CHAPITRE M
Des canons arabes allribués au concile de Mcée.
Les canons du concile de Nicée, qu'on appelle arabes pour les distinguer des véritables, ont été d'abord comms en Europe par la traduction que Tui rien en lit faire sur la fin du seizième siècle, qu'il counnnniqna au P. Alphonse Pisani, cl celui-ci l'inséra dans la collection qu'il publia quelque temps après des actes du concile de Nicée. Celle traduction est fort défectueuse; car elle fut faite sur une copie ajipoitée d'Égyple, et très-moderne; outre que Turrien, ne sachant pas l'arabe , employa à ce travail des gens qui n'en étaient pas capables et qui n'entendaient pas l.i matière. Plusieurs années après , Abraham Échellensis, maronite, professeur royal en arabe et en syriaque, en publia à Paris u:.:e nouvelle traduciion, avec celle de la préface arabe du concile de Nicée ; et elle a été inséiée dans la dernière édition des Conciles.
Turrien, quoique très-savant, n'était pas heureux dans ses conjectures sur les ouvrages des anciens ; ainsi il ne faut pas s'étonner s'il entreprit de soutenir que ces nouveaux canons étaient véritablement du concile de Nicée; mais les preuves qu'il en d mna ne furent pas capables de le persuader à ceux qui avaient la moindre connaissance de l'antiquité ecclésiaslique. Échellensis n'en produisit aucune nouvelle , sinon lu témoignage des Orientaux ; ce qui fit que Ions les s;i-. vants rcjeièreni ces canons comme des pièces supposées, et qui n'avaient aucune autorité. Ils en ont néanmoins une fort grande dans les églises d'Orieivi, dont ils représentent assez exactement la discipline ; et par celle raison il ne sera pas inutile d'en faire une critiiiue plus exacte qu'on n'en a fait jusqu'à présent.
Nous ne répéterons pas ce que de très-savants honnnes ont écrit sur ce sujet , pour faire voir lo peu de solidité des preuves de Turrien, qui rouleW toutes sur la lettre d'Isidore Mercator , sur une fausse lellie du pape Jules, cl sur ce «lu'il se trouve
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quelques canons de Nkéc ciiis par les anciens qui ne «uni pas dans les vingt véritables, et qui sont dans ces derniers. Oii n'ignore plus que les canons de Sardifjne et quelques autres ont été cités comme étant du concile do Nicée, parce que, dans le Code universel, ils étaient à la suite de ces mêmes canons , ce qui est au^si arrivé à l'égard de quelques autres. Enfin , il serait élounant que parmi laut de fameux canonistcs grecs, et tant lie collections imprimées ou manuscriles, il no se trouvât pas la moindre meniion de ces canons arabes, s'ils avaient été connus dans l'antiquité. Car c'est une mauvaise défaite de supposer que les ariens les aient tellement abolis, que les Grecs ni les Latins M'enaieiil eu aucune connaissance durant plus dequatre ct-nts ans, et qu'ils se soient retrouvés p ,rmi les Arai>cs, qui n'ojit pas la vin;;tième partie des écrits des Pères et des actes toncliant l'ariaiiisme : outre qu'on tic voit pas quelle raison les ariens auraient pu avoir de supprimer des canons qui ne les regardaient pas.
Le lémoigtiage des Orientaux sur le<iuel s'appnie ÉclicUensis n'a aucune autorité dans cette matière , non plus que dans toutes celles qui regardent l'bi^toire ecclésiasti<|ue des premiers siècles de l'Église. Ou a deux de leurs histoires traduites en latin , sur lesquelles ceux-mêmes qui ne savent pas les langues orientales peuvent juger de ce qu'on doit attendre de pareils auteurs ; celle d'Abulfarage et celle d'Euijcliius, patriarche orthodoxe d'Alexandrie. Il ne s'y trouve rien que de ti-ès-comnmn , lors même qu'ils ne s'écartent pas de la vérité; mais elle est môle.; de tant de labiés, d'anachronismes et de faussetés, ([u'il se faut réduire à les croire uniquement sur les allaires de leur temps, ou sur celles dont ils pouvaient avoir connaissance par les mémoires qu'ils trouvaient d.uis leurs égl.scs. Cependant ces deux auteurs n'étaient pas seulement considérables par le rang qu'ils y tenaient, ils étaient savants à leur manière. Une longue dissertation qu'Eutychius a insérée dans son liisloire contre les ne^toriens, lait voir qu'il était bon théologien. AbuUarage a fait un grand nombre de traités sur la philosophie, sur l'astronomie, sur la morale, sur la religion , sur la grammaire et sur le droit cïuoniiiue , et sa science lui a attiré des éloges, même des .Maliométans. Si donc on trouve tant dedélauis et tant d'ignorance dans leurs histoires, que peiit-oii attendre de celles qui ont été écrites par d'autres écrivains qui n'avaient pas les mêmes talents? La première partie de celle d'Elmacin, qui n'est pas inq)rimée, est encore plus défectueuse que celles d'Euiychiuseld'Abulfarage; de sorte qu'elle nsns empêche de legretler quelques historiens qu'il cite , et que nous n'avons pas. On peut avec raison excepter Sévère, évê(pied'Aschmonin, qui a écrit l'histoire des pairiarclies d'Alexandrie, de cette censure générale; mais s'il est plus exact et moins fabuleux que les autres, ce n'est (jue dans les choses postérieures au inalioméiisme et dans ce qui regarde ia tradition des pcobilcs.
