LIVRE SECOND
îiniciili: la maxime fiii'il a piséo dans son cliapilro .sur Tliéophilaclo : Que la foi dcx fidèles ne sépare peint 1(1 lu-i (K dit corps de Jésus-Clirist de son corps vicnie, ni son corps de sa vertu; et qu'il vc leur est jamais venu dans l'esprit que le corps de Jésus-Clirisl fïU dans le ciel, et que nous n'eussions dans l'Eucharistie que sa force et sa venu ; an lieu qu'ils croient que nous n'avons celle force et cette vertu que parce qu'il est réellement et véritablement présent duns nos nuistrres. Supposons «|ne les doiilanls de Mcolasdc Mcilioiie aient tnisonnô sur les principes de M. Ani:iuld, leur argnmcnl n'aura rien qui ne soil naturel cl raisonnalilo. Car si la venu du corps de Jésns-Chrisl n'esl dans î'Kuoliarisiie que parce que son corj)s nicine y csl icellenicjil el vériiabienicul présent, il s'enstiil l'orl nalurellenienl qu'il y doit paraître de la chair, la verlu n'y pouvant cire (pi'acc( nipagnée de celle cliair, selon iM. Ariiauld et ses fidèles. Ce raisonnement sera loul fondé siw deux propositions : l'une, (pie parloiit où le C(ir|)s de Jésus-Christ est sidj4anliellemcnt présent, il y doit parailre de 1 1 cliair ; c'est une suile de la nature : l'antre, que la verlu de ce corps n'est dans l'Kucliarislie que paice que le corps ménicycst suitslanliellenienl , c'est la loi de lAI. Arnauld. Si ce raisoinioment est pluisivit el ridicule, il ne le peut être à cause de la prcMuière proposition ; car, comme j'ai dit, elle est de la nature, et il faut jxiur le nsoins un miracle ponr rempèclier. Il le sera donc à cause de la second<>, cesl-à-dire à cause de la foi de M. Arnauld. N'est-ce pas une chose assez surprenante (pie dè'S que .M. Arnaidd a sauté d'un cha.tilre à un autre, il n<! se comiaisse plus soi-même, et qn'd se traite de plaisant et de ridicule? J'avoue qu'il peut nrriviM- «luelquel'ois à un homme, d'ailleurs hahile, de lond)er en coulradieiioii, car il y a peu de personnes (pii ne soient sujettes à des éhlouisscmeiits; mais i! est assez raie (pi'iin hoinnie se coud)atte soi-même et so prenne à partie, parce que (.nmd on travaille sur un siijei avec applicaliou, les idées reviennent el l'alicntion fouiiiil ce (pii ne paraissait pas d'ahoid. Mais (lu'iiii iioimne d'esprit, comme M. Aruaulil, se coniredise, se coinhalte soi inèine, et se iraiie de plaisant et de ridicule dans un môme ouvrage, à trois chapitres de dislance, c'e^t, à mon avis, quelque chose île fort siiigulier. >
RcpUque.
Il semlile que M. Claude ait voulu servir d'exemple de la maxime (pi'il avance ici, qu'il y a peu de personnes qui ne soient sujeltes à des ébloiiissemcnts. Car certaini.'menl il est dillicile d en niiconlrer nu plus complet que celui (pi'il fait paraître en ce lieu ; »'l il y a sujet de s'élonnor que si la niéme clialeur d'imagination (pii ly a engagé l'a empêché de \e recouiiaiire, ceux ipii' ont approuvé son livre, qui ont dû le lire avec moins d'émotion, ne se soient pas aperçus de l'alisiinlilé du discours (pi'il fait ici, ou n'aient pis pris la peine de l'en avertir, et (pi'ils nous aient obligés par là de la découvrir à tout le imuidc d'une manière qui lui sera sans doute moin, agié aide, parce (pie, (ptelque tenipérameut que I'oj y apporte ponr cpargucr sa délicatesse, il csl impossible (in'il lie parai se (pie sou égarement a q-uelque chose de fort evlraordinaire. Niuci la preuve.
Ou s'est servi du douie rapponé par Nicolas, évoque de Méthone, potir éclaircir la véritable créance des Grecs, parce qu'il est certain que ce doute est proposé contre (rite créance. Ainsi, en supposant que tes gens ([ui doutaient eniendai'.-nl la do. trine ipii causait leur donic, on a dit (pie Ton se pouvait lormer trois idées de celte U*,cUino qu'ils ont préiendu combatlre.
L'une, que le pain était véritablement changea au forps de Jé^lls•( hrist, en sorte (praprcs la Cvinsécralion c'était de véritable chair.
L'autre, (ju'il n'était change qu'en la vertu de sa chair, c'e t à dire cu une vertu séparée du ciups de Jé.^u. Cliri&l.
