‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 292 sur 323 · ESPACES; PRIÈRES POUR LES .MORTS · texte numérisé non relu

ESPACES; PRIÈRES POUR LES .MORTS

naturellemcnl de ses paroles n'e^t confirmé par aucune des prières publiques qui peuvent avoir autonié dans les églises , sinon par une seule. r:ile est dans une Liturgie syriaque attribuée à S. Clément, où, après la formule ordinaire de la commémoration des défunts, on lit ces paroles : Accordez-leur, Seigneur, le repos dans ce sein spirituel et grand; remplissez-les de l'esprit de joie , dans ces habitations de lumière et de plaisir , dans ces tabernacles d'ombre et de tranquillité, dans ces trésors de volupté, dont toute tristesse est chassée ; oit les âmes pieuses attendent sans peine les prémices de lu vie , et oix les esprits des justes attendent pareillement ruccomplissement de la récompense qui leur a été promise; dans cette région oii les ouvriers fatigués regardent le paradis , et où. ceux qui sont invites aux uoccs désirent l'arrivée de l'époux céleste ; oit ceux qui sont appelés au festin allendent avec impatience qiCils soient introduits , souhaitant ardemment de recevoir la robe d'immortalité, etc.

Cette Liturgie, qui se trouve en divers manuscrits, n'est pas des plus anciennes , et elle le paraît beaucoup moins que .Moïse Bar-Cépha. Les paroles qui ont été rapportées conviennent assez à la doctrine de cet écrivain syrien. On les pourrait interpréter dans un autre sens , même sans leur faire de violence ; mais cela ne paraît pas fort nécessaire, coumie on espère le faire voir par les réflexions suivantes.

On doit d'abord supposer comme certain que les prières de l'Église , telles qu'on les voit dans les anciennes Liturgies grecques et orientales, selon leur première et naturelle simplicité, ne contenaient rien qui eût rapport à des spéculations théologiques. C'étaient des formules sacrées, par lesquelles les prêtres, au nom des fidèles, pratiquant ce qui avait été établi par la tradition apostolique , demandaient à Dieu qu'il soulageât les âmes de ceux qui avaient fini leurs jours dans la comnumion de l'Église , et dans la pratique de la loi de Jésus-Christ. Le peuple joignait ses prières à celles des prêtres, lorsqu'ils ofl'raient le sacrifice pour ces âmes séparées , que la charité chrétienne el la foi vive de la résurrection , aussi bien que la communion des saints marquée dans le Symbole, faisaient considérer comme étant encore unies à l'Église , et comme les membres du corps mystique de Jésus- Christ. Ainsi la séparation par la mort temporelle ne les séparait point de cette union de charité avec leurs frères vivants; Jésus-Christ, comme son Père éternel , étant le Dieu des vivants , et non pas des morl<; ; et l'étant d'une manière spéciale de ceux qui s'étaient revêtus de lui par le baptême, et qui avaient reçu s.» chair et son sang dans l'Iuicharislie. Ces fidèles défunts étaient par celle raison considérés connue éiaul encore dans l'Église, particulièrement lorsqu'ils partaient dij ce monde pour aller à Dieu. Ce n'est pas là une simple conjecture, elle est fondée sur de grands principes, et sur plusieurs anciennes prières, parlicidièrement celles du rit oriental. Car dans l'office des obsèques, il y a plusieurs choses qui s'adressent au défunt, de même que s'il était présent et vivant, et

(\\\'\ sont à peu près comme les rccominaiidalinns de râine qui se Ibnl dans l'E;4lisc hUiiie.