Tour revenir donc à la tradition d..s Oiicnlaux , iJ
su:; l:.s saculmlnts. uso
faut convenir que tous ceux qui ont écrit c.i arabe, orthodoxes, jacobites, nestoriens et même les..Maliom6lans, parlent de la même manière du concile de Nicée, disant qu'il s'y trouva 2048 évêques , qu'ils tinrent leurs séances près de trois ans, et qu'ils composèrent non seulement les vingt canons reçus dms tonte l'É* glise, mais les autres, et plusieurs constitutions. Cependant, connue il n'y a que d^s auteurs arabes témoins d'un fait inconnu à toute l'église grecque, et qu'ils ne peuvent avoir écrit avant la (in du huitième siècle, il est aisé de reconnaître que leur témoignage n'a pas tant d'autorité que le silence de tous les écrivains grecs et latins , desquels seuls on pouvait apprendre ce qui regardait l'ancienne histoire ecclésia>tique : car personne ne s'imaginera qu'on eût conservé en une langue qui n'était pas alors comme hors du pays où elle était naturelle , des actes qui avaient certainement été faits originairenient en grec et en latin. S'ils les ont eu-, on ne peut rendre aucune raison, même de vraisemblance la p!us légère, pourquoi les églises qui ont conservé tant d'autres actes , ont lais.'ié perdre ceux-là, quoi(|ue si respectables par l'autorité du premier-concile , et que les Arabes n'aient conservé que ceux-là, ayant à peine les titres de tous les autres.
Mais puisqu'il s'agit de la tradition des Orientaux ,. elle ne se réduit pas aux seuls arabes : les Syriens l'ont mieux conservée, et ils ont plus d'autorité, comme étant plus anciens. Il ne se trouve pas, comme il a été dit ci-tlessus, de version orientale des canons qui ne soit beaucoup jilus récente que la syriaque; or dans le manuscrit de Florence , qui est plus ancien que tous les arabes, il n'y a que les vingt canon» ordinaires , sans (pi'il soit fait aucune meniion do ceux que nous n'avons qu'en arabe, ni de l'histoire qui les acconq)agne. Au contraire tous, et les arabes mêmes, s'accordent sur le nombre des évé pies assemblés à ce concile , n'en nommant que 518. C'e>t ainsi qu'en parle le titre grec de la collection des melchites et les préfaces arabes des mêmes canons : etipiand Échellensis les cite selon la traduction des maronites, que personne n'a jamais vue , on ne doit |jas avoir lu moindre égard à cette autorité; car, connue on lu prouvera ailleurs, tout ce que lui et Fauste Néron , son parent, ont écrit pour prouver que les maronites avaient toujours conservé la foi catholique au milieu des hérétiques orientaux, est inconnu aux autres sociétés chrétiennes , aussi bien ()ue tous les auteurs qu'ils allèguent comme anciens, et qui sont ou supposés ou fort modernes. Si les maronites ont ces canons en syriaque dans leur collection, ils les y ont ajoutés, puisqu'elle ne peut être plus ancienne que celle des jacobites syriens, où ils ne se trouvent pas.
La tradition constante de toutes les églises sur le nombre des Pères de Nicée, est d'une grande autorité pour détruire celle de ces canons qui leur sont attribués. Ce nombre de 318 est non seidement établi par tous les historiens, mais par les diptyques, dans lo.MpK'ls il est fait mémoire de ces saints Pères, comme
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