‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 46 sur 323 · Chapitre. XV · texte numérisé non relu

Chapitre. XV

Examen des railleries de M. Claude, 6>tr ce qu'on avait

dil de rinclinalion qu'ont les hommss d'abréger leun

paroles.

XXV' UEMARQUE.

11 faudrait faire un fort long traité, si l'on voulait ramasser tous les paralogismes et toutes les fausses pensées du seul chapiire 7 du 'V' livre de M. Claude ; car elles sont en si grand nombre que je ne puis assez m'élonner comment il a pu écrire tant de choses si peu raisonnables. Mais, pour ne multiplier pas trop ces remarques dans lesquelles je ne me suis propose que de donner des exemi)les de la manière dont il raisonne , el de répondre aux principaux reproches (lui se peuvent détacher de son ouvrage , je me conten'.erai d'examiner un endroit de ce chapiire qui a qneUpie chose de fort extraordinaire. J'en rapporterai les propres paroles à mon ordinaire en y repondant ensuite précisément. En voici le commenceinenl. il/. C/a/irfc, pag. C-21.

t Mais, dit M. Arnanld , on a sujet de croire que comme ils élaienl hommes , el ffu'ils avaient les vichnations humaines, ils avaient aussi celle d'abréger leurs paroles et de laisser quelque chose à suppléer a t espril de ceux à qui ils parlaient. On connaît des gens qui n ont nullemeiil cette humeur abrégeante, cl qui ne laissent nourlaiilpas d'être hommes, comme il paraît par d au- Ires humeurs qu'ils ont. Quoi qu'il en soil, cette proportion n'a de fondement que dans l imagination de M. ArnaiiM; il l'avance sans preuve, el je pourrais la iTJcter sans examen. >

KlftPON-iE.

Pour entendre cet endroit de M. Claude , il faut

savoir que l'on avait prouve

dans le livre de la Per-

j>étnité,' que c'était l'ordinaire des hommes de se ser- Mr d'expressions abréiïées , el de signifier les choses i.ardes termes (lui, selon leur sens précis, n'en marquaient qu'une i-ariic : que c'était ainsi que lous l©s

LIVR!-: StCOND.

catholiques appclaieiU l'Eiu hnrislie du nom de Sniiit- Sacremenl, de saciemenl de l'Aulel, quoique ces iiidls ne signiliassenl qu'une pnriie de ce qu'ils concevoienl dans ce mystère. Ainsi en appliquant cetie règle aux auteurs latins du vu' et du vin' siècle, on avait dilco que M. Claude rapporte, et qu'il dit n'avoir de fondement que dans rimaginalion de celui qui l'avance. Mais pour lui donner lieu de considérer à quoi il s'cnt;age, il n'y a qu'à lui demander s'il connaît des Français qui pour dire que le roi est allé au Parlement, ne inan(iuenl jamais dédire: Le roi de France. Louis XIV, e^t allé au Parlement de Paris. S'il coimaît des familles où l'on nonmie toujours le maître et la maîtresse (le la maison par sou nom ou par son surnom , et où l'on ne se contente pas de dire monsieur et madame; s'il connaît des théologiens (jui lassent dilïicullé de (lire que le Verbe s'est fail chair, parceque ce mot i:c marque qu'une partie de riiuinanilé de Jésus-Christ, s'il eu connaît (|ui ne se servent point des mots de sacrement de baptême , quoifjue ces mots ne signilieni que le sacré sii,'ne du plongomeut , et qu'il faille y ajouter bien d'autres idées pour se l'ornier celle que nous concevons par le mot de bapiême, s'il a vu (juclque auteur grec qui évitât de l'e.xprimer par le mol ywTi(7/io;, et les bai)tisés par celui de f)WTi^o//:vo£ ou foniuTsnsi; j SOUS prétexte que ce mol ne marquait (lu'mie partie de l'effet du baptême , qui est l'illumination de l'entendeuient ; s'il ferait difficulté de dire lui-même qu'un homme est mort en grâce , et s'il se croirait obligé d'ajouter qu'il est mort dans lu grâce sanctifiante , pour la distinguer des autres sortes de {iràce; si c'est une faute à lui d'avoir dit dans ce passage même iitCil paraît qu'il y a des gens qui sont hommes par d'autres humeurs qu'ils ont , parce (ju'il n'a pas ajouté des humeurs spirituelles , pour marqiuT ♦ju'il ne parlait pas des humems corporelles que k'S médecins remarquent dans les corps ; enfin s'il connaît un seul calviniste qui n'appelle librement l'Lufharislie des mots d'Eucharistie, àe Cène, do Saint ■ Sacrement, de figure, d'image, de symbole, d'aniiliipe, ([uoiqu'ils nous veuillent obliger d'ajouter aux simples idées de ces termes je ne sais combien d'autres idéis qui n'y sont point enfermées , et qu'ils préteiuleni faire concevoir pur là ime figure efficace , une figure inondée, comment a-t-il donc pu dire qu'il connaît des gens qui nonl point celte humeur abrégeante, puis- (ju'il est très -faux qu'il en connaisse qui n'aient point celle humeur abrégeante dont on parlait? Comment al il pu dire que la proposition qu'on avait avancée n'avait do fondement que dans l'imagination de l'auteur , puis(iue cette proposition ne contenait autre chose, sinon que l'inclination que les hommes ont à abréger leurs paroles les portait à désigner souvent les chiises composées par des mots qui ne maniueni qu'une de leurs parties et un de leurs attributs , en laissant les autres à suppléer à l'esprit; et que celi;; inclination a dû paraître , en ce qui regarde l'Lucliarislie, dans ceux (jui onl vécu au vu* et au viii" siècle? M. Claude peut il nier <|uc cette règle n'ait lieu presque dans tontes les expressions dont il se sert lui-même pour expriuicr ce mystère? Pour(|uoi fait il donc sémillant de la méconnaître quand nn autre l.i lui propose? Pour mol je n'en voie pas d'autres raison, sinon que l'envie de faire une pointe maligne a obscurci en lui dans cette occasion, comme en beaucoup d'autres la lumière de son esprit. Il a cru qu'après avoir accusé des gens de faire des discoiiis longs et importuns , et de conter des histoires qui ne finissent jamais (p. 550), on entendrait ce qu'il voudrait dire parcelle expression génér.We : On conncit des gens qui n'ont nullement celle humeur abrégeante ; cl qu'après leur avoir souvent reproché d'être ton jours en colère, d'accuser des gens de falsification par mauvaise humeur, d'avoir une bile qui ne peut qu'être désagréable aux honnêtes gens, d'avoir des mouvements ,fOjiDu/si/s, c'était assez les désigner que dedirequ'il paraît qu'île ionl hommes par d'autres humeurs qu'ils ont-

