CHAPITRE PREMIER
lléflexious générales sur le nouveau genre cfliumililé, de patience et de modéraùon que M. Claude a pratiqué dans son livre.
Quoiqu'il y ait plusieurs choses assez surprenantes dans la Réponse de M. Claude, rien ne m'y a semblé néanmoins d'un caractère si particulier que le nouveau genre d'humilité , de modération et de patience dont il y fait profession.
L'idée fine le commun du monde a de ces vertus , est qu'un homme vraiment humble, vraiment modéré et vraiment patient doit peu parler de lui-même, et moins encore se relever devant les hommes en s'attribuant une modération et une patience intérieure qui ne paraisse point au dehors, el dont il soit l'unique témoin; et qu'il doit au contraire faire beaucoup paraître ses vertus dans ses actions et dans la manière dont il parle des autres ; qu'il doit peu faire de plaintes, et que quand il eu fait, il faut qu'elles soient fort justes et fort mi)déiées; qu'il doit traiter les autres avec douceur el avec équité, ci (jue s'il est obligé de leur faire quelques reproches, il fatii qu'ils soient exactement conformes à la vériié et à la justice , et qu'il paraisse qu'il ne s'y porte que par quelque sorte (le contrainte.
Mais il faut que M. Claude en ait une fort différente de celle-là, puisqu'elle le porte à des actions tout opposées. Son humilité consiste à se louer de certaines dispositions qu'on ne voit point , en se représentant comme un homme qui se précautionne contre tes surprises de l'engagement, de l'amour de la vaine gloire cl de la vengeance ; comme un homme qui travaille sous les xjeux de Dieu , qui ne se propose que sa gloire et sa vérité , et qui se représente sans cesse qu'il n'écrit pas une parole dont il ne lui doive rendre compte (1).
Sa patience et sa modéia'ion consistent .î nous dire qu'il a gardé envers celui contre qui il écrit toute la modération qu'on pouvait désirer de lui (2), et (lu'il proteste devant Dieu avec un cœur sincère qu'il n'est point louché de ressentiment (3). Mais ensuite, en venu de ces louanges qu'il s'est données, et de ces témoignages qu'il s'est rendus à lui-même, il.croit êi;'e en droit de se plaindi(^ sans cesse des choses dont on ne s'est jamais oITensé dans des écrits de conleslaiion , et de faire de longues apologies sur des bagaielles dont les pins délicats ne se piquent point.
Si on répète nu de ses mois d'ime manière qui ne pourrait le rendre ridicule, à moins qu'il ne le lût déjà, c'en sera assez pour remjjlir deux pages entières de plaintes el de juslilications. Si on applique le lerme d'extravagant, non à sa personne, car on ne l'a jainais fait, mais àquehpies-mis de ses raisonnements, ou à des raisoimements (jn'il fait faire aux.iutres, quoi- (lu'il le fasse lui-même très-souvent , il ne laisse pas de prendre cela pour une injure signalée. Et cependant ce même M. Claude , si tendre et si délicat sur liii-uiènie, ne laisse pas de remplir tout son livre de railleries malignes, et de représenter son adversaire comme un homme dans le livre duquel la colère règne partout ; coimwe l'homme du monde qui écrit le plus légèrement, el qui expose le plus facilement sa réputation sur des faits dont il peut être convaincu par autant de personnes qu'il ij en a qui savent lire; comme un homme dont le caractère est de n'être jamais plus fier que
(1) 3' i^ép., préface.
3) ibid'., p.6i
quand il donne le change et qu'il dit des choses toul-àfait hors de propos ; comme un homme q-îii a une fierté dédaigneuse , dont les raisons ne sont que des chimères que l'engagement de soutenir sa thèse à tort ou à travers lui ont fournies , qui propose ses arguments comme des arrêts , qui ne demande qu'à critiquer , qui ne met point de différence entre lui et la raison , dont la bile ne peut être que désagréable aux honnêtes gens , dont les décisions sont pleines d'illusion, c'est-à dire, selon la définition qu'il donne à ce terme , de certaines choses qui ne peuvent subsister avec la bonne foi ; comme un homme qui se forme des chimères dans son cabinet , et qui les revêt de toutes les couleurs que le feu de son imagination lui peut fournir, qui fait paraître tant d'aveuglement el tant de mauvaise foi, qu'on ne saurait croire qu'il traduise lui-même les passages, qui commet des erreurs grossières et ridicules , qui vétille sur les mots , qui est au guet s'il peut en tourner quelqu'un à contresens, el qui s'en fait ta matière d'une victoire, (|ui transcrit Allalius et les coiitroversistes, qui gâte celle dispute par des emportements cl des violences, et qui achève de la déshonorer par des excès qui ne sont pas dignci, de lui , qui outrage scandaleusement les gens, et dont la passion est si animée qu'elle le met presque sans cesst dans des mouvements convulsifs (1).. Voilà ce que l'on trouve partout dans celte Héponse, sans que ces reproches aient jamais d'autre fondement que la passion de M. Claude.
11 esi vrai que l'on ne sait pas bien quelles mesures on doit garder quand on a affaire à des personnes de celte humenr, qui ne se f(mt jainais justice à eux mêmes, qui ont deux règles et deux balances, et qni sont en même temps dans l'excès de la délicatesse à l'égard d'eux-mêmes, et de la violence à l'égard de& autres.
Pour moi, je n'y sais point d'autre remède que de prier M. Claude de rentrer nu peu en lui-uiême, de ne confondrepasainsi tout eschoses, de n'user pas au hasarrt des mots de colère, d'emportement, de reproches /n/wneMa;,et d'établir une Ibis certains principes el certaines lois communes par lesquelles il consente qu'on juge de lui-même de la même sorte qu'il juge des autres.
S'il veut que l'on condanuie ceux qui ont les premiers mêlé dans cette dispute ces termes qu'il appelle aigres et injurieux, ce sera sur lui que cette condamnation tombera. Car il n'y avait rien de plus civil que la lléponse qu'on a faite à son premier écrit, et l'on s'y était attaché purement à la matière. C'est lui qui a commencé de remplir sa seconde Réponse de reproches et de railleries dont on lui a fait voir la fau^^selé.
S'il veut que l'on en juge par la qualité des termes sans avoir égard à la vérité, on lui souiient que les siens sont beaucoup plus durs que ceux dont on s'est servi en son endroit.
Enfin s'il consent qu'on en juge par la vérité, on lui soutient encore que tous ces reproches sont injustes, calomnieux, déraisonnables, et qu'on ne lui en a point fait qui ne soient justes et véritables. Mais en attendant qu'il nous informe de ses règles, on veut bien l'inslrnire de celles que l'on s'est cru obligé de suivi^e, afin qu'il ait droit de s'en prendre à la règle, s'il la trouve défectueuse; ou, s'il l'approuve, de montrer qu'on ne l'a pas fidèlement pratiquée.
1" On ne croit donc nullement qu'il soit défendu, dans une dispute qui se réduit principalement à exa-
(î) voyez 5= Réponse, pp. 42o, 346, 514, i, 153, 258, 238, 262, 283, 540, 547, 551, 352, 567. 900, 912, 907.