XX' REMARQUE
M. Claude après s'être justifié, en la manière que nous avons vu, du reprociie qu'on lui avait lait sur !e sujet de Jérémie, y en joint un autre peu importani en soi, mais (pie sa délicatcssi; ne lui a pas permis de passer sous silence. // n'en est pas de même, ditil (1), de cet autre passage que l<'orl'ésius a alU-qué, et sur lequel je me suis plaint de l'auteur de la Perpétuité. M. Arnauld a beau crier que ma plainte n'a pas le sens commun, on ne laissera pas de reconnairc qu'elle est insie el raisonnable. Kl moi je réponds à M.Claude que sans aller (tins loin , on va reconnaître tout à riicnrc (ju'il n'a l'esprit ni juste ni raisonnable. Prc niieremeiu, ces termes, ma plainte n'a pas le sens commun, qu'il marque en caractères italiques, ne sont point dans le livie de la Perpétuité en cette manière. On y trouvera seulement (pic sur ce qu'il avait deniaïuié , S! la sincérité et la vérité ne nous doivent pas être communes dans les disputes , on lui a demandé à son tour , si le sens commun n'est donc pas une qualité qui nous doive être commune dans les disputes , et si la rhétorique est un art qui oblige de renoncer à l'équité et à la raison ? Or celle rep.ui'ie, (q)posée h un rcpro(;lie formel de manquer de sincérité et de vérité, n'a rien d'odieux, et comme ce qu'on appelle dureté dans les expressions consiste principalement dans l'application qu'on en fait précisé. ncnt aux |)ersonnes, il esl facile de reconnaître (pie celle dont on s'est st-rvi a quelque chose de ini'ins dur que celle (pie M. Claude substitue.
C'est ainsi (pril en use ordinairement. Car comme l'une des inKîiitions (pi'il a eues dans son livre est de faire pitié en paraissant mal traité , il se sert souvent, I)our y réussir, de cet artifice de rapporter les reproches (lu'oii lui lait dans une fausse application qui les change enlioremcnl, et les lait paraître beaucon|» plus durs (|u'ils ne sont. Par exemple, parce que l'on dit dans un endniil (j^'en expli(|uant selon l'esprit d'Aulj(!rlin ou de M. Claude un doute sur l'Eucharisiie marqué ptr ihéiphyhn te, l'extravagance ne peut guère aller plus loin, el que c'est se moquer du monde que de faire raisonner les gens d'une manière si insensée , où '.'on voit que les mots d'exlravasance el de raisonncmei.t insensé sont appliqués aux raisonnements de ceux dont parle Tliéophyl,.clc , cxp!i(iués selon les
(!) 5-^ l'.ép ,p. iT-J.
principes d'Auberlin, el non S Aiiberlin même, ni h M. Claude direclemeni, M. Claude ne l.iis e pas do s'ei: plaindre, comme si on l'avait traité Inl-mcine avec Aiiberlin d'extravagant el d'insensé. Voilà, du il, le raisonnement de M. Arnauld enrichi de ses douceurs ordinaires, c'est-à-dire d'extravagance el de manière insensée, qu'il impute à l'esprit d'Aubcrttn el an mien.
Cependant si oa le juge par celte niglo, il faut qu'il avoue (pi'il a trailé parlonl celui contre (pii il écrit de l'ou, d'extravagant el d'insensé. Car il lui esl fort ordinaire de traiter les opniians desauteuis qu'on lui oppose selon lesensqu'ou y donne, de folles, d'extratagantes, d'insensées; et il ne faut que voir pour cela do (|urlle manière il parie d'une rép-tnse qu'il ailrihue à Nicolas do Métlione, selon le commentaire de M. Arnauld, c'est, dit- il, la plus folle de toutes les réponses, ri il faudrait que cet auteur eût eu le sens renversé pour répondre de cette manière.
