‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 55 sur 323 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Des nestoriens , de leur principale erreur touchant

rincarnalion.

Leur nom seul fait assez connaître quelle est leur secte : ils ne le rejetlent pas, et souvent dans leurs écrits ils se le donnent eux-mêmes. Cependant ils prennent plus volontiers celui de chrétiens d'Orient. Ebneltaib, un de leurs fameux théologiens, dans nu traité sur les différentes opinions louchant le mystère de l'incarnation, dit que la première est celle des Orientaux ^ qu'on appelle nestoriens , à cause de Neslorins, patriarche de Constunlinople , dont ils suivent la doctrine. On leur donne néanmoins ce nom mal à propos ; car ce sont les chrétiens orientaux qui ont reçu la (oi chrétienne de Capôtre S. Thadée et de S. Thomas. Cependant l'usage a prévalu , parce qu'ils ont embrassé la doctrine de ce patriarche. Outre les raisons tirées du pays où ils ont eu de très -grands élablissemenls, qui fait une partie considérable de l'ar.cieji diocèse d'Orient, il y en a une plus particulière qui les a fait appeler Orientaux. Comme ils avaient une haine prodigieuse contre S. Cyrille, à cause de ce qu'il fil contre Nestorius dans le concile d'Éphèse, que cependant ils étaient persuadés qu'on ne pouvait appartenir h l'Église si on ne conservait la doctrine ancienne, afin de se justifier de tout reproche de nouveauté, et pour mettre en même temps à couvert la mémoire de Nestorius, ils se prévalurent de l'opposition que Jean , patriarche d'Anlioche, avec les évêqucs orientaux, avait faite pendant quelque temps aux anath^ones dressés par S. Cyrille, pour faire croire que leurs sentiments étaient conformes à ceux de ces évêques, qu'on appelait orientaux parce qu'ils étaient du diocèse d'Orient, comme on appelait communément tout ce qui était soumis à la juridiction du patriarche d'Antiocbe. Ainsi ce nom de chrétiens orientaux est celui qu'ils ont particulièrement affecté, quoique, suivant ce qui a été dit ci-dessus , ils n'aient pas rejeté l'autre. On trouve dans la Vie d'un de leurs patriarches nommé Dadjechua , qui vivait, selon eux , du temps du concile d'Éphèse, leur tradition sur ce stijet, comprise en peu de mots. Jean, patriarche d'Anlioche, disent-ils, écrivit à tous les évêques d'Orient pour savoir leur sentiment sur l'opinion de Cyrille et sur celle de Nestorius Ils approuvèrent celle-ci , et c'est par cette raison qut les Orientaux sont appelés nestoriens.

MV. I. EXAMEN DES ÉGLISES D'ORIENT AU SUJET DU CONSENTEMENT, etc.

On reconnaît par celle tradition que c'est sans aucun fondement que quelques auteurs modernes ont cru que le nom de ncstorlens signifiait plutôt un peuple répandu dans l'Assyrie et dans l'ancienne Chaldce, que les sectateurs de Nestorius. Ils n'ont pas compris que ce que quelques-uns de ces Orientaux envoyés à Rome pour faire des professions de foi avaient témoigné de bouche et pari' écrit, était contraire à l'opinion commune de leurs églises, et tendait seulement à justifier les nestoriens du reproche d'hérésie. Mais le consentement général de tous les autres Orientaux à les condamner, comme a fait l'église grecque, aussi bien que l'Église latine, est d'une plus grande autorité que tout ce que les particuliers peuvent avoir dit ou écrit pour les excuser. Un des auteurs qui doit cti'e lu sur cette matière avec plus de précaution est Pierre Strozza, dans son traité de Dogmatibus Cliatdœorum imprimé à Rome. Il paraît qu'il croyait que diverses expressions très-suspectes et qui portent le caractère du nestorianisme pouvaient être interprétées en bonne part ; et cela n'était fondé que sur ce qu'un député du patriarche des nestoriens, qui était à Ronje sous le pontificat de Paul Y, leur donnait de telles inlerprélalions, contraires à ce qu'ont enseigné les théologiens de celte secte ; et il est aisé de reconnaître qu'il ne les entendait pas.

