‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 51 sur 323 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Justification générale de la méthode de U Peipcluilé , pur rapport au consentement des Grecs et des Orientaux.

Depuis que le dernier voUimc de la Perpétuité de la foi a été donné an public jusqu'à ce dernier temps , les calvinistes, persuadés que le ministre Claude avait pleinement réfuté cet excellent ouvrage, ne l'ont attaqué qu'indirectement , sans employer aucunes nouvelles preuves, mais seulement celles qui leur avaient été fournies par ce ministre. Quelques louanges que lui aient donné ceux de son parti , il n'en a jamais reçu aucune sur la manière dont il avait traité un des principaux points de la dispute , qui est la conformilé de créance et de discipline des églises orientales avec rÉglise romaine louchant TEucliaristie. 11 était aisé de reconnaître sans beaucoup d'érudition que ce fameux défenseur des églises prétendues reformées n'avait opposé à des preuves de fait que des cliicanes et des faussetés insoutenables, et que l'église grecque , telle qu'il la représentait, était une chimère dé truite par tout ce qu'il y a de monuments de plus certains, et par les témoignages de tous les siècles. Les |)lus savants connaissaient encore mieux la faiblesse de tout ce qu'il avait dit sur ce sujet ; et la hardiesse avec laquelle il avait contesté l'autorité d'un n-ès-grard nombre d'actes et d'attestations venues du Levant à l'occasion de cette dispute, sans preuves, sans fondement et sans établir aucun véritable système de la doctrine de ces églises , après avoir assuré fiue la créance de la présence réelle et de la transsubstantiation , aussi bien que l'adoration de l'Eucharistie, leur étaient entièrement inconnues, faisait connaître plus clairement son ignorance. Le lieu commun dont il s'était servi à toute occasion pour traiter de Grecs latinises tous ceux qui soutenaient la doctrine conforme à celle des catholiques sur celte minière , cl de vaincs déclamations sur la facililé de faire tout signer aux Orientaux sur leur ignoraiice et sur les artifices des missionnaires pour répandre dans loul lOrient les opinions de l'Église romaine, oui été toutes les preuves dont il a soutenu ce qu'il avait avancé ; et c'est ce que les auteurs de (a Perpétuité ont fait voir dans leur dernier volume. Ceux qui ont écrit sur ces mêmes matières, ou qui

en ont parlé à l'occasion de quelques autres ouvrages, ont copié ce qu'avait écrit M. Claude ; mais il ne s'en trouve pas ua seul qui ait ajouté la moindre preuve de fait à tout ce que ce ministre avait hasardé tou^t chant les Grecs et les autres chrétiens des communions séparées ; croyant bien que son autorité ferait recevoir ses paradoxes parmi ceux de son parli., et même qu'il se trouverait peu de catholiques capables d'en faire voir la fausseté. Il avait traité de Grecs latinisés tous ceux généralement qui condamnaient la créance exposée dans la Confession de Cyrille Lucar, patriarche de Constantinople. Ainsi tous les Grecs se trouvaient latinisés, à l'exception de cet apostat et de quelques vagabonds inconnus aux Grecs mêmes, qui ont tant de fois condamné et condamnent encore cette pièce, aussi fausse dans ce qu'elle contient que défectueuse dans la forme. Les actes venus du Levant, depuis l'impression du premier volume de /a Perpétuité , avaient frappé toutes les personnes (jui cherchaient la vérité de bonne foi ; et M. Claude n'y avait pu opposer que ce reproche général de Grecs latinisés , et des soupçons très-mal fondés contre ces pièces, qui, étant revêtues de toutes les marques d'authenticité établies parle droit public, ne pouvaient être rejetées conuiic supposées. Le grand nom de ce ministre n'avait pu néanmoins donner aux conjectures qu'il opposait à tous ces actes la force qu'elles n';ivaienl point ; ainsi ses disciples s'étaient contentés de dire, en termes généraux, qu'il avait détruit toutes les conséquences que les catholiques en pouvaient tirer, ce qui n'avait pas empêché néanmoins qu'après tous les éloges qu'on lui domiail, ceux qui examiriaionl les objections et les comparaient avec les pièces originales ne l'abandonnassent sur divers articles qui entraient tellement dans son système, qu'il tombait entièrement dès qu'on recoimuissait qu'il était faux ea quelques-unes de ses parties.