Je fais cotte remartpie on passant pour prier senîemont les lecleurs lorsqu'ils voient (pie M. (llande se plaint qu'on l'a traité d'extravagant cl d'insensé, do consulter les endroit? du livre de la Perpétuité oi'i il renvoie, cl de ne le pas croiie sur sa parole. Car ils trouveront toujours ou i\\\() l'on no l'a pas l'ail, ou que si l'on a appliiiuc ces termes à queicpies uusd(î sos raisonni.menls, c'esl u\ox une justice si exacte, qu'il n'oserait lui-mcim! rapporter ces oniiroits, el qu'il est conirainl de détacher ces ternies, afin de les remire odieux
Mais ce (|u'il faiil paiticiilièronionl ( bs'rvor dans ce qu'il dit ici de Forhésiiis, c'esl l'adressi; dont il se sert pour se justifier de ce délaut do sens coinniun (pi'rn lui a reproché, car elle esl loiil-à-fiii rare it digiu; de l'espril de M. Claude. Il prétend qu'on a dit ipic sa plainte n'avait pas de sens commun ; il promet de faire voir qu'elle esl juste el raisonnable, et cependant il ne dit pas \\n seiiLmot de la chose où on a remarqué un défaut de sons commun.
Pour démchu- loui ceci, il n'y a (pi'à roprésenier que l'on a fait divers reproches à M. Claiiile sur le sujet de Eor! é>iiis. On lui a demandé, .à 1 "égard d'nn certain point, si le sens commun ne drvuil plus avoir de part dans nos disputes. On l'a accusé de violence et d'emportemonl sur nu autre, el on a s(ui;onu sinip!enieiit sur un antre que sa prétention était injus!e. Pour ne confoedro |ioint les choses, on a applitpié ciiacun do ces dillérents reproches au point sur 1.;qnel (m le faisait tomber ; et voici celui à l'égard duquel ou a remarqué, dans le discours de -M. Claude, lin défaut de sons commun.
On avait cité, dans la réponse au premier Ir.siléde M. <>!aude, un long passage de FoTbésius, cvcipie d'Edimbourg, (pii contient diverses ch iscs loiicliaiil les Grecs. Il y rap;iorte entre autres un passage de Jérémie, |iatri.irehe de Consiantinople, tiré de sa réponse au\ théologiens de Witlombeig, cl comme il n'avait pas pont-è re celle réponse en gri'C, il la ciié selon la Induction de Soc ilovins, laquelle -M. Claude prétend n'être pas assez exacte en cet endroit. Or, parce qu'en citant ce 1 .ng passage de Forhésins, ou ne s'est [las avisé de manpier ipie ce passagt; de Jérémie n'était pas exactement traduit, il prétend que l'on s'est en cela plus éloigné de la bonne foi (jue si on l'avait falsilié soi-même. Si lui même, c'est-à-dire railleur de la Perpétuité, eût fait, dit il (1), celle attéralion de son chef, je la pardonnerais au zèle de sa reli' qion, el à ta trop grande confiance qu'il a en son cardi^ liai du Perron ; mais de nous introduire un témoin qui, sous le nom d'tm proteslanl vivant et mourant dans notre communion, nous trompe et nous trahit si cruellementy c'est trop s'éloigner de la bonne foi. Voilà le raisonnement dans lequel on a d.l que le sens commun avait peu do iiarl. Et si M. Claude préteiulait faire voir que .sa plainte était juste el raisonnable, il devait justifier celte étrange maxime, que t'est plus s'éloigner de la
(1) -> iw\, p. iOS.
RÉPONSE GÉNÉRALE AU NOUYKAU LIVRE DE M. CLAUDE
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bonne foi de mppnrlcr des passages d'un proicslaiit où il y a (les Iradiirlioiis Irop lil)res, (jiie d'allcicr soiiiiènie ces passages; mais il a trouvé bon de ne nous rioii dire de celle pensée, aptes nous avoir promis do monircr qu'elle était juste cl raisonnable.
Il agit à peu près de même sur le sujet du second reproche (pi'on lui a fait, qui est de ne savoir point proportionner les expressions aux choses, et de (aire paraître un esprit eni; orlé qui ne se règle point par la raison. Parce que, quand il serait vrai ipiu Forbésius aurait suivi trop légèrement la traduction de Socolovius, et n'aurait jias consulté l'original grec, ce n'était pas là un sujet légitime pour accuser un homme savant d'avoir falsifié vilainement ce passage, et de trahir cruellement ceuxde sacommunion. Cai' M.Cl.nidc SLlron\é lui-même ces termes si bas, si odieux et si peu proportionnés à l'accusation quM formait contre cet évêque, qu'il n'a osé les rapporter, et qu'il se contenle de dire qu'il a eu droit d'en parler aussi fortement qu'il a fait, eu se donnant bien de garde de nous dire en quoi consiste celle force préteiulue.