On ne peut mieux expliquer, ni en moins de paroles, en quoi consiste celte hérésie, qu'a fait le savant P. Sirmond dans ses notes sur le sixième livre de Facundus : Nestorius diias in Salvatore nostro pertor tms finqebnt ; non enim eumdem credebat esse Deum , quem hominem, sed alium Filium Dei , alium filium Blo.riœ. Mariam non esse Qiotômj, sed 'yLpni-zozi-Ao-i, hoc eut, non Deum peperisse sed hominem : et Verbum Filium Dei, non hominem ex Maria faclum susceptâ hu- ■inauà naturà, sed in hominem ex Maria nalum, poslea in baplismo descendisse. Mariam denique templtim Deo genuisse, 7ion ipsum qui in templo habitat. « Nestorius, dit le P. Sirmond, établissait deux personnes dans notre Sauveur ; car il ne croyait pas que Chommc et Dieu fussent le même; mais que l'un était Fils de Dieu, et l'autre fds de Marie. Que Marie n'était pas Mère de Dieu, mais Mère de Christ : c'est-à-dire, qu'elle n'avait pas enfanté un Dieu, mais un homme; et que le Verbe Fils de Dieu ne s'était pas fait homme, en prenant de la sainte Vierge lu nature humaine, mais que dans le baptême il était descendu sur l'homme qui était né d'elle ; enfin qu'elle avait enfanté le temple de Dieu, et non pas celui qui habite dans le temple, i Toutes ces propositions se trouvent dans les confessions de foi et dans les prières publiques des nestoriens. La Vierge y est toujours appelée Mère de Christ, et jamais Mère de Dieu ; les oraisons à Jésus-Christ représentent souvent ces paroles qui lui sont adressées, temple du Verbe, temple de la Divinité. Ils reconnaissent deux personnes; et quelques explications que donnassent ceux dont Pierre Strozza a publié les écrits, elles ne peuvent servir à justifier qu'ils ne crussent pas ce que le concile U'Éphése condamna dans Nestorius, puisque le mot

P. DE LA F. ni

de irpàcciTTov, dont ils ont un peu altéré la prononciation, signifie la môme chose en syriaque et en arabe qu'en grec, comme remanjuent les auteurs jacobiles qui ont réfuté les nestoriens.

Elle, métropolitain de Jérusalem, ensuite de Nisibe, puis catholique ou patriarche des nestoriens en H75, et qui mourut en 1189, a composé un abrégé de la religion chrétienne selon les opinions de sa secte, dans lequel il parle ainsi sur le mystère de l'incarnation. Les nestoriens, dit-il, croient que l'union de la divinité de Jésus-Christ avec son humanité est une union de volonté, d'opération et de bienveillance. Car le Verbe divin est parfait en sa nature et en sa personne. La nature humaine qui lui est unie est pareillement une humanité parfaite dans sa nature et dans sa personne; ni l'une ni l'autre n'est changée et ne souffre aucune altération. Il faut donc qu'il y ait en Jésus-Christ deux personnes et deux natures, unies par Copération et par la volonté.

Le même auteur dans un autre ouvrage, qui est un dialogue sur la religion chrétienne avec un visir nommé Abulcacem El-Mogrebi, répond ainsi à la question qu'il lui avait faite touchant les différentes opinions qui partageaient les chrétiens sur le mystère del'incarnation. Notre foi, dit Élie, est fort différente de celle des melchiles et des jacobiles. Car les premiers croient qu'en Jésus-Christ il y a deux substances, ou deux natures, et une personne ; les jacobites croient une substance et une personne. C'est pourquoi ils sont obligés de reconnaître que le Verbe ,qui est le Fils éternel, est uni avec l'homme pris de la Vierge Marie, par une union naturelle, comme est celle de l'àme et du corps ; ou par une union de composition, comme celle du fer avec du beis dans quelque ouvrage ; ou par une union de mélange, ce qui fait qu'ils rejettent la manière dont nous l'expliquons. Ce qu'il signifie est exprimé par un mot arabe dont les inlerprètes se sont servis dans la traduction de cet endroit de l'Évangile : Spiritus sanctus superveniet ili te, et qui signifie ce que les Grecs chrétiens appellent inifoitYinii, parlant du S. -Esprit et de sa descente miraculeuse et sanctifiante sur quelque personne ou sur quelque chose. C'est ce mot dont les seuls nestoriens se servent pour exprimer l'incarnation, elqui convient plus qu'aucun autre à leur opinion, qui exclut l'union personnelle que croient les orthodoxes, et la substantielle que soutiennent les jacobites. Cette descente ou inhabitation de Dieu, dit ie même Élie, est d'honneur, de bienveillance et de volonté, et n'est pas selon l'essence et selon la substance. C'est ainsi, dit-il en un autre endroit, qu'est uni le Fils éternel avec l'homme pris de Marie ; et il est devenu un Christ et un Fils par l'union de volonté; par conjonction, par dignité, et non pas selon la nature, ou selon la personne. Et pour marquer qu'il n'en a pas enteiulB d'autre , après avoir dit que Jésus-Christ a dit de lui-même qu'il était Fils de Dieu, il répond que, selon le style ae la sainte Écriture, ces mots doivent s'entendre de l'excellence infinie communiquée à Jésus-Christ homme par l'union, telle qu'elle vient d'être expliquée, et point au-i trement.