L"usage ancien do l'Église aynnl donc toujours él'i de recommander à Dieu , par les prières des fidèles assemblés en son nom , tous ceux qui avaient besoin di' son secours, les affliges, ceux (|ui ciaicnt dans la soiiirrance, les malades et les moribonds, pour lesquels le sacrement de rextréme-oiicliou était princil>alemcnl desliné, elle a demandé pour les mouranis la seule grâce qui leur était nécessaire , qui était la rémission des pécliés, afin (juc ses enfants prêts à paraître devant le juge souverain , pussent espérer la liéalilude préparéo aux véritables clnétiens, et éviter les peines méritées par ceux qui iravaienl pas vécu selon les règles du cbrislianisme. L'Église a donc prié, suivant le précepte des apôtres, pour ceux qui n'étaient plus en éiat de prier eux-mêmes ; elle leur a, pour ainsi dire, prêté la bouclie des prêlres et des autres clirélicns, pour demander à Dieu le dernier pardon et la délivrance des peines , qu'aucun ne pouvait éviter sans la miséricorde divine, par la raison qui est marquée dans tous les offices, de quelque langue qu'ils soient, et qui est <|uc parmi les enfants des liommes aucun n'est exem|)t de péclio, sinon Jésus- Christ Notrc-Seigneur , et que si Die» les examinait selon toute la rigueur de sa justice , personne ne serait justifié devant lui. L'Église a donc conservé dans ses l>rièros pour les fidèles Irépass's, le même esprit que clans celles qui se faisaient pour e;ix lorsqu'ils étaient sur le point de partir de ce monde ; et elle a prié pour la rémission de leurs péchés, demandant à Dieu eu même temps de les traiter conformément à sa bonté et à sa miséricorde ; de même qu'elle a joint de tout temps la prière des prêlres et de la sociélé des fidèles à l'absolution des péuilenls.

La pratique constante de tous les siècles a été, de niêu)C, de ne pas faire dépareilles prières pour ceux «le la sainieié et de la béatitude desquels on n'avait aucune raison de douter, surtout les martyrs, non plus que pour ceux qui mouraient dans rimpénitence, auxquels l'Église refusait ces secours spirituels, par la même raison qui les excluait de la parlicip.ition des sacrements. Elle les accordait néanmoins aux pénitents, et non seulement à ceux qui mouraient dans le fours de la pénitence canonique, mais encore à ceux qui la demandaient à la mort, parce que, suivant lancienne discipline confirmée par le concile de Nicée, MU ne refusait pas cette consolation aux mourants, et on leur accordait le dernier et le nécessaire viatique.

Ou a donc employé les prières de l'Église pour les fidèles morts dans le sein de l'Église; pour ceux qui, vivant selon les règles duchrislianismc, avaient mené depuis leur bajilème une vie exempte de ces péchés qui tuent l'âme tout d'un coup, et pour ceux qui les avaient expiés par la pénitence , ou an moins qui étaient dans le dessein de les expier. Les premiers de valent être regardés comme des saints, et ils ont <'ic honorés comme tels dans la suite; les autres roinm"e des enfants égaies que l'Église a rceus lou-

jours, de même que le père reçut eu grâce l'enfaîil prodigne ; qui avaient réparé leurs fautes par la |iéniience ; qui avaient reçu le pardon de leurs péchés, par l'autorité des clés, administrée par les évèques successeurs des ajiôlrcs, et qui par l'absoluti/)» avaient recouvré la première robe d'innocence.

Jamais les catholiques n'ont douté que les pcchéi s iumis ainsi à la puissance de lier et de délier, et remis par les dispensateurs des mystères de Dieu, ne fu.ssent pardonnes, et ceux qui ont enseigné le cun- Iraire ont été condamnés comme hérétiques. Cependant l'Église a demandé à Dieu pour les uns et pour les autres dans ses prières les plus sacrées, comme celles de la Liturgie, qu'il les délivrât des peines de l'enfer, qu'il leur acconlàt la réuussion de leurs péchés, qu'il n'entrât pas en jugement avec ses serviteurs, qu'il les traitât selon sa miséricorde infinie, el non pas selon la sévérité de sa justice ; parce qu'aucun homme vivant ne peut être justifié devant lui. Ces prières se faisaient, non pas pour ceux dont le salut pouvait paraître douteux, ni pour ceux qui, n'ay.uit pas vécu chrélicnnement, demandaient à l'heure de la mort une pénitence qui a toujours paru suspecte. Elles se faisaient pour ceux dont la vie avait été un exercice continuel de toutes les vertus chrétiennes, dont, quelque temps après, la mémoire était célébrée comme des saints, et c'était ainsi que S. Augustin priait pour sa mère, sainte Monique. C'était donc que l'Eglise, voulant apprendre à ses eafanls que les plus justes doivent touj.nus se regarder comme |:écheur.s, demandait miséricorde pour ceux mêmes qui, comme S.Paul, pouvaient attendre avecconliance la couronne de gloire de la justice du souverain juge.

