‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 59 sur 323 · LIV. I. EXAMEN DES ÉGLISES D'ORIENT · texte numérisé non relu

LIV. I. EXAMEN DES ÉGLISES D'ORIENT

bus fort anciennes parmi les Arabes, qui avaient reçu la foi chrétienne dans les premiers siècles de l'Église, el qui l'avaient conservée pendant que les autres tribus étaient engagées dans l'idolâtrie, dans le culte superstitieux des astres, et quelques-unes dans le judaïsme. Ceux de Mira , de Cufa et de Bassora, illustres parmi les Arabes, avaient aussi droit de suffrage.

L'évêque de Cascar, ville assez voisine de Modaïn, bâtie sur les ruines de l'ancFenne Sélciicie, avait l'atiniinistralion du siège vacant, ou à son défaut l'évêque deWasith, ou quelque autre plus prochain. Il avertissait les métropolitains par des lettres circulaires de la mort du catholique, et les convoquait pour l'élec tion de son successeur, à laquelle présidait le métro politain de Jondisapour accompagné des autres princi paux, qui étaient ceux deNisibe, de Mosul, d'Arbelies, de Bajerma ou Marlyropolis , de Iloloiian et de Bassora,

L'assemblée pour l'élection se tenait ordinairement à Modaïn, dons une ancienne église appelée Dir-Cani, même depuis que le siège des catholiques avait été transféré à Bagdad.

Lorsqu'on était d'accord sur le sujet qui devait être élu , le plus ancien des métropolitains publiait l'élection , qui était précédée d'un jeûne , de prières et d'une liturgie solennelle. S'il y avait des conlestalior.s qui ne pussent être terminées à l'amiable, on les terminait par le sort, ce qui se faisait en cette manière : Les noms de trois qui avaient le plus de voix étaient écrits dans des billets ou sur des balotes , et on en ajoutait un quatrième qui était le nom de Jésus-Chris?^ le souverain Pasteur. On les mettait sous l'autel, et après avoir célébré la liturgie dessus , pour demander à Dieu qu'il déclarât sa volonté , on mettait les noms dans une boîte , et on les faisait tirer par un jeune enfant, qui était encore dans l'innocence. Celui dont le nom était tiré le premier était aussitôt jiroclamé catholique. Que si on tirait d'abord le nom de Jésus-Christ , on regardait cela comme une preuve certaine que Dieu n'approuvait l'élection d'aucun des trois, et on revenait aux suffrages pour en nommer trois autres. Cette manière de décider par le sort les élections contestées était aussi en usage à Alexandrie parmi les cophtes ou jacobites.

Lorsque la proclamation de celui qui avait été élu se faisait dans l'église, le clergé et le peuple l'approuvaient en disant : ÂÇws, il est digne, ou par les propres paroles de la préface : Dignum et juslum est, ce qui se pratiquait pareillement parmi les cophtes. On dressait un acte qui était signé par les métropolitains, les évêques et les jirincipaux du clergé et du peuple, par lequel ils approuvaient l'élection ; les évêques absents pouvaient envoyer leur consentement par écrit. 11 fallait ensuite obtenir des princes, ou des magistrats mahoraétans , la confirmation de l'élection et la permission de sacrer celui qui avait été élu, et à celte occasion les Mahométans ont presque toujours tiré d'eux de grandes sommes. Avant la cérémonie de l'ordination, les évêques obligeaient le nouveau patriarche à

AU SUJET DU CONSENTEMENT, etc. G2

signer un acte par lequel il promettait de se conduire selon rÉvangile et selon les canons des apôtres; qu'il conserverait la véritable foi el les décrets des synodes d'Orient et d'Occident, ainsi que ceux des trois Pères, Diodore, Théodore et Nestorius; qu'il ne recevrait point ie présents, qu'il extirperait la simonie; qu'il ne retiendrait pas les églises vacantes , mais qu'// les pourvoirait ie bons évêques; qu'il ne serait à charge ni au clergé ni %u peuple ; qu'il ne donnerait pas deux évêchés à une même personne : enfin qu'il gouvernerait l'église selon les lois. On trouve une semblable formule qui fut dressée par le catholique Joliana ou Jean , fils d'Isa, ordonné l'an 900 de Jésus-Christ, et elle fut suivie par plusieurs autres.

