celle qu'il les a conçues. Car, par exemple, on n'avait nullement mis dans ce mémoire que par la consécration le pain et le vin sont unis hypostatiriuement à la divinité, mais seulement qu'ils y sont unis; et l'on n'avait point attribué cette opinion aux calvinistes, mais on avait dit seulement que M. Claude l'attribuait aux Grecs. Mais le patriarche l'ayant conçu autrement, a pris le mot d'union pour une union hypostalique, et a condamné cette erreur en ce sens, ce qui est de peu d'importance. Car si ce n'est pas là l'opinion que M. Claude attribue aux Grecs, c'est au moins celle que Blomicl et Aubertin leur attribuent, il paraît aussi qu'il a cru que les calvinistes de France imputaieni aux Arméniens toutes le-^ erreurs marquées dans le mémoire : maiscetie erreur de lait, fondée sur une éiiuivoque, n'empêche pas que l'on ne voie clairement combien il déleste ces hérésies. Et cet acte en mérite d'autant plus de créance qu'il paraît clairement qu'on ne le lui a pas suggéré, puisqu'on l'aurait porte à s'exprimer autrement en quelques endroits.

Jacques, humble serviteur de Jésus-Christ, catholique et patriarche de tous les Arméniens, aijanl été contraint de sortir de la province de r Arménie Majeure appelée Ararat, nii est le siège patriarcal qui se nomme Saint- Ermiazin, à cause des déiéylements du docteur Eléazar, autrefois évoque de la sainte cité de Jérusalem, qui viole les règles de la discipline ; je suis venu à la Porte des Turcs oii est te grand roi des Ottomans, duquel, par la grâce du Saint-Esprit, nous avons obtenu tout ce que nous désirions.

Or étant à Conslantinople , messire Charles Olicr , marquis de Nointel, très-pieux ambassadeur du roi de France, couronné de Dieu, nous a exposé ce que les luthériens et calvinistes nous attribuent calomnieusement de croire. Mais à Dieu ne plaise que nous proférions ces paroles et que nous fassions profession d'une créance si erronée. On ne trouvera poi)it de tels sentiments parmi nous, et nous en sommes aussi éloignés que l'Orient l'est de rOccidenl. Or voici les propositions et les dogmes de CCS gtnslà.

Premièrement, ils disent que le corps de Jésus-Christ tiesl pas réellement dans l'Eucharistie, mais que le pain et le vin sont i,eulentenl figures et signes du corps et du sang de Jésus-Christ, qui communiquent la vertu de ce corps et de ce sang à ceux qui y participent.

Secondement, ils disent que le corps glorieux et im mortel de Jésus Christ, qui est assis à la droite de son Père , n'est nullement présent dans l' Eucharistie , et n'entre point dans la bouche de ceux qui la reçoivent, mais seulement que par la consécration le pain et le vin sont unis hyposlatiquement et personnellement à la divinité (1). Et qu'ainsi il se fait un nouveau corps de JésusCUrist que l'on dit être uni à son autre corps, parce iju'il est conservé et soutenu par sa divinité.

(1) C'est l'opinion que Blondel et Aubertin attribuent aux Grecs; maisM.cIaude ne leur allribue pas d'admettre l'uuion byi>C'SWlinue du pain à la divinilé, nms une simple union.

Troisièmement, que ta substance du pain et au vin, n'est pas changée au corps et au sang de Jésus-Christ, mais que le pain et le vin demeurent après la consécration.

Quatrièmement, que ^Eucharistie n'est point un vrai sacrifice propitiatoire, et qu'il ne la f'iul pas off'ir pour les vivants et pour les morts.

Cinquièmement , qu'on ne peut, sans idolâtrie, adorer Jésus-Christ dans l'Eucharistie.

Sixièmement, que la rémission du péché originel n'est pas accordée généralement à tous ceux qui sont baptisés, mais seulement aux prédestinés ; et que si quelque adui'?baptisé meurt dans l'in/idélilé , c'est un signe certain qu'il n'avait pas reçu de grâce dans le baptême.

