‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 48 sur 323 · Chapitre XVH · texte numérisé non relu

Chapitre XVH

Paradoxes de M. Claude sur les proposilions dont les

tenues .sont incotiipaliblcs.

XXYir RF.MARQUE

Le sixième livie de M. Cl.iude e>t un si étrange amas d'ohscures absurdités, que connue il e tdilficde de trouver de- juges quiveuillent s'amuser à de-, discussions si iienil)les d'une part et si inutiles de l'autre, on est conlrainl. pour abréger, de ( hoisir seu lemciit un exemple de ces fausses subtilités , en s'engageanl de faire voir quand il le voudra que tout le reste est de même genre.

11 avait dit dans sa seconde Réponse que les propositions incompatibles n'avaient point de sens, ni vrai ni faux, et l'auteur delà Perpétuité lui avait répomlu 8ur cela eu ces termes (1) : J'avoue que celle philosophie me passe, et qu'elle me parait enfermer une fausselé manifeste, qui n'est fondée que sur une petite équivoque. Car toute la subtilité de M. Claude, ou plutôt son illusion, vient de ce qu'il ne distingue pas entre un sens conçu et exprimé et un sens cru et approuvé. H est trèsvrai que ceux qui trouvent qu'une proposition enferme une inconiputibilité selon la lettre, et qui n'y voient point d'autre sens, n'y approuvent aucun sens ; mais il n'est pas vrai qu'ils n'y conçoivent aucun sois. Car ils y conçoivent un sens incompatible, et c'est pour cela qu'ils le désapprouvent.

M. Claude, qui n'est pas homme à reculer dans les avances les plus téméraires, soutient hardiment dans sa nouvelle Réponse ce qu'il avait dit sur ce point. Je ne demeure pas d'accord, dit-il, de la coméquence que M.Arnautd en tire, qu'on connaît un sens incompatible. El il n'iiisulle pas moins à son adversaire sur ce sujet que sin* les autres. La philosoplde de M. Arnauld, dii-il, donne cette fois à gauche. Et un peu plus bas : Si c'est là la philosophie de M. Arnauld, je crois qu'il philosophera longtemps tout seul (2).

La coutume de M. (Jlaude est de mettre ainsi toute la terre de son côté, quoiqu'il soit quelquefois tout seul de son avis ; et cette rjuesiion de logique en peut servir d'une preuve remarquable. Car peut-être depuis qu'on se mêle de raisonner, jamais lionune n'avait eu une pensée semblable à celle qu'il propose fl'abord , comme le sentiment universel du genre humain.

il me semble que si je demandais en particulier à tous les hommes ce qu'ils jugent de ces propositions : Il y a des montagnes sans vallées. Il y a des bâtons qui n'ont pas deux bouts. Ce qui est arrivé peut n'ctit vas arrivé. Il est possible qu'une même chose soit et ne soit pas, ils me répondraient tous d'une même voix que ces propositions sont fausses. Or si elles sont

(1) Perpét. loni. i.

(2) S'Hép.. pp. 751,732, 73Ô.

fausses, elles ont donc un sens'; car ce qui n'a point de sens n'a point de sens faux.

Si je leur demandais de même si ce ne sonl pas des propositions véritables que de dire : Il n'y a point ae montagnes sans vallées. Point de bâtons qui n'aient deux bouts. Ce qui est arrivé ne peut point n'être pas arrivé. Il est impossible qu'une même chose soit et ne soit pas , ils me répondraient tous tout d'un coup qu'elles sont très-vraies. Or si elles sont vraies, elles oui nu sens ; car une proposition qui n'a point de sens n'a point de sens véritable. Que si elles ont un sens, il faut aussi que ces propositions auxquelles elles sonl contradictoires en aient un. Car comme elles n'y ajoutent q'i'une négation, si les propositions précé'dentes n'en avaient point, cette négation ne formerait pas un sens , parce qu'une négation ajoutée à une proposition qui n'a point de sens ne fait pas un sens.

Cependant voilà le sujet de notre difTérend, et ce qui nous partage dans cette question. M. Claude soutient (pie cette proposition, il y a des montagnes sans vallées, et les autres semblables n'oni point de sens, et par consécpient qu'elles ne sont ni vraies ni fausses, parce qu'elles sont incompatibles, et on lui soutient (|u'elles sont fausses, cl par con-éjucnl qu'elles ont un sens.