On dressait aussi alors des règlements en forme de canons sur la discipline ecclésiastique ; et comme ils étaient signés par le nouveau catholique et par tous les évêques assemblés synodalement, on les appelait sijHodes. C'est de ces sortes de constitutions synodales que se doivent entendre plusieurs endroits du Catalogue ou Bibliothèque de llébedjèsu (p. 115, 117, 118), impriméparAbrahamÉcheiionsis, et non pas de conciles anciens. Ces actes étaient toujours en syriaque aussi bien que tous ceux qui regardaient l'élection et la confirmation du catholique, et les nestoricns les ont toujours dressés en celte langue, qui est sacrée parmi eux , comme les cophtes les dressent en langue égyptienne, et nous en latin.

Après que la permission de sacrer le nouveau patriarche avait été obtenue du calife , ou des autres qui commandaient à sa place , ou faisait la cérémonie du sacre dans l'ancienne église de Modaïn , avec les prières et les rites qui sont marqués dans le Pontifical qu'a fait imprimer le P. Morin. C'est un très-grand abus et très-ancien dans cette secte , que les catholiques , quoiqu'ils eussent déjà reçu l'ordination episcopale (presque tous ceux dont nous avons l'histoire ayant été pris du nombre des évêques ou des métropolitains) étaient ordonnés de même que s'ils n'eussent pas déjà reçu le caractère episcopal, ce qu'on ne trouve dans aucune autre église. Les Grecs, quoiqu'ils aient été depuis plusieurs siècles fort peu attentifs à l'observation des canons contre les translations des évêques , et que la plupart des patriarches de Constanliiiople aient été ainsi transférés d'autres églises auxquelles ils étaient attachés par le lien sacré de l'ordiiiation, n'ont jamais pratiqué d'autres cérémonies que celles de l'intronisation , sans aucune nouvelle imposition des mains. Les jacobites syriens du patriarcat d'Anlioche ont aussi souvent été transférés; mais les rites sacrés de l'ordination ne se pratiquaient point à leur égard. 11 n'y a pas eu de communion chrétienne où les translations aient été plus fréquentes que parmi les nestoricns ; et quoique cet abus soit très-grand , il n'est pas comparable à celui d'une ordination réitérée et toute nouvelle, comme ils font celles de leurs patriarclics : car ils leur imposent les mains, ils disent les mêmes prières et les mêmes formules qu'à l'ordination des évêques , sans excepter

PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE

celles dans lesquelles , selon l'opinioii de M. Habert, du P. Morin et des plus habiles théologiens , doil consister la forme du sacrement. On peut juger du peu d'exactitude de ceux qui ont écrit sur ces matières , puisque parmi les erreurs et les abus dont ils accusent les nestoriens ils ne marquent pas celui-là, qui est un des plus grands. L'église cophtc d'Alexandrie est dans une pratique bien di0erenle, puisque depuis S. Marc jusqu'à ces derniers temps , aucun patriarche n'a été transféré d'une autre église à celle-là.

Après Tordinalion, le nouveau catholique revenait h Bagdad , ofi les principaux des tribus , des habitants de Modaïn et des autres chrétiens qui lui étaient soumis , venaient le recevoir sur le bord du Tigre. Ils le conduisaient en pompe au monastère appelé Dir- Callili du catholique , qui était la maison patriarcale. Les jours suivants on le conduisait au palais du calife, qui lui donnait la veste d'honneur , une espèce de bonnet et le bâton pastoral, à quoi, suivant sa bonne volonté, il ajoutait d'autres présents; et il fallait que le catholique fît aussi les siens. Il était conduit à cette audience par les officiers du calife, avec une escorte de gardes , et on pratiquait à son égard les mêmes cérémonies qu'à l'égard du chef des Juifs , que les Arabes appellent rflse//«/ou<; c'est-à-dire, chef des exilés; et les Grecs aîx/'K)wTàp/vîç, selon la description qu'en fait le Juif Benjamin , dans son Itinéraire.

L'autorité du catholique était très-grande; car suivant les constitutions reçues dans sa communion il était le chef suprême de l'église nestorienne, avec une entière indépendance; et outre ce pouvoir, qui pouvait paraître légitime , il en avait usurpé un plus grand et presque sans bornes. Il instituait les évêques et les métropolitains , il érigeait des évêchés et des métropoles; il dispensait des canons, réunissant et désunissant ces mêmes évêchés; il excommuniait les évêques et les métropolitains ; mais il pouvait être déposé par un synode. Plusieurs de ces catholiques ont été des hommes ambitieux , avares, sinioniaques, violents, qui par leur mauvaise conduiic scandalisaient les chrétiens qui leur étaient soumis , de sorte qu'il y en a eu un grand nombre qui ont renoncé au ncstorianisme et même au christianisme.

