V7 LIV. 1. EXAMEN DES ÉGLISES D'ORIENT
vu irouve qu'elle fût pratiquée à l'égard de Macaire, quarante- noiivième patriarche, Ynçab ou Josepli, cinquante-deuxième, Sanulius, soixanle-cinfiuicme, Mennas, soixante-unième, Éphrcm, son successeur , cl quelques-autres. Cependant quelques-uns , comme Cliristodule cl Michel, soixante-sixième et soixantehuitième y curent si peu d'égard, qu'ils prirent les ornemcnls patriarcaux, même avant l'ordination.
L'ordination se faisait comme elle se trouve marquée dans le Pontifical, avec toutes les cérémonies et les prières qui ont été considérées dans les autres églises comme essentielles, el surtout l'imposilion des mains des évéques. Celte dernière cérémonie est marquée dans les vies de chaque patriarche ; et quand Sclden, pour l'honneur du parti pres!)ylérien, e;;treprit de prouver que les patiiarchcs d'AlcNandrie avaient été anciennement ordonnés par dou7.e prêtres, ce qu'il avait cru trouver dans l'hisioirc d'Eulychius, il fil voir qu'il ne l'avait pas entendue, et qu'il avait conlondu l'élection avec l'ordination. Abraham Échellensis a solidement réfuté ce système, qui se détruit de lui-même par la seule forme de la discipline de celte église. On espère donner dans la suite une traduction, et même les originaux, si on le peut, de cet office ; nous nous contenterons d'en marquer les principales circonstances.
Le patriarche ékiéiait amené parles évoques, suivis duclergé etdu peuple, dansTéglise principale d'Alexandrie ou du Caire, car on faisait les ordinalions dans ces deux villes quelquefois allernaliveinent, cl depuislongtemps on les a faites presque tiiujours au Caire. Le plus ancien évc(iue le présentait à l'assemblée, qui approuvait encore l'élection par des acclamations, en criant ÀÇto,-, il c&l digne. On lisait ensuite un acte appelé <l^r,fci, qui contenait le témoignage public de la manière dont il avait été élu, et qui f tisait foi que l'élection avait été canonique. Cet acte était signé par les évêqucs suivant le rang de leur antiqtiité, car il ne s'en trouve pas d'autre par rapport à la dii^nilé des sièges. Trois prêtres et trois diacres de l'église d'Alexandrie signaient au nom du clergé, puis l'archimandrite du monastère célèbre de Sceté signait ensnile comme au nom de tout l'ordre monastique; en.'in les plus considérables entre les laï(iues d'Alexandrie el du Caire appelés dans ces actes vtàpxw^-
Lorsque le nouvel élu n'était que simple religieux, ou s'il ne l'était pas, on lui conférait à différents jours le diaconat, s'il ne l'avait pas, ensuite la prêtrise. Après cela il était ordonné igiauenos, c'csl-à-dirc, archimandrite, ou archiprôtre , quand même il n'aurait pas fait profession de la vie monastique. Enfin il était ordonné archevêque d'Alexandrie; et on remarque dans le Pontifical que l'ordination se faisait conformément à celle des autres évèques. Elle était en cela très-canonique, el fort différente de la pratique trèsmauvaise des nestoricns pour l'ordination de leurs patriarches, car comme il n'y a eu rien déplus fréquent parmi eux que les translations épiscopalcs, lorsque celui qui était élu patriarche était installé, ils ne se
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contcnt.iienl pas de la seule intronisation, ninis ils faisaient à son égard les mêmes cérémonies et disaient les mêmes prières accompagnées de l'imposition d, s mains, que dans une véritable ordination. Les Copines ont observé religieusement les anciens canons de l'Église sur cet article, n'ayant jamais élevé sur le siège d'Alexandrie aucune personne attachée par l'ordination épiscopale à une autre église.
