ES DANS LES EGLISES D'ORIENT
non seulement entendre, mais lire une seule de ces attestations qu'il critiquait.
Ou croit devoir rendre témoignage à la vérité sur un fait important contenu dans ses lettres choisies, touchant un prêtre caldècn nommé Élic, auquel il fait dire tout ce qui lui plaît. Il suppose (lu'il écrit à un ecclésiastique, et il lui mande des nouvelles d'une chose à laquelle avait été présent celui qu'il en informe, lui qui n'y avait pas été. Je viens d'apprendre, dit-il , que messieurs Arnauld et Mcole ont assisté ce malin (le premier mai 1070) ci la messe qu^Élie, prêtre caldéen, a célébrée en sa langue dans réglise des Chartreux; mais peut être ne savent-ils pas que. quelques meS' sieurs de Churenton y ont aussi été présents, el qu'Us ont été curieux d'écouter les questions que vos bons amis onl proposées à ce prêtre caldéen. On demandera à toute per^oime raisonnable ce que signilie cet empressement d'écrire à un ami, qui savait mieux ce qui s'était passé que M. Simon. Voici le lait où j'étais présent : Feu M. de Gondrin, archevêque de Sens, eut curiosité d'assister à la messe de ce prêtre caldéen; et afin d'éviter l'indécence (|ui est presque inséparable de la foule dans un spectacle nouveau, on choisit, non pas l'église (les Chartreux, mais le chapitre, où il y a un autel. Outre M. l'archevêque de Sens et un de ses grands-vicaires qu'il amena , M. Arnauld et M. Nicole, il n'y eut d'étrangers que .M. Dirois, docteur de Sorbonne, cet ecclésiastique auquel il écrit, et moi. Je suis très-sùr qu'il n'y eut pas un seul homme de Charenton, et qu'on ne fit aucunes questions à Élie, sinon qu'on lui demanda s'il coimaissait Joseph, métropolitain de DiarbéLir , et les prêtres qui avaient signe une attestation reçue depuis peu par M. Jannon, à qui M. Picquet l'avait envoyée, et Élie assura qu'il les connaissait, et que ce qui était contenu dans l'attestation était la créance de son église.
C'est quelque chose de singulier que de représenter ces messieurs de Charenton comme des honnnes terribles, qui étaie:it capables de découvrir (ju^on faisait des questions captieuses à ce prêtre, et (ju'il ne répondait pas conformément â la créance des catholiques. Mais on a demandé à M. Simon de son vivant, sans qu'il ait jamais pu y répondre, qui étaient donc ces gens de Charenton? Ce n'était pas le ministre Claude. M. Simon n'aurait pas osé nommer M. Juslel et M. de Fremont d'Ablancourt, auxquels il faisait part de semblables histoires et de ses crili(iues contre les attestations du Levant ; n)ais qui en faisait si peu de cas, que le ministre Claude, auquel on les coin muniqiiait, ne s'en est jamais servi. Ces questions sur lesquelles M. Simon ne s'explique point, el (|ui ne furent jamais , se trouvent dans la même lettre où il conte un autre roman.
// y a, poursuit-il, quelques jours quil vint dire :a messe dans une de nos chapelles. Il me témoigna que celle messe lui rapportait au moins dix écus, que pluiieurs personnes curieuses de voir les cérémonies de ta Liturgie caldéenne lui avaient fournis; son diacre étant tombe malade, il me pria d'en remplir la ).luce,ceuae
PERPÉTUITÉ DE LA FOI SUR LES SACREMENTS
je fis volontiers. Dans tout ce récit, il n'y a pas un mol de vrai. Élie n'a jamais célébré la messe qu'une fois à rOraloire, cl ce jour-là il élail accompagné de Joseph Lazare , qui n'élail pas son diacre , mais un Syrien d'Alcp, que tout le monde a coimu ici, qui se trouva à Paris en même temps, et qui lui répondait la messe ordinairement. M. Simon n'a jamais vu Elle que celte fois-là, et il ne fit pas les fonctions de diacre à une messe syriaque , lui qui, comme savent ceux qui l'ont connu , ne les aurait pu faire à une laline, ne sachant pas chanter en latin, encore moins en syriaque, qu'il ne savait pas prononcer, comme il le prouve lui-même dans sa lettre. Car dans les découvertes qu'il prétend avoir faites sur le Missel d'Élie, et qui lui furent communiquées par un ami, de la manière dont il écrit le mot qui en syriaque se donne aux saints et à d'autres, qui est mor ou mar, et qu'il écrit nwri, on voit bien qu'il ne savait pas la prononciation ; et je puis alTirmer avec certitude qu'il ne la savait pas; même qu'il n'avait alors jamais vu ce Missel ncstorien, sur lequel il conie de si belles histoires.