Il (loit soutenir de même que quand on dit qu'il n'' y a point de montagne sans vallée, ct lie i)roposiliun n'a point de sens, puisqu'elle n'ajoute qu'une négation à une proposition qui n'en a point , ei par conséquent qu'elle n'est ni vraie ni fausse ; et on lui soulient qu'elle est au contraire très vraie , ct par consC(|uent qu'elle a un sens, et que celle à laquelle elle est contradictoire en a aussi un.

Mais en vérité c'est une chose honteuse qu'on soii obligé de jtrouver à M. Claude qu'il est faux qu'il y ait des montagnes sans vallées, et qu'il ait donné seulement lieu de former une telle question. El il snlfit de l'avertir que ce qu'il prend pour une philosophie particulière à l'auteur de la Perpétuité est tellenienl la philosophie de tous les hommes, que l'on en a fait jusqu'ici le principe de tontes les connaissances humaines, et le modèle de la plus grande évidence où les hommes peuvent arriver. Car il n'ignore pas que qiianii ou traite danslesécolesdcs premiers principes d'où dépend toute la certitude humaine, on apporte d'ordinaire celui-ci, il est impossible qu'une chosesoitel ne soit pas, comme le premier et le plus clair de tous, et comme le fondement de tontes les sciences humaines. Or si ce principe est vrai, il faut donc que la proposition contradictoire, il est possible qu'une chose soit et ne soit pas, soit fausse ; et si la ))iemière a un sens, il faut que cette seconde en ait un aussi , puisqu'elle n'y ajoute qu'une négation, et que ce principe, il est impossible qu'une chose soit ct 7ie soit pas, n'est aulre chose que cette proiiosition, )/ est possible qu'une chose soit et ne soit pas, conçue comme fausse ; de sorte qu'il se trouve que quand M. Claude nous veut j)ersuader que les propositions incompatibles n'ont point de sens, sa prétention est en effet que ce principe qui a été regardé jusqu'ici comme le plus \rai e{ le plus clair de tous ceux qui lèglent les c uniaissanccs des homines, non seulement n'est ni clilr ni vrai, mais qu'il est incapable même de clarté ci de vérité, parce qu'il n'a pas de sens, n'élaiit antre chose que la négation d'une proposition incompatible.

Ne sied-il |)as bien à un hommequi avance cet étranu-e paradoxe, et qui condamne tous les hommes qui l'onl précédé d'avoir pris pour la plus claire des véiiiés une proposition incapable de véiilé el de clarté , cl qui n'a pas même de sens, de reprocher aux aulics sur ce point même que s'ils n'entrent pas dans se» pensées ils philosopheront longtemps tout seuls?

Voyons néanmoins sur ((uoi il appuiera ses préteniinns, et écoutons ces rares subtilités par les- (juel'es il doit prouver que tout le monde s'est trompé jus(iua nous. Concevoir un sens, dit-il, c'est concevoir

UÉPONSE CÉNÉRALK Al) NOUVEAU LIVRE PE M. CLAUDE.

une chose possible; concevoir une incompulmlité est concevoir qu'il y a de rimpossibililé. Concevoir un sens est concevoir un état où, l'esprit peut subsister ; au lieu que concevoir une incompatibilité est concevoir qu'il n'y a point (Vélal oii f esprit puisse subsister. Il est donc certain, comme je l'avais dit, qu'une incompalibiliié n'est pas un sens, et que c'est parler abusivement que de dire un Si^ns incompatible, car c'est dire un sens qui n'est pas sens : un sens c'est une notion qui unit deux idées, et une incompatibilité les détruit.

Voilà ce qui arrive d'ordinaire à tous ceux qui proposent des paradoxes, et qui veulent lessuuienir. Ils changent les notions conuuunes des mois, et leur en donnent de conforaies à leurs fantaisies. Concevoir un sens : dit M. Claude, c'est concevoir une chose possible ; concevoir un sens c'est co)icevoir un état oit l'esprit peut subsister ; un sens csi une notion qui unit deux idées. M. lis qui lui a donné droit de nous faire ces bizarres déliniiioiS, et d'obliger le monde à les i)rcnJre pour principes?

