‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 290 sur 323 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Que les melchites nesloriens cl jacobites ont conservé la tradition de la prière })our les morts.

Nous avons remarqué, en divers endroits de cet ouvrage, que la preuve la plus cerU\ine de l'antiquité de (juclque tradilion était de la trouver conservée éga- Irmenl dans les communions orthodoxes, et dans celles qui s'étaient séparées de l'unité ecck'siastiqtie par le scliisme ou par l'hérésie. La pratique de prier pour les morts décédés dans la foi orthodoxe, ou réputée telle, est du nombre de ces traditions que toutes les églises ont conservées ; de sorte que non seulement les Grecs, mais ceux qui sont soumis à l'églL^e grecque, quoiqu'ils lassent le service en d'antres langues, les Syriens orthodoxes ou melchites, nesloriens cl jacobites, les Cophles, les Élhiopiens, les Arméniens l'observent également. Il n'y a point de Liturgie en loiues ces langues où ils ne fassent mémoire des fidèles trépassés, pour demander h Dieu qu'il leur pardorme leurs péchés, qu'il les délivre des peines et qu'il les mette dans le repos et dans la béaiilnde. Outre ces prières liturgiques, ils en onl de semblables dans leurs llorologes ou oraisons journalières, et de plus particulières dans les offices pour la sépulture. Rien ne nous fait connaître qu'il y ait eu aucune dispute sur le sens de ces prières, que tous oiit entendues simplement et à la lettre. On ne trouve non plus parmi eux aucuns vestiges des nouvelles opinions des Grecs, et il ne faut pas s'en étonner, puis'iue leur nouveauté seule suffirait à les rendre suspectes, quand on ne saurait pas d'ailleurs qu'elles sont nées dans la chaleur de la dispute. Nous rapporterons d'abord quelques passages des Liturgies, comme des pièces les plus authentiques.

Dans la première des Coj)ht<'3, qui porte le nom de S. Basile, après la mémoire des saints, le prêtre dit : Souvenez-vouSy Seigneur, de ceux qui sont décédés et qui ont fini leurs jours dans le sacerdoce ou clal cccléxiasiique, ou, comme il y a dans le texte coplile, dans la fci du sacerdoce et de tous les ordres séculiers ou laïques. Daignez, Seigneur, accorder aux âmes de tous le repos dans le sein de nos s'iinis pères Abraham, Isaacet Jacob; placez-les dans Us lieux verdoyants, sur les eaux de repos, dans le paradis de volupté, d'oii sont chassés la douleur, les so:ipirs et la tristesse; dans la splendeur de vos saints. Après quoi il est marqué par la riibri(iucqne les diacres prononceront les noms des défunts. Dans ^ iradifction latine que Velscr fil faire par les maro-

SUR LES SACREMENTS. lî«

niles, et qui a été imprimée à Augsbourg en ICO-i, on lit ces paroles : Dicat diaconus miseraiioncni nominecircumstantium, qui ne signifient rien moins que le sens qu'elles présentent. Le mot arabe sur lequel celte traduction a été faite, sans consulter l'original, signifie les diptyques, comme il paraît par le texte grec, qui se trouve dans un manuscrit fort rare de la Bibliothèque-du-lloi; car en cet endroit il y a : O Stâ/.ovsj /£•/« rà Zl--:\tyjy., Cl le prêtre dit en particulier la prière que nous avons rapportée, et qui est conforme à h uaduction coplite; voici les paroles: ù^/oî^s 5£^v/-;<-0/-,ti, Kiptt,

y.aX 7iâvT&>> TÛv< h hfot^ùjiri 7tfoa7iav«U7auivw>, /.aï tûv /.a.i/.Ctt Tavy.âTCOv. nâvTWv rà; ^ux^î «varraÛTai xaTa|tWî&v èv xi/.- Ttot? TW-; àyloij ■jzKTtfUJ iijj.Ci>, ÂSpocàjuxat l7X«x, zaJ laicùô. EzTfs^ov, i:wu.tj/yj eîj titio'/ xW>is , èrù ûCaTCî à-a;:aùiT£&»;, èi Tza.pa.ôzî'ju Tf uç^;, ê'vOa àîtéSpa è5ûv>) y.ai /Ûth;, xat arv v«v//s;, è-J T-^ >a,u7:5iT/!Tt twv «-/îcdv cou. Et après la IcC-

lure des dyptiques : Seigneur, donnez là le repos aux âwes de ceux que vous avez retirés du monde, et daignez les transférer dans le royaume des deux. K/îivouj /tèv,