Enlin, après avoir souionu sans raison qu'on était obligé de vérifier les citations de Forbésius (quoiqu^'il soit ridicule de s'imaginer (pi'il eût voulu fdsilier un passage toni exprès pour favoriser les catboliques). et que Forbésius était obligé de vérifier celle de Socoloviiis, ce (|ui no serait tout au plus i|u'une négligence Irès-coninnuie ((ui ne nérilerait nullement le nom de vilaine falsificalion et de cruelle trahison, il vicnl au fond , mais eu continuant toujours dans le même esprit. (]ar, d'une part, il suppose que c'est à l'égard du fond qu'où l'a aceusédedéf.iutdesenscouniiuii etd'euiporlenicnt, ce qui esl très-faux; cl, de l'aulre, il dissimule qn'< n a recoanu que la traduction de S<iC(dovinséiaii troj) libre, et qu'on a seulement prcLcmJii que si Us lermcsdecotle traducriivii iicrcpréseiilairnl pas cxaclLMiienl les parolejî g'rccques, elles en repré- &cnt.iie:it au moins le sens.
i^' il ne lui sert de ricu d'alléguer qu'il n'est pas permis de mettre ses propres préjugés dans la traduction des passages ; car cette maxime esl vraie lorsque la contestation e>t formée, et que l'on a lieu de prévoir que des pers «unes se pourront plaindre du sens au(piel on iléicrmine ces jiassagcs. Mais <»n n'est pas obligé de prévoir, en traduisant, toutes les plaintes injusie-i <iue des personnes déraisonnables pourraient faire à l'avenir, (/est proprement là le cas de Socolovius. Chir il ne lui est jamais venu dans l'esprii que l'on I ûl douter que Jérémie crûl la Iranssubslantialion. Los Ibé ilngiens de AVitlemberg, qu'il avait parliculiéremeni en vue, en demeuraient d'accord ; et ainsi comme il n'éiait mdlement obligé de duviuer (pie cent ans après il yaur.iii un ministre a.^scz peu raisonnable pour chicaner sur ce passage, il a eu toute bbcrlé de le Iraduinî ji.ir le sens.
Voilà ce (pie l'on.p(Mit dire à M. Claude sur le fond même, et il esl bon, de plus, de l'avertir en passant que si on le voul lit traiter avec la même rigueur avec laquelle il traite les autres, on aurait bien plus de droit de l'accuser d'une vilaine falsification qii'il n'en a d'accuser Soccdovius et F<nbcsius. Car comme on ne trouve pas lilléralemcni dans Jéiéniie les paroles dont Socolovius s'est servi p mr exprinu-r sou sens, qui sont : lllud ij)sum vcruin Cliristi corpus sub speciebus fcrmenlali punis conienluin ; ou y trouve aussi peu celles doiit M. Claude se sert , qui sont que le pain du corps du Seigneur qui esl adinlnisirépar les prêires n'est ni un lijpe ni un azyme, mais quH est un pain lové, et le corps même du Seigneur. 'ar il est très laux que Jérémie se soit servi du mot (le pamjevé;il y a è;^v//.5v simplement, et non pas i<u/*s5 «prc- ; Cl cet £v^u/*ov ne se rapporte point à «pTcs, qui esl masculin, mais au mot de cûya ipii est exprime, ou bien au mot de -ri ali(iuid soiis cnieiidu i-Ç<^ 'ov T<'. Jéieuiie ne dit donc point que le pain du '■"ips (In S-.gnnir d nu pain levé, il dil que c'est ^lucl-pie chose d^' love, o:i que c'est ip^wn coicu, Do-
mini fermentalum ; ce qui ne donne aucun lieu à M. Claude de conclure que c'est du pain, le mot de pain n'élanl ni exprimé ni sous enleiidu dans l'attribut. Ainsi la dilTét ence (pi'il y a entre Socolovius et lui, c'est que Socolovius quille la lettre pour traduire ^elou le sens véritable, sans avoir obligation de prévoir les plaintes de M. Claude ; et que M. Claude cpiitte la lettre aussi bien que Socolovius, pour insérer des mots d:His le texte de Jérémie conformes à ses faux préjugés, cl très-éloignés, dans le sens (pi'il y donne, de la pciiséi; de Jérémie , lors même qu'il sait qu'on lui conleste son sens. Cependant on est si peu porté à s'arrêter à ces pointilleries de grammaire, que, bien loin de lui reprocher celle traduction dont il prétend tirer avantage, on l'avait mê:ue employée après lui , mais dans un autre sens que lui, parce qu'en ellct, (piand Jérémie aurait appelé l'Kiicharislio un pain levé, il n'aurait fait aucun préjudice à la doctrine de la iranssubstanliatioii ; et qu'il est si naturel à des personnes <pii l\ croient d'applifpier le mol de pain à rEncharisiie, qu'on le fait quelquefois sans y penser, et (jue l'un s'en sert dans les traductions, lors même (ju'd n'est pas dans l'origin.d.