Toui ce que dit M. Claude pour jusîifier son paradoxe n'est qu'un amas d'absurdiics.

Il est faux que concevoir un sens ce soiicunccvoir une chose possible, comme n )us venons de voir.

Il est encore plus faux que concevoir un sens ce soit concevoir un état oit, l'esprit peut subsister. Si cela était, n die proposition fausse ne pourrait avoir de sens <jui pûl éiro conçu par c( lui qui en connaiiraii la faiisseié, piiis(pi'il est certain qu'une fausseté connue n'est pas mi élai où l'esprit puisse subsister. El ainsi (juantl M. Vieite, par exemple, découvrait l'illusion d'une rêverie de Joseph Scaliger louchant la quadralure du cercle, il aurait agi à l'aveugle, parce qu'il n'aurait pu concevoir le sens 0;\ celui qu'il rélulait.

Enfin il est très-faux qu'un sens soit une notion qui unit deux idées, puisque si cela était, toutes les propositions négaiives n'auraicni point di; sens, la nature de ces propositions étant de désunir les idées, et non pas de les miir.

Ce sera donc M. Claude qui parlera el philosophera tout seul tant qu'il s'opiniàtrera à soutenir ces définitions fantasques. Concevoir un sens, selon l'opiidon de tous les autres homuu's à l'exception de M. Claude, c'est concevoir qu'une idée est affirmée ou niée d'une autre ; de sorte que sens clproposilion sontabàolunient la même chose. Or comme il y a des propositions composées de termes incompalildes, il y a aussi des sens incompatibles ; et quand l'esprit les conçoit , il conçoit également el que la proposition les affirme ou les nie, et qu'elle les affirme ou les nie faussement. Si j'applique mon esprit à celle proposition : Il est possible qu'une chose soit et ne soit fws, je conç ils le sujet qui esl chose; je conçois l'atiribul (|ui est, qu'elle soit et ne soit pas ; et je conçois raflirmalion, parcoque je vois que l'on y affirme qu'il esl possible que cet ailribul conxicnne au snjel , etaitihi je conçois le sens de cette proposition. Mais voyant que les termes ([u'elle unit ne peuvent être unis, je la déclare fausse ; et cette vue de la fausseté de ce sens esl ce qui fait le premier prinrfipe de toutes les connaissances hinnaines, qui est, qu'il est impossible qu'une chose soit el ne soit pas. Il n'est donc pas besoin pour concevoir uu sens de Concevoir une chose possible ; car c'e^i aussi concevoir un sens que de concevoir qu'une chose n'est pas possible. El c'est encore concevoir un sens que de concevoir qu'une proposition aflinne comme possible ce qui ne l'est pas.

En vérité, ces vaines subtilités de M. Claude ne valaieiil pas la peine de changer ainsi toutes les idées des termes, et il aurait bien mieux lait de raisotmer comme les autres que d'avoir recoins à ces étranges moyens pour jusiiiier Ses rais»,mements. Mais au mo.ns est il inexcu able de nous avoir d'abord proposé ce lang;igetoui nouveau connue le langa^je universel de tous les hommes, et de reprocher à ceux qui parlent connue le reste du monde, d'être en dan ■ fjir de uliilosop.'iev Lnigtcmps tout seu'.s.

CHAPITnE XVIII.

Des différends peisonnels omis ou traités par M. Claude. Combien il est injurieux en se vantant de sacrifier ses ressentiments à la charité chrétienne. Eclaircissement de tous les faits qu'il a traités.

XXVlir REMARQUE.

La crainte que j'ai que le monde ne s'ennuie de ces remarques sur des (|ueslions incidentes, m'oblige à les finir en y en ajoiilanl seulement une qui eu comprend plusieurs. Elle regarde le dernier chapitre de M. Claude, où il se donne la liberté de choisir certains fails sur lesquels il a cru qu'il se pouvait défendre d'une manière plus plausible, en laissant les autres où il ne trouvait 4ien à répondre qui fûl tant soit peu vraisembi.ible.