Kiipi-, zàç, 'puyà.il/.ù J.U.ZÙ/ àvàTtauJOv, xai ^y.ot/.st'aj oùfavw* XKTaÇiurOv.

Dai;s la seconde Liturgie, qui est celle de S. Grégoire, la même prière se trouve en d'autres termes : Souvenez-vous, Seigneur, de nos pères et de nos frèret qui ont fini leur vie dans la foi orthodoxe , et accordezleur la grâce de reposer tous avec vos saints et avec ceux dont nous avons fait mention; et ce sont les principaux saints que l'Éylise honore. Il y a quelque légère différence dans le texte grec, en ce qu'on y joint la dernière partie de ce qui est dans la première Liturgie, de laquelle on prend cette oraison , dans la troisième appelée de S. Cyrille, et ces trois sont les seules qui soient en usage dans l'église jacobite d'Alexandrie.

Les jacobites syriens ont les mêmes prières dans leurs Liturgies; et au même endroil où, suivant l'usage ancien qui s'est conservé en Orient, on lit les diptyques, après avoir fait mémoire des saints, pour lesquels on ne fait pas de prières, mais ou demande à Dieu que par leurs intercessions il nous rende dignes de les imiter, et de jouir avec eux de la félicité éternelle. La première et la principale dos Liturgies syriaques est celle de S. Jacques, qui est regardée comme un canon général , et ix laquelle est joint l'office commim qui sert à toutes les autres. C'est ainsi qu'elle se trouve dans les manuscrits les plus anciens, et non pas comme elle a été mise dans l'édition de Ro;nc, à la tête de laquelle est celle de S. Sixte, dont on ne se sert que fort rarement. Dans cette Liturgie de S. Jacques , le prêtre dit d'abord secrètemetit : Souvenez-vous , Seigneur, des prêtres orthodoxts qui sont morts ci-dtvnnt, des diacres, des sous-diacres, des chantres, des lecteurs, des interprètes, des exorcistes, des religieux, des vierges et des séculiers qui sont partis de ce monde dans la vraie foi, et de tous ceux que -hacun a dans sa pensée. Puis en élevant sa voix : Seigneur, Dieu des esprits et de toute chair, souvenez nous de ceux dont nous faisons mémoire , qui sont passés decelte vie à l'autre dans la profession de In fui orthodoxe.

1145 LïY. VIII, COMMUNION SOUS LES DEUX accordez le repos à leurs âmes et à leurs corps , en les préservant de ta condamnation future qui n'a pas de (in, il e>i tes rendant dignes de la félicité qui est dans te sein d \bruliain, d'Isaac et de Jacob, oit brille ta lumière de votre face, d'où, fuient les douleurs, les tristesses et les gémissements, ne leur imputant pas toutes les fautes ifu'ils on', commises, et n'entrez pas en jugement avec vos serviteuis, parce qu'aucun homme vivant ne sera justifié devant vous , et qu'il n'y en a aucun qui ne soit coupable de péché, ou qui suit exempt de souillure parmi tous ceux qui ont été sur ta terre, ou qui y sont, sinon votre l'' ils unique JésusClirist ISotre-Seigneur, etc.

