‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 66 sur 323 · CHAPITRE Xli · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xli

Des coutumes el des abus qu'on reproche aux ÉlhJop'iens.

Parmi ces abus il y en a un très-pernicieux, et que né:mnmiiis M. Ludolf tâche de justifier, qui est le ^^nouvellement du baptême, ce qui se fait à la fête de l'Epiphanie. Ce jour-là en mémoire du baptêiy.c de Jésus Christ , plusieurs chrétiens orientaux , et les Arméniens entre outres, ont la coutume de bénir de l'eau avec des cérémonies a peu près semblables à celles dont se fait la béîicdiction des fonts baptismaux. Delà manière dont Alvarez, témoin oculaire, en fait le récit, on ne peut justifier celte superstition, puisqu'il dit que le patriarche prononçait sur ceux qui se présentaient devant lui en sortant de l'eau les propres paroles de la forme du baptême. L'Étiiiopien Grégoire disait que ce n'était qu'une simple mémoire du bai)tème de Jésus-Christ dans le Jourdain , ce qui est co:, ferme à la réponse que (itle prêtre Teela-Mariani lorsqu'il fut interrogé à Rouie sur cet abus. 11 peut avoir été corrigé, et il ne serait pas surprenant que ceux de celle nation , pour la justifier d'im tel sacrilège , eusseiit déguisé la vérité. Mais le témoignage d'Alvarez est d'autant moins suspect , qu'il est confirmé par ce qui arriva lorsque les Portugais furent chassés d'Ethiopie après la défaite» et la mort du prince Raz-Sela-Christos , aucpiel par un zèle mal entendu quelques missionnaires avaient fait prendre les armes pour maintenir la foi catholique contre le roi qui s'en était déclaré renuemi. Car le paliiarche ou métropolitain , pour etracer le péché qu'il supi)osait que la plupart avaient commis en se réunissant à l'Église romaine , et pour faire quelque chose de plus que les missionnaires qui avaient publié un jubilé , ordonna un baptême général , par lequel tous les péchés seraient effacés sans confession et sans pcai-

tcnce. ( Tellez , 1. 5 , c. 22 ; Lud. , L 5 , c. 12 , 50. )

Alvarez ajoute , comme l'ayant appris du roi d'Ethiopie, que ce renouvellement du baptême avait c;é établi par le roi aïeul de celui-là; ce qui fait voir qu'il n'était pas fort ancien; et cela est d'autant plu-i vraisemblable, que dans l'histoire des patriarches d'Alexandrie , qui va jusqu'à la fin du treizième siècle, et dans quelques auteurs plus récents qui ont parlé de l'Ethiopie, il n'esî lait aucune mention de cet abus.

Ce n'en est pas un moindre de laisser mourir les enfants sans baptême, s'ils ne vivent pas au moins quarante jours. La raison ([uc rend Zagazabo, que les enfants sont sanctifiés dans le ventre de leurs mères pur f Eucharistie qu'elles reçoivent, est inconnue à toute l'antiquité; et si on la veut recevoir, elle n'est pas favorable aux principes des protestants, puisqu'elle suppose une sanctification iidiércnle dans l'Eucharistie. Ce qu'il y a de plus certain à dire sur cet article est que l'église d'Alexandrie a été fort éloignée d'une opinion si extravagante , puisque les canons pénitentiau:j inpoiCiiL de rudes pénitences aux prêtres, aux pères et aux naères, par la négligence desquels les cnl'anls meurent sans baptême , et sont ainsi exclus du royaume des cieux.

Ou remarque aussi comme un défaut essentiel dans la célébration de l'Eucharistie parmi les Éthiopiens , que , lorsqu'ils n'ont point de vin, ils mettent des raisins secs infuser dans de l'eau, qu'ils en tirent ensuite le suc , cl qu'ils s'en servent pour la consécration du calice. Cela fait voir cpie {[uand ils manquaient de vin , ils le suppléaienl par quelque chose de sem- Mabîe ; et qu'ils ne croyaient pas, comme les premiers calvinistes décidèrent hardiment, ([u'à son défaut on pouvait se servir de toute autre liqueur employée pour la boisson ordinaire. Michel , évcque de Mélicha dans la Thébaïde , dans ses réponses canoniques, décide qu'on ne peut ainsi célébrer la Liturgie.