Il tâche d'abord de persuader le monde, par des raisons artificieuses, qu'ilja eu r;iisoii de faire ce choix. Il dit que ces diflërends smil Irailés d'une manière si aigre et si échau/fée, qu'il vaut mieux les laisser là. Il dit (ju'il est une personne assez obscure qui ne doit pas prétendre que le monde prenne part à ce qui le reqarde. 11 dit (pi'il y a des maiicres qui demanderaient de grands discours , comme ce cpie l'on a dit touchant les réformateurs. Il dii qu'il ne peut entreprendre de repousser ce qu'on a dit contre sa morale; mais il déclare que quand il renlreprendra, si M. Arnauld est capable d'avoir de la confusion, il en aura assurément de l'avoir attaqué d'un air si outrageant et si envcmmé.

On lui aiir;iil permis suis peine de ne point entrer dans ces dillcrends , pourvu qu'il eût agi, en s'abstenanl d'y enin r, d'une manière rai-,oimabIe. Mais il n'y a point d'homme é piiiable qui puisse soufl'rir qu'il s'y soil conduit e.i la manière qu'il a fait. Car cette manière consi-le à dire hardiment les injures les plus sanglantes, et à prier qu'on le dispense d'en apporter les preuves.

Il accuse, dans les trois premières pages de ce chapitre, un docteur de Sorbonne d'injustice et de violence ; de tniiler les différends d'une manière aigre el échauffée, et pleine de marques d'animosité; d'appuyer ce qu'il dit contre les réformateurs sur des faits faux, ou pris à contre-sens, ou tournés trop odii'usement; d'user de paroles enflammées ; de se porter à des transports el à des excès (jui ne conviennent guère à ttn homme qui veut apprendre aux autres la modération et la vertu. Il doute s'il est capable de confusion. Il lui reproche d'avoir attaqué la morale calviniste d'un air outrageux et en • venimé. el par dix ou douze périodes embrasées qui passent vite comme des éclairs, parceque comme des éclairs elles ont plus de feu que de matière. Il l'exiiorle à examiner si cette passion animée qui le met presque sans cesse dans des mouvements convulsifs n'est pas contraire à cette tranquillité que la véritable morale recommande (1).

Ainsi la permission ipie M. Claude demande, et qu'il usurpe en elfet , est d'oulrager les giMis sans s'oblig'îr à en rendre raison à personne. C'est à quoi se réduit ce retranchement par leq;iel il s'exempte de répondre à des accusaticms prouvées, eu se réservanl de traiter ceux qui les lui font de calomniateurs emportés sans en donner aucune preuve, et c'est ce qu'il apjtelle faire un sacrifice à la piété, à la patience et à la charité chrétienne.

Je voudrais bien savoir ce que M.Claude aurail pu faire de pis, s'il n'avait point fait ce prétendu sacrifice. Il ne se serait pas avisé de faire des violences. Ce n'en est pas le temps quand il en aurait la volonté. Il n'aurait pas fait des intrigues pour traverser des desseins d'établissement et de fortune, ayant affaire à des personnes qui n'en recherchcnl poini dans le monde. Il ne pouvait donc s'en prendre qu'à leur réputation ; et il est bien clair qu'd ne l'a poini épargnée, l'ayant déchirée autant qu'il a pu d.ms Icndroit même où il se vante le plus d'être palicui.

LIMIE SECOND.

Qu'il nous apprenne donc en quoi consiste celle patience qu'il s'allribiu ; car on lui avoue qu'on n'est pas assez clairvoyanl pour en découvrir aucune Irace d.ins son procède.

Il n'est pas plus raisonnable dans le choix qu'il lail jes f liis personnels qui regardent certains ministres ; car on ne voit aucniie raison pourquoi il s'ytlaclie aux uns en négligeant les autres , sinon qu'il

cru s'en tirer plus facilenienl.