M. Allix , que nos réfugiés savent avoir une Irèigraude érudition, au lieu que le ministre Claude n'en avait qu'une très-médiocre, et que pour ce qui regardait les Grecs il n'en avait aucune , a recoiuiu qu'on ne pouvait soupçonner de supposition le synode de Jassi en 1G42. Cet aveu renferme une rccciuiaissance de l'authenticité de la Confession orthodoxe qui y fut dressée, et par conséquent du synode de Jérusalem tenu en i^T2. Ainsi, par uae suite nécessaire»

LIY. I. EXAMEN DÈS ÉGLISES D'ORIENT AU SUJET DU CONSENTEMENT, etc.

trputce que M. Claude a dit pour donner de l'aulorilé à h fausse Confession de Cyrille Lucar es! renversé; et on penl condamner la doctrine des calvinisies qu'elle conlieni, sans être latinisé. Celui qui a fait imprimer à Leipsik la Confession orthodoxe avec sa traduction, après avoir fait de grands éloges de ce ministre , et rapporté plusieurs passages de ses réponses, avoue nettement qu'il ne peut pas comprendre qu'on puisse traiter de pièces fausses et supposées tant d'attestations des patriarches et des églises du Levant , sur ce qu'elles se trouvent conlormcs à la doctrine drs catholiques. Enfin jusqu'à M. Smith, théologien de l'église anglicane, tous avouent présentement que l'église grecque croit la présence réelle et kl transsuhstanliation ; mais ils se réduisent à une nouvelle chicane, qui estde supposer que cette créance s'est introduite depuis peu parmi tes Grecs, et que, s'ils croient la transsubstanlialion , ce n'est pas celle que croit l'Église romaine.

C'est à quoi se sont réduits les théologiens calvi- Bisles qu'on peut regarder conmie sci ieiix qui ont écrit sur celte matière , au nombre desquels on ne mettra pas l'auteur du livre intitulé : Monuments an- Hienliques de la religion des Grecs , qui s'est engagé dans cette dispute, parce qu'il ignorait absolument tout ce qui était nécessaire non seulement pour en écrire, mais encore pour l'entendre. La haute estime qu'il avait conçue pour M. Claude lui ayant fait regarder toutes les propositions d'où naissent des conclusions si merveilleuses sur la créance des Grecs comme certaines, il s'est mis dans l'esprit qu'il n'était pas difficile de se signaler parmi les siens , en promettant de prouver ce que ce ministre avait avancé en général , sâiis en donner une seule preuve. M. Claude établissait des propositions générales, comme celle ci : Tous h'S Grecs qui croient la transsubstantiation sont latinisés; de même cr./x qui reconnaissent sept sacren)enls , ou qui ret»)ivenl les livres de l'Écriture qui ne sont pas dans le canon des Juifs. Ce nouvel auteur, supposant incontestables des propositions établies sur une telle autorité, en a fait l'application la plus ample qu'il était possible. Car sur cela, Gennadius, Méléiius Syrigus, et les patriarches de Constanlinople et de Jérusalem qui ont condamné la Confession de Cyrille, ou approuvé la Confession orthodoxe, lui ont paru des Grecs latinisés. Une attestation qui contient la doctrine des sept sacrements est fausse par celte même raison , et c'est ainsi qu'il a prétendu détruire toutes les pièces citées dans la Perpéluilé, et réduire cet ouvrage en poudre.