Élie ne savait ni lalin ni français , mais seulement le franc, que M. Simon ne parlait guère plus (juc le syriaque; ainsi on psut juger s'il pouvait traiter avec lui des matières théologiques, telles que sont celles dont il le fait parler, et sur lesquelles Élie élail parfaitement ignorant. J'en puis rendre témoignage avec plus de sûreté , puisque pendant plus d'une année ce prêtre élail tous les jours chex moi.
n est vrai qu'il célébrait la messe avec le Missel maronite imprimé à Rome , cl qu'il ajoutait de sa tête des cérémonies particulières , comme colle de l'élévation de riiostie après les paroles de Jésus-Christ, qui n'est pas prescrite dans le Missel maronile. Mais la réprimande que lui en fit M. Simon est de son invention, aussi bien que le raisonnemcnl tliéologique dont Élie n'élail pas capable ; ce|)endant il lire en plusieurs endroits des conséquences de ces entretiens imaginaires avec Élie, et on peut juger après cela quelle autorité elles peuvent avoir. De plus, quand ce prêtre en aurait eu quelqu'une, il ne servait de rien de le cilcr sur ce qui regardait les auteurs de la Perpéitiilé, qui n'onl jamais fait usage de son témoignage, non plus que de ceux qu'il aurait été facile de tirer des prêlres levantins, qui en ce temps-là ou depuis ont passée à Paris, et qui n'en savaient guère plus qu'Élie.
M. Simon avait une afTectalion singulière de vouloir dire des choses rares , souvent sans preuve , et sans examiner ce qu'il écrivait. Il avail ouï dire à quelqu'un ce qui était arrivé à M. Lcmoinc, à l'occasion du maimscht des Évangiles en cophle qui esl à la Biblioll'.èque-du-Roi; cela suffisait pour lui donner matière d'une lettre, après avoir jcié les yeux sur la livre. Jésus-Christ y esl représenté debout près d'un autel, où sont des particules sacrées comme nos hosties, marquées d'une croix ; ci il distribue le calice aus apôtres qui sont profondément uiclnés; ci eouime
la peinture esl fort grossière, on reconnaît aisément que le peintre a voulu les mettre à genoux; au moins c'est une inclination si profonde et si contrainte qu'on ne peut dire qu'ils soient debout. Cependant M. Simon en parle ainsi : Ils le reçoivent debout , étant seulement inclinés à la manière des personnes qui adorent. Voilà quelle était son exactitude. Il a bien dit que le livre avail été écrit par Michel, archevêque, ou, pour parler plus conformément à l'original, métropolitain de Daniieite, parce que cela élait marqué dans la première page , où on a mis en latin le titre de la plupart des livres orientaux, et c'est là où il en demeure. Si quelque protestant veut tirer de la différence de co qu'il en dit et de ce qui en a été manpié dans le lome précédent (ci dessus, 1" partie de ce lome), un argument pour rendre douteuse la citation iifTérenlc que nous avons faite du même manuscrit, il est bien aisé de s'en éclaircir en le voyant dans la Uiblio- Ihèque du-Roi , où je suis très-assuré que M. Simon ne l'avait vu que plusieurs années après. C'est pourquoi son dialogue avec M. Lemoine paraît fort suspect; car ce minisire partit pour la Hollande peu de jours après qu'il fut allé à la Bibliolhèque-du- Roi , (;ù je le conduisis , en ayant élé chargé par feu M. le duc Montausier. Ce lut M. Lemoine qui s'informa de ce manuscrit que personne n'avait examiné. Les titres ne sont pas en arabe ; mais à chaque miniature, et elles ne passent pas l'Évangile de S. Matthieu, il y a quelques mois arabes qui les expliquent. Sur celle dont il est question , on lit ces paroles : JSolre-Seigneur Jésus-Christ , lorsqu'il donne à ses disciples te pain et le vin, après les avoir faits son corps et son sang. Ce fut ces mois qui embarrassèrent M. Lemoine, et véritablement il ne les put lire; mais feu M. de Lacroix, interprète du roi , qui élait présent, fui le jugtt de la lecture et de rinlerprclation que j'en lis. Tout ce qu'en sut M. Simon , ce fut par moi , qui le lui contai peu de jours après , cl c'est ce qu'il y a de vrai.