Cn.vPiTnE XIIL Que le reproche qne M. Claude fait d'une faute degrani' maire est Irés-mal fondé. On fait voir par deux exemples qu'en prétendant se jusli/ier des fautes qu'on lut reproche, il tombe en de nouvelles absurdités.
XXr REMVRQUE. — Purolcs de M. Claude.
i C'est encore en vain que M. Arnauld s'empresse h nionin-r (pie dans le sens de Cabasilas Jésus-Christ ne meurt pas réellement dans l'EucJiaiislie ; car ou ii'iJ jamais imputé à ce docteur une si étrange doctrine. On ne s'est point trompé aussi sur les participes cpayi; et (jparro/jiEvav, Comme M. Amauld se l'imagine. On a bien vu que Cabasilas appelle le coips de Jésus- Christ non apaylvTK, couimc i)arle M. Arnauld; c'est une faute de grammaire échappée à la plume suis y songer, et qu'il ne faut pas imputer à un Grec, mais epaysv. On a VU aussi qu'il nie que le corps soit non afrxTrày.i-JOi , conimc le dit encore M. Arnauld par une suite de sa première erreur, qu'on impute à une pure surprise. Les Grecs ne disent pas c&iua (j},aTTo/Evoî eu ce sens là pour dire le corps immolé , ou mis à n»oi t, non plus que o&ya afuyhTK; mais i7taTT(i//£vov, c'està-dire qu'il veul (pie le corps ait é:é mis à mort autrefois, et non (pi'il le soit à présent. Mais cela n'empcclui pas qu'il ne soit vrai, comme je l'avais dit dans ma Réponse à la Perpétuité, (pie Cabasilas met le corps de Jésus-Christ dans l'Euch irislie eu lanl que mort, c'est-à-dire sons l'égard ou sous h qualité de mort. C'est ce qui paraît par ce qu'il dit, que ce iCest pas une image ou une figure de sacrifice, mais un vrai sacrifice, non du pain, mais du corps même de Jésus- Christ, et qu'il n'y a qu'au seul sacrifice de l'agneau, celui qui a été fait une seule fois : d'eu il s'ensuit que Jésus-Christ est dans l'Eucharistie comme mort et sacrifié en la croix, ce (lui est i)réLisément ce que j'avais dit. i
RÉPONSE
Ce «lu'il y a de plus considérable dar.s cet endroit de M. Claude, c'est l'abus étrange qu'il fait des paroles de Cabasilas qu'il rapporte ; mais parce que cela regarde Il (libcussion des sentiments de cet auteur que j ai réservée eu un autre lieu , je me contenterai de ic|»oiulre à celle prélendiie fauie de granmiairc qu'il reproche à l'auteur de la Perpétuité, qui lui a paru si considérahb', qu'il a cru y devoir i-réparcr les lecteurs, en les aveitissam dans sa préface (|u'il lui reprocherait des fautes de grammaire. Il y a tant de bassesse dans ce genre d'accusalion, «pie quand la faute (jue M. Claude reprend serait la plus évidente du monde , il ne serait pas excusable de s'y être arrête comme il a fait, et d'avoir tant pris de soin de la laire remarquer. Mais si, outre cela, il se trouvait qu'il crtl tort, i\ j aurait quelque chose de Tiri ridicuie