Quelque faux et absurde que soit ce raisonnement, il est néanmoins tiré, par une conséquence trèsjuste, de la maxime générale de M. Claude. L'auteur cependant n'est pas excusable de ce que ne s'étant pas contenté de raisonner, comme il a fait, sur un faux principe, il a cru fortifier ses conjectures vaines et frivoles en y ajoutant, comme preuve» de fait, dés choses qui n'ont jamais été que dans son imagination et qui sont détruites par le témoignage de toute la

Grèce et de tout l'Orient. Quoique son ouvrage ne méritât pas de réponse, puisque, sans autre secours que celui du livre de ta Perpcluilê , on pouvait facilement le confondre, on a cru néanmoins le devoir réfuter, à cause de la facilité avec laquelle on voit que les calvinistes trompent et se laissent tromper sui ces articles. Ce ne sont pas les catholiques seuls qui ont traité la Confession de Cyrille Lucar comme entièrement éloignée de la créance commune de l'église grecque; plusieurs savants proiestants de la confession d'Augsbourg n'en ont pas jugé autrement , et ils ont reconnu l'autorité des synodes de Cyrille de Dcrroée et de Parthénius-!e-\ieux , qui la condamnèrent. C'est ce que le ministre Claude ignorait, ou faisait semblant d'ignorer, ce qui est néanmoins décisif dans celte dispute; et il a encore plus ignoré ou dissimulé les véritables sentiments des Grecs de no're temps sur la Confession de Cyrille Lucar et sur tontes les autres pièces citées par les auteurs de ta Perpétuité.

Ceux-ci n'ont pas donné lieu à leur adversaire de leur reprocher qu'ils avançassent des faits importants sans les établir par des preuves solides; qu'ils en dissimulassent d'aulres , ni qu'ils raisonnassent sur des principes inconnus en pareilles conteslalions, ce qu'ils 0!it avec beaiic(uip de raison reproché au ministre Claude. La question du consentement général de tontes les églises et dans tous les temps, sur la créance de la présence réelle et do la iranssubstantiation, était le point essentiel de la dispute , et il ne s'agissait pas moins d'éclaircir ce que les Grecs et les antres chrétiens orientaux croient présentement, que d'examiner ce qu'ils avaient cru dans les siècles éloignés de nous. Les catholiques avaient établi que tous ces chrétiens, dans les communions séparées de l'Église romaine , croyaient encore la présence réelle et h iranssubslanliation; d'où il était aisé de conclure (jno, puisqu'on ne pouvait marquer dans l'histoire un temps où il parût qu'il fût arrivé sur ce sujet aucun changement, on était en droit de supposer qu'il n'y eu avait jamais eu dans la doctrine. Le ministre Claude s'y était pris tout autrement ; car, supposant que tous les anciens Pères et les auteurs ecclésiastiques, par des expressions qui conduisent naturellement au sens de la présence réelle, n'ont rien signifié que ce que croient les calvinistes, il a conclu d'une proposition très-douleusc, ou pour mieux dire très fausse, que les Grecs ne croyaient pas la présence réelle : et c'est là tout son argument. Mais les catholiques ayant de leur côté toutes les autorités imaginables pour prouver que les Grecs croyaient le contraire de ce que leur attribuait ce ministre, ils raisonnaient assurément plus juste que lui, d'autant plus qu'ils a valent le témoignage de tous les Grecs, et qu'il était très-certain, par leurs livres et par leurs confessions de foi, qu'ils entendaient dans un sens entièrement différent les passages des Pères.

Après donc avoir éclairci, avec autant d'exactitude qu'ont fait les auteurs de ta Perpétuité , [es fausses interprélaiions qu'Aubcrtin et M. Claude avaient est.

PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHANT L^EUCflARlSTIE. 21

]iloyé(;s pour trouver le calvinisme dans les écrits des anciens Grecs . et lait voir que les différents systèmes do CCS ministres , peu" établir un changement total de la créance sur rEncharislie , éiaienl insoutenables, il ne restait plus, pour nn parfait éclaircissement de la vérité, (jne de consiiller les Grecs mêmes , non seulement touchant la doctrine , mais sur plusieurs faits de ces derniers temps, qui y avaient un rapport indirect, mais dont les conséquences étaient décisives, comme était celui de Cyrille Lucar. Il paraissait assez que les calvinistes le croyaient ainsi , puisqu'ils se donnèrent d'abord lant de soins pour publier la Conlession qu'il leur avait donnée en secret , et pour la Taire considérer con)me la créance de toute l'église d'Orient, suivant le li\ux litre que cet apostat lui avait donné. Ce fut sur cela, et sur le fond de la créance reçue parmi les Grecs , qu'on jugea à propos de les consulter, afin de terminer celte question d'une manière qui ne laissât plus aucunes difficultés.

