LIVRE SECOND
miner des raisonnemenls, et où il est important de les représenter tels qu'ils sont , de leur donner les noms que la vérité permet d'y donner ; c'est-à-dire d'appe'er faux ceux qui sont faux, quoiqu'avec qiiel- Ique apparence ; et extravagants ceux qui clioquentle sens commun. Car comme il est important et juste d'en imprimer l'idée véritable, on ne peut se plaindre raisonnablement de ces termes, pourvu qu'il paraisse que l'on s'en sert avec une exacte justice, et qu'on ne passe point au-delà de la vérité.
2° Il est visiblement injuste d'accuser de colère, de bile et d'emportement, ceux qui ne font que des reproches véritables, parce que ces reproches se peuvent faire sans colère et sans passion, et par un simple mouvement de zèle et de justice.
3' Les railleries sont permises quand elles ne font que faire paraître ridicules les choses qui le sont en effet; mais elles sont très-contraires à riionnôtelé, à l'équilé et à la sincérité, quand elles sont fausses et malignes, et que l'on s'en sert pour donner un air ridicule à des choses qui ne le sont point.
On croit donc que l'on doit juger do la plupart des reproches par le fond, et que non seulement les plaintes que l'on en fiit indépendaminenl de l;i vérité et sans montrer qu'ils soient taux, ne sont pas juslos, mais qu'elles sont même insolentes. Car c'est prétendre ou que l'on est incapable de ces défauts, et que la qualité de sa personne suffit pour s'en justifier, ce qui est une présomption ridicule ;'0u (jue, encore même qu'on en lût capable, on n'aurait pas droit de nous les reprocher , ce qui est un autre genre d'insolence. Que si l'on y ajoute encore qu'au même temps que l'on prétend asservir les antres à des ménagements que l'on ne peut exiger avec justice, on les traite soimême sans raison d'une manière lière et injurieuse, c'est faire paraître un esprit très-injuste et très-emporté.
C'est par ces règles que je prie ceux qui liront les écrits qui ont été faits de part çi d'autre, de juger des uns et des antres. Et pour en donner un modèle, je veux bien ri»|iporter ici un des endroits de M. Claude, où il paraît le plus animé, et où l'on dirait, à l'entendre parler, qu'on lui auriyl fait plus d'injustice. 1" REMARQUE. — Paroles de M. Claude.
€ La troisième plainte de M. Arnauld est une accusation bien formée sous ce litre : Calomnie atroce contre raulenr de la Perpélidlé. II l'a projiosée dans son chapitre 9, avec une impéluosilé (jui n'a point de pareille, et qui marque qu'il l'a écrite dans le dernier effort de son irrilalion. Il mont»; sur son tribunal, et de là il prononce cet arrêt contre moi, que je me suis rendu coupable d'un crime énoinie, qui m'oblige, selon les lois divines et humaines, à une satisfaction publicpie. Cest, dit il encore, une détestable calomnie , un crime abominable ; c'est le procédé le pins tâche cl le plus injuste dont un homme puisse être coupable. Que M. Claude ne s'étonne point de ces reproches, ce n'est point ici un jeu ni tin sujet de raillerie. Il n\'St point question, pour finir une période, de faire une telle injure à des (jcns d'honneur. S'tl a parlé de cette sorte $ans y penser , je lui soutiens (pCil est le plus imprudent homme du monde, et s'il en a parlé à dessein, et pour former rimpression que ces paroles donnent nalnrelle- \nent, je lui déclare qu'il est un des plus hardis calomuiateiirs (jui furent jamais, et je m'assure qu'il n'ij a point d'honnête homme dans sa communion qui ne nien rvouK, et qui ne condamne en ce point son procédé. Je |irolesle devant Dieu avec un cœur très-sincère, que je ne suis point louché du ressenlinienl de tout ce ijiie M. Arnauld me dit. J'ai répondu à son livre , et cela me snflit pour être conlcnl. Mais je suis bien facile qu'après avoir gâté celle dispute que le public pouvait lire de part et d'autre, prul-ètre avec (jnelque plaisir et quelque profit; après l'avoir, dis-je, gâtée par des emportements et des violences qui ne |)euvent plaire à personne, il ait encore achevé de la iltihonorer par des excès qui ne sont p;\s dignes de