Septièmement, que le baptême n'est pas nécessaire aux enfants des fidèles, et qu'ils peuvent sans le baptême entrer au royaume des deux : qu'ainsi il n'est pas nécessaire de se mettre tant en peine d'empêcher qu'ils ne meurent sans baptême.

Huitièmement, que la justice ttne fois reçue ne se perd jamais, et que celui qui est une fois devenu fils de Dieu par adoption, ne peut plus devenir enfant du diable, et ne déchet jamais entièrement de la grâce d'adoption.

Neuvièmement, que les vœux de perpétuelle chacteté faits par les religieux et ermites sont criminels, injustes, contraires à l'Ecriture, et inventés par le diable.

Dixicmement, que l'Eglise ne peut, sans impiété et sans tyrannie, ordonner des jeûnes et l'abstinence de certainis viandes.

Onzièmement, que la Vierge mère de Dieu et les saintt qui sont au ciel ne peuvent être invoqués sans faire injure à Jésus-Christ notre médiateur.

Douzièmement , qu'il n'est pas permis d'honorer lei saints, ni leurs reliques.

Treizièmement , qu'il n'est pas permis de rendre un culte relatif à leurs images.

Quatorzièmement , qu'il n'y a point sept sacrements dans l'Eglise, nuiis seulement deux.

Quinzièmement, que tous les prêtres sont égaux par l'institution de Jésus-Christ, et ont le même pouvoir que les évêques, et que les prêtres peuvent ordonner d'autres prêtres.

Seizièmement , que le gouvernement cpiscopal «'est point nécessaire dans l'Eglise, et qu'il est meilleur qu'un certain nombre de laïques soit gouverné par des prêtres égaux entre eux que par des évêques.

Dix-septièmement , que l'Eglise universelle peut périr et cesser d'être visible , et qu'elle n'est pas inlaillible.

Dix-huitièmement , que ceux qui sont justifiés n'ont plus de peines temporelles et corporelles à souffrir pour leurs péchés.

Dix-neuvièmement , que les livres de Tobie, de Judith, de la Sagesse, de l'Ecclésiastique, deBaruch et desMuchabées , ne font point partie de l'Ecriture sainte.

Moi donc Jacques, catholique et patriarche, soussigné avec tous mes ecclésiastiques et évêques régissant des diocèses et tous ceux qui sont commis à mon autorité, ayant pesé avec le plus de soin que j'ai pu ces propositions étranges, inouies, qui sont pleines de calomnies contre la sainte Eglise catholique et apostolique, et en ayant considéré les suites qui sont claires à tout le monde ; je me suis senti fortement ému à rejeter ces propositions détestables et pleines d'erreur que mes oreilles n'amknl jamais entendues , et qui n'étaient jamais tombées aans ma pensée. Ainsi les rejetant comme des dogmes empestés et pleins de venin, je les déleste elje proteste que ni moi ni les miens n'entendront jamais qu'avec douleur des discours si horribles et si capables de donner la mort. Mais notre église au contraire est fermement et inébranlable' ment attachée à la doctrine contraire à ces propositions, comme l'ayant reçue de Noire-Seigneur Jésus-Christ, par la tradition des saints apôtres, qui étaient pleins du S. -Esprit; et comme ayant été confirmée et approuvée par les saints conciles , non seulement louchant les sept sacrements, que nous patriarche et autres soussignés avons toujours reconnus avec toute notre éijlise univer-

RÉPONSE GÉNÉRALE AU NOUVEAU LIVRE DE M. CLAUDE

selle, mais aussi sur les autres points, et principaleiuenl sur ta consécration. Car encore que nous croyions qu'il n'y a qu'une nature en Jésus-Christ, il ne s'ensuit PAS néanmoins que l'humanité soit détruite et que Jésus-Christ nail point de corps. Mais nous croyons que le même corps de Jésus-Christ, qui a été crucifié^ qui est monté aux deux et qui est assis à la droite du Père, est présent réellement, quoiqu'invisiblemeut dans l'Eucharistie, sous les espèces et apparences extérieures du pain et du vin qui restent seulement , parce que le vain el le vin sont lelleniciit changés au vrai corps et au vrai sang de Jésus-Christ , que la substance du pain el du vin ne demeurent plus , mais seulement les accidents, el c'est pourquoi nous adorons Jésus-Christ dans "eucharistie.

