‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 61 sur 323 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Des Cophtes.

11 y a diverses opinions touchant l'origine de ce nom de Cophlcs, qui, suivant l'usage constant de la langue arabe dans laquelle il a pris son origine, signifie les Égyptiens chrétiens jacobites à l'exclusion des autres habitants de l'Égyple et des chrétiens nielcliites ou orthodoxes. L'opinion la plus vraisemblable est que ce mot est corrompu de celui à^yEgyptos, et qu'il est affecté aux jacobites, parce que depuis le concile de Calcédoine, les Égyptiens iialurcls demeurèrent tellement attachés à Dioscore et à ses sectateurs, que les lois des empereurs furent inutiles pour les réduire à la communion de l'Église. Les archevêques d'Alexandrie eurent beaucoup à souffrir d'eux ; la foi orthodoxe ne s'y maintenait presque que par autorité; et dans la Basse-Egypte, aussi bien qu'à Alexandrie, où le nombre dos Grecs était su- {lérieur à celui des Égyptiens naturels, d'autant plus qu'à cause de leur esprit turbident, ceux-ci ne pouvaient avoir de charges dans le pays. Mais dans la Ilaule-Égyplc, surtout dans les monastères d(îla Thébaidc. l'hérésie était (ellemeut cnraciiiée qu'on ne la pat jamais extirper. Cela dura jusqu'à la guerre des Arabes, qui ne trouvèrent de résistance que de la part des Grecs; mais les Égyptiens naturels se soumirent à eux aussitôt par une capitulation particulière, qui fut négociée par le patriarche Benjamin. Il y avait douze ans qu'il s'était retiré dans les monastères; et dès que les infidèles entrèrent dans le pays, il vint trouver Amrou, leur chef, se soumit à lui, tant en son nom qu'en celui de tous les jacobites qui étaient sous sa juridiction; il les excita à prendre les armes contre les Grecs, et cela ne contribua pas peu à la prise d'Alexandrie. Tous les orthodoxes grecs en furent chassés ; les Égyptiens, qui étaient aussi orthodoxes, deiuQurèrent sans cvè(iues, et ils restèr«ju en col état

TOUCHANT L'EUCHARISTIE. 7<â

durant près d'un siècle. Ainsi, comme les jacobites étaient presque tous Égyptiens naturels, il est fort vraisemblable qu'ils furent appelés Cophtes ou Égyptiens, d'autant plus qu'ils perdirent en très-peu de temps l'usage de la langue grecque, faisant le service en langue égyptieime , comme ils font encore présentement.

Celte origine paraît beaucoup plus sûre que toutes les autres , puisqu'il n'est pas vraisemblable que la ville de Copias, quoique célèbre dans la Thébaïde , ait pu donner le nom à la nation entière ; outre que dans le temps que ce nom a commencé a être plus en usage, cette ville était fort déchue de son ancienne splendeur, et môme elle n'avait jamais été comparable à plusieurs villes de la Basse-Egypte, qui étaient beaucoup plus fréquentées et plus connues aux Grecs- Ceux qui voudraient tirer l'étymologie de Cophtes du mot de Komzvj, qui signifie couper, parce que la circoncision est eu usage parmi ces chrétiens, ne font pas réflexion que cet abus ne s'était pas encore introduit. Les vocabulaires cophtes et arabes décident la difficulté; car ils traduisent le mot NiyÙTiTtoî, qui signifie les Égyptiens, jiar celui de Cophtes , ou de Coptes, et ils l'écrivent ca ces deux manières. Aussi les Arabes, dans leurs histoires d'Egypte, dont il y a un très-grand nombre, parlant des anciens Égyptiens, les appellent Copies; et ils écrivent diversement le mot dont ils expriment la ville de Copias, et celui qui signifie les Égyptiens.

Ces Cophtes sont donc tous ceux qui, faisant profession de la créance des jacobites, sont soumis aux patriarches d'Alexandrie, et qui font l'office dans la langue ancienne du pays, dont il est à propos de dire quelque chose, parce qu'elle est parmi eux la langue de religion, comme parmi nous la latine.