Il y en a eu cependant quelques-uns distingués par leur bonne conduite et par leur science , comme sont la plupart de ceux dont Hébedjésu fait mention dans son Catalogue : car presque tous ceux dont il parle étaient nestoriens. Cependant il reste fort peu d'ouvrages de théologiens considérables dans cette secte, si on en excepte deux ou trois auteurs , comme Israël, évoque de Cascar , Ebnellaïb , qui a travaillé sur l'Écriture sainte, et quelques autres qui sont cités avec éloge par les jacobitcs mêmes , et le nombre de ceux-là est très-médiocre. La principale étude qui les occupait était celle de la langue syriaque , de la persienne et encore plus celle de l'arabe. Ils étaient à Bagdad , à Bassora et dans les autres villes et provinces où elle était particulièrement cultivée ; ainsi la

les traites tliéologiques et les confessions de foi des nestoriens , sont écrits dans ce style , dont l'élégance est fort bizarre , puisqu'elle consiste dans une abondance affectée de mots recherchés et souvent hors d'usage, disposés par pctils membres égaux, et finissant par une manière de rime. C'est ce qu'on peut remarquer dans une homélie sur la Np.tivitc de Jésus- Christ, que Golius a fait imprimer à la fin de sa grammaire arabe , et qui est de ce même Élie , catholique , dont nous avons d'autres ouvrages. Ce style les rend très-obscurs , parce qu'au lieu des termes théologiques qu'emploient les écrivains des autres communions, ils en introduisent souvent de nouveaux, moins propres à expliquer le dogme que ceux qui sont en usage parmi le reste des chrétiens qui écrivent eu arabe.

Le ncstorianisme , comme on en peut juger par la liste que nous avons donnée des métropoles soumises au catholique , avait été autrefois fort étendu. On voit par l'histoire de cette église qu'elle a véritablement envoyé des colonies jusqu'aux extrémités de l'Asie. Outre les preuves générales que fotiriiissent nos anciens voyageurs, qui en trouvèrent dans ces pays immenses qui sont communément compris sous le nom de Tartarie, de Cataï, de Turquestan et de Ygour , il y en a de particulières très-certaines touchant la Tartarie , d'où sortirent les Mogols , les Indes et la Chine. Les historiens qui ont parlé des commencements et du progrès des Mogols de la race de Ginghiz-chan, marquent qu'il y avait parmi ces nations, dont à peine le nom nous est connu , un grand nombre de chrétiens , en quoi ils s'accordent avec nos anciens voyageurs ; et que même parmi les enfants et les petitsenfants de ce conquérant , plusieurs professaient le christianisme. Marco Polo trouva des chrétiens nestoriens à Samarcham , c'est-à-dire à Samarcand ; à Sachion sur la frontière du pays de Tenkat ou Tengut, ville que les géographes orientaux appellent Saganian; dans le pays de Chinchinlala , qui doit être Chatlage ; àSucuïr, à Tarokoram , c'est-à-dire Karacum; Cergut , Egrigaia , Tendue , et d'autres qu'il n'est pas aisé de déterminer. lUibruquis et Mandeviileen disent autant. Abulfarage parle aussi du christianisme de ces Tartares subjugués par Ginghiz-chan, et il dit qu'il épousa la fille d'Ung-clian qu'il avait défait , et qu'il fit venir auprès de lui un évêque nommé Mar-Denha, nom qui marque qu'il était nestorien. Rubruquis, qui fut envoyé en Tartarie par S. Louis en 1255, rapporte plusieurs particularités des cérémonies qu'il observa parmi ces chrétiens qui étaient à la cour de Mangou-cha)i, petit-fils de Ginghiz-chan, entre autres celles qui regardent la préparation du pain eucharistique, el la tradition du levain conservé depuis le temps des apôtres, et elles sont entièrement conformes à la discipline des nestoriens. On ne mel pas au nombre de ceux-là plusieurs qui furent convertis à la foi catholique par les missionnaires de ce temps-là , quoique la plupart des bistoriens marqueiiJL que C«

plupart des livres, mêmes les plus sérieux, comme ;;'fïrên»e Mangou-chan se fllbapti.ser,