On trouve sur ce sujet dans la vie du patriarcha Agalhon, qui est le second depuis la couquêle de l'Égyple par les Mnhomélana, qu'ayant un pressentiment et une révélation, si on croit son historien, que Jean de Semnoud lui succcderaii, il ne voulut jamais l'ordonner évêque, quoique plusieurs églises l'eussent demandé. Dans la vie de Chaïl, quarante- sixième patriarche, vers l'an de Jésus-Christ 7i2, on lit qu'il porta le zèle de la discipline encore plus loin, n'ayant jamais voulu recevoir à sa communion Isaac, évêque de Harran en Mésopotamie, qui s'était fait élire patriarche d'Antioche, et que le calife Abdalia appuyait avec tant de fureur, qu'il fit mourir deux métropolitains qui s'opposaient à cette intrusion. Chaï! répondit qu'il ne pouvait y consentir sans encourir les anathêmcs qu'il avait fulminés, selon les canons, contre ceux qui s'élevaient aux dignités ecclésiastiques par la faveur des princes, et cdulrc ceux qui étant déjà évoques voulaient se fure patriarches.
Les cérémonies et les prières de l'ordination sont p.iin- l'essentiel à peu près les mêmes que celles des autres églises, cl conformes à ce qui a été toujours pratiqué dans les ordinations sacrées; c'est pourquoi nous ne les cxplitjuerons pas plus en détail. Après que le nouveau patriarche avait été mis sur le trône, les évèques lui faisaient leurs soumissions, cl le bai saicnl ; les prêtres el les laïques lui baisaient la main. Il était ordinairement obligé à signer un écrit par lequel il s'engageait à gouverner l'église selon les canons, cl lorsiiu'il s'était introduit quelques abus, on renouvelait à celle occasion la publication des canons ; et il se faisait de nouvelles constitutions , qui se trouvent encore dans les collections des canons dô l'église d'Alexandrie, sous les noms des palriarclics Cliristodule, Gabriel, fils de Tarich, et de Cyrille, fils de Lakl.k.
SI l'ordination avait été faite à Alexandrie , comme elle s'y faisait le plus souvent, d'abord le patriarche était conduit au Caire, où, après s'êlrc présenté devant le calife ou !e sultan, qui confirmait son élection, il recevait les soumissions du clergé et des principaux chrétiens du Caire, qui faisaient un corps considérable , parce que la plupart avaient des charges h la cour des princes , cl que leur crédit y était assez grand. Mais l'évêque du Caire conservait toute fa juridiction , et quelques patriarches ayant voulu s'approprier cet évôché parce qu'ils faisaient Iciir résidence dans la ville , n'y purent réussir. Lorsque l'ordination avail été faite au Caire , le patriarche était conduit à Alexaiidrie , où il était proclamé dans l'cglinc de S. Marc, dont le chef était apporté d'une
PI£ Rl'ÉTUlTÉ DE LA FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE. 80
où il a été longtemps en dépôt saienl point le nouveau patriarche, et ne faisaient
maison particulière entre les mains d'une famille appelée Bani-et-Socari. Il prenait le clicf enire ses mains et le montrait au peuple, après quoi on le rcmellait dans sa cliâsse que tous allaient baiser. Il est remarquable que des auteurs du pays discnl qu'il y avait quelque doute qu'on cdl encore à Alexandrie le corps de S. Marc , parce que l'opinion commune élait que les Grecs l'avaient (ransjioric à Venise, et que la relique n'était pas le chef de S. Marc, mais celui de S. Pierre-le- Mariyr,
Après la visite de l'église d'Alexandrie, et la proclimalion faite devant ou après dans la principale du Caire , où le nouveau patriarche célébrait la Liturgie, il élait obligé d'aller l'aire la même cérémonie au mo naslère de S. Macaire , à Scelé, que les Arabes appellent la vallée do Habib. Il y allait monté sur un âne ; et à quelque dislance les religieux venaient audevant lui , et ils se prosternaient trois fois jusqu'à Icrre. 11 descendait et se prosternait une fois devant eux. Il remonlail sur son îine , et l'arcbimandriie de ce monastère le conduisait ; les autres religieux maf chaienl devant chantant des hymnes et des psaumes. Il allait descendre a l'église a|)pelée du patriarche Benjamin, parce qu'il en avail fait la dédicace, dont tous les ans on célèbre raimivcrsaire. On faisait la proclainalion comme à Alexandrie cl au Caire , et le nouvx;au patriarche célébrait la Liturgie à l'autel de Benjamin , avec celte circonstance que c'était rarchimandrilc qui prononçait la première absolution , au lieu qu'en d'autres lieux et en d'autres temps celle fonction élait faite par le plus ancien évêquc.
