Chapitre
Que la prétention de M . Claude, qu'il ne s'agit point
dans ce différend de la présence réelle , mais seulement de lu iransiubslantiat'ion , esl pleine d'illusion.
Il n'y aura sans doute personne qui ne soil étonné de celle étrange prétention <le M. (/lande, qu'il ne s'agit point dans ce différend de la p- é-ence réelle (1 ) : mais on le sera encore bcauronp dav,^nlage qu iid on saura le fondement qu'il prend de le réduire à la lranssubslanli:ilinn,à l'exclusion de la présence réelle. Car ce n'est pas qu'il puisse ni qu'il veuille désavouer (|u'on ail parlé de la présence rc lie dans le premier traité. Comment le pourrait- il faire , puisqu'il ne saurait nier qu'on n'y ail réduit 1» question dans tous les lieux marqués à la marge, c'est-à dire en Irenlc- Irois lieux.
M. Claiule avoue lui-mê'ne . p. \f)l : Que l'nntenr de la Perpétuité passant à étaler quelque raisonnement par lequel il prétend montrer que te mystère de l'Eucliaristie est connu distinctement de tous les fidèles , et qu'un cliangement insensible est une chose impossible, se restreint lui-même à la présence réelle; c"est-à dire qu'd avoue que ce traité n'etderine rien autre cho (• que la présence réelle dans la conclusion , qui est l'impossibililé du changement de créance, et que c'est la seide chose qu'il a prétendu [trouver.
Comment a-t-il donc pu i)rélciidre qu'il ne s'agissait pas de la présence réelle dans un livre qu'il reconnaîi être restreint à cette doctrine dans la couclusi(ui, à rétablissement de la(pielle tout le livre esl destiné? Il n'y a rien de plus admirable que la réponse que fait M. Claude sur ce point. C'est , dit il d'une pari(2;, que dans ma première cl ma seconde rcponse, je n'ai pailé que de la transsubslanlialion , que le second traité de la Perpétuité avait soutenu que toutes les secles schismaliques étaient d'accord avec rEgIi?e romaine dans la transsubslanlialion.
El enfin que l'auteur du premier traite avait produit son argumenl lonch:int lîs églises schismaliques Ibrmelleuieni à l'égard de la iniussubstanliaiion.
Je veux bien supposer présentement tout cela pour véritable , on en verra dans la suite la fausst té ; mais en le supiiosant vrai , le procédé de M. Claude n'en
(1) Premier traité, pagg. 5, 0, !7, 18, 19, 20 , 22, 2r>(f7 :). 2i, 26 ( bis ), 27 ( bis ), 28, .-52 ( Ih ), 7>7i ( l'is ), ôi, 51, .>., G9 ( l>i< ), 70, 71, 71 7b, SU, 01, Oô, i»:,.
(2) 5'i;ép.. ip. lao, 157.
llÉrO-NSE GÉNÉRALE AU NOUVEAU LIVRE DE M. CLAUDE.
sora pas plus raisniuiahle. Car cncoro (iiie rargiirncnt <i(! raiilfur lit! la Poriéliiilc cùl cnfcniié la Iraussui)slaiitialiDii ; c'est à-dire qu'il efti mis en fait que les sectes schisiwaliqiies la croyaient, il est certain qu'elle enfermait aussi la présence réelle , non seulement ))arcequcla présence réelle lait partielle la doctrine •le la transsiiiislantiaiion; mais aussi parce qu'on i'a formellement exprimée dans les (rente-trnis passages ci-dessus marqués. De sorte que l'auteur du premier lr.tilé réduisant sa conséquence de l'impossibililé du changement à la présence réelle, comme M. Claude le reconnaît expressénienl , et comme il est clair par les passages que nous avons marqués ci-dessus ; il est clair que, pour ét;il)lircet(e conséquence, il n'avait besoin que de montrer que la présence réelle avait é é crue par toutes les églises scliismatiqiies, et que s'il a prouvé de plus qu'elles croyaient aussi la transsubstantiation , ça été comme une vérité non néces- 6'.Tire à son argument.
Que pent-on donc s'imaginer de moins raisonnable <|ue ce que M. Claude nous veut persuader qu'il a fait ? L'auteur de la Perpéluitéavancc, selon lui-même, deux propositions : l'une que les églises scliismaliques se sont trouvées unies à l'Eglise rontaine dans la doctrine de la présence réelle ; l'autre qu'elles se sont trouvées unies dans la dociiiiiede la iranssubstanliaiion. La première de ces deux propositions est nécessaire à la preuve de cette unique conclusion qu'on en a tirée, qu'il ( si impossible que la doctrine de la ! résence réelle se soit introduite par changement , et elle suffit pour la tirer. La seconde n'y est point nécessaire, et sans qu'on l'y ajoute, la preuve subsiste dans toute sa force et dans toute sa clarté , piiisqiio cette conclusion n'en dépend point. C<;pendaiit iM. Claude nous veut faire croire et .s'efforce de nous prouver sérieusement qu'il n'a point parlé de la proposition nécessaire et essentielle à la preuve , et qui la renferme tout entière, et ipi'il s'est nni(!uemeni aliacbé à la proposition non nécessaire et accessoire. Il ne le prétend pas seulement , il querelle ceux qui ne lui onl pas imputé cette absurdité, et qui s(! ëonl imaginé que lorsipi'il a dit que les Grecs n'ont jamais cru la transsubstantiation, il a voulu dire (lu'ils n'ont rien cru de ce qu'enfernK! cette doctrine , et qu'ils ignorent et la présence réelle et la conversion substantielle, c'est-à-dire qu'il nous veut coiilraiudre, malgré que nous en ayons , à lui attribuer le plus étrange et le moins raisonnable procédé qui ait jan)ais été suivi par aucun théologien, qui est d'avoir prétendu réfuter un livre, de se vanter de l'avoir détruit, et de reconnaître en même temps qu'il n'a rien ré pondu sur aucun des points essentiels à la preuve de ce livre. N'est-ce pas dire nettement qu'il n a rien prouvé, et qu'il n'a rien dit de raisonnable dans «ouïe sa réponse, ce que nous lui accordons de bon cœur puisqu'il le veut?