Les péchés dont l'Église demandait la rémission en faveur de ces véritables chrétiens, n'étaient certainenicnt pas ceux qui excluent du royaume du ciel en l'autre vie, et de la participation des sacrements en celle-ci. Ou n'aurait pas prié, ni fait mémoire dans le sacrifice do ceux qui en auraient été coupables, et qui seraient sortis de ce monde sans en faire péniteiice, ou sans la demander. Ce ne pouvait donc être que de ces péchés dont l'infirmité humaine n'est jamais exempte, pour lesquels les plus saints évêques frappaient leur poitrine devant l'autel, dont tons les jour» nous demandons i)ardou à Dieu dans l'oraison Dominicale, qu'on expie par les bonnes œuvres, et dont tout bon chrétien doit faire pénitence ; parce que s'ils ne sont pas périlleux par leur grièveté, ils nous doivent inquiéter par leur nombre. Or ce sont ceux que l'Eglise catholique appelle véniels, et pour l'expiation desquels nous croyons que les âmes soufl'reutdes peines dans le purgatoire, aussi bien que pour ce qui peut manquer à la pénitence faite durant la vie , lorsq-i'en est tombé dans de plus grands péchés.

Les fidèles ont prié avec confiance pour les df'.funls suivant l'esprit de l'Église, persuadés de l'ulililé des prières qu'elle ordonnait ; mais ayant rendu ce devoir de charité chrétienne à leurs frères, ils nu porlaitnl pis la curiosité plus loin. Il> cioyaiont que !l -

1IS3 LIV. Vin. COMMUNION SOUS LES DEUX ènies di ceux pour qui ils priaienl en particulier ex à lauteî souffiaicnl, ci ils demandaicnl leur soulagcineiil; sur quoi ils se rcmellaieiit cnlrc les niaiiis de J)icu, sans entreprendre de délenniiicr les temps, les iiioiiicnts, la qualité, la durée, ou la lin de ces peines, parce que Dieu n'avait rion révélé sur coin à son Église, et que ces questions étaient de pure curiosité et de Eiilie édification. C'est pourquoi S. Augustin en parle avec beaucoup de réserve ; les Pères grecs n'(»nl presque rien dit sur ce sujet, et cepenilaiit les Grecs et les Lnlins étaient dans une parfaite concorde, ne se reprochant aucune erreur les uns aux autres, même lors(|iic les disputes commencèrent à être vives sur plusieurs autres points moins importants.

II s'oiistiit donc cerlaiiicmcnt que ce que les Grecs modernes ont avancé sur celle luaiière est aussi nouveau que leurs disputes avec nos théologiens, qui peut-être leur proposaient comme des vérités de loi des opinions particulières, que le concile de Florence ne jugea pas à propos d'insérer dans son décret, comme elles ne furent pas non plus insérées dans ceux du concile de Trente. Non sculcntcnl celles des Grecs sont nouvelles , ce qui leur ôle toute auloriié, mais elles sont directement contraires à la tradition et à la discipline de l'Église universelle , ce qui se l'.rriive d'une inaiiièrc irès-sinijdc , mais incontestable.

(IIAPITRE X.

néjlexions sur le sijslème de doclrine des Grecs modernes touchant les prières pour les morts.

Les Grecs croient que les âmes séparées et pour lesqi:elles ils prient sont dans j'enlér ; que celles qui sont délivrées par les snlfrages de l'Éylise vont dois un lieu de repos et de délices , et plusieurs , comme il a élé marqué ci-dessus, prétendent que c'est le paradis terrestre , qu'elles y sont jusqu' au jour du jugement, après Iciiuei les âmes des justes entreront dans la gloire avec leurs corps, et celles des réprouvés seront précipitées dans les flammes éternelles ; que non seulement les âmes de ceux qui sont morts dans les sentiments de piété et de pénitence , ce qui doit faire bien espérer de leur salut , sont délivrées de l'enfer, mais encore celles de péclieurs morts dans le crime, et m^me des infidèles ; que K'S prières de l'Église opèrent seules celte délivrance, parce qu'après la mort on n'est plus en état de mériter; et que la sentence qui décide du sort éternel des âmes ne devant être prononcée qu'après le jugement dernier, les élus l'.e jouissent i)as de la béatitude; que même plusieurs sont dans l'incertitude de leur salul , et que les ré- )iroiivés ne sont pas encore dans les flammes éternelles, ce qui ne doil arriver qu'après la résurrection, lorsque les âmes seront réunies à leurs corps; qu'il n'y a pas de feu de purgatoire ni de lieu tiers entre le paradis cl l'enfer, parce qu'il n'en est point pailé d;!ns l'Écriture sainte. Telle est la tliéologie des Grecs modernes, et il esi aisé de prouver que l'ancientie Église n'a rien enseigné de sembla bîo.