Quelque prolesialion qu'il eût faite, dans sa préface, qu'il n'avait pu se taire lorsqu'on attaquait injuslenicnt l'honneur de quelques personnes célèbres , il ne s'est mis en peine, dans aucun lieu de ses livres, ni de juslilior M. Daillé du reproche qu'on lui a fait d'avdir parlé de saint Anibroise en des termes ouirageux, en disant de lui qu'il était l'homme du monde qui avait le meilleur nez pour sentir et découvrir les reliques ;n\ Henri Boxornius , Hospinien et Kenmitius (|i!e l'on a convaincus d'une imposture signalée sur le sujet du concile de Florence ; ni le livre de M. Saumai^e , dans le(]nel on a fait voir une. contradi( lion r.d;cu!e sur le sujet de Théopliilacie ; ni la fausse critique d'Aiiberlin sur Samonas; ni la faute qu'il c<>mmel en prenant dans Germain , patriarche (le Constantinople, du pain béni pour l'Eucharislie ; ni la contradiction de Blondel sur le mé ne sujet , jusiifiéo au même lieu. Il abandoime ce qu'on a dit dans ce livre onzième des réflexions impies d'Aubertin contre les miracles de saint Bernard , et les preuves qu'on a apportées pour montrer que, selon les principes de Blondol et des autres minisires, il se pourrait faire que l'Eglise ail toujours cru la présence réelle, et que néanmoins cette créance fût fausse. Kl il se réduit à chicaner sur trois ou quatre faiis les moins importants de tous, à l'exception d'un qu'on lui avail reproché, dont nous avons vu (1) combien il s'est mal juslilié. Je suis prêt néanmoins de le satisfaire sur lout, et cela ne sera ni long ni difficile.

Ce cpi'il dit de ïrilhème se réduit à l'explication de ces paroles : Trilhème a loué Dertram parce qu'tl était en ejfel louable. Il prélend qu'elh.'s peuvent signifier (pi'i. l'a loué, parce qu'il avail éié loué, dans le temi)S qu'il a vécu, par diverses personnes, (luoique s'il l'eût connu par lui même il se lût bien donné de garde de le louer.

On prélend au contraire qu'elles marquent que Tnllième a loué Bertram, parce (|u'il le jugeait elleclivemenl louable en lui-même , et non pas selon une o|)inion que Trilhème aurait jugée fausse , s'il avail mieux connu Berlrani ; c'esl-à dire que ces paroles, parce qu'il élail en e/J'el louable, excluent l'erreur de l'opinion que Trilhème avait de Beriram , el qu'elles supposent que Bertram avait réellemcnl les (|ualités pour les(|iielles Trilhème le louait. Voilà à quni se ré.liiii le ditiérend M. Claude prononce comme juge (|U(; le sens auquel on prend ces paroles est piioijablc; mais il nous pernieltra d'en api)eler au jugement pulilic , et de nous promellre qu'il nous sera plus favor.blt; (|n'à lui.

Oii ne (lira pas la niêiue chose de celle contradiction ([ne l'an eur du premier traité de la Perpétuilé avail reprochée à Blondel ; et l'on va rendre, sur ce sujet, à M. Claude toute la justice qu'il saurait dé>irer, el que l'on ne manquerait p.is de lui rendre sur les autres points, s'il avail raison. On avoue donc que rauiciir du premier Iraiié s'est trompé en prenant le concile de Crcssy, dont Blondel dit ([u'il a condanmé Amalarius; cl ce concile de Cressy qu'il compleenire les adversaires de Paschase pour le même concile. Car Blondel les dislingue en mettant l'un en 818, Cl l'autre en 858. El ainsi la conlradiclion dont on l'avait accu>é ne subsiste plus. Celte erreur qui consiste à n'avoir pas remarqué la différence de ces dates , a été suivie dans les deux réponses qu'on a faites pour soulenir ce traité. Et l'on reconnaît que

{\\ Oaas^e l-chy;'. dcce livre.

M. Claude, après s'y être Irompé deux fois lui-même dans ses deux premières Réponses, a forl bien remarqué dans celle dernière la différence de ces dates, et que par là il a plaineinent justifié Blondel de celle conlradiclion qu'on lui avail reprochée.