A l'égard des autres sacrements, outre le bap;ônie et l'Eucharistie, M. Ludolf prétend , comme nous avons remarqué , (jue l'église d'Ethiopie ne les connaît pas. On pourrait dire avec plus de raison qu'il ne les a pas reconnus lui-même dans des offices dont l'autorité est incontcslable , comme celui du ba!)têmo, au bout duquel on trouve les cérémonies el les pi ièrcj de la confirmation ; el chacun sait que parmi les Grecs el dans tout l'Orient elle est administrée par les prêtres. La forn)e qui se trouve dans cet office est conçue dans les tcrraes que les théologiens , même scolastiques, reconnaissent comme suffisants pour ce sacrement. On ne croit pas qu'on puisse dire qu'ils n'aient pas l'ordination , puis<iue le niétropolilain étant toujours ordonné en Egypte , reçoit l'imposition des mains du patriarche d'Alexandrie avec les cérémonies essentielles. Les Éthiopiens ont été pendant des espaces de temps assez considérables sans avoir de métropolitains, à cause des difficultés survenues par divers accidents. On trouve même qu'ils obli^èreiit Cil pareille occasion , sous Cosme , ciniiuanle-huiliènw

LIV. I. EXAMEN DES ÉGLISES D'ORIENT AU SUJET DU CONSENTEMENT, etc.

patriarche , ordonné en 920 , le disciple du raélropolitain , que le roi avait chassé, à faire les fonctions por.tiflcales ; ce qui lut regardé comme un attentat sans exemple. Jamais ces niélropolilains n'osèrent ordonner d'autres évêques, parce que les patriarches d'Alexandrie leur avaient ôté ce pouvoir, lis se réduisirent donc à ordonner un très-grand nombre de prêtres , afin que le pays n'eu niantiuàt point. Toutes ces circonstances font assez connaître que la doctrine conmiune à toute l'Église touchant l'ordination el la nécessité de la recevoir des mains des évoques é'.ait bien établie parmi les Élbiopiens , puisque pendant tant de siècles ils n'ont jamais cru pouvoir se faire des métropolitains qui les tirassent de la sujétion de l'église d'Alexandrie , qui leur était si onéreuse ei si préjudiciable.

Nous avoiif *Jéjà remarqué que leur Liluigio était entièrement la mênie que colle des Copîiiesqui porte le nom de S. Basile , ce (p>i n'est pas diflicile à reconnaître, puis(ju'en toutes les parties principales i'élliiopiemie est une traduction de la première ; et c'es^t p;ir cette raison qu'elle est appelée canon , parce qu'elle sert à diverses autres dans les parties où il n'y a aucun cliangemenl.

Il est difficile de comprendre ce qu'a prétendu M. Ludolf, en disant qu'elle consiste en différentes tections de rÉcriture sainte et en homélies, puisque quoique dans la Liturgie on lise , comme parmi tous les chrétiens, des leçons de l'ancien et du nouveau Testament, cependant elles ne sont pas comprises dans le corps qui s'apjielle la Liturgie , comme elles le sont dans nos Missels; elles sont marquées selon les jours et les Têtes dans les leclionnaires. Il n'y a pas le moindre vestige d'iiomélies, si ce n'e.-.t qu'il ait cru pouvoir appeler ainsi ce que le prèlro cl le diacre disent au peuple. Mais on ne trouvera personne qui en- Ic-nde ce mot en cette manière ; et on comprend encore moins l'affectalion qu'il a d'employer des termes que personne ir'enleiid, sinon dans sa communion, pour ne pas se servir de mots de Messe et de Liturgie. Or les mois éthiopiens ont leur origine syriaque et hébraïque, ou ils sont grecs , comme celui d'anapliora, dont les Cophtcs el les Syriens se servent pour exprimer ce que les Grecs appellent communément Liturgie. M. Ludolf a une très-grande attention à traduire ce mot et les antres équivalents par des périjjbrases fort extraordinaires. Tantôt c'est radminislration de rEiicliaristie, tantôt la sacrée cène; tantôt l'aciion de grâces de Coblation; tajilôt l'uruison sanclificatoire, oblatiun, canon de l'Eucliariatie. Enfin, ce qui par;iît assez bi/.arre, dans les deux éditions de son dictionnaire éthiopien , il a eu le soin de ne pas ineltro dans son index latin le mot de Missa ni de Lilurgia. Mais son affectation paraît encore plus dans les hmgues digressions qu'il fait sur plusieurs points de discipline dont il prétend découvrir l'origine, et trouver la pureté des temps apostoliques pai'mi les Éthiopiens, pendant qu'elle s'est perdue ailleurs.