La troisième, qu'il était cî;angé en la figure de sa chair. On suppose donc que le doute de C(îs gens ctaitopposé à l'un de ces trois dogmes; et celaclani, on examine ainpiel c'était.
Or, dans cet examen on a uniquement pour but de montrer qu'ils ne le proposaient ni contre le second ni contre le dernier, c'est-à-dire qu'ils ne le proposaient ni contre la vertu séparée, ni contre la ligure, afin de conclure qu'ils le proposaient contre le preniierde ces dogmes qui cnlérnie la réalité et la iraiissubslanlialioii.
On fait voir que ce n'est point contre la vertu séparée par l'extra vag;ince sens ble du raisonnement qu'il leur faudrait atlribiier, qui se réduirait, dit on, à cet argument :si le pain conlenaii la verlu du corps de Jésus(>hnst, on y venait de la chair : or, on n'y voit point de chair; donc il n'en conlienl point la V(!rlu. On appelle ce raisonnement plaisant el ridicule, et il y a peu de |icrsoniics i\\i\ n'en lassent ce jugement, jusqu'à M. Claude même.
Mais il n'est néanmoins ridicule que pnunlonx raisons. La première, parce qu'il est absurde d'impulir à des gens (pii non seulemenl n'auraieiil pas cru 1.» présence réelle, mais qui auraient même f.iit difliciilté de croire la vertu séparée de ce corps, de s'êlre servis de ce principe chiniéi i(pie, que parlo.it où est ta verlu du corps de Jésus-CItr si, son corps el sa cliair y sont el y doivent paruitre. Car il n'y a nulle liaison naturelle el philosophique de celte verlu au corps do Jésns-Chrlsl, et l'exemple de tous les au In-s sacrements nous fait voir (pi "elh^ en peut actucllemcnl être séparée. Ainsi il ne s'ensuit niillemenl (pie si (picbpie matière contenait celle vertu, elle dùl aussi contenir le corps de Jésiis-Clirist, ni de ce qu'elle ne contient [las le corps de Jésus-Christ, qu'elle ne puisse en conici ir la verlu.
En second lieu, parce que l'hypotlièso conire laquelle on lait projioscr cet argument aurait clé qno toute l'Eglise croyait que ce pain contînt la veitii du corps de Jésus-Christ séparée de son corp . Or, il serait fort ridicule de combattre celle hypothèse eu se fiuniaiil uniquement sur un principe i|ni eût éié contraire au sentinieni de toute l'Eglise, et en supposant sans preuve (puî l'on ne peut séjiarcr dans lliiu hari lie, ni la vertu du corps de Jésus Christ, ni ce corps de sa verlu.
Mais si Ion changea l ces deux liypotlièses, rt qu'an lieu d'oiqioser cet ai-;;ument ou ceit(î raison de douter à des gens qui n'eussent cru, selon M. Claude, ni la transsiibsianlialion ni la vertu jointe au pain, on l'eu, proposé à des gens (jui auraient cru la présence réelle, et qui auraient éié persuadés, non par la raison, mais par l'Ecriture, que la verlu du corps de Jésus-Clirisl n'esl dans l'Eucharisiie que parce que son corps y est; alors ce même argument qui aurait élé extravagant au regard des prcmies, m le serait poinl au regard des derniers, c'esl-à-dire au regard de personnes qui auraie.t é é iicisuadces de la présence réelle; parce ipie eu parlant à des gens qui aur.iient cru celle inséparabiliié du corps et de la verlu daas ce mystère, on aurait eu droit de concluro el de la vertu au corps, eldu corps à la vertu : quoiqu'il soit vrai qu'on aurait pris naturellement un autre tour. Cl qu'au lieu de dire par un circuit iniit le : Si la verlu du corps de Jé^iis Christ était dans l'Eiicharist e, ou y verrait de la chair, parce (pie le corps y serait, sa vertu eu étant inséparable ; on aurait dit simplcmcni, comme fout aussi les doutants de Nicolas de .Méihiinc : Si le corps de Jcsus-Cliriil y était, on y verrait de la chair, sans parler de verlu.
