LIV. IX. DKS CANONS CONStllVÉS DANS Li:S ÉGLISES DOIUtNT
«les 150 du premier concile de Constanlinoplc, cl des '■200 il'Éplièse, parmi les orthodoxes, à Pexclusion des iiesloriens. Or c'esi ainsi qu'ils sont nommes dans les Liturgies syriaques, dans les coplites, dans les éthiopiennes et généralement dans toutes celles (jui nous 8ont connues. On en lait une fêle particulière dans 1 "église copine le 9 du mois d'athyr, qui répond à celui de novembre, ainsi que dans les autres orientales ; de sorte que ce nombre esl comme s;)cré , de même qtie celui des Pères qui assislcrenl aux autres conciles généraux. La solution qu"Éclicllensis prétend tlonnerà celle dlfticulté, en disant que ces 318 furent choisis du nombre de 2048, est une imagination sans fondement, et on ne croira pas facilemenl que lant d'év6<iucs aient pu cire absents de leurs églisesdurant lioisans, ni qu'il ait fallu tant de temps pour composer les canons qu'on leur attribue, dont plusieurs sont visiblement tirés des conciles suivants, et contiennent uue discipline be.iucoup plus récenie que celle qui était en usnge du temps du concile de Nicée.
Après avoir établi que ces canons ne sont poii.t vérita!)ienienl de ce concile, il faut néanmoins convenir qu'ils ne sont pas si méprisables que l'ont prétendu divers criiiques, puisqu'ils contiennent une grande parlie de la disciiiline des églises orienlalcs, en excej)lanl la grecque qui ne les a jamais connus. Il paraît aussi tres-cerlain (ju'ils n'ont pas été supposés par un dessein prémédité, comme les fausses décréiales, car personne n'avait intérél à celte tromperie ; et s'il y en avait eu le moindre soupçon, ils n'auraiL-nt pas été reçus sans contestation par des communions divisées d'opinions, de lois et de pays, comme loutes les églises qui se trouvèrent sous la domiiiaiidu des Arabes.
On ne peut pas non plus douter qu'ils n'aient été traduits sur des originaux grecs; ce qui se recomiaît non seulement par le style, mais par un assez grand nombre de mots grecs qui y sont restés, soit par respect pour l'antiquiié, soit, comme il paraît plus vraisemblable, parce que les inlerpréics ne les entendaient pas bien, ou qu'ils ne trouvaient pas dans la l.mgue arabe des teimes équivalents et qui les exprimassent exactement. Il s'agit donc de savoir quand cette traduction peut avoir été faite, ce qui servira à découvrir quel peut en avoir été l'original.
Ce qu'on peut conjecturer avec quelque fondement, esl que le premier original, ou la base de cette collection arabe, a été le Code universel des canons de l'Église, à la tête duquel ont toujours éié ceux de Nicée, après lesquels on joignait ceux des autres conciles, sans aucune distinction que par les nombres. On voit que par cette raison les canons de Sardique ont été cités même parles papes, comme de Nicée; de même (jue ceux du concile d'Aniioclie et quelques autres. Ce Code universel était dans l'Église romaine, aussi bien que dans la grecque, et ils sont tous deux imprimés il y a longtemps. On ne peut pas douter qu'il ne fût en usage en OrienI, particulièrement dans le palriarw)l d'Anliocho, puisqu'il y en a une preuve dcmons- \r:uive dans la bibliolhèciue de Pll0liu^. Panç les cx-
II Si
"^'';* H"'il d le de plusieurs ouvrages d'Éplirem,
pitriarchc d'Antiocbe, qui en font regretter la perle à tous les savants, il nianpie qu'en citant le second canon du premier concile de Constantinople, Éphrein l'api)clle le 16G'; et il s'en étonne, avouant qu'il ne .sail pas où il l'a pris, et à quels canons ce nombre peut avoir rapport. Si donc un homme aussi versé dans la science canonique qu'était l'holius n'avait pas reconnu un canon d'un concile universel dans ce Code, p:ir(e que les titres y manquaient, il n'y a pas sujet de s'étonner que dans le temps d'ignorance , de pauvres Orientaux, gémissant sous la captivité des infidèles, n'aient pas reconnu ceux qu'ils traduisaient, et qu'ils les aient tous attribués au concile de Nicée, parce que ceux qui étaient à la tclc de la collection en portaient le litre.