Le faux .igrémcnl de cette raillerie l'a donc tellement surpris, qu'il n'a pu sortir de longtemps de -son éblouissement ; c'est pourquoi il y continue encore dans les paroles suivantes.

Paroles de M.Claude, p. 021.

« Je lui dirai néanmoins que dans l'explicalion des mystères de la religion on n'a guère accouumié d'user de ces paroles abrégées , si ce n'est quand ou traite d'une matière indirectement et par occasion , el non pas quand on en traite expressémenl et qu'on a dessein d'expliquer ce qu'il faut savoir. Quelle était donc la mode de ce temps-là de ne se servir (^ue de paroles abrégées, lors même qu'on voulait expli(iuer le mystère de l'Eucharistie, et de ne se faire jamais entendre qu'à demi-mot ? Celte mode dura bien longtemps, puisqu'elle dura deux cents ans. Et qui a dit à M. Arnauld (pie les pasteurs ne fussent p>s quelquefois tentés de parler clairement cl de dire les choses comme ils les pensaient , ou (pr:;n moins le peuple ne se lassât d'être obligé poncluelleineut à suppléer à ce qui manquait aux expressions de ses pasteurs, ou qu'enfin l'une el l'autre de ces coutumes ne se perdît.»

Riîpoxsi:.

M. Claude ne dira pas cela quand il sera revenu à lni,el qu'il pensera davantage à ce qu'il dit. Ou s'est servi de tout temps de ces paroles abréijées dont il est question, en matière de religion. Ou s'en sert et on s'en servira toujours. Il s'en sert luiniêiiic ; et il ne saurait s'en passer. Les calholi(|ucs dir ni toujours b; sacrement de l'Autel, le Saint-Sacrement , l'Eucharistie , la sainte communion , quoique ces termes ne marquent pas tout ce qu'ils conçoivent ; el les calvinistes ne feront jamais diflicullé de se servir de ceuxlà el de beaucoup d'autres , comme de ceux de signes, d'aniilypes, de figures, quoiqu'il les faille suppléer aussi bien selon leur doctrine que selon celle des calhidiques. C'est une nécessité (pii tient de la nature même , parce que pour exprimer tout ce (jue l'on veut faire concevoir , il faudrait une longueur infinie.