j LIV. I. EXAMEN DES ÉGLISES DOIUENT AU

il est vrai que quelques savants modernes ont cru que ics Arméniens avaient porté la religion dans ces pays-là, sur une autorité très-faible, qui est celle d'un voyageur vénitien , et sur une équivoque très-grossière. C;ir parce qu'on trouve que le catholique avait une grande puissance en ces provinces éloignées, ils ont cru que cela regardait celui des Arméniens : conjecture entièrement fausse , puisque non seulement les airteurs que nous avons cités, mais tous les autres cl 'les nestoriens mêmes , ne laissent pas lieu de douter que le catholique dont ils parlent ne fût le chef de l'église nestorienne. Il n'y en avait point d'autre auquel ce titre de catholique fût donné absolument ; et quand les auteurs parlent de celui des Arméniens, ils y joiguent le nom delà nation. Mais de plus on a des témoignages certains que presque tous les chrétiens de ces provinces de la Haute-Asie professaient le neslorianisme : par conséquent ils ne pouvaient pas reconnaître l'autorité du patriarche des Arméniens qui était jacobite, c'est-à-dire, dont la créance était entièrement opposée à celle des nestoriens. Il paraît que les évèques dont il est parlé dans les histoires de CCS pays-là, avaient des noms syriens, et que les ofhccs se faisaient en langue syriaque. Or jamais les Arméniens ne se sont servis de cette langue , mais partout de la leur , dont il n'y a pas le moindre vestige dans tout ce qui a rapport au christianisme de Tartarie et de Turquestan. Le patriarche d'Arménie n'a même jamais étendu sa juridiction dans ces provinces éloignées; et ainsi cette conjecture est entièrement insoutenable.

Mais elle est encore plus absolument détruite par ce que nous apprenons de l'Histoire des catlioliques ou patriarches nestoriens, et par l'inscription chinoise et syriaque découverte à la Chine en 1625, dont nous parlerons encore dans la suite. Elle marque un assez grand nombre d'ecclésiastiques qui furent envoyés à la Chine; et parmi les principaux on en trouve qui étaient veims de Balcii et de Tocaristan, qui est la même chose que le Turquestan ; qu'ils étaient tous Syriens, et même nestoriens comme on le reconnaît par les noms i)i opres ; et que leur supérieur ecclésiastique était Hananiéchua catholique, qui était celui des nestoriens dans ce temps même. Aucun de ces caractères ne peut convenir au-v catholiques ou patriarches d'Arménie.

Les preuves tirées de l'Histoire des catholiques ou patriarches nestoriens sont encore plus certaines pour élabhr que les chrétiens de tous ces pays éloignes dont il a été parlé étaient soumis à ces mêmes catholiques , et non pas à ceux des Arméniens. On ne trouve rien dans la vie de Hananiéchua qui marque qu'il eût envoyé des missionnaires dans le Turquestan et dans la Chine ; et il ne faut pas s'en étonner, puisqu'il paraît par l'inscription chinoise que cette mission était plus ancienne de près de soixante-dix ans que la date syriaque qui est de l'année des Grecs 1092, c'est-à-dire, de Jésus-Christ 780. Mais Timothce, son successeur, écrivit au chagan, roi des Turcs, etàplu-

JUJET DU CONSENTEMENT, etc. GH

.sieurs autres princes de ces pays-là, pour les exhorter à embrasser la foi chrétienne ; et suivant la même Histoire plusieurs se Hrent chrétiens, Les géographes qui ont écrit dans ce siècle-là et dans les deux suivants , marquent en effet que parmi ces nations différentes de Turcs ou de Tartares dont ils parlent , il y en avait plusieurs qui faisaient profession du christianisme; et Yacuti , Abulféda, ainsi que quelques autres , l'assurent positivement. Dans la vie de Jean ou Joannis, soixantième catholique, qui fut ordonné vers l'an 1000 de Jésus-Christ, nous lisons qu'un Roi des Turcs se fit chrétien avec deux cent mille des siens , et qu'il envoya des députés au métropolitain de Mérou nommé Abdiéchua , afin de lui demander des ecclésiastiques qui pussent les instruire; que ce même métropolitain consulta le catholique sur les difficultés qu'il avait avec ces nouveaux chrétiens pour la célébration de l'Eucharistie , parce qu'il n'y avait ni blé ni vin dans le pays, et que la nourriture commune était du lait et de la chair. La réponse du catholique fut qu'il fallait de toute nécessité avoir du pain et du vin pour les saints mystères, au moins à la fête de Pâques; et que durant le cO'Bême on pourrait permettre à ces peuples l'usage du lait frais, en s'abstenant de viande, et même du lait aigre qui faisait leur boisson , et qui leur tenait lieu de vin. 11 est aisé de reconnaître par ces caractères que les Turcs dont parle cette Histoire étaient de véritables Tartares, et qu'ayant reçu leurs instructions par le métropolitain de Mérou , qui était nestorien , ils ne pouvaient avoir d'autre religion que la nestorienne.