lui. Quel sujet a-t-il de se mettre si fort en colère? J'ai écrit ces paroles dans mon livre : Dieu fera voir un jour qui sont ceux qui font tort à son Eglise; ta lumière de son jugement manifestera toutes choses, et j'espère même qu'avant cela les hommes se désabuseront, et alors il ne sera plus nécessaire d'écrire (i) en faveur de la transsubstantiation. Il ne faudra plus se servir de ce moyen pour se remettre en grâce avec Rome, et regagner te cœur des peuples ; car les choses ayant changé de face, cette prudence de ta chair et du sang n'aura plus de lieu. \oilà mon grand crime, voilà l'étincelle qui a allumé ce grand embrasement. On entend, dil-il, ce langage, et M. Claude n'est ni assez simple ni assez imprudent pour ne l'avoir pas entendu, et pour n^avoir pas vu le sens qu'on y donnerait. Il a donc voulu faire comprendre que l'auteur de la Perpétuité n'écrivait pas de ta transsubstantiation par persuasion, mais par politique, et par une prudence de la chair. Car quand un théologien catholique défend l'Eglise à laquelle il est uni, s'il croit ce qu'il dit, il ne faut point aller chercher d'outrés raisons de sa conduite ; la cause commune de l'Eglise dans la vérité de laquelle il met l'espérance de son salut, mérite assez d'être défendue. Ainsi imputer à l'auteur de la Perpétuité de n'écrire que par politiciue, et par une prudence de la chair, c'est lui imputer de ni croire pas ce qu'il écrit, et en donner celte idée.
< C'est une étrange chose que l'émotion. Si M. Arnauld eût considéré mes paroles de sang-froid , il n'y eût rien trouvé de ce qu'il lui a semblé d'y voir dans son premier mouvement. J'avoue qu'elles laissent
ENTENDRE QU'lL Y PEUT AVOIR EU DE LA POLITIQUE EN CETTE RENCONTRE POUR SE REMETTRE EN GRACE AVEC
Rome , et pour regagner le coeur des peuples, et
QUE c'est une prudence de la chair et du SAÎiG.
3Iais y trouvcra-t-on (jue l'auteur de la Perpéiuiié n'en ait pas écrit par persuasion, ou qu'il n'en ait écrit que par poiili(|ue , comme M. Arnauld se l'est imaginé? C'est ce qu'on n'y verra pas. Pourqu/)! étcnd-il donc mes paroles au delà de ce qu'elles jioiilent? cl pourquoi oulrage-l il si scandaleusement un homme sur l'imaginalion (lu'oii a dit ce qu'on n'a pas dit ? On entend , dit-il , ce langage. Il lait bien yo.ir qu'il no l'cnlend pas , puisqu'il m'impiile ce que je n'ai point dit , et (ju il ne tire son commentaire que de lui-même , et non de mes paroles, t
El un peu plus bas : c M. Arnauld proteste qu'on ne se dispensera jamais en mon endroit des règles de la justice, qu'on ne devinera jamais mes inleiuions cachées. Qu'il ne prétende donc pas lire dans mon cœur , ni m'allribuer un sens mystérieux que je n ai point déclaré , cl qui n'est point contenu dans mes paroles. Tous ceux qui croionl la transsubstantiation ne sont pas en état d'écrire en sa faveur. Euire ceux (lui ."Ont eu état d'écrire en sa faveur , combien y en a-til qui s'appliquent à d'autres matières? N'est-ce i)as donc une cliose fort possible , qu'un homme qui sera libre d'écrire ou sur la iranssubslantiation , ou sur quelque autre article, se détermine pour la transsubstantiation plutôt que pour un autre arir.lc , |)ar des vues cl des considérations politiques , et par des raisons de prudence mondaine? Que h* rtiinnueril-on, quand on dira cela de lui , qui no soit et lort ordinaire , et même en (luelque sorte fort muocent? C'est tmil ce que mes parolessigniheul d'elles mêmes ; vouloir sonder plus avant mes pensées, c'est alienler sur une chose dont la connaissance n'apparlienl qu'à Dieu. Et c'est pourtant ce qu'a voulu laire M. Arnauld pour avoir un prétexte de s'échaulfer. »
RÉPONSE
On peut voir en cet endroit presque tous les caractères de l'esprit de M. Claude ; et c'est pourquoi il est bon do les développer un peu en détail. On y aperçoit d'abord celle douceur qui lui est propre ,
(1) lia omis ou rapportant son passage ces mots, par politique, sur quoi est principalement fondé le reproche qu'on lui fait.