Le ministre Claude et tous ceux de sa communion ne se sont jamais plaints qu'on eût cl'.erché à éclaircir les faits contestés , en demandant les lémoignages des Grecs, puisque personne ne peut nier qu'ils doivent eue écoutés préférablement à tous dans ce qui regarde la foi , la discipline et l'histoire de leur église. M. Claude et tous les calvinistes n'en pouvaient pas disconvenir, puisqu'ils faisaient valoir en toute occasion la Confession de Cyrille, et deux ou trois pièces plus ambiguës. On avait même des preuves certaines que ce minisire n'avait pas négligé celte recherche, puisqu'on a vu par des réponses venues du Levant qu'il y avait envoyé des mémoires très- peu fidèles de la créance de l'Église romaine , pour lirer par cet artifice quelques déclarations qui parussent y être contraires. Il a cherché avec le même soin tout ce qui pouvait être avantageux à sa cause , jusqu'à des lémoignages de particuliers assez peu connus d'ailleurs, qui lui ont fait des romans sur l'état de l" église grecque , dont il s'est néanmoins servi avec autant d'assurance que s'ils eussent eu une autorité incontestable. Il fallait, par exemple, êlre bien crédule P'iur s'imaginer qu'un M. Bazire, Anglais, dont jamais on n'avait ouï parler, etit reçu l'imposition des mains du patriarche de Constantinople; et qu'ensuite il eût prêché le calvinisme publiquement dans les éghses grecques. Voilà cependant une des grandes preuves de M. Claude, parce qu'il a cru que les Grecs ordonnaient ceux mêmes qui ne -sont pas dans leur communion, comme plusieurs ministres français ont été ordonnés en Angleterre par les épiscopaux. S'il avait su comment les ordinations sont célébrées dans l'église grecque, il aurait facilement reconnu que son ami se moquait de lui.

Mais puisqu'il a fait valoir pour la défense de sa cause de pareils témoins, et d'autres qui , parce qu'ils avaient été quelque temps à Constantinople , osaient conie>ier tout ce qu'ils ne savaient point . et croyaient y avoir vu ou entendu ce qui ije fut jamais, il no pouvait pas récuser l'autorité de tous les Grecs ayi ont

été cités dans la Pcrpélnilé de la foi, puis lu'clle se trouvait aussi inconlestablo que les léumignages dont il a voulu se servir étaient faux et incertains. Il a néanmoins été ferme jusqu'à la fin à mainienii sea paradoxes ; et ceux qui connaissaient son caractère ne s'en étonnent pas ; encore moins qu'un homme aussi peu instruit de la langue et de la foi des Grecs qu'est l'auteur des Monuments authentiques , les ait pris comme une source de démonstrations contre les catholiques.

On croit avoir fait voir, par des preuves bien différentes des siennes et de celles de M. Claude, que tout ce qu'ils ont dit l'un et l'auirc sur les Grecs et sur les Orientaux était lellementfaux, qu'il ne fallait p.-^s avoir la moindre connaissance de la doctrine et de riiistoire de ces églises, pour n'en être pas convaincu. Mîiis comme on a voulu être court dans la Défeme de la Perpétuité ; que , par cette raison , il y a eu plusieurs choses qui n'ont peut-être pas été assez expliquées , parce <iu'on voulait suivre l'auteur qu'on avait entrepris de réfuter, plusieurs personnes ont souhaité que cette maiière fût traitée dans un ordre plus naturel , et c'est ce qui a engage à entreprendre cet ouvrage , comme une dernière partie de la Perpétuité de la foi.

