Chapitre IV
Que c'est une chicanerie de dire que l'aideur du premier traité de la Perpétuité ail parlé de la transsubstantiation et qu'il l'ait enfermée dans son argument ; et qu'il est très- faux que M . Claude nuit point parlé de la présence réelle dans ses deux premières réponses. Après ce que Ton a dit dans le chapitre précédent, je pourrais ne me pas arrêter à la discussion des faits sur lesquels M. Claude fonde sa prétention , qu'il ne s'agit que de la transsubstantiation et nullement de la présence réelle, n'était qu'il les avance avec tant de (ierté , qu'il est utile de faire voir par cet exemple quelle créance on doit avoir pour ce qu'il assure avec le plus de confiance.
Voici de quelle manière il propose le premier f.ut, qui est que l'auteur du premier traité avait parlé de la transsubstantiation, et qu'il ne s'était pas réduit a ï.\ iiiéscnce réelle. Quant, dil-il (2), à ce que nous dit il. Arnauld, qucl'aulenr delà rtrpéluilé n'avait prrlé
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acns son vremier traité, que de la présence réelle, el qu'il y etatt contenté de soutenir qu'elle était reçue par toutes les sociétés schismaliques , je suis mairi d'être obligé de lui dire que je ne connais point d'homme q\à écrive aussi légèrement qu'il le fait, ni qui expose sa réputation plus facilement que lui sur des faits dont il peut être convaincu par autant de personnes qu'il y eu a qui savent (ire. Sans mentir, M. Arnauld fait un tort irréparable à sa réputation, d'avancer ainsi les ctiobcs sans consultation et sans examen, seulement parce qu'il se les est imagi^ nées.
Qui croirait jamais qu'un homme qui parle de cet air ne dût fonder ces reproches injurieux que sur de pures chicaneries ? Cependant on en va être convaincu par l'examen de ce que M. Claude allègue pour justifier ce qu'il dit en cet endroit.
Sans aller plus loin, dit-il, il ne faut que lire dans la page li ( c'est la pa-^e 7 de la première édition du premier traité) que l'auteur se propose de conduire im esprit qui ne serait pas entièrement opiniâtre, jusqu'à lui faire avouer par l'évidence de la vérité , que la créance de l'Eglise romaine louchant ce mystère est la même que celle de toute l'anliquilé. Or chacun sait que la créance de l'Eglise romaine va jusq'à la transsubstantiation.
On peut juger par cet exemple si M. Claude a eu raison de se vanter dans sa préface, que l'on ne trouvera point qu'il ait pris à contre sens les paroles de m. Arnauld, qu'il lui ait imputé de dire ce qu'en effet il ne du pas , ou qu'il ail étendu ses expressions au-delà de leur signification naturelle. Car on ne peut guère abuser plus visiblement des paroles d'un auteur qu'il fait en ce lieu de celles de l'auteur de la Perpétuité.^ Pour en convaincre tout le inonde, il n'yaqua remarquer qu'avant la page 7, on avait déjà réduit trois fois la question à la présence réelle. S'il se pouvait faire, dit-on ( page 5), que toute l'Eglise eût tou-
jours cru LA PRÉSENCE REELLE
de Jésus-Christ dans l'Eu-
charistie , el que néanmoins cette créance fût fausse , il s'ensuit qu'il est possible que l'Eglise uH toujours été engagée dans une erreur criminelle.
Et dans la page 5 : Si l'on a toujours cru, dans l'ancienne Église, la présence réelle de Jésus-Christ dans l' Eucharistie , c'est une folie de refuser de la croire maintenant.
Et dans la page suivante l'on dit : Qu tl tj a plus qu'il ne faut de passages clairs et indubitables pour persuader un esprit raisonnable el qui cherche sincèrement la vérité , que la doctrine de la présence réelle a toujours été l'unique doctrine de toute l'Eglise.
C'est après avoir expressément marqué dans ces trois passages que l'on parlait de la présence rée le , que l'on ajoute immédiatement après les paroles dont M. Claude abuse : On «, dit-on , dessein de marquer dans ce discours, par oii l'on peut conduire un esprit qui ne serait pas entièrement opiniâtre, jusqu'à lui faire avouer par l'évidence de la vérité, que la créance de l Eqlise romaine touchant ce mystère est la même que celle de toute l'antiquité. Qui ne voit donc que dans cette suite on n'entend rien autre chose par cette créance; de l'Eglise romaine, que ce iiue l'on avait marqué en termes précis auparavant, c'est-à-dire, la doctrine de la présence réelle; que c'est un mot général que Ion substitue à un mol particulier, comme on a accoutumé de taire dans loulos sortes d'écrits et de discours, afin d'éviter la répétition ennuyeuse des mômes termes. . , , „
Que M. Claude ne concluait il aussi qu on a eu dessein de prouver, dans ce traité, que la doctrine de 1 1> nlise romaine louchant la communion sous une seule esiièce , touchant la vérité du sacrifice de la messe , touchant la réserve de l'Eucharistie pour les malades, est conforme à celle de Kule l'anliquilé el de tonte^ b>s commtmions schismaliques? Car lout cela est aussi compris dans la généralité de ces termes, t-epentiaut il est visible que l'on n'a pas eu la moindre vuy
nÉrCNSr. CÉNtHALEAU NOUVEAU I.ÎVRî- DEM. CLAL'DE.