Ils appellcul l'autel la table sacrée , comme nous le

disons encore tous les jours ; de plus, ils ont une espèce de table carrée, qu'ils appellent rarcfie sacrée, de laquelle ils content des histoires nierveilleuses. Ils prétendent que c'est l'arche de l'aucien Testament qui fut emportée en Ethiopie , lorsque le fils de Salomon et de la reine de Saba fit un voyage à Jérusalem. II ne faut pas de grandes recherches pour reconnaître l'origine de cette fable; l'autel est appelé arche sacrée qui contient la véritable manne; cette épilhcte est donnée aussi à la Vierge; on met sur l'autel une table ou une tablette consacrée ordinairement par les patriarches , ou à sa place une pièce d'étoffe que les Grecs appellent àvTt/xsvÛJwv, comme qui dirait ce qui tient lieu de table. Il y a sujet de croire que les patriarches d'Alexandrie en avaient envoyé de sendjlables en Ethiopie, puisque c'était l'usage, et que ce qu'ils avaient béni était fort respecté en ce pays-là. On trouve même dans leurs histoires qu'un d'eux donna une de ces tables ou autels portatifs à un roi de Nubie, avec la permission de s'en servir pour célébrer la Liturgie en campagne et sous des tentes. Ils étiiient faits en forme de cofTre ou de petite table creuse ; cela suffit à M. Ludolf pour faire une longue digression contre les autels solides. 11 aurait pu trouver néanmoins dans la vie du patriarche Benjamin , qu'il en bénit et consacra un qui subsiste encore au monastère de S.-Macaire ; et dans l'histoire d'Alvarez oh trouve le plan de quelques églises taillées dans le roc du temps du roi Lalibéla , où les auiels solides sont aussi marqués.

Ce n'est pas à quoi il borne sa découverte ; arca signifie aussi une bière ; cela le conduit à l'origine des autels et à celle de la vénération des reliques. 11 suppose que, durant les persécutions, les chrétiens no pouvant transporter aisément les vases sacrés, le pain et le vin , et les autres choses nécessaires pour célébrer l'Eucharistie, les mettaient dans une bière, afin que les infidèles crussent que c'était un ontcrrenienî. On mctL;iit celle bière sur des tréteaux ou sur «ne table, et on célébrait ainsi la Liturgie. Après les persécutions on crut qu'on ne le pouvait faire que sur ces sortes de bières ou de coffres ; c'est pourquoi elles furent tirées des lieux où elles étaient, et portées dans les églises. La forme fut ensuite changée, et le nom oublié de telle manière qu'il est seulement resté parmi les Éthiopiens. Celle découverte est toute nouvelle, et on aurait peine à prouver la moindre des circonstances sur lesquelles elle est fondée. Il n'y avait pas tant d'appareil dasts «les premiers temps de l'Église pour célébrer les SS. mystères, et il ne f.dlait pas un coffre grand comme une bière pour perler du pain, du vin, de l'eau et un calice. On prouverait avec peine que les sandapilœ, ou bières des anciens, fussent fermées ; elles ne le sont pas encore à présent à Rome et dans toute l'Italie. Les officiers destinés à ces convo.s , vcspillones ou itbitinurii , étaient gens connus, el («!, voit dans Appien qu'un proscrit, voulant s'écliapper de cette manière, fut recor.nu. Ainsi tout ce sysième est une pure imagination, et cneore plus ce que M. Ludolf

PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOICIIANT L'EUCIIARISTIK.

ajoute, que quand on trouvait des ossements disperses. on les ramassait, et on les nieltail dans ce coffre de bois ; que de là est venue l'origine de la vénération des reliques. Il était si renijili de celte idée, qu'il y a rapporté un marbre antique qui est dans Roma sublcrranea , et où est représentée une agape ou repas de chrétiens , comme on le prouve par d'autres semblables. La table est , selon lui , une de ces bières sur lesquelles on célébrait les mystères ; et voilà tout ce qu'il croit avoir tiré de ce que les Éthiopiens appellent labout ou arca, la table ou àvTi/isvùjtsv de l'autel.