On trouve ensuite qu'en lOGl Chebariéchua , soixante-cinquième catholique, ordonna un nommé Georges, surnommé Elsakari , métropolitain deChorasan, qui alla au Calai, et y demeura jusqu'à sa mort. Enfin le catholique Jabalaha était de ce même pays de Calai; et le prince Abacachan , que plusieurs de nos auteurs croient avoir été chrétien, l'ayant envoyé en Jérusalem porter des étoffes précieuses au Saint-Sépulcre, il vint en Syrie; il fit profession de la vie monastique sous la conduite d'un religieux nommé Raban-Barsoma , et le patriarche Denha l'ordonna métropolitain de Tengut , ou Toncat. Ensuite étant venu à Bagdad après la mort de Denha, il fut élu catholique , et extrêmement favorisé par les Tartares, qui avaient chassé les califes et étaient maîtres de la ville. On ne peut donc douter qu'un homme venu du pays des Tartares , et qui devint patriarche des nestoriens , ne fût dans cette même communion. Depuis celui-là nous ne trouvons plus rien dans leur histoire. 11 avait été élu en 1280, et il tint le siège trente-sept ans ; ainsi il a vécu dans le temps dont parlent Marco Polo et nos autres anciens voyageurs ; ce qui confirme qu'ils ne se trompaient pas, quand ils marquaient que tous les chrétiens de ces pays-là étaient nestoriens. La faveur qu'ils avaient auprès des empereurs tartares leur donna encore lieu do s'étendre davantage en ces pays-là.

Pour ce qui concerne les Indes il n'y a pas beau-'

coup de diflicuUé, puisque nos auteurs anciens témoignent à peu près la même clioso de ces chréiiens indiens que de ceux de Tartarie; c'est-à-dire qu'ils étaient nesloriens. Les Portugais l'ont marqué dans les histoires de leurs navigations, et celle d'Alexis de Ménesès entre sur cela dans un très-grand détail. Il y a tout sujet de croire que les évoques et autres ecclésiastiques, qui y établirent la forme d'église qu'on y trouva lorsque les Portugais se rendirent maîtres de Cocliin et de la plus grande partie du Malabar, y lurent envoyés par mer. Il y avait alors un commerce ouvert entre la Perse et les Grandes-Indes jusqu'à la Chine , et on trouve la route de la navigation décrite par un auteur arabe de l'autorité duquel on ne peut douter. Les vaisseaux partaient de Siraf, ville de Perse d'un grand négoce, et ils allaient toucher les Maldives, puis ils suivaient presque toujours la côte , de sorte que le voyage était fort long. Ccl auteur marque qu'une ville où on abordait sur la côte des Indes s'appelait Batouma, ce qui signifie qu'il y avait une église de S.-Thomas; car ce mot signifie la même chose que Beit-TItoma; or elle se trouve dans la même situation que Méliapour ou San-Thomé; et non seulement les nestoriens, mais les autres chrétiens, et même quelques géographes nialioniétans rapportent comme une opinion couslanie dans ces pays-là, que l'apôlre S.Thomas y avait porté les premières lumières de l'Ëvangile.

D'autres, et parliculièrcment les modernes, croient plutôt que cette tradition est fondée sur ce qu'un chrétien nestorien nommé Mar-Thomas, étant venu de Syrie, s'y établit, que ses descendants faisant profession de la religion chrétienne y atlirèrent un assez grand nombre de gens du pays , et que la res- .iemblance des noms fit attribuer ce premier établissement du christianisme dans les Indes à l'apôtre S. Thomas. Il peut néanmoins être vrai qu'il ail par lui ou par ses premiers disciples converti ces ppuples, car cette opinion est fort nncieune, et que dans la suite les nesloriens s'étant établis dans le pays l'aient infecté de leur hérésie. Ce qu'il y a de plus certain, est qu'on n'a trouvé depuis près de mille ans dans le Malabar d'autres chrétiens que des nesloriens.

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