•IViiforniiT aucun de cos points dans celle propo<;itioii, |Miis(|tio l'on n'en dil pas un seul mot dans tout ]<• reste (In Ir.iilé.
M:iistc qui no sonffrc point de répli(iuc, est «pic lo itKiyoi iMiiqno qu'on emploie ponf inonlrer la confor- !i lié de la né;ince de l'Kglise romaine avec celle ilc J'aneienne /-glisc, csl rimpussibililé du changement Or p:ir l'aven niéme de M. Claude, celle inipossibiliié est lédnilc dans ce Irailé à la |>ié>ence réelle. Il fanl donc nécessairement que celle conlormilc de la dociiirie «le l'Eglise romaine avec celle de l'ancienne sur la présence réelle, fùi l'oniquc point de la conlesialion.
Les Iroi-; aulres preuves de M. Chmde ne sont pas plus f'orics. Chacun sait que lorsque l'on vent prouver une proposilion par des passai,'os et par des faits , on ne se met pas en peine si ces passisges on ces l'ails contiennent quelque autre poinl (jne celui qi:c Ton veut prouver, pourvu qu'ils contiennent celui «lont il s'agit. On est même bien aise quelquefois qu'ils s'étendent plus loin , et qu'ils puissent servir à I rouver ciueUpie aur.re dogme térilable eu soi , mars ipii ne fait pas partie de la question. Ainsi c'est une nlijectinn Irivoie que de dire , comme fait M CL-iude, que la irans^idjstaniialion est contenue dans les passajîcs de Lanfrauc et de GuitmonI, ei qu'on la peul in- Jérer de ce que l'on dil de l'union des Grecs avec l'Eglise romaine. Car il csl liten vrai qu'elle est clteciivcment contenue dans ces passages , et qu'on la peut tirer par consé(|iience des réunions des Grées îivec les Latins : mais il est très-faux qu'on ait allégué ces passages et ces faits pour prouver la iranssnbslanliatioii.
Ainsi il est irès-vrai comme <n l'a dit, queranleur •le ce premier traité n'a parlé qus de la présence lé- «■iie. Car lui a'îteur ne paile que de ce qu'il entreprend lie prouver; que do c(^ (|u'il soiiticnl ; que de ce (pi'il met en fait ; que de ce qu'il conclut ; que de ce qui fait partie de sa preuve. El M. Claude est le seul qui se soil avi^é d'ini|)uler a un auteur tout ce qui est «•onlemi dans les passages qu'il cite , ou que l'on f'cut inférer des faits qu'il allègue , quoiqu'il rapporte et ces faits cl ces p;issages pour nue autre fin. Si on le jugeait par celle règle on devrait dire que jamais personne n'a mieux éiahli (pie M. Claude, (pic la présence réelle a éié crue par toutes les sociétés d'Orent, puisque outre (jnc cela est lormeilcmeni coulcnn d.ins I(.'s pa-sages qu'il cite louchant les Grecs , on le peut inférer de tous par une censé pience Irôs-évidcnlc , comme isous le ferons voir.
Le second des faits sur lesquels M. Claude se fonde pour réduire la (piestion à la seule lianssnbslanli.ition, (jui et qu'il n'a pas encore parlé de la présence réelle, et eiic(jre plus étonnant , parce que la fausseté y csl encore plus visible. Il est ccriinn, dit il, qu'il nes'açi l ici(iup.dp. la transsubstuntinlion et de radonUion, et nullement de la présence réelle, vv. laquelle je n'ai point r.NCORE PARLÉ. Les prcuvcs qu'il allègue sont que l'on trouvera ces ternies dans sa première i épouse. Je .•iuutiens que la Iranssubslaniialion et l" adoration du Sacrement sont deux choses inconrues à toute la terre à la rési'rve de l'Eglise romaine. Qu'on voie de même , dilil encore, les endroits de la seconde réponse oii je retouche ta même fiuesiion, et ron trouvera qu'il s'y agit uniquement de la transsubstanliotioii , et qu''on n'y parle pas même de' la préscnse réelle.