Voilà la doctrine de notre église catholique , que nous conservons de tout notre cœur el de toutes nos forces telle que nous l'avons reçue. Cest cette doctrine qui est le ^ondcment de notre joie et de notre gloire , et cest par elle que nous espérons être quelque jour élevé en l'air au devant de Jésus Christ , à qui soit gloire et adoration à l'infini dans tous les siècles des siècles.

Ces réponses ont été données par nous au très-noble seigneur Charles Olier, marquis de Nointel , et c'est pourquoi notis avons scellé , siqné très-volontiers cette lettre avec^ tous ceux qui sont avec moi. Fait à Constanttnople , l'an mille cent vinqtième , selon le compte des Arméniens, le 12 avril.

Moi Jacques, très-humble serviteur de Jésus-Christ , catholique, j'ai souscrit de ma main pour la confirmation de cet acte.

Moi Unufre, métropolitain de Hamet, j'approuve tout ce qui est dans cet acte comme notre saint Père.

Moi Minas Varlabel , j'ai souscrit pour la confirmation de ce qui est dans cet acte , comme notre saint Père.

Moi Simon, évêque,je consens à tout ce qui est dans cet acte, comme notre saint Père.

Moi Basile Vurlabct, j'ai souscrit de ma propre main, pour approuver tout ce qui est écrit ci-dessus , comme notre suint Père.

Moi Thomas Varlabet, je confirme par ma signature, tout ce qui est ci-dessus.

Il y ;> ;iii bas do l'acle une alleslalion de M. de Noinlcl , (|ui coiili.îiU qu'il esl fidèleineiit Iradtiil , et que l'on a comimirijqué la tradiiclion an palriarclio même. Que si M. Claude eu doàilc , il n'a qu'à (aire traduire de nouveau l'original qu'il trouvera, comme les aulres, à l'abbaye de Saint-Gcrmain-des-Prés.

L'aiclievéqiie arménien de Conslaniinople , n'était jias dans celte ville-là lorsciue cet acte l'ut sii;né par le palriarched'Erméazin , mais en ayant ëlé depuis iiiloriiié, il a fait mi acte loul semblable, en n'y clian- Scanl que le litre , el il l'a lait souscrire de jilus p;;r Jean.arclievèiued'Amahée, et par Jeau.évciiued'Andrmople : on en trouvera encore l'original dans la nieuie abbaye.

H n'y a que les iiestnriens qui ne soient pas compris dans les nouvelles preuves que nous avons prodiiiles de la créance des éijlises d'Orient. Mais la pieie de M. Piquet nous donne nioyeu de les joindre aux aulres , par l'acle authenlique de la foi de celle église , signé par l'anlievéïine de Diarbeker, qu'il a laii ini'itre à l'abbaye de Saint-Germain , dont j'insérerai ici la copie en priant M. Claude de m; se pas blesser de certains termes dans lesquels ces Oriantaux parleni de lui. il sait que c'est leur manière d'écrire, et d ailleurs il semble que le grand éloignemciit donne quel(|ue sorle de libcrtc'dc dire ses sentiments avec moins de réserve.

Par la grâce de Dieu très-haut , Joseph , métropolitain des nestorims dans la ville de Diarbeker. Nous métropolitain el prêtres de l'église du peuple des nesloriens (|ui sont dans la ville de Diarbeker, avons appris avec un exlrème élonncmenl qu'un certain fils de satan, de la naiion de France, a osé faire une injure alroce à l'éqlisc oilcnlale, en lui imputant