Pour juger décisivemenldu travail d'aulrui sur ces matières, il fallait connaître les auteurs, et il ne les connaissait pas. A quoi bon faire une lettre i>our corriger en deux ou trois endroits la traduction des rites de Sévère, sur ce que d'autres lui avaient appris, aussi bien que la fausseté du litre qui est découverte par les manuscrits? il y en a un bien plus grand nombre qu'il n'a pas connues, et qui sont beaucoup plus importantes, de même que dans la traduction de llebedjésu; et s'il les avait sues, ses lettres auraient élé beaucoup plus longues. H n'a jamais rien traduit de ces langues; il a cité quelquefois des traductions forl défectueuses sans les corriger ; la traduction d'un livre aussi aisé que le traité de Gabriel de Piiiladclphie n'est pas un litre suffisant de la capacité d'un traducteur dans la langue grecque; et n'ayant traduit qu'un passage de Syrigus, il y a fait une faute considérable. Enfin avec tant d'analyses et de critiques qu'il a faites des (nivrages de Mélèie d'Alexandrie, de Gabriel de Philadolpliio, de ?.?argunius, dcCorcssius, de Grégoire
«i5 LIV. IX. DES CANONS CONbERYES DANS LES ÉGLISES D'ORIENT.
protosyncelle et de quelques autres , ce que nous avons marqué dans le volume précédent (ci-dessus , 1" partie) fait assez voir qu'il ne connaissait pas ces auteurs. Le synode de Jéru-salem sous Dosilhée ne lui paraissait pas une pièce d'une assez grande autorité, parce qu'elle attaquait directement M. Claude, qui y était nomme avec sa qualité de ministre de Cliarenton ; raison pitoyable, puisqu'on ne pouvait pas savoir les sentimcnis des Grecs sans les informer de ce que les calvinistes publiaient au contraire , et qu'on avait envoyé des extraits du livre de ce ministre, qui furent vi!s par les plus habiles Grecs , et entre autres par Neclarius , patriarche de Jérubalcin, qui en di.nna son jugement dans sa lettre aux religieux du Monl-Sinai. Cependant d;ins le temps même que M. Simon composait et [lubliait ces leitrcs, antidatées de vingt ou trente ans, pour leur donner pins de créance, car il est aisé de reconnaître que toutes les dates en sont fausses, Dosilhée lui-même l'avait réfuté en faisont inij rimer le synode de Jérusalem avec des additions considérables.
On peut sans mériter aucun reproche ignorer certains livres rares comme cdui-là, et ijuclques autres des Grecs ; mais quand on insulta avec hauteur d'habiles théologiens, parce qu'ils n'ont pas connu un livre, et qu'on en a ignoré plusieurs très-importants et décisifs, comme ceux qui sont cités dans cet ouvrage, on ne mérite aucune excuse. Sur ce que les auteurs de la Perpéiidté avaient parlé des exemplaires imprimés de la Confession orthodoxe connue éumt fort rares , et qu'on n'en avait reçu que deux de Conslanlinople, dont l'un était dans la bibliothèque de feu M. le premier président de Lamoignon, il dit qu'il ne fallait pas tant de discours pour un livre imprimé en Hollande, d'où il était aisé de le faire venir. On sait cependant qu'il n'y en était resté aucun exemplaire, tous ayant été envoyés à Panaiotli , et il n'y en a pas trois ou quatre à Paris. De plus ce savant bibliothécaire ignorait l'édition grecque et latine de Leipsick , et s'il l'avait vue, il aurait eu quelque confusion de voir que l'interprète luthérien parle mieux que lui touchant les attestations des Levantins et le synode de Jérusalem. On dira peut-être que ces lettres et dissertations étaient faites longtemps auparavant ; mais celte défaite ne peut venir dans l'esprit à ceux qui les auront lues attentivement ; car ils reconnaîtront aisément qu'elles ne sont pas plus anciennes que les dates de l'impression. Enlin si elle pouvait avoir lieu à l'égard de qneli|ues letires , elle ne l'aurait pas pour la réponse qu'il a faite à ce que M. Arnauld avail écrit pour répondre à ses objections, auxquelles il n'a répondu que longtemps ap.rès la mort de srn adversaire , sans se rétracter de plusieurs laits qu'il avait avancés sans preuves, et sur lesquels il n'avait pu disconvenir qu'il s'élaii, trompé , comme on le peut prouver par quelques-unes de ses lettres.