(J)euœ.)

PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE. 44

Ebnellaïb, théologien célèbre de la même secte , Amrou, (ils de Matthieu, et d'autres auteurs, s'explifjuent dans les mêmes termes, et les jacobitcs qui en cil l rapporté divers passages ne peuvent être soupçonnés de leur avoir attribué des opinions qu'ils n'ont pas. La seule différence qu'on remarque est que quelques nestoricns disent que le Fils de Dieu s'est uni par celle inbabitation expliquée ci-dessus au Fils de Marie, dès le moment qu'il est né; et que les autres soulienneni qu'il était demeuré comme les autres hommes jusqu'à son baptême ; qu'alors le S.-Esprit descendit sur lui, et que lorsqu'on entendit ces paroles : Cest ici mon Fils bien-aimé, etc., il fut fait Fils de Dieu. ( Cassian., de Incarn., 1. 6, c. 14.)

Mais, au lieu de soupçonner les jacobites et les melchites d'avoir attribué aux nestoriens des opinions odieuses, on peut dire qu'ils les ont ménagés avec excès; et la cause n'en est pas difficile à pénétrer. Car ce même ÉUe, dont les paroles ont été rapportées, continuant à expliquer sa pensée suivant la doctrine commune de ceux de sa secte, pour prouver que Jésus-Christ n'était Dieu que métaphoriquement, et par la plénitude de grâce cjue produisait l'inliabitalion du Verbe, qui le mettait dans un rang supérieur à tous les prophètes et aux plus excellentes créatures , cite l'A Icoran, où il est appelé le Verbe de Dieu : i Jésus, Fils de Marie, n'est autre que l'Esprit de Dieu et son Verbe qui est descendu sur Marie. » Et dans un autre endroit : 0 Jésus, Fils de Marie, f accomplirai mes promesses à votre égard, et je vous élèverai au plus haut degré d'honneur et de dignité. Puis il .ajoute : Donc , comme celle humanité de Jésus a été élevée à une perfection supérieure à celle de toutes les autres créatures , et que jamais autre homme n'a eue, il fallait que l'inhabitation du Créateur, sa descente sur lui, sa manifestation dans lui, eussent aussi un souverain degré de perfection : et c'est ce qui est dit dans l'Alcoran : < Je vous élèverai jusqu'à moi ; non pas seulement jusqu'au ciel, i Ainsi ce qui est dit dans l'Évangile : t Vous êtes mon Fils bien-aimé, dans lequel j'ai mis toute ma complaisance ; » et dans les Psaumes : < Le Seigneur m'a dit : Vous êtes mon Fils, je vous ai engendré aujourd'hui, i •hit être entendu en sorte que ces paroles signifient qu'il a été élevé à une souveraine dignité.

Les jacobites ne rapportent aucunes expressions semblables des nestoriens, parce qu'ils n'auraient pu îe faire sans leur reprocher une impiété qui n'a jamais tu d'exemple dans les autres sectes ; mais qui aurait pu offenser les Mahométans, sous lesquels ils vivaient. Il n'y a en effet rien de plus horrible pour des chrétiens que de se servir de l'autorité du faux prophète pour expliquer le mystère de notre salut ; et d'y employer des paroles qui ne peuvent être prises dans le sens de cet imposteur, sans détruire ce que nous croyons sur la Trinité. Mais Élie n'est pas le seul neslorien coupable de cette impiété. Amrou , autre théologien, après avoir expliqué par un long