ESPÈCES; PtlltlŒS POUR LES MORTS. il54 Sur le premier article, qui est (pie les âmes sé,.ai écs, nicnie celles des ju,tes, vont en enfer, les preuves qu'en apportent Dositliée et ceux (pi'il a suivis sont si pitoyables, qu'elles ne méritent |).is d'èlre réfutées : car les principales coniistent en des passages de la

sainte Écriture mal

entendus, où le mot ù'eiifer, ou

«o„î, ne signifie rien moins que ce ipie tous les chrétiens entendent par le mot même, c'est-à-dire un lieu de tourments, mais sinq)lement l'élat de mort et le sépulcre, ce qui p;nait par les endroits mêmes ipie citent les Grecs. C'est ce que signifienl ceux-ci : Descendam ad filium meum lugens in infernum. Xon reimqucs ani~ r-ium meam in inferno , use dabis sanctum tuuni vide.e corrupiionem , et ainsi des autres. Quelques thé. -logions ont bien cru que le lieu dos peines où les ànies jii.^tes élaient purifiées du reste de leurs péchés, était dans renfer; mais ils oui reconnu une dillérence entière cnlic l'éiat des âmes de ceux qui étaient morts dans la grâce et de ceux qui élaient morls dans le péché; au lieu que les Grecs n'y niellent presque aucune distinction : car les premières ont une consolatio.'i dans leurs peines, par l'espérance certaine d'être délivrées, et de parvenir à la béatitude; et les autres ne l'ont pas, scion les théologiens latins; mais les Grecs modernes Liisscnl celte même espérance aux uns et aux autres; ce (|ui cstconirairc à l'Écriture et à la doclrine de tous les Pères.

Ce lieu de repos et de délices où ils supposent que sont les âmes des justes dans l'attente du jugement dernier est encore une pensée toute nouvelle, de même que la distinction du paradis et de la béatitude. Le principal fondement de cette opinion est tiré des prières de l'église grecque, dans lesijuelles il est souvent fait mention de lieux de repos et verdoyants, d'eaux agréables et de délices. Mais comme ces prières sont tirées du |isaume 22 , dont les paroles , in loco pascuœ ibi me collocavit , super aquani lefectionis edu' cavit me, et d'autres semblables paraphrasées en diverses manières, il est certain qu'elles n'ont originairement aucun autre sens que le métaphorique, et qu'elles doivent encore moins être entendues à la lettre, de la manière dont les Grecs modernes les entendent, puisque ni l'Ëcrilure ni la tradition ne nous apprennent rien de semblable. Ainsi les Grecs méritent av3c raison le reproche qu'ils font injustement aux Latins, qui éiablissent un lieu tiers de peines, qui est ce que nous appelons le purgatoire, dont ils disent que l'Écriture ni les saints Pères ne font aucune mention. Nous avons l'autorité de plusieurs Pères latins, qui nous justifie suffisamment. Mais ce lieu tiers, qui n'est ni l'enfer ni le ciel, que les Grecs supposent, csl encore plus inconnu, puisque les anciens Pères grecs n'en parlent point. Au contraire toute la tradition ecclésiastique , suivant laquelle les fidèles ont honoré les saints et ont demandé leur intercession, suppose (pi'ils sont dans la béalitude céleste, et non pas dans le paradis terrestre. Donc la preuve que les Grecs prétendent tirer de ces prières pour établir ce iieii tiers , cl prouver en même icmps que les âmes sou»

^iS5 PERPÉTUITÉ DE LA FOI

délivrées de l'enfer cl non pas du purgaloirc, n'a aucune force : car jamais l'Église laline n'a eu de telles opinions, el cepcnil;uit elle demande à Dieu dans ses prit^res peur les morts qu'il les délivre des peines de l'enfer, cl qu'il leur fasse miséricorde eri leur pardonnant leurs péchés, parce (pi'elle les considère comme sortant du monde el connue paraissant devant leur juge, dont elle ne prélend pas pénéircr les jugcmenls incompréhensibles.