Par exemple, il a extrêmement fait .valoir les attestations qu'avait promises le P. Nau, et qui devaient ètro beaucoup meilleures que celles qui avaient été
produites dans la Perpétuité. On a fait voir ailleurs (ci-dessus, 1" | artie de ce tome) que quand on aurait d'autres attestations , elles ne pouvaient être ni plus vraies, ni plus authentiques que les pren>iéres ; cl un de ses amis lui ayant écrit sur ce sujet eut pour toute réponse qu'une personne qu'il nommait lui avait dit ce fait, dont il n'avait pas d'autres preuves. Ainsi il jugeait du mérite de ces nouvelles attestations sur le témoignage d'un honnne qui n'éiait pas capable d'en juger, et sans les avoir vues. Quand il les aurait eues entre les mains, il n'aurait pas été plus en état de former un jugement sérieux , puisqu'il ne savait ni l'arabe ni l'arménien. Depuis l'impression du quatrième volume de la Perpétuité ces attestations se sont trouvées, et il y en a quatre, trois en arabe et une en arménien. Elles sont fort courtes, et fort inférieures à celles qui ont été envoyées par .M. de Noin» tel; aucune n'est légalisée ni par les consuls ni par aucune autre personne publique, et par ce seul défaut elles ne sont pas comparables aux premières , ni aulhenliques.
Si cet auteur est si peu sur dans ce qui regarde les Orientaux, il ne l'est pas toujours sur ce qui a rapport aux Grecs , auxipiels il attribue souvent des opinions dont ils sont fort éloignés. Car ce qu'il a avancé conmie fondé sur le témoignage de Jérémie touchant une partie des sacrements comme institués par l'Église, est contraire à ce qu'enseigne ce patriarche, comme nous l'avons ù\\l voir. La manière dont il explique leur doctrine louchant les paroliis de Jésns-Christ pour la consécration n'est point exacte , et même dans ce qu'il a fait de meilleur, qui est le petit traité français sur la transsubstantiation contre iM. Smith, il a souvent manqué d'exactitude, quoiqu'il eût eu les mêmes livres que ceux dont je ii'.e suis servi , et dont il y a divers extiails dans la Perpétuité.
Sans examiner tout ce détail, qui n'a d'autie motif que l'obligation de rendre témoignage à la vérité , et dans lequel nous ne sommes entrés qu'avec ré|!Ugnance, il y avait assez de présomptions peu favorables pour M. Simon , à cause du grand nombre de faits faux qu'il a avancés. Or ou peut faire état que ceux qui regardent les églises orientales ne méritent pour la plupart aucune créance , et il esc de l'inlérêl public de n'y être pas trompé.
Nous sommes enfin parvenus à la conclusion de cet ouvrage, et il ne nous reste plus rien i\ souhaiter, sinon que ceux qui le liront le fassent dans le mcnie esprit avec lequel il a été composé; c'est à-dire en chrchant la vérité, sans l'obscurcir par des subtilités et par des chicanes, mais examinant les faiis avec attention et sans prévention. Outre les preuves considérables qui ont été données dans les trois premiers volumes de la Perpétuité toucliant la créance des Grecs et des autres chrétiens orientaux sur la présence réelle du corps et du sang de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, nous en avons rapporté un grand nombre de nouvelles dans le quairtème volume. No;\s y avons
iai5 PLRPÉTLITÉ DE L\ FOI
éclairci divers poiiils de discipline sur l'Eucharislie, qui n'avaient pas élé asscï expliqués , cl sur lesquels le niini>lre Claude avait demandé, avec peu de raison , qu'on lui prouvai le contraire de ce qu'il avançait sans preuves, louclianl le peu de respect que les Orientaux avaient pour 1er. espèces consacrées, eî d'autres choses de détail, qui ne se trouvent pas souvent marquées dans les livres , et sur lesquelles or» avait alors très-peu de lumières. Cependant nous croyons avoir donné des preuves du contraire de ce (pril aKinuail avec une hardiesse étonnante , et elles sont d'une telle précision , (pie nous avons raison de douter qu'on les puisse détruire. M. Claude ne pouvant répondre à des témoignages aussi clairs et aussi positifs que ceux des synodes contre Cyrille Lucar, de Syrigus, de la Conlession orthodoxe , de Grégoire proiosyncelle, et de quelques autres tiiéologiens grecs, les avait tous rejetés comme Grecs latinisés, et il s'était servi de cette pitoyable délaite pour les rendre suspects. C'est aux admirateurs et aux disciples de ce ministre à répondre aux preuves hiconleslables que les Grecs ont fournies eux-mêmes pour détruire les faussetés qu'il avait avancées contre l'autorité de ces témoins, dont il ne connaissait ni les personnes ni les ouvrages. Si les auteurs qui ont été cités dans ce volume et les précédents sont de véritables Grecs, el si l'autorité des actes qui ont été produits est incontestable, la question est terminée. Or les Grecs en soal eux-mêmes témoins, et si Syrigus, ^Y>clariu» et Dositliée sont latinisés , on peut dire qu'il n'y a plus au monde de véritables Grecs. li ne faut pas sur cela de raisonnements ni de subtilités, puisque les personnes les plus simples sont capables de comprendre des preuves de faits aussi sensibles.