Oiscours la même doctrine, et établi, selon ces mêmes principes, que Jésus-Christ a dû être appelé Fils de

Dieu avec beaucoup plus de raison que les saints et les prophètes, à cause de l'union avec le Verbe, delà divinité duquel il était rempli d'une manière plus excellente qu'aucune autre créature, dit que cette grande vérité sur la dignité infinie de Jésus-Christ avait été inconnue à la plupart des Arabes jusqu'à l'avénemenl de Mahomet, qui avait rendu témoignage à la vérité touchant ta manifestation de Jésus-Christ, sa naissance miraculeuse, ses miracles et sa résurrection. On a quelques autres traités de ceux de la même secte , qui tous expliquent l'union des deux natures en Jésus-Christ de cette manière, comme les précédentes confessions des auteurs que nous avons rapportés. Ils diseiit à la vérité que Jésus-Christ est un ; qu'il n'y a qu'tm Fils, qu'un Christ ; et même quelques-uns disent qu'il n''y a qu'une personne ; mais c'est que , comme ils ont, deux mots pour signifier personne, ayant établi qu'il y avait deux personnes en Jésus-Christ , comme ils ne peuvent pas nier que le Fils de Dieu csl uni avec le fils de Marie, ils disent qu'il y est en une seule personne ; donnant à cet autre mot, qui est le îtpiiwjiov des Grecs, un sens particulier inconnu à tous les autres chrétiens, et qui, selon eux, exclut l'unité de nature ei de personne.

On peut juger par ce que nous avons rapporté des nestoriens, tiré des écrits de leurs théologiens, qu'ils ne sont pas moins dans l'erreur que Nestorius même et ses premiers disciples ; de sorte qu'on ne peut sans témérité les justifier en partie, comme ont fait quelques auteurs, entre autres Pierre Strozza, qui crut trop facilement ce qui lui fut dit par ceux qui vinrent à Rome sous le pontificat de Paul V. Car ils se servirent à peu près des mêmes expressions qui se trouvent dans les auteurs qui ont été cités, Lâchant seulement de leur donner un sens qui approche de celui des catholiques; mais les jacobites qui les combattent trouvent qu'elles ne peuvent s'accorder avec la doctrine du concile d'Éphèse, ni avec celle de S. Cyrille, et par cette raison ils les rqettent. Le respect que nous de- A ons îivoir pour les décisions de l'Église nous engage à n'être pas moins scrupuleux sur ce sujet que les jacobites, quoiqu'ils soient tombés dans une autre extrémité; et h ne pas croire, comme ont fait phisieuis modernes, que celte hérésie n'était qu'une dispute en l'air et qui roulait toute sur des paroles, ce que les uns (ni dit par impiété, cl les autres par ignorance. Mais puisqu'on voit que les théologiens ei les patriarches même de celle secte, comme était ÉUe, trouvaient de la conformité entre les passages de l'Alcoran qu'ils cilenlet leur opinion sur Jésus-Christ, il n'est pas possible de douter qu'elle ne soit très-mauvaise. Si on examine avec attention l'apologie de l'archidiacre Adam, envoyé à Rome par le patriarche Élie sous Paul V, ce qui n'est pas aisé à faire, tant la traduction est obscure, et si on en compare les expressions avec celles des théoic2'''rs r.Ciloiiiins, on y trouvera une trop grande conformité pour croire que les explications qu'il donne des dogmes sur l'incarnation puissent être reçues. Car, en un mot, tout ce qui s'y trouve

45 LIV. I. EXAMEN DES ÉGLISES D'ORIENT AU SUJET DU CONSENTEMENT, etc.

louchant l'union s'enlend de celle qu'ils appellent (Yinhabilation, comme dans un temple, d'honneur, de bienveillance, de dignité et de communication depuissance. C'est ce qu'on reconnaît non seulement dans les écrits Ihéologiques, mais aussi dans les paraphrases Persiennes de l'Écriture sainte, qui se trouvent dans les Leclionnaires des chréliens du pays, la plupart nesloriens. Dans un de ces livres ces paroles : JUqualem se fncieiis Deq, sont ainsi expliquées : Égal à Dieu en puissance, en dignité et en opération, par Cunion avec le Verbe éternel.