La même Église laline, conservant la iradilion de ses Pères, prie et emploie ses suffrages pour les morts ; mais c'est conformément à cette maxime certaine de S. Augustin, en ne |»riant que pour ceux qui ont vécu de telle manière que ces secours pussent leur être utiles après leur mort. C'est pourquoi elle ne les accorde qu'à ceux qui sont morts dans sa communion, et dans la participation des sacrements. Les Grecs se sont donc grandement écartés des règles les plus anciennes el les plus sacrées de l'Église, lorsqu'ils ont employé les prières et les Liturgies pour des pécheurs impénitents, el même pour des infidèles qui n'y pouvaient avoir aucune part durant leur vie, puisqu'ils étaient hors de l'Église, et qui par conséquent n'y pouvaient participer après leur mort.

L'incerlilude du salut dans laquelle restent, selon l'opinion nouvelle des Grecs, ceux qui sont morts dans la communion de l'Église, est quel(|ue chose de si contraire à l'espérance commune des chrétiens et à la doctrine de tous les Pères, qu'on ne la peut justifier que par d'autres suppositions anst^i absurdes et aussi nouvelles que celle-là. Elle a élé inventée pour éviter de reconnaître ce qne l'Église latine croit toHchant les peines du purgatoire, qui ne sont pas si clairement marquées dans l'Écrilnre sainte; mais les angois^es, les ténèbres, la prison, les gémissements, el par-dessus tout l'incerlilude du salui, sont des peines aussi grandes que celles du feu, et elles ne sont fondées sur aucun passage de rÉcriture. Elle marque au contraire que les àmcs des justes, tels que sont ceux qui achèvent l'expiation de Lurs péchés dans le purgatoire, sont dans la main de Dieu, que les tourments de ta mort ne les toucheront point, el qu'ils sont en paix. Quoique ces paroles puissent signifier autre chose selon le sens littéral, celui là néanmoins est bien moins éloigné de la lettre que tous ceux dont les Grecs se servent pour soutenir leurs nouveautés.

Quand ils disent que lorsque les péchés ont été pardonnes, il ne reste plus aucune peine à expier, ils décillent sans aucune autorité une question qui peut être obscure et inconnue par rapport à l'autre monde, mais qui a été décidée dès les premiers siècles de l'Église par la discipline qu'elle a constamment pratiipiée. Car lorsqu'elle accordait l'absolution et l'Eucharislie aux mourants qui étaient en pénitence, ou qui la demandaient, îiOiiohsiant respérance qu'on avail de leur snlnt, clic les obligeait, lorsqu'ils revenaient en santé, d'accomplir la pénitence canonique que méritaient leurs péclics dont ils avaient été an- &CU5. Dieu pardonna à David l'adultère, l'homicide

d'Une el la vanité de compter le peuple ; mais en le châtiant en môme temps par des punition letnpo relies. Ainsi la différence qu'il y a entre les deux opinions est que les théologiens latins, d'une vérité certaine, connue et confirmée par la pratique des siècles les plus florissants, en ont tiré une antre qui n'a pas la même clarté, parce qu'elle regarde l'état des ùmes séparées, mais qui a presque la mên.e certitude, puisqu'elle est fondée sur un principe théologique, dont les Grecs étaient convenus avant qu'ils fussent obligés d'en inventer un tout contraire, pour soutenir leurs nouvelles opinions.