Cette langue est dans le fond l'ancienne du pays , telle qu'on la parlait avant que , sous les successeurs d'Alexandre, la grecque eût prit le dessus; il est vrai qu'elle est mêlée d'un grand nombre de noms et de verbes grecs ; mais comme ils sont construits suivant le génie de la langue ancienne , cela n'empêche pas qu'elle ne soit originale. La plupart de ces mots grecs sont du styFe ecclésiastique, particulièrement dans les Liturgies et dans les autres offices. Les caractères sont entièrement grecs, à l'exception de quelques-uns propres à la langue, et on n'a aucune connaissance des figures que i)euvent avoir eues les anciens. Comme l'opinion commune est que ceux qui se trouvent sur les obélisques, dont l'antiquité est incontestable, sont hiéroglyphiques, d'autant plus que tous les auteurs conviennent que les Égyptiens avaient ces sortes de lettres mystérieuses , où une seule figure signifiait des choses, on ne peut dire, sinon par conjecture, que ce fussent des lettres simples. Cependant l'interprétation qui se trouve des inscriptions du grand obélisque, rapportée par Aromien Marcellin, et faite par Hermapion, prêtre égyptien, savant dans ces sortes de caractères, fiut juger qu'il les avait lus comme on lit les autres sortes do lettres. Car le sens e« es-î

MY. I. EXAMEN DES ÉGLISES D'OIUENT AU SL'JET DU CONSENTEMENT, etc.

simple et hisloriqiie ; c'est une dédicace que le roi Ramessès, ou Ramestès, faii au soleil de cet obélisque, et les hiéroglyphes ne sont pas propres à exprimer un discours de cette nature. Quoi qu'il en soit, il ne reste aucun veslige de ces anciens caractères dans la langue cophie que nous connaissons.

Lorsque le P. Alhanase Kircher, jésuite allemand, publia le premier \\n vocabulaire et quelques grammaires lics-iniparrailcs (|u'(in trouve de cctle langue, faites par les Arabes, les plus mauvais grammairiens qui furent jamais, i)0iir donner une idée avanli^eusc de celte langue, il cnlieprit de prouver qu'elle était l'ancienne qu'on parlait du temps des Pharaons, qu'ainsi elle servirait à pénétrer les antiquités égyptiennes, et à découvrir plusieurs mystères renfermés dans les inscriptions des obélisques. Il est cependant Irès-cerlain qu'elle y est entièrement inutile; que les livres très-anciens dont il a inséré (piebiues titres ne furent jamais, et apparemment quelqu'un abiisa de sa crédulité, il ne s'est jusqu'à présent trouvé aucun livre en langue égyptienne qui ne fût des traductions de l'Écriture sainte ou des offices ccclési:isti(pies, ou d'autres q'.ii ont rapport à cette matière, coinnie des grammaires el des dictionnaires. Sévère, dans la préf.ice de son Histoire, dit (pi'il en a tiré une partie des livres grecs et copliles (n:i étaient dans le mcmastère de S.-Macaire, mais il y a hmgiemps qu'il ne se Irouve plus rien en cette langue, sinon ce qui a été dit.

Son usage subsiste encore dans les prières publiques et particulières, dans les Liturgies et dans les olïices de tous les sacrements. On trouve oriLiairen^ent des versions arabes à côté du cophte, afin que les ecclésiastiques puissent par ce secours entendre la langue, qui depuis plus de mille ans ne s'appiend que par l'étude. Il y avait pourtant des cantons dans la Tliébaïde, et surtout auprès d'Osiout, où elle était encore en usage il y a environ quatre cents ans parmi les chrétiens, selon le témoignage de Makrizi. On ne se sert de l'arabe qu'en particulier, excepté pour les leçons tirées de l'Écriture sainte, car; après qu'elles ont été prononcées en égyptien, on lit la traduction vulgaire, de même que, selon le témoignage d'un de leurs auteurs, on expliquait autrefois en celte même langue ce qui avait été lu en grec dans les lieux où il n'était pas entendu par le peuple. C'est le seul usage que ces imduclions aient eu dans les églises; et M. Vossius, qui avait eu une pensée fort bizarre sur celte langue, croyant qu'elle n'était qu'un jargon qui s'était formé par un mélange d'arabe el de la langue de ceux qu'il appelle Lybi-Égypliens, que personne n'a jamais connue que lui, ne se trompait pas moins quand il disait que la preuve de l'anliiiuilé des livres cophtes était de n'y pas trouver celle version. Il y en a de très-anciens qui en ont une, el de très-modernes qui n'en ont point , outre que celle preuve est trèsincertaine , car on ne trouve pas facilement des livres anciens de plus de mille ans, comme il faudrait que fussent ceux qui auraietii été éciils avant que les

P DELA F JH.

Arabes cusicnl conquis l'Egypte, el éteint presque partout l'usage de l'aneienne btiigue.

Quoiqu'elle ait cessé il y a longtemps .d'èlré. vulgaire, et môme d'être entendue du peuple, non' seu lement elle éuait en usage pour les offices de TEglisê, mais les particuliers devaient app'rendre l'iiraison Dominicale, le symbole et quelques autres prières en cette langue. La Liturgie, le baptême, les prières sacrées de l'ordination, de la hénéiliclion rmptiale et toutes les autres ne se disaient pas autrement Lorsque le palriarclie d'Alexandrie était élu, et en même temps qu'on achevait l'ordination, la coutimit élait de dresser un acte solennel, par le(piel les évèques et les principaux 'dés- rcl gieux et des séculiers témoignaient leur consenlemenli Cet acte et tous les autres des pat! iarches étaient dressés en coplue, et il s'en trouve plusieurs dans les bibliothèques; aussi on ne pouvait parvenir à celte première dignité si on ne savait pùs cette langue.