C'est aussi ce que les nesloriens entendent par le mot dont ils se servent volontiers, et même avec tant d'affectation, que la plupart des Mahomélans, qui ont eu plus de commerce avec ceux de cette secte qu'avec les autres chréliens dans le commencement du Mahomciisme , croient qu'il est communément reçu dans toute l'Église. Ce mot est IVU, haloul, qui répond au mot grec ènifoiTosiç, comme il a déjà été dit, et sur lequel il est nécessaire de donner quelque éclaircissement. Dans l'Écriture sainte et parliculièrement dans l'Évangile, il est employé pour signifier une inhabilalion do grâce, ou un effet miraculeux de la toute-puissance de Dieu, pour produire quelque chose de surnaturel, comme le mystère de l'incarnallon dans la sainte Yierge. Les orthodoxes et les jacobiles disent communément que le Saint-Esprit est descendu par cette sorte d'inhabitation dans la sainte Vierge, pour la sanctifier, et pour former en elle et de sa substance le corps dans lequel le Fils de Dieu s'est incarné. Mais ils ne disent jamais que le Saint-Esprit soit descendu de celle manière sur Jésus-Christ dans le moment de l'incarnation; encore moins que le Fils de Dieu soit descendu sur le Fils de Marie : cette expression est particulière aux nestoriens, et renferme, ï^cîon les orthodoxes et les jacobites, tout le venin de celte hérésie; parce qu'elle réduit l'union à une inhabilalion et plénitude de grâce sanctifiante, qui est à la vérité, de l'aveu des nestoriens mêmes, fort supérieure à celle des prophètes et des plus grands saints;

.lis elle ne signifie point l'union substantielle de

eu et de l'homme en une seule personne, selon les ...ihodoxes, ou en une seule nature, selon les jacobites ; de sorte qu'elle n'est qu'accidentelle dans l'opinion des nestoriens : Dieu ne s'est point fait homme, et l'homme n'a point été fait Dieu.

C'est ce que les jacobites et les melchites disent contre la manière dont les nestoriens expliquent le mystère de l'incarnation; leur reprochant aussi, comme ont fait les -anciens Pères, que si Jésus-Christ n'était pas Dieu par celle union intime que l'Église enseigne, mais seulement parce que le Fils de Dieu habitait en lui comme dans son temple, on ne pouvait pas l'adorer; et que celui qui adorait Jésus adorait un homme et non pas un Dieu. Ainsi tout ce qui a été rapporté ci -dessus des auteurs nesloriens et des jacobites prouve Ires-cerlainement que ce que les Pères et les conciles ont condamné dans Nestorius est cn&eigné par ses disciples. Ce qui a été remarqué par

les anciens, que Diodorc de Tarse et Théodore de Mopsueste avaient jeté les fondements du nestorianismc, est aussi confirmé par tous les auteurs orthodoxes et jacobites. II en reste même une preuve dans les offices des nestoriens ; car le vendredi de la cinquième semaine après l'Epiphanie, ils font commémoration des docteurs grecs, qui sont Diodore, Théodore et Nestorius, ce qui fait voir qu'ils approuvent leur doctrine.

On apprend par les témoignages de Cassien, de S. Prosper, de Phoiius et de quelques autres auteurs, une erreur de Nestorius qui n'était pas moins énorme que celles dont il a été parlé, et qui consistait en ce qu'il disait que Jésus-Christ, étant né homme comme les autres , éiait parvenu à la gloire et à la puissance de Dieu par ses propres mérites, et non par l'union avec la nature divine; qu'ainsi la Divinité n'était pas en lui par la propriété de la Divinité qui lui avait été unie, mais qu'il l'avait méritée par ses travaux et par sa passion. Solitarium quippe hominem Dominum nostrum Jesum Christum natum esse blasphemans , hoc quod ad Dei posiea honorem potestatemque pervenit humain merili, non divinœ asseruit fuisse naturœ; ae per hoc eum divinitatem ipsam non ex proprietate unitce sibi divînitatis semper habuisse, sed postea pro prœmîo laboris passionisque meruisse. (Cass., de Incarn., I. 1, c. 2.) S. Prosper: Nam Christum pietate operum et mercede volentes esse Deum in capitis fœdere non stetimus. C'est aussi ce que Pholius confirme , marquant la conformité du pélagianisme et du neslorianisme. Car ayant dit que les pélagiens croyaient que par la puissance naturelle du libre arbitre l'homme attirait le Saint-Esprit ou le rejetait, il ajoute : < Les nestoriens ont osé dire la même chose touchant le chef qui est Jésus-Christ ; et que celui qui naquit de Marie, par le mérite de son libre arbitre naturel se trouva accompagné du Verbe, et que, par cette seule dignité et par la ressemblance de nom, il participa la Filiation avec le Verbe (1). » Il ne se trouve rien cependant dans les écrits des nestoriens modernes, ni dans ceux des tiiéologiens jacobites ou orthodoxes qui les ailaquent, d'où l'on puisse prouver qu'ils aient connu cette erreur pernicieuse. Ils peuvent l'avoir perdue avec le temps, ou les autres sectes peuvent l'axoir ignarée, parce que tout ce qui a rapport au pélagianisme leur est entièrement inconnu. Dans les plus amples collections de canons on trouve quelques titres de ceux des synodes d'Afrique contre les pélagiens, mais à peine connaissent-ils le nom de Pelage, de Cclcstius et de leurs principaux disciples (2).