H en est de même de la matière traitée dans ce volume. On est convenu dès le connnencemcnt de la dispute touchant la perpéluilé de la foi de l'Eucharistie, que ce qui était cru et prati(iué dans toutes les églises du monde ne pouvait élre regardé comme erreur , ou comme abus de rÉglise romaine. Si donc les Grecs , les Syriens, les Cophtes, les Arméniens, les Éthiopiens, de qucbiue secle qu'ils soient , reconnaissent sept sacrcmenls ; s'ils établissent citle ci éance sur les passages de la sainte Écriture dont les catholiques se servent pour les prouver; s'ils sont persuadés que les céi émonies enq>loyées pour ces sacrements produisent une grâce spirituelle ; que toute leur discipline s'accorde avec leur créance , el (pi'clle ne soit pas différente en ce qu'il y a d'essentiel do celle de l'Église roiiKiinc , on ne peut nier (pie les Orientaux et les Occidentaux ne soient d'accord sur la doeliine des sacrements , aussi bien que sur tous les autres points qui viennent de tradition apostolicpie. C'est ce que nous avons prouvé, non pas |)ar des lémoignages ramassés dans les livres modernes, mais par les. Rituels, pir l2s auteurs wigiiiaux, el par le consentement uniforme (les Grecs et des Orientaux; au lieu que les prolestanls n'en ont pu jamais citer i\n seul connu ou approuvé diius l'éKliie grecque au' ait carié comme
SLU LES SACilEMENTS.
litO
Cyrille.
Ce (pii est fort surprenant , est que les protestants cilcnl sérieusement ces mêmes aulcirs pour coibaltre la primauté du pape et la doctrine du purgatoire; ils ont imprimé les Ir lilés de Nil , de Barlaam , de Coressius, de Maximus Margunius , et ils ont traduit le livre de Nectarius. Pourquoi donc auront-ils de l'aiiloriié sur ces articles, et non pas sur les autres? Ils ne veulent pas .pi'on donne créance aux catholiques missionnaires ou voyageurs, dont les témoignages s'accordent avec celui des Orientaux et la discipline de toutes les églises d'Orient, el ils nous citent des Grecs vagabonds , un prétendu archevêque de Samos, enlin des lettres de M. Hasire et de M. Woodorff, qui suffisent pour convaincre de la fausseté de ce qu'elles contiennent. Quand on raisonne sur des preuves aussi faibles et sur des faits faux , on peut surprendre des ignorants , mais toutes les subtilités du monde ne détruisent pas des vérités de fait atleslées par le conseniemenl général de toutes les nalioiis, el par des actes revêtus de toutes les formalités établies par le droit public pour les rendre autlieniiques.