Ainsi l'argument que l'on peut faire, selon les priîicii)i'S de raùteiir de la Ferpétuité, n'esl point f..iix en t.()i ; mais loul ce qu'on y pourrait trouver à redire, c'est qu'on s'y servir.iitd'nn moyen trop éloi-né.Ei par con éipieiit fi n'y a rien de ridicule eu tout ceci (pie 1 oliscmcissemcnl d'esprit qui a empêché M. Clando de comprendreque, selon deux dilTét entes hypothèses»,
nÉPONSE GIÎNÉUALE AU NOUVEAU EIVIIE lE M CLAUDI'. cxxit
sens, et que M . Aritmdd mêine, tout préoccupé qtCil ctt, ue sriurtiit lui en donner un autre. Car à quoi peuton rapporter celle comparaison du feu qui change le fer , de r esprit de Jésus-Christ sur N'.glise;
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lin mcnifi rai>onncmcnl pouvait cire i ridicule, nites à des gens qui ue en lé^lilé , que parloul oii est li verUi du corps de Jesus- Chrisl ,' il >J doit paraître de la chair , cl v(uis avauce- I .z iiiic pn>i«)siiion extravaganie. Dites en snppnsaiit (in'on la croie, cl en parlani à un linninie (pii sen il persuadé que le corps de Jésus-Clirisl el la vcrlu de C' corps sonl inséiiarablcmcnl joinlos dans TEucIialistie, que si cela était, il y devrait paraître de la r/i((ir,-' et vous formerez une diflicultc considéraitle. Les doutants de Nicolas de MéUione anraicnl dit li; preuiier, si la verlii sépaice avail clé l'objet de leur (joule ; el par censé jucnl on va peut supposer (iiie ç'ail élé roltjel do leur doute sans leur attribuer une iienséc lout-à-lail exlravaganle. M.Claude lire b; ?(•rond d'une ptoposilion très vcrilable de ranlcnr du livre de la !>erpéluilé : el là-des.sns il lui insiiilc de l'air du monde le plus lu:v el le i)liis aigre , comme s'il r.ivail surpris dans la plus é;rangc contradiction qui fût jamais , comme s'i/ s'était traité luiméwe de plaisant el de ridicule dans un wêwe ouvrage, à trois chapitres de distance. El celle i.cnsée lui plaîl lanl qu'il la répète deux fois en dix lignes , i)arco. (lUG c'est, à son avis, quelque chose de fvrl singulier.
CiuniT.E XII.
Examen d'un passage de .lérémte, patriarche de Cous-
lantinople, rapporté par M. Claude.
\\\' KEMAlîQlf:.
M. Claude n'.:ppuy;int les peiiies objections qu'il propose, page 4G1, sur le snjcit de la traduction de la confession de foi des Sarrasins , que sur sa seule autorité, l'on n'est pas obligé de lui répondre autrement qu'en lui disant cpiesa critiiiue est cnlicrcnKiit injuste, cl indigne même d'être léfulée.
Mais voici un au re emiroit qui mérite plus d'être examiné. Le palriaiclie Jérémie dil dans sa répojise aux tliéologieiis de WillendxMg. que les mystères sont vraiment le corps el le sang de Jésus-Christ, et qu'ils ne sont pas changés en notre corps, mais que nous sommes changés en eux, le plus fort l'empurlanl. Le fer , ajoule-t-il, tnis dans le feu devient feu lui-même, mais le ftii ue devient pas fer. De même donc que quand le fer est embrasé, nous ne voyons plus de fer, mais du feu seulement, le feu faisant évanouir toutes les propriétés du fer ; ainsi qiti pourrait voir V Eglise de Jésus Chrisl en tant qu'elle est unie à lui , et qu'elle participe à sa chair , i/ tie veirait autre chose que la chair même du Seigneur.
Et voici la manière dont M. Claude rapporte ce passage dans sa seconde Héponse, page 709, pour établir que le pain n'est pas changé réi Itement au corps do Jésus Christ, mais en une rerlu séparée de ce corps. Jérémie, dit-il, parlani de l'Eglise qui a reçu l'impression de Jésus-Christ, ne la compare-t-il pas à un fer que le feu a rendu tout n.ug? , et ne dit-il pas que si on la pouvait voir en cet élut, -jn ne verrait autre chose que la chair même du Seigneur.
Il csl vrai que l'on a accusé celle manière de rapporl'T ce passage, de falsilicalion, et je pense qu'il y aiila peu de personnes de ceux (pii liront ici le passage de Jérémie, el la cilalion qu'en l'ait M. Claude, (pu ne l'en accusenl aussi bien que nous; puisque pour établir cette piélendue vertu séparée, il se sert d'un passage qui nous marque expressément l'union de la chair le Jé.>us-Clirisl à nos corps, cl qu'il supprime celte {■l.mse essenlicll'. Cependant il enlre|)rond de s'en ji.'slilicr dans sa troisième Uéponse; et voici conune il sv prend. J'avais, dit-il, allégué ces dernières paroles dans ma Héponse à la Perpétuité, el j'avais dil que Jérémie parte de CEglise qui a reçu l'impression de l'esprit de Jésus-Christ. M. Ariiaidd m'accuse d'avoir falsifié ce passage. Mais celle accusation ne vient que de sa mauvaise humeur. Ce que j'ai rnjiporté des paroles de Jéré' mie se trouve dans l'original en propres termes : oxtôh û-j'/à fi aùri/jovov to /.vpixy.ov lierai cû,«a , « on ne Verrait rien que le seul corps même du Seigneur. > El quant à ce que j'ai dil, qu'il parle de l'Eglise qui a reçu l'impression de l'isprii de J. sus-Chris;, j.' soutiens que c'est son
qu'à l'impression de l
el cette union de l'Eglise à Jésus-Chrisl . qu'à son union mystique el spiiilnelle ? Il est vrai qu'il dil que c'est en tant qu'elle est |)ai licipanle de sa chair; mais cela ne change en aucune manière son sens. Car c'est de ta participation mystique de sa chair que vient l'impression de son esprit, et c'est l'im pression de l'esprit qui fait cet admirable chungement. Ces deux choses ont de la suballernalion muluetle entre elles ; mais elles n'ont jioinl de contrariété. Ainsi c'est mal à propos que M. ArnaulU m'impute d'avoir falsifié le passag- de Jérémie.