On trouve en effet que les vingt canons véritables de Nicée sont au coumiencemenl des autres, si on en excepte le premier touchant les énergumèncs, qui est le 79* des apôtres. Le second arabe est fait du premier, ainsi le troisième du second, le quatrième du troisième, le cinquième du quatrième, le sixième Cl le septième du cinquième, le huitième du sixième, le dixième du septième, le onzième du neuvième, le treizième et le quatorzième du rpiinzième et du seizième, le seizième du dix-septième, le dix-sepiièmo du dix-buitième, le dix huitième el le dix-neuvième du dix-neuvième grec; le vingtième du huiliéme, lu vingt-unième contient le onzième, douzième el treizième; enfin le trente-deuxième est le vingtième du Code grec. Comme la traduction n'est pas souvent fori exacte, et qu'en quelques endroits il paraît que les inlerpréics ont plutôt suivi des abrégés que le texle, il ne faut pas s'étonner s'ils n'ont pas reconnu que ces canons étaient les mêmes ijuc ceux qu'ils avaient ailleurs; outre que la différence des traductions pouvait encore former à leur égird une nouvelle obscurilé. Ainsi on peut croire que les canons io, i6, 5-2 el quelques autres où on trouve le sens des véritables, mais avec des gloses accommodées à l'usage du temps courant, ont été faits sur les explications et paraphrases des premiers. Le 34' et le 55* touchant les hérétiques, qui doivent être reçus sans être baptisés de nouveau, sont tirés du dernier canon du second concile œcuménique, de même (jue le 38* louchant h translation de la dignité patriarcale au siège de Constantinople. Les canons 2 et 3 de ce même concile avaient .«-églé les limites des diocèses; mais depuis la désolalion de l'empire par les Mahométans tout était changé. Par celle raison, ceux qui firent celle collection disposèrent ces canons selon l'état où les choses se trouvaient de leur temps.
C'est ce qu'on reconnaît d'une manière plus précise dans les canons qui règlent le rang des c.\tholiques de Modain et d'Ethiopie, dignité qui était inconnue dans le quatrième siècle, et dont par conséquent on n'a pu parler dans le concile de Nicée. Ce ipii esl donc marqué sur cet article dans les canons arabes prouve à la vérilé qn'ih ne peuvent avoir été
(18S PKUPÉTUllÉ DE LA FOI
fails dans ce tcmps-Ià ; mais coiniiie on rcconiuiîl qu'ils lepréseiitenl fidèlemcnl la discipline praliquée depuis d.ius tout rOiient, pour régler le rang do ceux qui étaient revélus de celle nouvelle dign lé, on ne peut douter qu'ils ne soient vérilablcs selon un autre sens, en ce qu'ils nous appicinient ce qui était reçu par un coiisenlement général , comme le droit connuon des ëiiii^es qui n'élaicnl pas comprises sous la grecque, et inêtne par quelques-unes qui en dépendaient. Car la iiolire de Nilus Doxapalriiis et d'autres prouvent que les Grecs orlhodo.\es allribuaicnt au catholique de Jioiuogijris, qui fut ensuite établi à Irénopolis ou Bagdad, les mêmes prérogatives que les canons donnent au siège de Séleucic et de Ctcsii»honle, et les jacobi- Ics au nwfrian, ou primat de Takrit. On peut tirer la même conséquence de ce qui est marqué dans un canon singulier toucliant los Étbiopiens, auxquels 11 défend d'élire un palriarclie, les soumellant à celui qui leur sera ordonné par le palriarclie d'Alexandrie; car celle discipline, comme elle y est man|uée, n'est guère plus ancienne que le mabon.élisnic. Ces canons et quelques semblables n'ont pas élé tirés des anciens conciles ; mais de la discipline éublie du temps qu'ils ont élé mis par écrit.
Le 36' semble être tiré du 5' du premier concile de Conslaniinople, et les 47, 48, 49 et 50, touchant les accusations des ecclésiastiques, sont formés sur le C, partagé, augmenté et expliqué par rapport à la discipline du temps. On a pris du concile d'Éphcse ce qui regarde la métropole de Chypre. Les canons 51 cl 52 sont lires des 2, 3 cl 5 du concile d'Anlioche , et le 44* lire du 7'. Dans le 9% il est par!é des cborévêques, et à celle occasion il y a une digression sur les cborévêques, qui n'a aucun r.ipport aux premiers siècles de l'Égli.se, mais qui est conforme à la discipline des Orientaux. Le 55* est le deuxième de Calcédoine. Ainsi presque tous les premiers se trouvent dans les anciens conciles, dont les canons composaient le code de l'Église universelle ; même il y en a quelques-uns où on rccoiinaîi des vestiges de ceux du concile de Calcédoine, quoique les jacobites le lejettent avec analhème.