On voil la même prière dans loiiles les Liturgies syriaques des jacobites, dans la première de S. Pierre, et dans la seconde du même lilre, auxquelles il faut ajouter celles de ïliomas d'Héraclée; de S. Ignace; de S. Cyrille ; de Denis Barsalibi ; de S. Marc ; de S. Clément; de S. Denis-Aréopagite; de S.Jules, pape; de S.Jean; d'imc autre attribuée à S.Jean Clirysostôme; de Moïse Barcéplia ; des saints docteurs ; de Philoxène, évèque de Hiérapolis ; de Dioscore; de Sévère d'Antioche; de Jacques Bardai ; di! Jean de Bassora ; de Jacques d'Édesse ; de Jacques de Séruge; de Jean Acœmète, patriarche; de Grégoire Abuifarage; de Denis, évèque de l'île de Cardou ; de Jean, (ils de Maadui; deJosc|>Ii, (ils de Waliib, autrement Ignace, patriarche d'Antioche; et de Michel, patriarche d'Antioche. On peut y joindre celles qui sont insérées dans !e Missel des maronites , qui ne se trouvent pas sous les mêmes noms dans les manuscrits.

La Liturgie des Éthiopiens étant entièrement conforme à celle des Cophtcs, représente aussi au même endroit la commémoration des fidèles trépassés : Souvenez-vous, disent-ils, Seigneur, de tous les défunts qui' ont fini leurs jours dans ta foi de Jésus-Christ, et placez leurs âmes dans te sein d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. La même prière est dans les autres Liturgies de la même langue et dans celle des Arméniens.

Les nestoriens ont pareillement conservé la même discipline, comme on le voit dans leurs trois Liturgies, ou après la commémoration des vivants , qui se fait in.médiaiemcnt après celle des saints de l'ancien et c'.u nouveau Testament, on dit: Nous vous prions aussi, Seigneur, pour ceux qui nous ont précédés, et qui sont morts dans la foi orthodoxe, afin que vous leur pardonniez tous leurs péchés , et que vous tes mettiez dans des lieux de repos.

Ces prières , conçues presque toujours en mêmes lermes, cl sans aucune variation dans le sens, ne sont pas seulement dans les Liturgies, mais dans les Horologes, et plus particulièrement dans les offices des morts , que chaque église conserve dans des livres à part. Celui des jacobites syriens a été imprimé à Rome comme étant des maronites ; mais divers manuscrit» font connaître qu'il ne leur appartenait point , non plus que la plupart des Liturgies qu'ils ont imprimées de même, quoiqu'ils en aient insère quelques-unes sous les noms do quelques hérétiques , qui n'ont le

ESPÈCES ; PRIÈRES POUR LES MORTS. IliG

nom de saint que parmi ceux de leur secte , comme Jean Barsusan, Malihieu-lo-Pasleur,cl quelques autres inconnus aux censeurs qui approuvcrenl l'édition. Il en est de n;ên)e du Livre du ministre, ou pour miens dire du ministère du diacre , qui contient ce qu il dois dire dans la Liturgie , et qui fut imprimé en mémo lenq)s que le Missel; mais avec celte diiïérence, (ju'on n'y fit pas les mêmes changements, de sorle tpie lo Livre du ministre est presque entièrement conforma aux nianuscrils, dont l'autre diffère considérablement par le changement qui a été fait dans presque toutes les Liiiirgies , des paroles de la consécration et de l'invocation du S.-Esprit.

Dans cet office du ministère diaconal , il y a diverses prières qui appartiennent à la Liturgie, et qui en font partie, parce que le diacre annonce à haute voix pour qui on doit prier , en même temps que le prêtre dit les oraisons secrètes. Pendant donc qu'il dit celles qui ont été rapportées plus haut, le diacre dit tout haut : Pour les fidèles trépassés. Nous faisons aussi mémoire de tous tes défunts fidèles qui sont morts dans la véritable foi , tant de ceux de cet autel saint, c'est-à-dire des paroissiens de celte église , que de cette ville et de ce pays et de tous les autres , de ceux qui ont ci-devant fini leurs jours dans ta véritable foi, et qui sont parvenus à vous. Seigneur de tous esprits et de toute chair. Noui supplions , requérons et prions instamment Jésus-Chriàl JSotre-Dieu, qui a retiré à lui leurs âmes et leurs espiits, que par ses grandes miséricordes il daigne leur accorder le pardon de leurs fautes et ta rémission de leurs pcclics, et qu'il nous fasse parvenir aussi bien qu'eux à son royaume dans le ciel. Crions tous ensemble , et disons trois fois : Kyrie, eleison. Le peuple dit ensuite : Donnez-leur le repos. Seigneur Dieu , et pardonnez et remettez les fautes et les défauts à nous tous, dans lesquels nous sommes tombés sciemment, ou par ignorance.