H n'y aura sans doute personne de ceux qui liront ceci , qui ne soii surpris de celte conduite. Mais de peur qu'on n'en porte les coiit;équences plus loin (ju'il ne faudrait, et qu'on en fasse un trop mauvais jugetnent de l'esprit de M. Claude, il est juste de leur découvrir ici qu'il y a bien autant d'adresse que d'aveuglement dans ce procédé; et que quoique le parti qu'il a pris de se réduire à la transsubstantiation en aban- <lonnant la question de la présence réelle , qui est la question capitale et essentielle, paraisse opposé au liou sens et à la sincérité, il y a néamnoius été réduit par une nécessité bien effective. Voici quelle elle est.
Comme l'-ifTectation qu'il avait déjà fait paraître dès sa seconde réponse de parler plutôt de la transsubstantiation que de la présence réelle, donnait lien déjuger que c'était une adresse dont il se voidait servir pour éluder l'argument du premier traité, on s'est cru obligé de le réduire, dans le premier tome de la Perpétuité, aux termes de la question , et de lui marquer précisément qu'on ne ^'éiail engagé dans
le premier traité qi'à prouver que toutes les cmmiinioiis sebismatiiiues s'étaient iroi;vées dans la créance de la présence réelle : n'y ayant que cette seule supposition qui soit essentielle pour tirer l'miiquc conclusion que l'on y lire, qui est par l'aveu même de M. Claude : que le cliangement inventé par les ministres, est notoirement impossible à l'égard de la présence réelle; que l'on s'eîigageait de plus à montnr qu'elles étaient aussi unies dans la doctrine de la transsubstantiation, pourvu (]ue M. Claude se souvînt qu'on n était obligé , pour soutenir le traité de la Perpétuité , que de prouver le premier point , qui est que toutes ces sectes S( hismaliques croient /a présence réelle , et qu'on n'y ajoutait lu transsubstantiation que comme une preuve surabondante.
Après avoir fait celte distinction dès le cnnmiencementdecet ouvrage, on l'a lonjoms observée dans la suite : l'on a eu pour (in principale d'établir que toutes les sociétés orientales croient la présence réelle , et pour fin accessoire, de montrer qu'elles croient la transsubstantiation. L'une et l'autre conclusion est très-véritable et très bien prouvée, si l'on considère tontes les preuves ensemble. Mais il est vrai néanmoins que l'on emploie dans ce livre un très-grartd nombre d'argumenls, qui ont plus de force et d'évidence étant appliqués à la présence réelle qu'à la traussubslanliaiiou, et principalement ceux p ir les- (juels on montre qu'il est impossible que l'église grecque et l'Eglise latine, ayant élé mêlées durant [flusieurs siècles au point ou l'on fait voir qu'elles l'ont élé, aient pu ou ignorer les senliments de l'une cl de l'autre sur l'Eucharislie, ou loléier la diversité de ces senlimenls, cl ne se les reprocher jamais l'une à l'autre.
Cet argument est . comme j'ai déjà dit, très-fort à l'égard de la transsubslanlialiou, cl il en persuadera toujours toutes les personnes non préoccupées. Mais il est vrai néanmoins (|H'il a encore une évidence pariicidière à l'égard de la présence réelle ; parce que c'est ccit(i doclrine (jui fait que ceux qui la croient sont obligés de regarder les autres comme des ingrats envers Jé>us-Clirisl, et qui porte ceux qui ne la croient pas à traiter ceux qui la croient d'idolâlres et de superstitieux , et à les accuser de détruire et !a nature de Jésus-Clirist , et le mystère de son ascension , au lieu ([u'eii considérant les clioses superficii;llemeni seulement , il serait plus facile de s'imaginer une tolérance mutuelle entre des églises qui, croyanl égaleu'.enl la piésence réelle , ne seraient difTérentes qu'en ce que les unes croiraient que Jésus-Christ serait présent dans le pain, elles autres sans le pain.
C'est ce (jui a porté à appliquer presque toujours ces sortes u'arguments à la présence réelle, afin de ne laisser aucun lieu aux répliques; et \\m croyait par là avoir mis la question en étal de ne pouvoir être brmiiiléc.
H n'y avait rien de plus juste que ce procédé. Car qui pourrait trouver mauvais qu'un auteur ayant entrepris de vérifier deux points, l'un essentiel et capilal, et l'atilie seulement accessoire à sa preuve, aj)pli(iuât la plupart de ses arguments au point cssenliel, quoiipi'il ne laissât pas dans les occahious de prouver aus^i le point accessoire? Mais plus il élaii juste et légitime, plus il rompait les mesures de M. Claude: l'évidence de ces arguments appli<iués à la piésence réelle l'incoinmodail. Ilavait besoin, pour se défendre , de quantité de discours eu l'air que le sens commun ix; lui pouvait permellre d'appliquer à celle doclriiio. Il voulait dire (I) que pour bien reconnaître la diljérence de l'opinion des Grecs et de celle des Latins, il ne fiut pus les examiner légèrenieiU ni superfiiiellement, qu'il faul de l'application et de l'élude, (ju'il faul lire les livres laiins , les comparer
(l)ra^<- ^IT.