Mais il esl vrai qu'en le justifiant de cette faute, qu'on a toujours représentée comme très - légère et connue ne faisant aucun lorl à sa répulalion, il l'engage dans Uiie autre beaucoup plus considérable, qui esl de nous avoir dit en l'air que le concile de Cressy, tenu en S08, ait fait |)araître qu'il élail adversaire de Paschase; car celte hardiesse de rendre un concile adversaire de Paschase sans en apporter aucune preuve, n'est pas un simple éblouissemenl : c'est une i)résomption très blâmable, n'y ayanl rien dans loul ce qui nous reste de ce concile, qui consisie dans une lettre à Louis de Germanie, qui ail pu donner prétexte à ce que Blondel en dit. Ainsi, comme il esl certain qu'à l'égard de celle bagatelle M. Claude a fait quelque chose pour sa propre réputation par la dé couverte de la différence de ces dates , il est certain aussi qu'il n'a rien fait pour Blondel, el que ce ministre ne lui aurait aucune obligation de l'avoir défendu en celle manière, qui le rend de pire condition qu'il n'élail.

M. Claude entreprend ensuite de se justifier des reproches (ju'cui lui a faits louclianl Bertram; mais il n'y réussit pas. On l'avait accusé sur le sujet de ci'l auteur, preinièrpuient, d'avoir changé une proposiliou conditionnelle dant on s'éiait servi en une proposition absolue; car au lieu (pi'on avait dit condiiioimelemenl qu'on ne devrait pas s'élonner quand un Itiéutoqioi se sérail évaporé en des raisonnements frivoles, M. Claude a ôlé la condition el en a lail une propusi lion toute différente qu'il attribue à l'auteur de lu Perpétuilé, en lui faisant dire que Baliamne ou Bertram est un auteur obscur el embarrassé, qui ajoute ses raisonnements aux expressions ordinaires de l'Eglise, el que l'on conçoit facilement qu'un lliéologiLU se soit évaporé en des raisonnements frivoles. On voit que dans cette proposition la condition esl éclipsée; el c'est ce qu'on appelle attribuer absolimienl les choses , louie proi)Ositiun devenant absolue dès lors qu'on en Ole la condition. Ainsi c'est une défaite ridicule que d'alléguer, comme fait M. Claude, qu'il n'a point dil que l'auleur de lu Perpétuilé ail parlé ainsi de Berlrani absolument; car on ne lui a pas reproché de s'être servi du mol absolument , mais d'avoir changé une proposition condilionnelle on une proposition absolue. Or c'est précisément ce qu'il a fait.

Ce défaut visible de sincérité dans les plus petites choses est peu propre à vérifier une louange que M. Claude se donne à lui-même dans ce lieu - là , qui esl que sa manière d'agir est franche, naturelle el simple, et que s'il fait des fautes, il peut protester sincèrement que ce ne sont pas des fautes arlijicieuset.

En voici une aulre qui n'est pas propre non plus à servir de preuve de ce qu'il dil encore de lui même , qn'i/ ose assurer qu'on ne trouvera dans toute celle dispute aucune illusion de sa pari; car ce (|ue nous allons rapporter de lui en conlienl une très - évidenle. Pour prouver que ces messieurs, c'esl-à due ceux iinM attaque, blâment ou louent les gens par la considération de leur intérêt, il avail allégué que l'auteur de VApoloqie pour les SS. Pères avail forl loué Ralramne, reli-- "gieux de Corbie, el que l'auteur blâme Bertram , qui es!, selon M. Claude, la même personne.

On lui a fait sur cela diverses réponses, dont Tune esl qu'uH même auteur peut élre iuuabte dam un ouvrage, et blâmable dans un aulre. M. Claude demeure d'accord de celte maxime de sens commun; mais la manière dont il l'élude e^t f(ul remarquable, parce que c'est une fausseté très bien ménagée, el qu'il lâche linenient de faire passer à la kweor de deux vérités auxquelles il l'attache. Je l'avoue, dit -il; 'mah je dis que quand on loue ou que l'on blâme un auteur pour élever on p'ur déprimer que'.qi'.'ui: de .si s viivra^j-s, il if

RÉPON?."?: GÉNÉRALE AU NOUVEAU LIVRE DE M. CLAUDE. LIVRE SECOND

a de l'absurdité à dire qu'on le loue eu qu'on le blâme simplement dans cet ouvrage ; car on loue ou on blâme absolument sa personne pour donner ensuite par là plus ou moins d'autorité à l'ouvrage dont il s'agit. Quand on déprime ou qu'on rehausse la personne par l'ouvrage, alors on loue ou on blâme un homme dans son ouvrage; mais quand au contraire on déprime l'ouvrage par la personne, alors la louange ou le blâme regarde la personne absolument ; et puis on en lire celle conséquence, que l'ouvrage dont il s'agit est ou n'est pas considérable.