U paraît aussi par divers faits marqués dans Tiiisloiredcs patriarches, qu'ils faisaient en ce monastère une profession de foi , de même qu'ils l'avaient faite le jour (le leur ordination ; car on y lisait pubruiucnieut tous les actes qui avaicnlélé faits ailleurs, par un respect parliculier pour l'ordre monastiiiuc , duquel avaient été tirés la (-.lupart des évèques cl même des palriarches. On reconnaît par deux exemples signalés que ces religieux éiaietil bien atlciilifs sur ce qui regardait la foi de ceux qui devaient rcnqilir celle première place de leur église. Car ils s'élevèrent en 1131 et 1147 contre deux palriarches, qui, dans la confession de foi qui se fait avant la comnumion , avaient .ajouté quelques paroles, quoiqu'elles fussent très-orthodoxes.
Ce respect pour le monastère de S.-Macaire, venait en partie de ce que depuis le concile de Calcédoine les patriarches élus après la mort de Dicscore , v\ qui n'avaient pas voulu se soumettre îfUx orthodoxes , n'ayant pu paraître à Alexandrie , sinon sous les empereurs (|ui favorisaient leur hérésie, s'étaient ordinaircmeiil retirés dans ce monaslcre ; et que presque tous les religieux avaient été fort attaciics à la mémoire de Dioscore et à la créance des monojibysiles. Celle cérémonie était ensuite tellement passée en coutume qu'on en avail faii une loi , en fiortc une le« religieux de S.-Macaire ne rcconnais-
aucune mention de lui dans les diptyques , jusqu'à ce qu'il eût été proclamé dans leur église , et qu'il y 64t célébré la Liturgie. Il était même obligé d'y aller aussitôt qu'il avait fait celte fonction à Alexandrie, en cas qu'il y eût été ordonné; et Macaire soixanteneuvième patriarche en 1103, ayant voulu se faire proclamer au Caire , les religieux s'y opposèrent, dé* clarant qu'ils ne le recoimaîlraienl point, s'il n'allait auparavant faire la inérae cérémonie dans leur monastère.
Si la coutume était que les patriarches . quand même ils n'auraient pas fait profession de la vie monastique , en recevaient l'habit, ils entraient aussi dans toutes les obligations de cet état. Car la règle générale de s'abstenir de viande , et plusieurs autres semblables préceptes delà vie religieuse, s'obsei*vaient dans la maison du patriarche , qui n'avait pas même d'autre nom que xa>(ov ou la cellule. Les historiens marquent comme un grand scandale, que le pa- Iriarche IMiilolée manquait à cette règle , el que non seulement il mangeait de la viande , niais qu'il donnait de grands repas dans la cellule patriarcale , ce qui souleva toute son église contre lui.
Après les cérémonies qui ont été marquées, une des premières alienlions du nouveau patriarche était d'écrire une lettre synodale, pnrce (lu'elle élait dressée dans l'assemblée des cvêijues qui s'étaient trouvés à l'ordination, et de l'envoyer au patriarche jaeobile d'Anlioche. Elle contenait une confession Je loi selon leur commune créance, et elle élait ordinairement portée par deux évoques. Le patriarche d'Anlioche asseuiblait les siens , elle était lue en pleine assemblée ; après quoi on insérait le nom de celui qui l'avait écrite dans les diptyques, cl on renouvelait par cet acte public la communion qui était entre ces deux sièges , particulièrement depuis Sévère d'Anlioche. La coutume étail de pari el d'autre de ne pas faire mémoire dans la Liturgie de celui qui n'avait pas envoyé de semblables lettres, el jusqu'à ce qu'elles eussent été reçues, on continuait à nommer dans les di|)lyqucs le dernier mort, comme s'il eût été vivant.
L'autorité du patriarche d'Alexandrie élait fort grande dans la communion des jacobiles, car il n'avait aucun supérieur, el il précédait le patriarche d'Anlioche. Il avait aussi toute juridiction sur le métnipolitain d'Ethiopie; cl elle subsiste encore, puisque celui qu'on appelle abu-ivenicnl pdtriarche d'Étliiopic, n'est qualifié que métropolitain dans tous les auteurs qui en parlent. Il a toujours été nommé el sacré par le patriarche d'Alexandrie. 11 envoyait de même des évèques en Nubie ; mais on croit qu'il n'y a plus de cluéiicns en ce p.iys là depuis fort longiemps, non plus qu'on Afrique et dans la Pentapole, qui étaient aui refois sous sa juridiction , comme les titres qu'on lui donne dans les actes solennels en fo.il encore loi.