faussement de ne pas croire et de ne p.is recevoir le irès-grand mystère de l'oblalion sacrée. Afin donc de détruire le doute que ce diable (1) a osé jeler dans les esprits des bommes, nous disons, nous témoignons et nous déclarons à tous ceux qui liront ce témoignage, que la foi et la doctrine de toute l'église orientalequ'elle croilet [uofesse toucbaiit ce saint mystère, c'est-à-dire l'Eucharisiie , esl la foi el la doctrine de l'Evangile, cl celle niênie qui a été reçue de toute anlii|uité jusqu'à ce lemps-ci sans aucune interruption dans toutes les églises d'Orient. Jésus-Clirisl a dit qu'il nous donnait son corps et c'était le corps même qui devait être livré pour nous ; el celui qui dit que Jésus-Cbrisl nous donne seulement du pain et du vin, comme une similitude el une figure de son corps e^ de son sang n'est pas chrétien. Nous croyons fermenieni (ju'après les paroles de Jésus-Christ que le prêtre prononce par l'autorité qu'il a reçue du ciel, la subsiance du pain est changée en la substance du corps deNotre-Seigneur Jésus-Christ, et que la substance du vin est changée en la substance de son sang précieux, en.vorie qu'il ne reste rien du pain et du vin que les accidents de l'un et de l'autre. Nous offrons ce saint corps crucifié pour nous, el ce sang versé pour plusieurs, et pour nous, c'est-à-dire pour les vivants et pour les morts, pour la rémission de leurs péchés et des peines qu'ils ont méritées. Nous analiiémalisons ceux qui disent le contraire, et<pii ne reçoivent pas celle doctrine, qui esl celle de l'Evangile et de nos saints Pères. Nous avons de plus ouï dire que cet homme misérable et malin (2) est du nombre de ceux qui rejettenl les jeûnes établis parla sainte Église et ses lois; qui ne prient el iriuvo(|uent poini la vierge Marie et les sainis ; qui ne révèrent point la croix sainte de Notie-Seigneur Jésus-Christ, ni ses images, ni celle de sa mère, et des saints ; qui abolissent le sacrement de confession, disant qu'il n'est pas nécessaire pour la rémission des péchés commis après le b:»plême ; qui détruisent de phis les degrés des dignités établies par Jésus-Christ entre les pasleuis. Nous faisons donc savoir à tous les hommes (jue nous ne recevons point du loul celte doctrine héi clique, mais que nous disons anathème à tous ceux qui ont ces seniiments. Fait l'an 1669 de la nativité de Jé^us- Christ, Ie24 de nisan. Outre lasignat\ire du patiiaichc il y a encore celle de six prêtres : savoir, Marouge, Ablahard, IIabedlahad, Bali Spania, Jelda, qui tous ont signé à côlé de l'acte.

Si M. Claude croit qu'il suffit pour détruire des témoignages si authenliqucs de répondre en l'air (jne ce sont des fourbes el des imposteurs , ou des gens qui ont embrassé les opinions de l'Eglise romaine , je crois qu'il faut se contenter de le plaindre sans entreprendre de le convaincre. Mais il n'empêchera jamais toutes les personnes sensées de croire qu'il est sans apparence, ou que l'on ait voulu engager ces personnes dont on a tiré ces attestations à trahir leur conscience , quoiqu'il fût facile de voir que l'on n'en aurait pu tirer aucun avantage, n'y ayant rien de si facile que de détruire ces attestations "au cas qu'elfes fussent contraires au sentiment commun de la nation ; ou que ces évêqiies el ces prêtres aient pu êire portés par de petits intérêts à attester publiquement qu'eux el leurs églises croient ce qu'ils ne croiraient pas ; on enfin qu'ayant représenté sincèrement leurs sentiments, ils .^ient imposé néanmoins aux autres par ignorance, et qu'ils leur aient attribué une autre doctrine que celle qu'ils tiennent en'eclivemenl : el l'on ne manquera pas sans doute de se demander à soi-niè me sur ce sujet lequel esi le plus croyable, ou de M. Claude, qui veut faire croire eu France, sur des conjectures frivoles, (pie toutes les nations orientales ne tiennent point la doctrine de la présence réelle ; ou des évêques et des prêtres de ces nations mêmes qui,

(1) nie diabolus.

(2) Miser ille et maligaus.

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