Les traductions de TÉerilure sainte étaient faites sur le texte grec des Septante pour l'anci. n Teslamer.t, et on ne voil pas qu'aucune version selon l'hébreu ait jamais été en usage dans l'église ooplile. Celle du Pentaicuqne est fort ancienne, et 0!i peut JHg(!r qu'elle a été faite dès les premiers temps du clnisiianisme, puisque tant de saints anacliorèles qui étaient dans la Tliébaïde, el dans les déserts de Scelé et de Nitric, méditaient continuellement la sainte Écriture, et que plusieurs la savaient par cœur; quoi» que la plupart, entre autres S. Antoine, ne sût pas le grec; car il parlait à ceux qui venaient le trouver des pays étrangers, par interprèle. Mais il n'y a rien qui ■ puisse donner lieu à déterminer le temps auquel cette traduction peut avoir été faite.

Celte église pour le gouvernement cccié iaslique, dès le commencement de la séparation, a conservé I4 forme qti'elle avait eue dans son inslilutlon, et s'en est éloignée moins qu'aucmie autre. Le souverain chef élait le patriarche d'Alexandrie, successeur de S. Marc; ensuite lesévêques, les prêtres, les diacres, les lecteurs el d'autres moindres clercs, ce qui composait le corps de l'église avec les laïques. Et quoiqu'on ne Irouve pas (juc les exorcistes, les portiers, les cliantres, et quelques autres que nous appelons ordres mineurs, eussent une distinction pariiculièrc, il en est fait mention néanmoins dans les |)rières générales et dans les dipty(]ues, par respect pour l'antiquité, ainsi (|ue des religieux, des anachorètes, des vierges et des veuves qui s'étaient consacrées à Dieu.

On voit par l'ancienne histoire de l'Eglise que dans l'étendue de tout le diocèse d'Alexandrie, le seul archevêque élait celui de celte ville capitale, et qu'il n'avait sous lui ni archevêques ni métiopolitains, mais seulemenl des évêques. Celte forme de hiérarchie a été changée par les Grecs ortliodoxes, qui ont établi plusieurs métroj.olcs, marquées dans les anciennes notices. Les jacohiles l'ont coîiservce, car dans leur histoire on trouve un grand nomlu-e d'évcques nommes, el pasjin sci.l nicirofolitiin ou archevêque iTrcis.)

PERPÉTUITÉ DE L.\ FOI TOUCHANT L'EUCHAPyIStIe.

sinon que celui de Damicllc, dans le douzième siècle, est appelé mélropolilain. Tel était Michel, qui a vécu sous le p;iliiarcl'.e Marc, fils de Zaraa, en 1 1C4, et qui avait écrit un traité pour abolir l'usage de la confession. C'est le même qui a écrit le livre des Évangiles on lettres majuscules avec des ligures, qui se trouve dans la Bibliolhcquc-du-Roi.On ne sait aucuneraison de celte singularité.

Outre les ordres de prêtrise, du diaconat et du sonsdiaconat, les Copliles ont aussi celui d'ignmeiios ou archiinandrile, qu'ils confèrent avec les mêmes prières et cérémonies que les autres. 11 fait une distinction considérable entre les prêtres , et outre le rang et l'autorité qu'il donne à l'cgnrd des religieux, il comprend le rang et les fondions des archiprêlres. Par un usage qui est ancien de plus de six cents ans, quand un prêtre est ordonné évêque, s'il n'a pas élé ordonné archimandrite , on lui confère celle dignité .ivant Tordinatiou épiscopalc, comme il est marqué dans les constitutions de divers patriarches, et par plusieurs exemples de l'histoire.

Les conditions requises pour être admis aux ordres sacrés sont assez conformes aux anciens canons; et il paraît qu'elles ont élé longtemps observées, même depuis que la tyrannie des Mahoniétans en a rendu l'observation plus difficile. 11 y a eu seulement quelques modifications que la nécessilé des temps a introduites, comme la dispense à l'égard des serfs. Car on !)'a pjs fait de lilfficuUé de les ordonner, quand ils avaient clé enlevés de jeimesse par les infidèles. La bigamie a toujours exclu de tout ordre ecclésiasiique, et ces chrétiens ont entendu tatius uxoris virum , comme tous les catholiques ont fait, celui qui avait été marié deux fois. Le mariage était permis aux prêtres c( aux diacres, aussi bien qu'aux ecclésiastiques d'un rang inférieur, mais quand ils avaient élé ordonnés ils ne pouvaient se marier, non plus que lorsqu'ils devenaient veufs. De même ceux qui avaient fait profi s ion de l'éiat mon;islique étaient obligés de garder une perpétuelle continence.