(1) AW" è yîv>)9«U Ix Mecplui^Siù ti^w t^î fvauijç jr/soeccpéuEMâ àÇfav er^sv l7ti//«vov tJv Xôyov , fiàvri t^ àf&fxal tJ è/jiUmfxlxxExoniUTiYixùi tO iiyw t>)s ùiryjTOç. Phot.,Cod. 54.

(2) Ces paroles ne doivent pas s'entendre des collections grecques, mais des syriaques et des arabes, des nestoriens, jacobites et autres, dont on vient de parler. On sait bien que les Grecs ont la plupart des canons des conciles d'Afrique contre les pélagiens ; et le passage de Photius qu'on vient de citer en est une preuve.

47 PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE

II faut croire néanmoins que les nesloriens des lemps moyens ont cm quelque chose d'approchant, et il s'en trouve une raison, qui, paraissant éloignée, est néanmoins assez vraisemblable. Elle se lire de ce <]ue les auteurs mahométans disent assez ordinairement de Jésus-Christ , non pas à la vérité qu'il soit devenu Dieu par ses propres mérites, puisqu'ils ne le reconnaissent pas pour tel, même en la manière dont s'expli(|ucnt les nestoriens; ni pour la plus excellente des créatures, puisque Mahomet est celui auquel ses sectateurs donnent cette prééminence, mais qu'f/ est devenu céleste, et qu'il est nionlé au ciel. Car ils disent que c'est par son propre mérite ; et un fameux auteur d'un poème persien, qui est en grande estime parmi les mystiques mahométans, ayant dit qu'avec un détachement parfait de soi-même on trouvera le chemin par' tes propres lumières, il ajoute : Comme Jésus, qui, étant prophète , est devenu céleste , et s'est élevé à un degré de gloire auquel ni ange ni apôtre n'était arrivé. On a dit déjà que les nestoriens n'avaient pas la même horreur que les autres chrétiens de ce que les mahométans disaient de Jésus- Christ. 11 faut ajouter que comme les premières conquêtes de ces infidèles furent dans la Syrie et dans la l'erse, qui étaient remplies de neàtoriens, presque tout ce que les premiers écrivains du mahomélisme ont écrit de Jésus-Clirist est plus conforme à l'opinion des nestoriens qu'à celles des autres chrétiens, sur lesquels mêmes ces hérétiques durant longtemps avaient obtenu une supériorité absolue par les privilèges des califes, fondés sur ce qu'ils les trouvèrent établis dans les pays de leur première conquête ; et qu'ils furent les premiers qui s'établirent à Bagdad lorsque le calife Almansor, l'ayant bâtie, la fit capitale de l'empire. Ce ne pouvait donc être que par les nesloriens qu'(uic si étrange théologie fût passée aux Mahométans; car nous n'entrons pas dans le détail de ce que la plupart des écrivains grecs ont remarqué du moine Sergius, ou Béchira, comme l'appellent les Arabes , duquel ils prétendent que Mahomet avait appris ce qui se trouve répandu dans l'Aicoran loticiiant la religion chrétienne ; ce qui reviendrait toujours à ce qui a été dit, que ce qui s'y trouve touchant Jésus- Christ a beaucoup de rapport au dogme des nestoriens.

Page 1