Dans la messe particulière pour les morts , ces mêmes prières sont répétées , et on y trouve encore celles-ci : Seigneur, éteignez l'ardeur du feu par voire miséricorde à l'égard des défunts qui ont cru en vous, et qui ont fini leur vie dans l'espérance en vous. Que votre croix soit un port de vie, un pont et un passage pour les âmes et pour tes corps qui ont été revêtus de vous par tes eaux du baptême. Au milieu de roflice le diacre fait une espèce d'exhortation en ces termes : Ami du défunt, donnez- lui des marques de votre amitié, non pas en faisant un grand deuil, qui ne lui peut servir de rien ; faites pour lui un festin dans le sanctuaire, en offrant du pain et du vin par le ministère des prêtres pour l'âme du défunt, afin que le repos lui soit accordé. Dieu , qui voit votre amitié, pardonnera au défunt, et sa mémoire sera faite dans le sanctuaire sur la table de propitiation. Un peu après il dit cette oraison : Dieu, qui vous êtes revêtu d'un corps afin de donner la vie au genre humain mortel, renouvelez et vivifiez par voire résurrection , ou , comme portcnld'autres exemplaires et lavcrsion arabe, dans le jour delà résurrection, ceux qui ont reçu voi.e corps et votre sang. Les âmes des morts et des vivants nt eui dent tout de vous ; par vous nous seront sauvis du fen , ci

nn PERPÉTunt. de la foi

nous jouirons tous devutrcroijaume . Délivrez, Seigneur. des peines et des aug'isses , ceux qui sont morts dans /Vspcnince en vous. Mes frères, prions Noire Seigneur d'épimjner tes âmes des justes lorsqu'il paraîtra comme un éclair, et qu'il fera paraître des signes dans le soleil et dans Il lune qui produiront la crainte et le tremblement, que Carclian^e descendra d'en haut, qu'il sonnera de la trompette, et qu'il dira à ceux qui sont dans les tombeaux : Levez-vous, et venez au jugement... Seigneur, qui voulez la vie et la conversion des pécheurs, ayez pitié des défunts, par votre grâce , et répandez voire miséricorde sur ceux qui vous adorent. N'entrez pas en jugement , Seigneur, avec vos serviteurs, selon la rigueur de votre justice, parce qu'il n'y a point d'homme exempt de taches et de crimes. Ne vous souvenez pas de ceux dont ils sont coupables , pardonnez-leur lorsque vous viendrez avec vos anges ; parce que ces défunts vous ont invoqué à l'heure de la mort, qu'ils vous ont prié et ont imploré votre miséricorde lorsqu' ils sont sorlis de ce monde , et qu'ils ont fleuré leurs péchés. Ne rejetez pas la voix de leur prière , et ne détournez pas votre face d^eux ; mais, par la miséricorde de votre bonté , accomplissez vos promesses à leur égard.

L'ofiice des funérailles, qui est aussi conforme aux iinuiuscrits , est lout rempli de pareilles prières ; et même il n'y a aucun oKicc de lÉglise qui n'en ait quelques-unes pour les inorls. Elles ont loules un même sens , qui est de demander à Dieu qu'il leur l>;irdonne leurs pccliés , qu'il les délivre des peines ctcrnelles, qu'il les mette dans le repos, et qu'il leur accorde la vie éternelle.

Après les oilii es des éi;liscs , qui ont la principale autorilé pour prouver la discipline de la prière pour les morts , rien n'en a davantage que les canons. Or tous les Orientaux recevant comme aullicnliques les Constitutions dos apôtres, on trouve dans les collccl oiis tout ce qu'elles comprennent sur ce sujet, de iiicine que ce qui est compris dans plusieurs aulres canons tirés de ces premiers , sur lesquels est fondée leur discipline.

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