Enfin, quelques-uns de ces canons arabes, particulièrement les derniers , et ceux qui ne sont pas dans le nombre des 82 ou 84, ne peuvent être rapportés à aucun des anciens conciles; mais ils ne sont pas pour cela si niéprisables, puisqu'ils contiennent des régies de discipline qui ne se trouvent pas ailleurs, et qui «-onlacconmiodées à l'usage des temps dans lesquels elles ont été recueillies. Les Grecs onl de pareilles collcciions qui n'ont guère |)lus d'ordre, et M. Cotelier en a imprimé quelques-unes. Les Arabes peuvent en avoir suivi de semblables, et y avoir ajouté ce qui convenait à leur discipline; et comme il leur est assez ordinaire d'ippcler canons ces sorles d'abrégés, où sans aucune citation les règles ecclésiastiques sont cx|)iiqiiées en peu de mots, parce que ceux-ci ont élé joints à la suite de ceux de Nicéo, ils leur onl donné le même tilrc, sans prclcndre tromper pcrsnrnic.
SUIl LES SACREMENTS.
Comme ces canons supposés du concîlo de Nicco onl élé d'abord mis en arabe, qu'ils ne sont pas dans l'ancienne version syriaque , faite vraisemblablement avant le mahomélisme, et qu'il ne se trouve rien dans les monuments de l'église grecque qui confirme les fables dont la préface traduite par Échellensis est remplie, il paraît certain que ce recueil n'a été fait que dans le huitième ou le neuvième siècle. L'ignorance du grec, dont on reconnaît assez de vestiges, en est une preuve; mais il y en a plusieurs autres, parmi lesquelles nous on choisirons une seule, parce qu'elle est décisive. > « premier canon de Nicée ordonne que celui qui a é:é fait eunuque par accident, dans une maladie, ou qui l'aura élé fait par la violence des barbares, demeure dans le clergé, et que celui qui se sera mutilé volontairement soit exclus du ministère. L'intcrprèle arabe qui a fait son sccoihL canon de celui-là, l'entend de la circoncision, et ce n'a pu être par ignorance, car ceux qui onl traduit les véritables ne sont pas touibés dans la même faute. Mais il y a beaucoup d'apparence que comme il arrivait assez souvent que des chrétiens dans leur jeunesse étaient enlevés par les Mahomélans qui les circoncisaient par force , les interprètes ont rr.is dans leur second ce qui avait été réglé sur ce sujet, en se conformant, autant que la maiicre le permettait, à eu que les Pères de N'icce avaient ordonné touchant les eunuques. Or il est indubitable que cette discipline ne pouvait avoir lieu avant le mahomélisme. Cepen^ dant cela n'a pas empêché les Orientaux de l'allribuLT au concile de Nicée, comme on trouve qu'ils ont attribué à S. Basile des canons pènilenliaux pour ceux qni araient renié la foi , el avaient fait profession publique de la religion mahoméiane, parce qu'on apiliquait à leur cas les règles (jue ce saint avait prescrites à l'égard de ceux qui avaient sacrilié aux idoles.
Il paraît aussi très-certain que celle collection arabe a élé faite d'abord par lis melchilesouorlliodo.ies, desquels les autres chrétiens d'Orient l'ont empruntée, puisque sans cela on n'y trouverait i)as des canons des conciles d'Éphèse et de Calcédoine que les nestoricns cl les jacobiies ne reçoivent pas. Les melchiles les connaissaient bien ; les antres ne les reconnurent pas, parce qu'ils avaient un autre lilre, qui était celui des canons de Nicée ; ce qui prouve encore que cette collection a été faite sur un recueil général où ils étaient d(! suite; et cela ne convient qu'au Code universel. Elle doit môme avoir élé faite avant les divisions arrivées entre l'Église romaine el la grecque; parce cpi'il n'y a pas d'apparence que, depuis ce temps-là, les Grecs eussent mis dans leurs collections des expressions aussi avantageuses pour la priuiaulë du pape que celles qui se trouvent dans ces canons. On pourrait croire qu'Échellcnsis écrivant dans Rome, aurait inséré plusieurs choses sur ce sujet ; d'autant plus qu'on le re(Oimaît quchpicfois peu exact dans ses citations orientales. Cependant non seulement ce qu'il rapporte .^c trouve dans les manuscrits, mais il y en a cncnro