Les lois de l'église d'Alexandrie étaient encore plus sévères à l'égard de ceux qui élaienlélus patriarches; il fallait qu'ils eussenl passé toute leur vie dans la continence, et même qu'ils fussent vierges , cl presque toujours on choisissait un religieux.

Elles excluaient aussi celui qni avait élé ordonne évoque ; et c'est une chose très-remarquable que dc- P'.!is les premiers siècles de l'Église, il ne se trouve pas un seul exemple contraire parmi les Copblcs. Il y avait plusieurs autres conditions requises pour l'élection du patriarche d'Alexandrie; entre autres qu'il lût né libre ; d'un premier mariage ; qu'il fùi sain et entier; (ju'il eûl au moins cinquante ans; qu'il n'eût jamais répandu de sang; qu'il sût la langue; qu'il fût savant; qu'il fût connu pour orthodoxe.

L'élection se faisait par les évêques, le clergé, les religieux et les principaux du peuple appelés ■Jia.pya.i, t'eet-k-dire, *ifx<>.'-^ii comme les Grecs les api>ellent encore, qui élaieuicnnvooués par les leitres circulaires

du clergé d'Alexandrie. Ordinairement les évêques proposaient un ou plusieurs sujets, et les ecclésiastiques avec les principaux des lanjues ai)prouvaienl ou rejetaient la proposition. Quelquefois le peuple proposait, cl les autres rejetaient ou approuvaient. Depuis la ruine de l'empire grec, le Caire étant devenu la ville capitale sous les mahoniétans, les chrétiens cophtes qui y élaieiU établis en grand nombre, prétendirent et obtinrent qu'ils auraient droit de snfTrajie, de ni'tmc que ceux d'Alexandrie; et à cause des contestations qui étaient assez frénuentes, il fut réglé qu'ils auraient l'aliernative pour la première proposilion.ce qui se trouve observé en diverses élections de paliiarehes. On en trouve une du d(Uizième siècle , que les historiens disent avoir été faite par les religieux de S.-Maeaire ; et ce l'ut apparemment à cause que les parties en convinrent. Car dans la formule des lettres circulaires qni étaient dressées après l'ordination du pa(riarc!;e afin de la rendre publique, il n'est fait mention des religieux que comme ayant rendu un témoignage avantageux de la vertu et de la capacité de celui qni était élu.

Lorsqu'il y avait des contestations trop longues, qui ne pouvaient cire terminées par négociation, on se servait du sort, apj'clé le sort du sancluiare. L'histoire de l'église d'Alexaiidric rapporte que cela se faisait ainsi, On prenait les noms de cent religieux, desquels O.n choisissait cinquanie, puis vingt cinq, et encore moins, jusqu'.\ ce qu'il n'en restât plus que trois. On écrivr:it leurs noms sur des billets; et on y joignait celui de Jésus-Christ. Après la Liturgie célébrée sur l'autel, au-dessous duquel était mise la boîte où étaient les noms, on faisait venir un enfant innocent, qui lirait un des billets : si on y trouvait le n;)m d'un des trois, il était proclamé ; si c'était celui de Jésus Christ, tous les trois étaient exclus. Cette pratique est la même que celle qui a été remarquée pour l'élection des calh'iliquos ou patriarches des nesloriens ; avec celle différence qu'à Alexandrie, si, avant qu'on tirât les noms, et lorsqu'on les mettait dans la boîte, un des trois éiait nonmié par acclamaiion, el que l'assemblée y consentît, l'élection était consommée. Depuis le maliomélisme , il fallait avoir obtenu la permission des gouverneurs, sans quoi même il avait clé réglé par quehpies canons que les élections seraient nulles, et il en fallait obtenir la confirmation.

Après qu'elle avait clé obtenue, les é\êqucs, le clergé d'Alexandrie et du Caire, et les principaux des séculiers conduisaient celui qni élait élu à Alexandrie, où il était ordonné. Lors(|u'on avait élu quelqu'un qui se trouvait absent, des évoques et d'aulres personnes considérables étaient députés pour l'aller chcrclicr et ramener; et comme il élait arrivé (pie par humilité qneleiucs-uns avaient pris la fuite , la coutume s'était iiilrOiiuite de mettre les fers au nouvel élu, même lorsiju'il ne faisait aucune résistance, afin qu'il pai ùt aux yeux du public qu'il avait fallu le forcer à accepter celle diguiic. Celte coutume passa ca loi, cl

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