RÉPONSE GÉiNÉRALE AU NOUVEAU LIVRE DE M. CLAUDE.
qui consiste à assurer le monde, par des protestaiions en i'air , de la iranquilliié intérieure de son âme , et de cliarger ensuite librement ses adversaires des reproches les plus oulrageiix. 11 proteste qu'il n'a point de resseniiinenl de tout ce qu'on lui a dit , el deux lia;nes après il accuse celui contre qui il écrit de gâter celle dispute par des, einporlemenls el des violences , el d'achever de la déshonorer par des excès qui ne peuvent plaire à personne. El il le représente dans tout cet endroit comme un lionnne qui écrit avec une inipéluosité qui n'a point de pareille , qui propose l'accii- . sation dont il s'agit dans le dernier efj'ort de son irritation , qui est dans une émotion qui l'empêche de voir les choses telles qu'elles sont ; qui oulraye scandaleusement les iiuiocents. Que ferait M. Claude s'il était une Tois en colère , puisque sa tranquillité est si terrible ?
Mais comme les personnes les plus injustes et les plus violentes sont celles qui prennent plus de soin de s'honorer par ces sortes de discours qui ne coûtent rien ; il trouvera bon, s'il lui plaît, (|ue nous n'y ayons aucun égard , et que nous jugions de lui par SOS actions , et non par les louanges qu'il se donne.
Si M. Claude a raison d'accuser celui auquel il ré|)Oiid d'outrages scandaleux , d'eniportemenl , et de violence , cl de déshonorer la dispute par des excès qui ne sont pas dignes de lui , j'avoue qu'on doit croire que CCS accusations peuvent subsister avec une disposition d'àme tranquille , et qu'elles ne marquent pas nécessairement (jn'il ait du ressentiment de ce que l'on a dit contre lui , quand même il ne prendriiit pas la peine de nous eu assurer par ces protestaiions inutiles. Mais si ces rcproclics sont injustes, téméraires , calomnieux, on doit juger au contraire que la disposition qui les a produits est mauvaise telle qu'elle soit, et que M. Claude prenant Dieu à témoin de la sincérité de ses intentions , n'a fait que redoubler sa faute, et la rendre plus criminelle devant Dieu et plus odieuse devant les hommes , puisque c'est abuser de la sainteté de son nom que de le prendic à témoin pour tromper les hommes et les rendre approbateurs de ses injustes passions.
Il faut donc, comme j'ai dit, juger de ce différend par le fond. On y voit des accusations réciproques de part et d'autre. On accuse M. Claude d'une calomnie airoce contre l'auteur de la Perpétuité. M. Claude accuse son adversaire d'outrages scandaleux , d'emporlemenl , de violence et d'excès indignes de lui. Il y a des caionmialenrs de part ou d'autre: et ceux qui le sont sont obligés à une réparation pidjlique. 11 faut voir à qui ce nom appartient, et ne déclarer personne coupable qu'après l'examen du fond.
Or, diius cet examen , il faut remarquer d'abord que l'on a reconnu que les paroles de M. Claude dont ou s'(!St plaint pouvaient avoir d'elles-mêmes un double sens L'un qui est celui auquel on prétend (lu'elles oui été prises par le commun du monde , et qui lait le loudement de la principale plainte. L'autre ci'lui p:ir lequel on piévoyail bien (|ne M. Claude lâcherait (le se couvrir. Nous verrons ensuite ce que l'on a dit sur le premier ; mais voici ce que l'on a dit sur le second.
Quand même il n'aurait pas eu dessein d'imprimer dm:'' t'csi)ril de ceux qui liront son livre celte abomina- Lie pensée , il a voulu dire au moins que ce n'était pas par l'amour de la vérité , nmis par un intérêt humain qu'on a réfitlé son écrit ; el ce ne laisserait pas d'être u>t jugement Ircs-injuste et très-téméraire , quand il en serait demeuré là. Car quelle preuve a-l-il de celte poétique cl de celle prudence de la CH,vir. ? Duit-on s'éioiiucr qu'un théologien catholique réfute le livre d'un ministre? L'auteur de la Perpétuité n'y availil pas un engagement particulier? Aurait-il pu s'en dispenser dans les règles ordinaires? Kl enfin fiiut-il s'amusera deviner les raisons qui portent un catholique à défendre sa foi ? Est-ce ainsi que l'on a traité M. Claude ? Lui a-l-on reproché qu'il n'avait entrepris d'écrire que pour
se signaler , que pour s'avancer dans son parti , que pour se faire des amis de tous les ennemis de ceux aii'H altaiiiie ?