Lorsque les auteurs publièrent le piremier volume, ils rapportèrent louchant les chrétiens grecs, et ceux des autres communions séparées, ce qu'on savait de meilleur sur celte matière, qui n'avait jamais été encore suffisammenteclaircie.il n'y avait aucun traité particulier où elle fût bien çxpli(|uée , et la plupart de ceux qui en avaient écrit avaient manqué des lumiès res nécessaires; aucun prçsque n'avait travaillé sur les originaux ; ils s'étaieat contentés de copier , et presque toujours sans discernement, ce qu'ils avaient trouvé dans des auteurs très-méprisables ; ils atiribuaient aux Grecs et aux autres Orientaux des hérésies ou des erreurs dont on ne les pouvait accuser sans calomnie ; ils en passaient et excusaient (|ui ne pouvaient être justifiées; ils en oubliaient plusieurs autres ; et quand on avait lu tout ce qui avait élé publié jusqu'alors sur celte matière, il était très-difficile d'en pouvoir lirer de véritables systèmes de la foi et de la discipline de ces églises.

Il y avait cependant de grands secours pour connaître au vrai l'église grecque. Car le P. Goar, dominicain, (jui avait été employé longtemps dans les missions de ce pays-là, et qui avait une très-vaste connais, sance des livres ecclésiastiques des Grecs, avait traité avec une très-grande érudition ce qui regarde les sacrements, dans l'Eucologe qu'il donna au public avec d'excellents commentaires. M. Habert avait Je mémo fort éclairci la matière de l'ordination dans son Pontifical des Grecs, où il avait établi de grands et solides principes de théologie, pour examiner les rites de l'église orientale, suivant la discipline de l'ancicnno Église, plutôt que sur les maximes de la théologie de l'école ; défaut qu'on reprochait à Arcudius . et avec beaucoup de raison car son ouvrage est pluiôl l'u.g

IIV. I. EXAMEN DES ÉGLISES D'ORIENT AU SUJET DU CONSENTEMENT, etc.

controverse conlimielle contre les Grecs, qu'une ex position fidèle de lenr doctrine et de leur discipline sur les siicrenieiils : il les accuse souvent mal à propos, et il paraît que la rcgio de la loi suivant laquelle ■ il examinait les Grecs s'cloign:iil souvent de la Iradilion, dans la crainte de s'écarter lanl soit peu de ce qu'il avait appris dans l'école ; car il n'avait pas d'autre ll|é!)lpgie, C'est pourquoi il condamna dans les Grecs plusieurs cérén:onies et diverses prières sacramentelles; ce qui ne s'accordait pas avec l'approbation que les papes avaient donnée en plusieurs occasions aux rites grecs. Aussi, quoiqu'il eût composé son Quvr.ige à Rome, où il avait eu des emplois considérables, il ne put l'y faire imprimer , et il l'envoy;! h Paris. Mais on reconnail assez qu'on n'en a pas tiré de fort grands secours pour la connaissance exacte (le l'église grecque moderne ; d'autant même qu'il était trè>-pou versé dans la lecture des livres grecs du moyen ci du dernier âge, quoi(iu'elle soit absolunienl nécessaire.

Léon Allalius , natif de Corfau comme Arcudius, e)i,ccllait en cette partie , et par un travail infatigable il avait lu et extrait un tiés-grand nombre de livres manuscrits de \9, Basse Grèce, Avec ce secours il composa son ouvrage de perpétua Eules'tœ Comensu, dans lequel on trouve plus de bons matériaux que dans 9ncun autre qui ail paru depuis plusieurs siècles. Il csl vrai quMl n'était pas autant versé qu'il eût été à souliailcr dans la théologie ancienne, ce qui fait qu'on ne peut le suivre en plusieurs points importants; mais lors même qu'il s'écarte , il fournil de quoi retrouver le droil chemin.

Le P. Morin, dans ses deux excellents ouvrages de la Pénitence el des Ordinations, avait aussi donné de grands éclaircissements sur ce qui regarde les Grecs et les Orientaux, il n'y avait presque que ces auteurs qu'on pût suivre avec sû,relé ; el ce qu'on trouvait dans les autres sur le même sujet élait si embrouillé, qu'il était extrêmement difficile d'en former un syslème exact de la créance el de la discipline des égli-? ses grecques et de toutes les oriçntales.