Je n ai que des louanges à donner à M. Claude sur couc considéralion générale , car elle csl loul-à-fail judicieuse; cl pourvu qu'il conliiiue à parler aussi raisounablemeut, nous ne nous brouillerons point ensemble. Voyons donc ce qu'il ajoute. Or nous sommes, dit-il, dans ce dernier cas. C'est ce qu'il devait prouver. L'auteur de l'Apologie loue Ralramne pour donner plus de poids à ses livres de la Prédestination. Cela csl encore véritable. Et l'auleur de la rcrpétuilc le deprime pour èler toute sorte d'autorité à son livre , De torpore et sanguine Domini ; de sorte que leur louange et leur blâme regardent directement sa personne. C'est ici que M. Claude s'est lassé de parler sincèrement, et que par une petite fausselé il a cru devoir suppléer ce (jui man(|uail à son argunienl. Car comme il se pouvait fort bien faire que Ralramne (ûl cffoclivemenl louable en sa personne, qu'il eût lait im bon livre, comme celui de la Prédestination , et que néaimioins il en eût lait un mauvais , et qu'ainsi Ton |iût juslcincni blâmer ce mauvais livre sans qu'on blâmât ce livre par sa personne; afin de faire en sorte qu'il eût éié loué cl blâmé en sa personne même, et non par rapport à ses ouvrages, il lallait que le livre De corpore et sanguine Domini eût été blâmé par la qualité de la personne de Berlram ou Ralramne. M. Claude, qui a bien vu la nécessité de celle supposition fausse, ei qui a cru qu'on ne s'amuserait pas à la relever, n'a pas craint de la hasarder, et d'imputer à l'auteur de la Perpétuité d'avoir déprimé la personne de Berlram ponrôter toute sorte d'autorité à son livre. Mais, par luallieiir pour lui , la suite de ces remarques

m'ayanl conduit à parler de celle-là , je me trouve obligé de lui dire que non seulement celle supposition est fausse , mais qu'elle est même ridicule. Car il était impossible que l'auteur de la Perpétuité rabaissât le livre de Berlram par la considération de sa personne , puisqu'il témoigne qu'il ne le connaît pas, ei qu'd n'a pas de sentiment (ixe sur l'auteur de ce livre. Aussi n'y a-l-il pas un seul mot dans tout ce (|u'il dit de Berlram qui ait pu donner lieu à M. Claude de dire qu'il rabaisse cet ouvrage par la considéralion de la personne de Berlram. Et ce que M. Claude en dit n'est fondé , d'une part , que sur la nécessité qu'il a eue de celle supposition fausse pour former son argument, et, de l'autre, sur la confiance dont il s'est flailé qu'on ne s'anniserait pas à la relever; en quoi il n'aurait peut-èlre pas élé trompé, si le discours ne m'y eût conduit.

Car c'est un avis général que je suis obligé de donner en finissant ces remarques, qu'on ne doit pas s'imaginer qu'elles soient faites avec un grand choix, ni que l'on représente ici toutes les fautesde M.Claude, ni même les plus considérables. Le dessein que j'ai eu de léserver ce qui regarde le dogme aux ouvrages (|ue l'on doit publier sur ce sujet , m'a obligé de ne |)oint toinher aux principales, et de me réduire à celles que Ton en pouvait détacher. Entre celles - là même il a fallu se borner à un certain nombre, pour n'ennuyer pas. Peut être que les autres pourront trouver leur place dans la suite des ouvrages que celle contestation produira. Mais je n'ai prétendu ici que répondre à certains reproclics dont j'ai cru que le monde pourrait être frappé , et faire connaître par quelques exen)ples le peu d'exactitude et le peu de sincérité de M. Claude, et combien il a peu contribué de sa pari a faire que les personnes judicieuses confirmassent par leur approbation les louanges rares qu'il lui a pin de se donner à lui - même en divers endroits de son ouvrage. On tirera au moins cel avantage de ces petits éclaircissements , qu'on aura plus lieu dans les ouvrages suivants de ne s'arrêter qu'à la matière , sans être obligé de s'en délournei par ces discussions importunes.

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