Les anciensPères el les théologiens qui les ont suivis sont convenus que la réconipense parfaite des justes, de même que la punition des méchants, se ferait au jugement général, après la résurrection des corps, comme au^si qu'avant la deiccnte de Jésus-Christ aux enfers, les âmes des saints n'étaient pas entrées dans le ciel, qu'il les lira du lieu où elles attendaient leur délivrance, et qu'il les avait élevées dans sa gloire. C'est pourquoi de toute antiquité on a invoqué les saints connue régnant dans le ciel avec Jésus -Christ. L'opinion contraire n'est pas ancienne ; el lorsque quelques théologiens entreprirent de la soutenir eu Occident, elle fut rejelée avec raison et regardée comme hérétique. On sait quels troubles elle excita contre Jean XXII qui l'avait soulemie, et qui s'en rétracta. Les Grecs n'ont cependant aucun autre fondement de leur système ihéologiquc sur le purgatoire que celle opinion, ni de preuve pour la soutenir (jue celles qu'ils tirent du jugement gt'néral, cl elles sont très-faibles : car le jugement particulier ne fait aucun préjudice au jugement général, con)me le prouvent les théologiens ; el la manière dont les Grecs expliquent leurs pensées n'étant ni ancietine, ni uniforme, fait naître des difficultés beaucoup plus grandes que celles qu'ils ont voulu éviter; car seloa ce qui a été rapporté de Dosilhée dans l'éclaircissement qu'il a donné sur cet article , en faisant imprimer le synode de Jérusalem de 1G7-2, et qui est lire de ce que Marc d'É] hèse avail dit sur le même sujet, les âmes des justes sont dans l'attente de leur sorl, n'étant pas assurées de leur saint; celles des méchants, même des infidèles, ne sont pas sans espérance d'être délivrées, '-e pouvant être par les prières de l'Église; doctrine inouïe, contraire à tout ce que ks Pères ont annoncé aux chrétiens dans leurs sermons et dans leurs catéchèses , qui favorise l'impénitence, el qui approche beauctnip plus des erreurs d'Origène que l'opinion des Latins sur le purgatoire, qui n'y a aucun rapport : car celle des Grecs est directement contraire à plusieurs passages formels de la sainte Écriture, entre autres pour ce qui regarde les infidèles, cl même pour ce qui a rapport aux antres. Les Pères n'ont rien plus fréquemment ni plus fortement répété que cet avertissement salutaire de ne se pas fier aux prières ni aux bonnes œuvres des autres après la mort, mon- Irant, selon l'Écrilurc, que chacun sera jusé cclon

5157 LIV. Vri. COMMUNION SOUS LUS DEOX ses œuvres, et non pas selon celles d'aulrui. L'Église a regardé comme retranchés de son corps tous ceux (liii mouraient dans l'impénilence: elle leur a refiisé ses prières et même la sépuiiiirc cccicsiasti- (]ne. Comment donc les Grecs modernes ont-ils pu s'imaginer qu'elle ponvait après leur mort, de laquelle ils avaient été surpris étant hors de l'Église, vides de bonnes œuvres, coupables de plusieurs crimes, les rctai)lir, sans aucun mériie de leur part, dans la qualité des enfants de Dieu, el les nultre dans le royaume des cieux qu'ils s'étaient fermé par leur niauvai>iC vie?

On ne croit pas qu'après ces réflexions, qui sont fondées sur des principes incontestables, aucun théologien ne reconnaisse (|ue l'opinion des Grecs touchant l'étal des âmes séparées, pour lesquelles ils font des prières el offrent le sacrifice de même <iu"il se fait dans l'Église latine, ne soit cn)barrassée d'un nombre infini de difficultés beaucoup plus grandes que celles qu'ils ont formées contre la doctrine de l'Église romaine touchant le Purgatoire. En second lieu, il faut que les protestants avouent que les Grecs sont fort éloignés de ce que la réforme enseigne sur le même sujet, puisqu'ils prient pour les morts, et qu'ils célèbrent la Liturgie pour obtenir de Dieu le soulagement de leurs peines. Cependant rien n'est plus ordinaire dans les livres des controversisles protestants, que la cilaiion du consentement des Grecs pour rejeter le purgatoire. C'est là une source intarissable de déclamations .contre l'Église romaine, comme si elle avait introduit h\ prière et la célébration de la messe pour les nions dans h \ue d'un intérêt sordide. Si, dans les temps d'ignorance, il s'est introduit quelques superstitions, s'il s'est répandu de fausses histoires, l'Église qui les a toujours rejetées el condanmées, comme elle a fait en dernier lieu au concile de Trente, n'en doit pas être accusée, non plus que des fantaisies du poète Dante sur l'enfer, le purgatoire et le paradis. F.lle a toujours enseigné que les âmes de ceux qui étaient morts dansla grâce de Dieu, mais sans avoir entièrement satisfait à sa justice, étaient soulagées par les prières et par les bonnes œuvres des vivants, particulièrement par le sacrifice de l'autel; et sa discipline ionslanle depuis les premiers siècles a été fondée sur cette doctrine. Elle n'en a pas dit davantage, et elle a même défendu les questions curieuses et inutiles qui se pouvaient faire sur ce sujet, ne voulan.t pas ([u elles fussent proposées aux peuples. Si les théologiens ont éié plus loin, leurs spéculations n'ont jamais été regardées comme des articles de foi, et les proiesiants raisonnables ne peuvent pas ignorer que présentement, surtout en France, tous les abus dont on pouvait se plaindre au commencement de la réforme sont supprimés.