Nous avons assez prouvé dans le volume précédent (ei-dessus. Impartie de ce tome) l'au'.orilé qu'ont dans l'église grecque tous les auteurs cités dans celuici , pour n'avoir pas besoin d'en dunver de nouvelles preuves. Nous aurions pu , après celles qui ont été données de l'authenlicité des attestations venues du Levant durant le cours de la dispute avec le ministre Claude, citer toutes celles qui ont élé insérées dans les trois premiers volumes , et dans la Réponse générale. Mais comme chacun les y peut consulter , il n'a pas paru nécessaire d'en grossir celui-ci. En les exa minant , on reconnaîtra facilement que dans la matière des sacrements et des autres points contestés avec les protestanls, les patriarches , archevêques, évêques et prêtres qui ont donné ces témoignages publics de leur créance n'ont rien avancé qui ne fût conforme à la doctrine de leurs théologiens et à la discipline de leurs églises. Les livres orientaux que nous avons cités sont anciens et reçus dans chaque communion, sans qu'aucun ait passé par les mains des censeurs ou des missionnaires , el ils se trouvent dans les plus fameuses bibliothèques. Ceux qui étaient trop modernes , ou dans lesquels on a remarqué quelque vestige d'altération , n'ont pa". paru mériter qu'on en fil mention ; et nous ne craignons pas qu'on nous reproche d'avoir cilé des livres suspects ou sans autorité.
H n'a pas élé nécessaire de répondre aux objections (pie les protestants pourraient avoir tirées de ces mômes livre; : car ils n'eu ont jamais pu ciler aucun, ce qui est fort remarquable, puisiiu'il s'ensuit (lu'ils n'eu ont eu aucune connaissance, et en ce cas on ne peut excuser la témérité avec laquelle plusieurs se sonl vanlés d'avoir le conseniemenl de toutes les églises d'Orient ; ou qu'ils ont dissimulé ce <iui n'était pas avantageux à leur nouvelle doctrine, ce qui est
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TADLE DES MAllflRES.
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rentre la bonne foi. On peut juger qne puisque Ilotlinger s'est donné la peine de fiiire des exlrnils des ordinations syriaques publiées par le P. Morin , et de quelques autres oKites imprimés , pour y cherciier de quoi chicaner les callioliiiucs , il n'aurait pas manqué lie citer ce qu'il aurait trouvé ailleurs, qui eût élé lanl soit peu l'avorable aux opinions des prolestants. La fornndedes paroles de Jésus-Christ dans la Liiurgie éihiopienne est conçue en ces termes : Ce pain est mon corps ; il n'en a pas fallu davantage à Aubcrlin pour se vanter du consentement de tout l'univers. AI. de Saumaise ayant corrompu ou mal lu, et traduit encore plus niai une demi-ligne de l'invocition du Sainl-Esprit dans la Liturgie coplite , crut avoir renversé la transsubstantiation. Que ceux qui cherchent la vérité comparent le nombre des preuves tirées des livres grecs ou orientaux qui ont élé produites par les catholiques avec celles des protestants, il ne Sfia pas diflicile de reconnaître (jne ceux qui d ms loufe réglise grecque n'ont trouvé que trois ou quatre vagabonds, U!i patriarche de Constantinople , dont la Confession de foi a été solennellement condamnée et réfutée, et deux particuliers comme Corydale et Caryophylle , qui ont été excommuniés, ne méritent jias d'être écoutés. Puisiju'ils n'ont rien trouvé dans
les livres ni dans les offices des Orîenlanx qui puisse s'accorder avec ce que la réforme a introduit, c'est ime calomnie que de leur attribuer des opinions dont ils sont fort éloignés. Enfin quand il se Irouver.iit quelques passages obscurs, etqui pourraient être tournés à un sens contraire h ce qu'enseigne lÉglise catholique, la discipline de toutes les églises le détruit entièrement.
Nous espérons que ceux qui examineront sans prévention des preuves aussi convaincantes du consentement général de toutes les églises, sur les points qui ont divisé celle d'Occident, reconnaîtront la vérité de ce qne S. Augustin a dit avec tant de raison contre les donatistes au nom des catlioliques : Jesuisdmis lerorps de Jésus-Christ ; je suis dans l Église de Jésus-Christ. Si le corps de Jésus-Christ parle en toutes les langues , je suis dans toutes les langues: la grecque, la syriaque, l'hébraïque . et toutes les autres sont mes latigues , parce que je suis dans Cunité de toutes les nations {[).
(I) lu corpore Chrisli sum; in EcclesiàChristi sum : si corpus Chrisli omnium linguis jam loquilur, et ego in onuiibus lingnis smn. Mea est Graca, mea esiSyra, niea est Ilelmea, mea est omninm gentium, quia in nnitale sum omnium geutium. Aug. in ps. 5G et 147; in Jean, tract. 52.