Je laisse à M. Claude à se décharger sur son imprimeur de la contradiction qui pariiîl d;ms le lien que j'ai rapporté. Mais il n'y a que lui qui soil coupable de la mauvaise foi qui paraît dans la question qu'il ajoute d'une manière insultante : Quelle était donc la mode de ce temps-là , de ne se servir que de paroles abrégées et de ne se faire jamais entendre qu'à demimot? Car par (|uelles règles de sincérité et de bonne foi s'esl-il pu permetire de changer une proposition affirmative en nue proposition exclusive? On lui dit qu'on s'est toujours servi à l'égard de l'Eucharistie de paroles abrégées , el qu'on ne doit pas s'étonner qu'on en ait usé au vii'el ati viii' siècle; et M.Claude nous fait dire froidement que c'était la mode de ce tempslà de ne se servir que de paroles abrégées et de ne se faire jamais entendre qu'à demi-mot, quoique l'on ait dit et redit dans plusieurs chapitres de ce livre (pie l'on y a enseigné très-clairement la présence réelle et la iranssubslantialion, el qu'il sache que l'on prétend et «pie l'on prouve que ces expressions qui y ont é;e ordinaires, que rEucharislie est le vrai corps de Jésus- Christ, le propre corps de Jésus-Christ , le corps même de Jésus-Christ , sont des expressions très- pleines , très-entières, el qui ne doivent nullement passer pour des expressions abrégées. Cependant, nonoblant ces déclarations réitérées en cent endroits , il lie laisse pas de supposer qu'on dit et rpi'on croit le e intraire, et de demander, sur ce raisonnement fitux cl calomnieux , qui a dit à M. Arnauld que les paslems ne fussent quelquefois tentée de parler clairement et de dire les choses comme ils les pensaient, ou qu'an moins le peuple ne se lassât point d'être obligé perpéluellemenl à suppléer ce qui manquait aux expressions de ses pasteurs, ou qu'enfin l'une ou l'aulre de ccscoU' iwnes ne se perdit

RÉPONSK GÙNÉnALE AU NOUVEAU LIVRE Ï)E M. CLAUDE.

Ccqni tYiitl la Imrdiesse iU-, M. Claude moins siipporiahle CM cello occasion, c'est que ce reproche n'ajant aucun fondeincnl à l'égard ni de celui à qui il applique ni d'aucun calholique, il esl vrai à la lettre étant appliqué aux calvinistes, et parliculièreiiienl à M. Claude.

Oh n"a jamaisdit à M. Claude que les Pères et les autours des liuil premiers siècles ne se soient servis que de |>ar()los abrégées. On lui soulienl au contraire «lu'ilsse sont servis d'iuie inJinilé d'expressions irèsdaires, très-expresses-, Irès-enlières , selon la nianièn; <|\ieli'S expressions des hommes le peuvent être. 0.1 lui soulienl (ju'ils ont parlé du mysièrede rEiiclialisiie plus cl.iireinenl que d'aucun antre niystère : et touies les preuves des catholiques se réduisent pres- (pie toutes à tnonlrcr qu'il faut enieudre liltéralenienl les expressions des Pères et de l'Écrilure. Que ^i l'on avoue en même temps qu'ils se sont servis de quel • ques expressions imparlailcs el abrégées, c'esl en prétendant en mên>e temps que ces expressions imparfaites el abrégées étaient ordinairemenl et communément explicpiées, eu sorte que l'explication était aussi commune que l'expression abrégée. Si l'on appelhî, par exemple, l'Euchaiislie s«crei/i«/i( du corps de Jésus Christ, qui est l'expression abrégée , l'on a dit aussi souvent qu'elle conlenuil el qu'elle était le vrai corps de Christ, leproprecorps deChrist,o\\ sim[)lement/t; corjis de Jésus Christ, qui esl l'expression pleine el eniicre. Mais les minisires , el particulièrement M. Claude, font tout le contraire. Tout le langage des Grecs, par exemple, n'esi , selon lui, composé que d'expressions abrégées qui n'élaient expli(iuées (pi'une lois en sept ou luiii cents ans. Quand ils disent que l'Eucharistie esl te vrai corps de Jésus Christ, cel.i ne veut pas dire selon lui (piV-lle soit le vrai corps de Jésus-Christ, mais qu'elle cou tient la forme économique et surnaturelle du corps de Jésus Christ, Quand ils disent que le pain esl changé an vrai corps de Jésus Christ , cela ne Vrui pas dire, selon lui, qu'il soil cbangéau vrai corps de Jésus-Cbrist, mais quil esl chamjé , ou plutôt quil reçoit la vertu surnalurelle et séparée du corps de Jésus- Christ.

