LIV
Nous trouvons donc qu'au concile de Bâle en 1433 (Concil. Lab. , 1. 12, p. 1072), Jean de Raguse, dominicain , fit un long discours en réponse à ce que Jean de Rokyzana avait dit le 16 janvier, dans lequel il avança, entre autres clioses, que Pelage et Neslorius avaient donné l'Eucharistie sous les deux espèces , parce que le dernier croyait que sous l'espèce du pain il n'y avait que le corps de Jésus-Christ , et que le sang n'y était pas , mais sous l'espèce du vin : que Pelage ordonnait pour le même sujet qu'on donnât la communion aux enfanis après le baptême ; et que s'ils ne pouvaient pas la recevoir sous l'espèce du pain, il la fallait mêler avec celle du vin. Or, comme il n'y a pas de théologien qui ne reconnaisse présentement que ce qui paraissait à ce religieux, non seulement un abus , mais une hérésie , élait la pratique de tonte l'ancienne Église, il serait inutile d'examiner ce qu'en peuvent avoir dit d'autres auteurs de ce temps-là, qui n'en savaient pas plus que lui, et (jui n'ont pas plus d'autorité. Quand il y en aurait un très-grand nombre, ils ne prouveraient rien contre les nestoriens , sinon ce qu'on reconnaît par le témoignage de quelques antres un peu plus anciens et aussi ignorants, mais de meilleure foi , que quand ils ont accusé les nestoriens sur cet article, ce n'a été que parce qu'ils voyaient la coumiunion sous les deux espèces établie par leur discipline, ce qu'ils regardaient comme un grand abus, quoiqu'ils n'alléguassent pas une raison aussi fausse que celle dont se servit Jean de Raguse.
Pierre, évêquc de Mélicba, jacobite, reproche aux nestoriens qu'ils donnent TEucharistie dans la main de ceux qui communient : on peut juger s'il les aurait ménages sur la foi de ce mystère, en cas qu'ils ne l'eussent pas cru comme les apures reçus par tous les chrëliens, puisqu'il leur reprochait une coutume pratiquée .'iutrefois dans toute l'Église. Enfin les témoignages d'Élie le Catholique et des autres théologiens, qui seront rapportés ailleurs, démontrent que les nestoriens n'ont aucune erreur particulière sur ce sujet, puisque même Élie reconnaît le changement de substance qui est le point décisif.
Ils se servent de pain levé, comme les autres Orientaux, et ils y ajoutent du sel et de l'huile, ce qui est remarqué comme un abus par quelques écrivains arabes et européens; avec raison, pui qu'on ne trouve pas que l'ancienne Église ait pratiqué rien de semblalje. Quelques auteurs emploient des raisons mystiques pour justifier celle coutume, et il est inutile de les rapporter. Ce que ceux du pays, lorsqu'ils ont été consultés, ont dit de plus raisonnable sur ce sujet, est qu'on ne mêie qu'un grain ou deux de sel dans la pâte avec laquelle on forme le pain qui doit être consacré; et qu'à l'égard de rhuile,lc prêtre en verse une goutte dans le creux de sa main lorsqu'il forme ce pain, afin que la pâte ne s'y attache pas.
Ils ont une cérémonie qui peut avoir donné lieu à ces autres coutumes, et c'est ce qu'ils appellent le renouvellement du saint levain. Ils ont pour cela un office particulier avec diverses prières, qu'on prononce en même
temps que le prêtre prenant delà fleur de farine, et la pétrissant avec du levain, il y mêle une partie de celui qui a servi la dernière fois qu'on a préparé des pains pour la Liturgie. Leur tradition est qu'ils ont ainsi conservé jusqu'à ces derniers temps le levain dont était le pain dans lequel Jésus-Christ inslilu» l'Eucharistie; ou, selon d'autres, celui que S. Thomas et S. Thadée apportèrent en Syrie lorsqu'ils y vinrent prêcher le christianisme: car, suivant une autre tradition, ils croient que les apôtres avant leur séparation célébrèrent ensemble la Liturgie, et qu'ils emportèrent chacun une partie du pain qui y avait servi. II n'est pas difficile de reconnaître que celte fable est fondée sur l'ancien usage des eulogies, quo les évoques s'envoyaient les uns aux autres pour symbole de communion. De même parce qu'ils mêlent l'ancien chrême avec celui que le catholique consacre tous les ans, ils disent que c'est le même que leur apporta S. Thomas.
Alexis de Ménesès trouva un abus bien plus grand, selon le rapport de son historien : et c'était qu'au défaut de vin véritable ils se servaient d'un suc tiré de raisins secs détrempés dans de l'eau, ou de vin de palnner, tel qu'on le fait dans les Indes. Il Aillait que cet abus fût local; cl on n'apprend rien d'ailleurs sur cet article.
Les nestoriens ont le baptême, la confirmation, qu'ils administrent en même temps, l'ordination, la hiérarchie, la réconciliation des pénitents, la bénédictioîî des noces et l'onction des malades; le tout à peu près selon Ici cérémonies communes à l'église grecque, dont toutes celles d'Orient ont été tirées.
lisent trois Liturgies, l'une qu'ils appellent des apôtres, c'est-à-dire, de ceux qu'ils considèrent comme tels, cl qui sont S. Thadée et S. Maris; celle de Théodore de Mcpsueste, qu'ils appellent Vlnterprète, à cause du grand nombre de commentaires qu'il avait faits sur la sainte Écriture, et celle de Nestorius. Elles paraissent plus anciennes que toutes celles qui sont en usage dans le reste de l'Orient, et plus conformes à l'ancien rit de Conslanlinople, qui se trouve dans la Lilurgie de S. Jean Clirysosiôme. Ils ont outre cela les offices de tous les sacrements, et leurs prières publiques selon le cours de l'année.
Par une coutume particulière à cette secte, depuis plus de mille ans, en quelque pays que les nestoriens aient établi des églises, le service s'y est fait en langue syriaque. 11 n'y avait rien d'extraordinaire en cela pour la Syrie, la Mésopotamie et les provinces voisines où celle langue était vulgaire. Mais comme toutes leurs autres églises avaient été fondées par des évoques envoyés de Syrie, ils y portèrent la sainte Écriture cl les offices ecclésiastiques en cette même langue, quoiqu'inconnue au peuple. Ainsi on trouve que les nestoriens de Perse faisaient l'office en syriaque, de même que ceux de Chorasan et de Tartarie, et enfin ceux des Indes et de la Chine. La preuve pour ceux des Indes est bien certaine par ce qui en est rapporté dans le synode de Diamper; et on a vu ici des Litur-
gg PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE,
gies syriaques avec des instructions et quelques pièces traduites en malabar. A la Chine la même langue était en usage parmi eux, comme on le voit par l'inscription syriaque et chinoise, trouvée en 1625 dans la province de Xensi (China illustr., p. 12, usq. ad p. 46) ; le même usage était dans l'île de Chypre, où on n'entendait pas plus le syriaque qu'à la Chine.