Pour juger si c'est mal a pioi)os, ou n«Mi, il n'y a qu'à l'.reiidrc droit sur une maxime que M. Claude établit dans la page suivante; Pendant, dit-il, qu'on dispute d'une chose, on ne doit jamais traduire un passage selon le sens d'une des parties que l'autre lui conteste. Il faut, pour agir sincèremeul, garder la signification propre et naturelle des termes, el laisser à chacun la liberté de. son jugement. Car dès qu'on traduit selon la prétention d'une des parties, ce ne sonl plus les paroles de cet auteur , mais c'est le préjugé de ictte partie, et par conséquent c'est une alléralion, quand même le préjugé de celte partie serait juste el véritable au fond.
Mais ce principe est encoïc plus vrai quand on re- Iranclic d'un passage des paroles des(|nel!es on sait que celui avec qui on dispute prétend lircr avantage, et encore |)lus si cet avantage est apparent, et si la signification lillcralede ces termes le i.i\o: ise. (iar qui souflViiail, par (.-xemple, que sous i)réicxle que les c.dvinisies prétendent (pic par les mois de vrai corps de Jésus-Christ il faut cnlendie une figure cflicace, ils nous substituassent leur ligure ellicace imiii-s les fois qu'on trouve dans les auteurs ecclésiasli(|:;es (pi • le pain consacré est le vrai corps de Jésus-Clirist ? Et que ne dJioieiK ils point eux-mêmes, si p.irce que les catholi(pies prétendenl qm; par le mot de (igiiie aliribué à rEucharislie les l'ères ont entendu le Saei-ement contenant lécllemcnt le corps de Jésns-(^lirist, on éclipsait, en rapporlaiit ces |)assages, ions ces mois de ligui-e, en ne parlant junais ipie du corps de .lésns- Chrisl? Voilà les principes, el je pi'ie iM. Claude d'en faire lui-même l'application.
11 y a un grand dilférend entre lui el nous. Il prétend que birsipie r(ui reçoit l'Eucbar i>lic, (>n ne i(?çoit que du pain avec une cerlaine impression du S. Esprit, sans que celle impression soil communiquée par la chair de Jésus Clirisl , réellement pr ésenle dî,us nos corps.
Nous prétendons au contr-airo, après les SS. Pères, que celle impression nous est comnmniquée par celle chair même immoi telle de Jésus-Chrisl, reçue réellement dans nos enliailles. On voit que ce passage de Jéréiuie et de Cabasilas est irès-favorable à cette prétention. Il dit que les mystères sont vraiment le corps de Jésus-Chrisl. 11 dil que ces mystères ne se changent pas en nous; ce (jui jnanpre (|u"ils ne sont plus du pain. Il ne parle point de l'union de l'Eglise avec le S. -Esprit , mais il parle de l'union de l'Eglii^ à l;i ch ir de J -C. Ainsi c'est sa chair qui lient lieu de feu. C'est celte cliair qui est repiésentée unie à nos corps, comme le feu l'est au 1er. C'est celle chair qui est représentée dans nos corjts comme les ch;ir)geant en SOI, non par la destrncliou de leur nature, mais en leur imprimant ses propriétés. Il est dilficiic de rnelire la présence réelle devant les yeux d'une manière plus vive. Cependant il p'aiiàM. Claude de nous soustraire toutes ces idées , de ne nous point dire que c'était la chair de Jésus-Christ (|ui lient lieu de feu dans celle comparaison , de dissitnnler (pie Jérémie considérait bîs lidèles unis à celle chair, cl aiiaciiail l'elTet dont il parlait à celle union. Il lui plaît de subsiiluer au lieu de tfuil cela l'unio:) spirituelle de iioli-o corps avec le S. -Esprit, pour nous donner l'idée de cette vertu séparée d.i corps de J.-C. (pii se corummiiqiie selon lui à nos corps, pendant que le cips de J.-C.