Quand ils disent que rEiicharislie et le corps de Jésus Christ né de la Vierge, ne sont pas deux corps, (cla ne veut p.is dire que ce soient le même corps; mais que funest l'accroissement du corps de Jésus- Christ, el que cet accroissement demeure dans la terre pendant que le vrai corps de Jésus-Christ n'est que dans le ciel.

Voilà d'éîrangcs suppléments , d'éiranges commcniaires, ei où les paroles mêmes ne nous portent guère Cependant si vous lui demandez si l'on avait grand soin d'instruire les (idèlesde ces commentaires et de ces snppléuienls, il sera coulraint de vous dire que cette forme économique el surnalurelle, el cel accroissement du corps de Jésus Christ qu'il piélend qne les Crecsenieudaiont dans toutes ces expressions ordinaires, n'ont été exprimées que par im seul auteur dans un seul oiivrige, qui est une lettre el un petit chapilreailriiiué à Jean de Damas, sans qu'il puisse faire voir que celle lettre ait jamais été cHée par aucun de tous les auteurs qui l'ont suivi. Et néanmoins cela lui suffit pour attribuer à tous les Grecs ce .sens tel qu'il soil (car nous lu: ferons voir qu'il ne l'entend pas, et qu'il falsifie cet

• iidroii (Je S. Jean de Damas ) ; cela lui suffit , d,s-je , V'iiir appeler hardiment celle fantaisie Chijpolhèse ■■es: Grecs, et pour supposerainsi que tous les peuples, •pii cnl, selon lui, peu deconnaissance de la Iradilion, s ipplcaient ces termes de vrai corps de Jésus-Christ 1 v ceux de la forme économique et surnalurelle , ou accroissement du vrai corps de Jésus-Chrisl.

Quaiil h ces termes de cliangemenl en la vcrlu du corps de Jésus-Cbrisi, on a déjà remarqué qu'il ne paraît point qu'aucun auteur s'en soil servi depuis Théophilacte El néanmoins, selon M. Claude, les Gn-cs

• niendaicnt ce cliangementde vertu par toutes les cx- )>rebSionfi où on leur disait que le pain était changé au

corps (11- Jésus Christ.

C'rsl donc à M. Claude qu'on peut demander avo< justice quelle était la mode de ce temps-là de ne se servir que de paroles abrégées, lors même que Ton voulait expliquer le iiiyslèrc de l'Eucharistie, et de ne se faire jamais entendre qu'à demi-mot? (î'est à lui qu'on peut dire que cette mode n'a pas duré, selon lui, deux ou trois cents ans; mais qu'elle a duré depuis les apôlres jusqu'à nous, n'y ayant aucun passage qui contienne la foi calviniste en termes foimels. Si les Pères parlent de figure, iisne parlent poinld'eflicace; s'il parlent d'efficace, iIsne parlent point de figure; s'ils parient de corps de Jésus-Christ, ils ne j)arlenl ni d'elficaceni de vertu.Ce ne sont (|u'expressions abrégées qui ont besoin de longs;suppléments,et ces suppléments ne scirouvent jamais joints à l'expression qui ena besoin. C'est ce que nous ferons voir avec élendire dans la discussion du sentiment des Pères que l'on donnera bieniôt au public. Ainsi l'on voit qu'il n'y eut jamais rien de plus mal concericen toute manière que cetle raillerie, imisqu'elle est fondée snr mie fiés fausse supposition à l'égard de railleur de la PerpeUriié, et qu'elle n'est véritable et juste qu'étant appliquée aux calvinistes el à M. Claude. Cependant il y continue encore en la manière que nous allons voir : Paroles de M . Claude, p. G21.

« M. Arnauld se plaint ([u'on emploie quelquefois <les railleries pour le rcfnler. Mais ponnjuoi ne nous dit-il pas des choses moins éloignées de la raison? Car, après tout, eulreprendre de prouver la transsubstantiation el la luésence réelle par la rélicence de celui qui enseigne d'une part, el par le S'ipplémeni de celui qui écoute de" l'autre , n'est pas une chose fort raisonnable. Cependant voici à quoi se peut réduire sa manière d'argumenter, si sa maxime a lieu: Les Pères grecs du vu* et du viii' siècle onldil une telle et une telle chose avec réticence; or les peuples les ont entendues d'une telle manière par supplément; donc < n y a enseigné el ou a cru la présence léello.»

r.ÉPO.NSE.