Les Grecs, dont ils ont cependant rcclierthé l'approbalion el la communion, ne peuvent pas dire la

ESPECES; PîllÊaES POUR LES MORTS. ilhti même chose ; car snr le fondement ceriain de l'utilité di- la prière pour les morts, ils ont établi non seulement des opinions absurdes el insoutenables, m:.i5 des pratiques superstitieuses, qu'il est impossible de justifier, et que les proteslanis leur passent, à cause qu'elles sont contraires à la doctrine et à la praii,|ne de l'Église romaine. Ils lui reprochent l'avarice des prêtres, comme la cause princij.ale de ce qu'on a introduit toutes ces pratiques; et cepenlanl on est obligé de reconnaître ipie, pourvu qu'on suive les règles qu'elle a prescrites dans les i>rières cl les messes pour les moris, il n'y a ni abus, ni superstition, et que tout ce qui peut avoir été fut au contraire est défendu et condamné par plusieurs canons, par diverses constitutions synodales de tout pays, et supprimé par Ions les bons évcques. On ne trouvera pas dans rÉgli>c latine des prières pour ceux qui meurent dans l'impénilence, ni des absolutions de malheureux morts dans l'cxcomnumication, telles qu'en ont les Grecs, ni des opinions aussi contraires à tous les principes de la saine théologie que celles qu'ils ont introduites.

Il est donc fort inutile do se donner auianl de peine qu'en ont pris Véjélius, Fehlavius et d'autres écrivans protestants , pour faire valoir, comme u:i grand argument contre l'Église romaine, que les Grecs lic croient pas le purgatoire. Ce qu'il fallait prouver était que les Grecs et les Orientaux ne prient pas pour les morts, el qu'ils croient inutiles les prières el les nicsscs qui secéièbrent pour le repos des âmes séparées. Or nous avons fait voir par des preuves incontestables que non seulement ils le croient, mais qu'ils po.issent celle opinion fort au-delà des bornes de la saine llié.'logie , croyant que non seulement les âmes de ceux qui sont morts dans la grâce de Dieu reçoivent du soulagement par les prières des vivants, mais encore celles des impies morts sans pénitence, et même celles des infidèles. Il ne faut donc pas, comme font ces coritrovcrsisles protestants, déclamer contre .\llalius, de ce (|u'il combat ces opinions extravagantes, puisqu'il le fait avec raison ; encore moins le charger d'injures, parce iju'il prétend el prouve solidement que non seulement elles sont insoutenables, mais qu'elles sonl nouvelles. Encore moins faut-il l'accuser de ne pas raisonner juste, quand il dit qu'on ne peut reconnaître l'utilité de la prière pour les morts, sans convenir avec les catholiques de ce qu'il y a d'essentiel dans la doctrine du purgatoire. Ce serait abuser de son loisir el de la patience des lecteurs, que d'examiner en détail ces longues dissertations , où il est rare de trouver rien d'original; mais seulement de longues citations d'hommes qui se copient les uns les autres avec de grands éloges, qu'ils pouvaient mériter d'ailleurs , niai> qu'ils ne mérilaienl pas assurément pour leur capacité dans les matières sur lesquelles ils décidaient avec hauteur sans les coni.aîire.

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PERPÉTUITÉ DE I-A FOI FUR LES SACREMENTS

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