(juelijue délical que soil M. Claude, il trouvera l)ou que je lui dise qu'il a tort de s'être imaginé qu'il tromperait le monde par des illusions si grossières. Car y a-l il personne, si peu instruite de ces ditferends, qui ne sache que l'on peut nier la Iranssubslaniialion en deux nianicrcs? L'une comme les luthériens la nient en demeurant d'accord de la présence réelle, et en rijelaiil seulcmeni la conversion du pain. L'autre en ta manière (iu'elle est niée par les calvinistes, c'est- •A (lire en rejclaiu l'un cl l'autre de ces d(;gmes.
Ainsi (|naii(l M. Claude a attribué aux Grecs d'ign'fer ou de rci<iei' la doctiiiie de la Iranssnbslaiiliation,
il le leur a attribué en l'un ou l'autre de ces deux sens, mais il n'élaii pas difficile de deviner que c'était dans le dernier, par deux circonstances décisives.
La prcmièr(^, parce qu'il opposait celle proposition à celle que l'on avait avan(éc dans le premier traii(^ de la Perpétuité, et sur laquelle il ctnit tout fon lé, qui est que toutes les sociétés schismatiqnes se sont tiouvécs unies de sentiment avec l'Eglise romaine dais ta créance de la présence réelle, comme on le dit en term(^s formels pag. 33. Or la proposition de M. Clauil(; qui attribue aux Grecs cl aux antres commu-iiouà schismatiqnes de rejeter la transsubstantiation ne serait point op[)osce à celle là, à moins (|n'elle n'attribuai à ces sociétés de nier la pré-ence i wlle.
La seconde, parce (\m le même M Claude s'est expliqué clairement lui même, et a lait voir par sa seconde réponse, que quand il a dit que les Grecs nient la iransstd)Stanliaiion , il a voulu dire qu'ils nient la présence réelle cl la conversion du pain. Cel.T paraît si manifestemenl et par tant d'endroits de soi» second traité, que je ne puis comprendre comment il o'^e nier une chose dont il est si aisé de le convaincre.
Car n'est-ce pas dire clairement que les Grecs ne rroienl point la présence réelle que d'expliquer les passages les plus formels de leurs auteurs d'une jnésciice de vertu, et de nier qu'ils s'entendent d'une jnéseiice de substance ? Or c'est ce que l'ail M. Claude on un grand nombre de lieux (ï).Jérémie, dii il , n'entend pas que la substance du corps propre de JésuS' CJirist, nous soit corporellement communiquée.... Il veut dire que par l'opération du S -Esprit le pain a à notre égard la vertu et l'efficace du corps même de Jésus-Christ. El de peur que l'(Ui ne crdl qu'il attribuât celle créance à Jérémie seul; il ajoute.... Voila la foi des Grecs.
Cabasilas, dit il ewnrf, établit le corps de Jésus- C'irist en tant que mort et crucifié pour nous : ce qi!i
EST INCOMPATIBLE AVEC CETTE PRÉSENCE DE SUBSTANCE; Ql E UoME ENSEIGNE.
El sur ce que les Grecs de Venise avaient réi>ondu an c.ydinal de Guise, que le pain est changé au corps (le Jésus-Christ et le vin en son sang Ils veulent dire, (lit-il, qu'ils sont faits un mystère divin qui a l'efficace du corps et du sang de Jésus-Christ.
Dans la page 701, il tâche de faire voir qua dans le dilférend qui s'éleva parmi les Grecs du temps d'Alexins Angélus on ne croyait point la [irésence léelle. Que ne disaient-ils, dil-il, que c'est le corps même qui est assis à la droite de Dieu ? C'est à - dire selon RI. Claude qu'ils ne l'onl pas dit, parce qu'ils ne le croyaient pas.
Et ayant rapporté dans la page 700, la coutume que lesGrecs ont de mêler de l'eau chaude dans le calice i\éysi consacré , afin de représenter plus vivement ce sang vivant qui sortit du côté de ÎNoire-Seigneur : 7/ n'est pas imaginable, dit- il, qu'ils voulussent ainsi profaner te sang du fils de Dieu.
El dans la page 699, après avoir rapporté une irn-vércnce envers rEucIiarislie imputée aux Grecs : Que l'on juge, dil-il, s'il est possible qu'ils croient que l'Eucharistie est la propre substance de leur liédemptcur et de leur Dieu,
Enfin il n'y a rien de plus précis et de plus formel que ce que Ton voit dans la page G97 du même Irailé Car il s'efforce d'y établir d'une pari, que les Grecs sont slercoranisles , cl il déclare de l'autre que la doctrine des slercoranisles n'est pas compatible avec le sentiment de la présence réelle.
Que l'on juge présentement quel seniitnent on (l"it avoir de la sincérité d'un homme qui, après s'être engagé si formellement à nier que les Grecs crussent la présence réelle, après avoir déierminé le mol de Iranssubslaniialion à cc sens par tant de déclarations
CI) 1' f.épon.se, p. 709; pag. 707,710.