Chapitre XIX
Oh fon lire les conséquences nécessaires de tout ce qui
a été prouvé d us ce premier livre.
Après avoir proposé, dans la suite de ce livre, des preuves du consentement des sociétés orientales avec l'Eglise romaine dans la foi de la présence réelle, capables d'en convaincre les plus opiniâtres et les plus préoccupés , il n'est plus besoin que de prier messieurs de la religion prétendue réformée de vouloir bien faire •tHention aux conséquences où elles conduisent nécessairement ceux qui suivent de bonne foi la lumière de la vérité.
La moins considérable est que M. Claude a avancé très témérairement dans sa première Réponse, que ta transsubslanlialion, sous laquelle il comprend aussi la présence réelle, comme nous l'avons prouvé, et l'iidoralion du Sacrement sont deux choses inconnues à lonle la terre, à la réserve de l'Eglise romaine ; et que l'on n'avait eu aucun droit de supposer, dans le premier traité, le cnnsentemenl des églises d'Orient avec l'Eglise roniainc sur l'Eucharistie, comme certain et inconleslnble. Mais conune on trouvera toujours trèsbon qu'ils n'aient point d'égard au différeiid particulier qui est entre M. Claude et nous, on les supplie aussi de faire réflexion sur ce qui les regarde eux-mêmes, et de considérer {pi'il s'ensuit des preuves que nous avons apportées, que non seulement la présence réelle n'est point un dogme inconnu à toute la terre , à la réserve de l'Eglise romaine, comme on le leiir a voulu faire croire , mais que c'est au contraire un dogme cru par tous les cbréliens de la terre , à la réserve des calvinistes et de ceux qui ont emprmilé d'eux l'opinion contraire à celte doctrine. Qu'ainsi ils se doivent regarder comme les seuls advers;\ires de ce dogme, comme les seuls qui expli(iut;nl l'Ecriture et les Pères dans le sens de (igure, et comme les seuls qui refusent de se soumettre à ce que tous les chrétiens du monde prennent pour la doctrine de l'Ecriture et de la tradition.
11 est impossible qu'un esprit tant soit peu humble ne soit troublé par celle efl'royable solitude , et qu'il n'entre en déliance des lumières prétendues qui rattachent à son opinion, voyant qu'elles sont contraires à celles de tous les autres chrétiens.
Mais il n'en faut pas demeurer là. Car, comme on leur fait voir dans celte Réi)onse, le consentement présent de toutes les sociétés cliréliennes dans la doctrine de la présence réelle nous oblige d'aller plus avanl , cl nous pi)rte à un autre degré, qui est de reconnaître qu'elles étaient aussi du temps de Bérenger dans celle même doctrine, parce ([u'il esl ciairemenl impossible qu'elles en aient changé depuis le onzième siècle, et qu'il n'y eut. jamais de fable plus mal inventée que celle de celte politiqne el de celle timidité de six cents ans, par lestpielles M. Claude a prétendu que celle doctrine a pu insensiblement s'établir dans l'Orient depuis ce leu'ps-là.
Qu'ils considèrent donc , s'il leur plaît , tontes les. églises d'Orieni el d'Occident unies dans la confession de cet article un peu avant Bérenger, qui est ce point (ixe que l'on avait établi , el qu'en jelanl ensuite les yeux sur les deux siècles précédents, c'est-à-dire sur h: neuvième el le dixième, ils essaient de comprendre comment, si celle doctrine de la pi éseucc réelle qu'ils prennent pour une erreur elail née au neuvième siècle , elle aurait pu s'emparer en si peu de temps de ,>loule lit terre. S'ils le demandent à M. Claude, il n'a
point de moyens à leur fournir pour cela ; tous ceux qu'd a cru pouvoir employer sont postérieurs au onzième siècle. El s'ils se le demandent à eux-'inénies , leur raison ne leur fera point d'antre réponse, siiion qu'il esl ridicule de s'imaginer qu'une doctrine tidic que la présence réelle , ail pu se répandre dans tout le monde dans l'espace de deux siècles , sans que ce changement se soit fait remarquer par aucun des accidents el des circonslances qui le devaient accompagner nécessairement , sans qu'il en soit resté aucune trace à la postérité , et sans qu'il paraisse qu'on ait employé aucun moyen pour le faire réussir.
Nous voilà donc arrivés par ces trois degrés jusqu'au temps de Paschase. Le premier, qui est que les Grecs et les autres sociéiés d'Orient croient présenlement la présence réelle, esl établi dans cet écrit même par les preuves les plus authentiques que l'on puisse désirer.
Le second est prouvé de même et par cet amas de faits non contestés que l'on y rassemble, et par l'impossibilité évidcnlo qu'il y a que les sociétés d'Orient aient changé de créance depuis Bérenger jusqu'à ce temps-ci.
Le troisième, qui estquececbangement ne s'est pu faire dans l'Orient depuis Pascbase jusqu'à Bérenger, n'est pas même contesté.
Ainsi voilà toute la fable de ce prétendu changement, inventée avec tant de soin par Auberlin, el si ingénieusement soutenue par M. Claude, entièrement détruile. Et puisque nous louchons par là à ces beaux jours de r Eglise, à ces jours de bénécUciion et de paix, on, par l'aveu même des minisires, la doctrine de l'Eglise sur rEucharislie n'était pas encore altérée; rien ne saurait empêi lier qu'on n'unisse les huit premiers siècles à ceux où nous avons fait voir que ce changement ne peut trouver place, et que l'on ne compose de lous une chaîne indissoluble d'une même doctrine continuée dans toutes les églises depuis les apôtres jusqu'à nous.
C'est en quoi consiste cet argument qui fait déjà le sujet de plusieurs ouvrages. On l'a proposé dans le premier traité pour les personnes de bonne foi : on l'a soutenu forlilié , étendu , el mis en son jour dans le premier tome de la Perpétuité, alin de le mettre à couvert des vaines subtilités des personnes préoccupées. Mais parce que la longueur el la mulliiude des preuves pouvaient empêcher diverses personnes d'en tirer tout le fruit qui serait à désirer, on l'a réduit, dans celle réponse générale, à une brièveté proportionnée à toute sorte d'esprits. Car je ne sache personne qui ne puisse se convaincre en très peu do temps de ces degrés qui font remonter la doctrine de la présence réelle depuis ce siècle-ci juscpraux apôtres. Il ne faut en (|uelqnc sorte que des yeux et un peu de sincérité pour h; premier, el qu'un peu de sens commun pour le second et pour le troisième.
Mais après en avoir tiré les conclusions que la raison nous met elle-même devant les yeux, il ne faut plus que se demander à soi-même lequel est le plus sage, le plus pt.jdent, le plus humble, le plus capable d'attirer les lumières el les bénédictions de Dieu, de se rendre au consentement général de tous les chrétiens du monde, qui oui tous cru, dans lous les siècles précédents, recevoir dans ce sacrement la vraie chair et le vrai sang de Jésus-Christ dans leur bouche et dans leur corps , ou de préférer son jugement pai liculier à celui de toutes les églises cliréliennes, eu détournaiil par des poiniilleries de logique lès paroles de l'Ecriture du sens qu'elles ont formé et imprimé dans l'esprit de tous les autres chrétiens, el en lurmant sur cela une secle séparée, qui ne peut espérer de salut qu'en précipitant dans l'enfer lous ceur. ipu oni fiiil avant eux profession de croire et d'adorei Jésus-Christ par toute la terre.
RÉPONSE GÉNÉRALE AU NOUVEAU LIVRE DE M. CLAUDE