CHAPITRE IV
Deiy meUhiles.
Notjs avons dit que sous le nom des melchites étaient compris tous les chrétiens qui reconnaissent en Jésits-Chrisl deux natures unies en une personne , à la distinction des nesloriens qui croient deux personnes et deux natures, et des jacobites qui croient une nature et une personne. Ce mot signifie impérial , et les disciples de Dioscore appelèrent ainsi les défenseurs de la foi du concile de Calcédoine , prétendant qu'ils avaient trahi leur conscience par complaisance pour l'emiiereur Marcien , et qu'ils avaient par des considérationshumainesabandoimé l'ancienne créance de l'Église. Ceux, dit Nicéphore (lib. 18, c. 52), qui demeurèrent attachés à la saine doctrine furent appelés melchites, comme ayant suivi les sentiments du S. concile IV cl deCempereur : car melchi , parmi les Syriens^ signifie empereur ; en quoi il se trompe légèrement par rajtporl .i la langue ; car c'est melk ou malli qui signi* fie roi el empereur. Les jacobites faisaient souvent ce reproehe aux orthodoxes , comme on voit dans la Vie de Chail, quaranle-sixicme patriarche d'Alexandrie, qui , apnl une contestation avec celui des orthodoxes pour la possession de quelques églises , disait devant un prince mahométan, qui en élail le juge (Histor. Alex. Ar. MS. ) , qu'autrefois Satan avait siii* cité un empereur nommé Marcien , qui avait divisé /'Égtise en introduisant une profession de foi toute corrom-
lue , et qu'à celte
PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE. 4'
occasion il avait exilé le fumeux pa- les Assyriens propremeni dits et les Syriens • non seu
tue, ei qiiu vciic un-uon/f. .. «.-.. ,
triarche Dioscore. Isa, iils île Zaraa, jacobile ; Elraacin dans la première partie de son Histoire manuscrite ; Ebnassal et tous les autres, même le mahométan Makrizi, dans son Histoire d'Egypte (tom. 2), en parlent de la même manière, sur la foi des histoires fabuleuses que ces hérétiques répandirent pour déguiser la vérité de tout ce qui s'était passé dans le concile de Calcédoine , et elles se trouvent encore dans les auteurs jacobites que nous venons de citer. Ainsi tous ceux qui reçoivent le concile de Calcédoine sont mis au nombre des melchiles par les Orientaux; et ils en distinguent quelques-uns, comme n'étant pas d'accord sur tous les points de la religion, entre autres les Grecs qu'ils appellent Roum, et les Lalins, qu'ils appellent Francs. 11 est vrai que l'usage ordinaire de ces mots n'a guère lieu que parmi les Orientaux écrivant en syriaque ou en arabe, et il s'est établi avec d'autant plus de facilité qu'il y a plusieurs siècles que les jacobites et les nestoriens ont perdu entièrement l'usage de la langue grecque. Comme chaque secte se prétend orthodoxe, ils ne pouvaient pas appeler ainsi ceux qu'ils ne regardaient pas comme tels. Les jacobites appelaient encoie ft)rt ordinairement Calcédoniens les melchiles, à cause de la profession qu'ils f.iisaienl de suivre les décrets du concile de Calcédoine ; et dans les anciens formulaires pour réconcilier à leur église ceux qui embrassaient leur doctrine , il s'en trouve une particulière pour recevoir les Calcédoniens, c'est-à-dire, les orthodoxes.
Comme néanmoins ce nom de melchile n'a guère d'usage que dans les langues syriaque et arabe, il est souvent employé pour signifier ceux que plusieurs de noi auteurs qui ont écrit depuis les croisades ont appelés Sijïiens, ou Suriens. Ce sont propremeni ceux que nous avons dit être orthodoxes , pour ce qui regarde le dogme de l'incarnation ; et qui en tous les autres points suivent la doctrine et la discipline de l'église grecque, quoiqu'ils fassent les offices, et qu'ils administrent les sacrements en langue syriaque. Les auteurs de ces derniers temp'* qui ont écrit plus exactement sur cette matière (Brerew. , ch. 16), disent aussi que les Syriens ou Assyriens et melchiles sont les mêmes ; et il y a quelque apparence que ce nom leur a été donné par les Latins ; car les Arabes l'écrivent suivant la prononciation latine, et ne se servent pas du mot qui signifie ceux qui sont habitants ou originaires de la Syrie.
Nos auteurs anciens et modernes leur attribuent quelques erreurs; mais comme il est aisé de reconnaître que ce sont les mêmes jmints de doctrine ou de discipline qu'on impute aux Grecs, il est inutile de les examiner à part, et il suffira d'en parler lorsque nous expliquerons ce qui regarde l'église grecque. 11 est seulement à propos de remarquer que ces mêmes Syriens sont appelés Assyriens par quelques-uns de uos auteurs , à cause de la ressemblance des noms ; mais dans le fond il y a une grande dilVérence entre
lement à cause de la différence du pays, et que It nom A' Assyriens n'est d'aucun usage dans les langues orientales, mais par une raison plus essentielle, c'e^t que ceux que nos écrivains du temps des guerres d'outremer appelaient Assyriens, étaient les peuples de l'ancienne Chaldée. Or la plus nombreuse partie des chrétiens de ce pays-là étaient des nestoriens , (|ui établirent des églises dans la Cezirei ou Mésopotamie proprement dite , et ils étaient par consénuent foi l éloignés de la communion des melchiles ou orthodoxes.