On ne se plaint point du tout qu'on ail recours â d'-s railleries pour réfuter le livre de la Perpétuité. Mais on se plaint que M. Claude a recours à des faussetés visibles, grossières el inexcusables, iM)Ur servir de fondement à ses railleries. Cet argument (|ue M. Claude lui allriiiue est une fiction dont il est runi(|ue a.ileur, et dont je ne sais guère que lui qui fùicapable. Tous les antres savent nieilre une dillérence entre une solution el iiiic preuve. Les solutions n'ont pour but que de détruire les objections qu'on oppose, et non pas d'établir pré" isément les dogmes. On cimelut des preuves qu'une telle cbcse est ; et l'on conclut des solutions qu'une objection ne fiit pas voir qu'elle ne soit pas.

Or ce que l'aulenr de la Perpélnilé a dit de celle iuclinalion des hommes à abréger leurs piiroles, et de la nécessiié de les suppléer, tieiii lieu de soluiion et non de preuve. Il n'a jamais songé à en conclure ni la présence réelle , ni la transsubstantiation , mais seulement à conclure que les objections fomiées sur ces paioles abrégées ne délrui^enl ni la présence réelle ni la transsubsianiiaiion. Quand il établit et (pi'il prouve l'un el l'autre de ces dogmes , il ne lé fait point du tout ni par ces réticences ni par C(is suppléments. Il le fait par des i»assages cla.irs et précis et auxquels M. Claude ne répondni jamaisraisonnablemenl. C'est donc une insigne mauvaise foi de lui allribuer un raisonnement impertinent auquel il ne pensa jamais , et de demander ensuite froidement pour(iuoi il ne dit pa$ des choses moins éloignées de la raison.

Paroles de M. Claude, p. 622.

< M. Arnauld dira qu'il n'y a rien de plus ordinaire

dans le langage humain que d'user de paroles abrégées,

ni rien de plus commun que de suppléer ce qui leur

manque. On a accoutumé de dire un homme, une

CJLI LIVRE SECOND

maison, une ville, ia lerrc, l'air, le soleil, et non la subslauce d'un homme, la substance d'une ujaison. »

RÉPONSE

M. Claude est mallieureux à faire parler et à faire raisonner le» gens, parce qu'il les lait parler et raisonner selon ses pensées, et non pas selon les leurs. On ne dira jamais à M. Claude (pie dire la terre. Cuir, le soleil soil user de paroles abrégées , et <|ue cos mots, la subslauce de ta terre, de /'«/r, du soleil soient des paroles de supplément. Ce sont des suites ridicules de celte nouvelle pliilosoi)liie de M. Claude , par laquelle il a prétendu transformer tous les termes propres en termes généraux qui ont besoin d'être déterminés. Mais comme nous avons réfuté amplement ailleurs celle vision (1) il n'est pas nécessaire de s'y arrêter ici davantage. Il sullit de l'avenir, alin qu'il n'abuse plus ainsi des termes, qu'on appelle paroles abrégées celles qui ne signifient qu'une partie de la chose qu'(m veut faire entendre, et qui excitent néanmoins l'idée de la chose entière. Ainsi Saiiil- Sacrement ne signilie ((u'un saint signe, et excite néanmoins parmi les catholiques l'idée du corps de Jésus-Christ présent sous les voiles qui le couvrent, et chez les calvinistes l'idée d'un paiii inondé, et d'une figure efficace. Ainsi le mot de chair est une parole abrégée, quand on dit que le Verbe s'est fait chair, parce que l'on entend par la chair l'huiiianité tout entière. Mais les mots de terre, d'air, de soleil, ne sont point du tout des paroles abrégées, parce qu'ils marquent toule la chose. Ce ne sont point de même des termes abrégés quand on dit que le corps de Jésus- Christ est en nous et dans nos entrailles ; que le pain est changé au propre corps de Jésus Christ , au vrai corps de Jésus-Christ, ce sont des expressions pleines et entièies qui expriment tout ce que l'on veut faire enlcndre.

Le reste de celle page, qui est la 62-2' du livre de M. Claude, est de même genre (pie ce que nous venons de rapporter. 11 suppose lonl ce qui lui plaît ; il lait dire aux gens ce qu'ils n'ont jamais dit, et il ne veut pas piévoir ce qu'ils disent effectivement, et ce qu'on lui a cent fois reproché. C'est une méthode lièsconimode pour faire semblant de répondre à tout , quoi qu'on ne réponde effectivement à rien.

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