Cclto autorité élait presque sans bornes pour toutes lç5 .iQ'uires ecclésiastiques, (inoin'i'ii praisic que les
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sans bapld'ine, f;tail soumis à une rude ijénilciicc, r.iiisi que :es pères et les mères ; de sorte jncinc que qu;md il a'y aurait pas de leur faute, on ne les exemple pas de faire vjuelque pénitence, comme d'un mallieur arrivé en punition de leurs péchés. L'ofdce csl assez long, parce qu'il est accompagné de la messe; mais il est ordoimé par les canons de leur église, que si l'enfant paraissait en péril de mort, on abrégera la plus grande partie des oraisons ei des cérémonies. Les exorcismes, l'onction de riniilo des caléclmnièiics, les signes de croix et les autres rites que rEglise observe, sont aussi religieusement observés. Ils (nul en même temps la chrismation avec le cbrème qu'ils appellent myron, comme les Grecs, et clic c. t f.iile par les prêtres. Le ( hrême ou inijron est consacré avec de grandes cérémonies le jeudi-saint par le pa- Iriarcbe seul, (jui l'envoie à tontes les églises, cl on trouve dans leurs histoires que [ilusienrs patriarches se retirant au monastère de S.-Macaire pour y passer le carême, faisaient celle fonction au mcin; lieu. L'usage est aussi de donner la communion aux enfants avec le baplêrne. Ce qu'ont écrit quelques auteuri touchant le baptême de feu avec un fer chaud est sans fondement.
!lf croient la confirmation qu'ils ne séparent pas dubaplême,commeélanld'institution apostolique (1) ; et c'est sur cela qu'est fondée une tradition fabuleuse, qui se trouve dans plusieurs livres, qu'il entre dans le chrême de l'iiujle dont la Magdelaine oignit les pieds de Jésus-Christ. Car comme dans la composition du nouveau chrême on eiî mêle de l'ancien, et que cela s'est toujours pratiqué, ils en ont tiré cette fable, dont le fondement est sérieux, qui est qu'ils ont reçu cette pratique dès les premiers temps de l'Église par les disciples des apâlres.
On fera voir par des preuves bien certaines qu'ils croient, ainsi que tous les autres chiéiiens d'Orient, les Grecs et les Latins, que l'Eucharistie est véritablement et réellement le corps et le sang de Jésus- Christ, ce que les Cophtcs marquent plus expressément que les autres, par la confession de foi qu'ils disent avant de recevoir la comnninion, et qui se dil de même par les Éthiopiens.
A l'égard de la pénitence, il y a eu sur cela queliiuo changement. Leurs canons, et ceux de l'ancienne église qu'ils lapportent dans leurs collections, établissent premièrement le pouvoir donné par Jésus- Christ aux apôtres et aux cvêqucs leurs succe'<scurs de remettre les péchés, et ils entendent connue nous tous les passages qui enseignent cette vérité. Secondement que tout pécheur ne peut obtenir la rémisaicn
paiiiarebes d'Alexandrie n'en aient pas abusé, comme .m fait les neslor/ens dans les pays qui leur étaient iomnis. Ils étaieti; en droit d'approuver ou de casser les élections aux évêcliés; ils les conféraient de plein droit, et souvent ils réimissaient deux évêcliés en une ^cuie personne, quoiqu'ils l'aient fait rarement, sinon pour des causes canoniques, telles qu'étaient la dimiuuliou considérable des chrétiens , la ruine des lieux Pi d'autres pareilles. Il donnaient des dispenses, eonime celles qui étaienl nécessaires pour parvenir aux ordres sacrés ; et il paraît qu'ils en usaient modérément. Ils déposaient les évêques; ils pouvaient les excommunier, et ([uoiqu'ils s'altiibuassenl une puissance sans bornes, ils avaient néanmoins plus de respect pour les canons que les patriarches d'Anlioche jacobites, et les caltioli(iues des nestoriens. Telle a été la forme de la hiérarchie de celte église nombreuse des Cophtes, dans laquelle il y a eu peu de changement depuis le commencement du quatorzième siècle, auquel elle était encore telle que nous l'avons représentée sommairement, sur ce qui s'en trouve dans leurs livres. Il faut parler à présent de ce qui regarde leur foi et leur discipline.