Ce qui regardait celles-ci élait encore plus obscur. On ne lisait que deux ou trois auteurs qui étaient entre les mains des théologiens , entre autres celui de Thomas-ij-Jésu , de Conversione omnium genlium, el il s'y trouvait lanl de faussetés et tant de contradictions, qu'on n'en pouvait faire aucun usage ; d'autant moins que des Liturgies et d'autres oflices de ces églises, dont quelques-uns avait été imprimés el traduits en latin, détruisaient la plupart des choses qui se trouvaient dans cet ouvrage. Ceux qui avaient irailé en général des langues el des religions ne rapportaient que des témoignages confus, tirés de toutes sortes de livres, de voyageurs, souvent hommes sans lettres ou remplis de préjugés, de controversisles peu instruits de ces matières ; el les plus exacls , comme Edouard Brérewood, ayant tout ramassé sans choix , ne pouvaient pas faire entendre ce qu'ils n'avaient connu que très- confusément et sans aucune ccnilude.

D'autres, mêlant l'histoire et la controverse, avaient encore plus embrouillé la matière , particulièrement Hotlinger, qui, faisant tous les jours des livres , et ayant (luclquc connaissance des langues orientales, éiail plus capable que personne d'imposer au public, surto.til aux prolestants , accoutumés à se former une grande idée de la cajyacilé d'un écrivain qui cite conlinuellemenl du syriaque, de l'arabe el daulres langues orientales. Ainsi la plupart des calvinistes ont étudié avec grand soin sa Topographie ecclésiastique, et plusieurs autres ouvrages , aussi bien que ses dissertations canfuses sur l'Histoire ecclésiastique, dans lesquelles il a jeté tout ce qui lui |K)iivail tomber sous la main de pièces el de mémoires qui avaient quelque rapport aux églises orientales; cl la réputation qu'il avait acquise plutôt par le nombre que par le mérite de ses livres , lui donnait une grande autorité parmi les gens de lellrcs. Il avait employé une disserlalion à justifier Cyrille Lucar (Anal. Ilist.), à le représenter conmie un saint et comme un martyr , et à lâcher de prouver que sa Confession imprimée à Genève contenait la véritable créance de l'église orientale. A celle occasion il cita plusieurs lettres de Cyrille écrites au ministre Léger, à Diodali el à divers autres, qui servirent, contre son inlenlion, à faire cotmaîlre que ce patriarche était un parfait calviniste, el qu'il n'avait pas donné la confession de l'église grecque, mais la sienne, formée sur celle de Genève , donl il avait souvent copié les propres paroles.

Ce sont ces mêmes letires que l'auteur des Monuments aulhentiques a imprimées tout au long, avec d'ennuyeux et inutiles conmicnlaires , après en avoir néanmoins retranché quelques-unes, qui contenaient des preuves certaines de l'ignorance el de la mauvaise foi de celui qui les avait écrites.

Les auteurs de la Perpétuité de la foi, ayant eu à éelaircir le point qui regardait la créance des Grecs et des Orientaux dans un temps auquel la matière était très-obscure, s'en sont acqniliés néanmoins avec une grande exactitude, pnisipi'on doii reconnaître qu'ils ne se sont trompés en aucune parlie essenlielle de cette laborieuse recherche. Mais comme depuis l'impression du premier vdiume il s'est fait des découveries considérables dans l'é^liso grecque ; que non seulement elle a fou ni un grand nombre d'actes aulhentiques el d'allesUilions qui ont mis en évidence plusieurs faits qui jusqu'alors n'avaient pas été bien connus; qu'on a découvert des auteurs dont on n'avail eu auparavant aucune coimaissance ; que les Grecs ont faii imprimer eux-mêmes en Moldavie el en Valachie la plupart des pièces que les calvinistes ont atlafpiées ; enfi^n qu'on a plus exactement connu qu'on n'avail fait jusqu'alors la créance et la discipline des sectes séparées également de l'église grecque el de l'Église romaine , il était nécessaire d'eu faire un Irailé à part , et c'est ce qui fera le sujet de. cet ouvrage.

PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHANT L'ElOCIiAIUSTlE.

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