C'était là une des accusations que l'on avait forniées contre M. Claude et dont il avait à se défemlic comme de l'autre, puisqu'elle suffit pour le convaincre de calomnie. Mais comme il a coutume d(! n^^ rapporter jamais les paroles mêmes du livre de la Perpétuité , lorsqu'il craint qu'elles fassent impression sur l'esprit des lecteurs , il a trouvé bon de supprimer celles-là, et d'insérer seulement la réponse qu'il y fait dans la suite de son discours , afin qu'on ne le pût accuser de les avoir entièrement dissimulées. Celte réponse consiste à demeurer d'accord du fait. J'avoue , dit - il , qu'elles Inisscnl entendre qu'il peut y avoir eu de la politique en celle rencontre , pour se remettre en grâce avec Rome et pour regagner le cœur des peuples , et que c'est une prudence de la chair et du sang.
Ainsi il n'y a point de contestation sur le fait , et on ne lui a rien imputé sur ce point que ce qti'il avoue. Mais il prétend qu'il a pu imprimer celte idée par deux raisons aussi rares qu'on s'en puisse imaginer.
La première est que c'est une chose fort possible qu'un homme qui sera libre d'écrire sur la Iranssidjstaiitialiou ou sur quelque autre matière, se détermine à écrire pour la Iranssnbslanlialion plutôt (pie pour un antre article , par des vues et des considérations politiques , et par des raisons de prudence humaine. La seconde que ce procédé est en quelque sorte fort innocent. Qu'allribuera-t-on , dit-il, à M, Arnauldf quand on dira cela de lui , qui ne soit fort ordinaire , et en quelque sorte fort innocent ? Cesl tout ce que mes paroles signifient d'elles-mêmes.
Si la première de ces raisons est bonne , voilà les calomniateurs et les médisants bien au large. Car puisqu'il suffit selon M. Claude qu'ini homme soit capable d'un défaut pour le lui imputer , il faut dire que la médisance est le péché du monde le plus rare , et le plus difficile à commettre , j)uis(iu'on ne s'avise guère d'imputer aux gens des vices dont ils soient entièrement incapables.
La seconde renferme aussi une erreur si grossière qu'on ne comprend pas comment elle a pu tomber dans l'esprit d'im homme qui veut paraître instruit des vérités de la morale de Jésus-Christ.
Car comment M. Claude a-l-il pu croire que celle prudence de la chair, (|ui donne la mort à l'àme selon saint Paul, puisse être le principe d'une action aussi sainte et aussi importante qu'est la défense de la vérité; et comment a-t-il pu seulement penser qu'ini ouvrage si considérable par sa matière el par ses suites, et quia dû faire pendant un long temps la principale occupation d'un docteur, ait pu êlreeuirepris inuoceuuncnt par une politique de chair el de sang? Si ce sont là les principes des calvinistes, on lui apprend (pie ce ne sont pas ceux des Catholiques, et qu'ils considèrent ce qui paraît innocent à M. Claude comme horrible devant Dieu, qui veul que les choses saintes soient Iraiiëes sainleiuiut , et ne soient pas profanées par des intentions basses et charnelles.
Mais ce faux principe de la morale de M. Claude, ne lui donnait pas droit pour cela d'attribuer aux autres ces intentions. 11 sullil pour le condamner de témérité et d'injustice qu'il n'ait aucune preuve que l'on ait écrit par ces motifs. Autrement, s'il est permis d'imputer aux autres tout ce que l'on croit juste et innocent, les visionnaires seront eu droit de rendre tout le mon Je complice de leurs visions , et cha(pie sociélé croira qu'elle peut allribuer ses opinions à tomes les antres. Il s'est donc Irès-mal justifié (ht reproche qu'on lui a fait sur ce point, puisque ce n'est que par cîes erreurs aussi contraires a la raison qu'à la foi.
11 ne reste plus que le premier sens, (pii consiste en