Il est cependant très-certain que ce mot de taboul est formé du mot hébreu tebaqni signifie Marche, dont les Arabes ont fait l'autre, et dont ils se servent ordinairement |)Our signifier une bière ou un cercueil ; que ce n'est pas dans ce dernier sens que les Étliiopiens l'ont pris d'eux, mais dans le premier, à cause de leur ridicule tradition du transport de l'arche dans leur pays. On ne peut douter que dans les prenùers temps de l'Église il n'y eût déjà des autels , comme on en trouve des vestiges en plusieurs lieux des catacombes, où il ne faut jamais avoir été, ni même avoir In Roma subterranea, pour avoir formé un système aussi insoutenable, et y avoir ajouté que les Ethiopiens ayant conservé plus parfaitement que tous les autres chrétiens la forme de la discipline primitive, c'était d'eux qu'on en devait tirer l'origine. Mais quand on remonterait aux plus anciennes, dont la tradition du pays et des livres très-modernes ne conservent qu'une mémoire fort obscure , on ne peut la porter plus haut qu'au temps de S. Athanase ; et on sait assez par des monuments plus sûrs que tout ce qui se peut trouver en Ethiopie, quelle était la forme du service des églises dans le quatrième siècle. Il est donc inutile de la prétendre chercher dans un pays barbare, où même il ne se trouve rien de ce que prétend M. Ludolf. Car si on examine les seules oraisons et bénédictions qui ont une autorité publique , on y trouve tout le contraire , rien n'étant plus fréquent que les mots à'autel et de sacrifice, et tout ce qui peut y avoir rapport.

Outre la Liturgie ou le canon général , parce qu'il sert avec toutes li;s autres, ils en ont deux im|)i iniées à Rome en leur langue avec celle-là : Vanslèbe étant encore lutiiéricn fil imprimer celle qu'ils appellent de S. Dioscore ; et il n'y a lien de plus corlain quje c'est le patriarche d'Alexandrie, quoicpie M. Ludolf on doufC sans aucune raison. La forme en est la même, ainsi que de (juclques autres qui se trouvent dans des manuscrits, et toutes sont entièrement selon le rit alexandrin. Ils en ont outre ceU huit autres.

Il y a tout sujet de croire que la discipline de la pénitence a été autrefois dans TÉihiopie pareille à celle qui était pratiquée dans l'église grec<iue. L'hérésie des monophysites n'y apporta aucun ciiangemen( et les collections des canons éthiopiens, dont M. Lmiolf a donné des sommaires, en contiennent plusieurs qui prescrivent les règles de la pénitence.

Abuselah, auteur égyptien qui écrivait il y a enviroi quatre cents ans, dit (|ue les Éthiopiens au lieu dt confesser leurs péchés aux prêtres , les confessaient tout bas devant uii encensoir sur lequel brûlait 06 l'encens, et qu'ils croyaient ainsi en obtenir je pardon. Michel, métropolitain de Damiette, justifie cette pratique dans son traité contre la nécessité de la confession ; et il n'est pas étonnant qu'elle ait passé en Étliiopie, sous les patriarches Jean et Marc, qui favorisaient cet abus. Zagazabo assurait néanmoins qu'on se confessait en son pays ; ei suivant la discipline de l'église d'Alexandrie on devait le faire. C'est sur les règles qu'on examine la véritable tradition des églises, et non pas sur les abus. Les jésuites qui furent envoyés eu Ethiopie y publièrent un jubilé eu 1627; une des raisons dont les emieniis de l'union se servirent pour révolter les peuples contre eux , était qu'ils établissaient l'impénilence par cette absolution générale ; et ce fut à celte occasion que le métropolitain ou patriarche, pour montrer qu'il n'avait pas moins de pouvoir, publia un bapléiue général. Cela fait voir qu'ils avaient une véritable idée de la pénitence, conforme à la pratique des autres églises.

Il en est de même des autres points de doctrine et de discipline snr ce qui regarde l'invocation delà sainte Vierge et des saints, la prière pour les morts, les reliques, les images, les cérémonies ecclésiastiques, la vie monastique, les engagements qui l'accompagnent, et ainsi du reste. M. Ludolf fait sur ces articles des réflexions qui n'ont guère plus de solidité que les précédentes , tantôt pour trouver quelque conformité au liuhéranisme, tanlôt pour tirer des usages bons ou mauvais de quoi calomnier les catholiques, comme si l'Église ne condamnait pas les abus, dont elle a retranché la plus grande j)ariie, et jamais elle n'en a approuvé aucun. 11 devait de bonne foi remaniuer qu'il y eu a de beaucoup plus grands dans celte église d'Ethiopie qu'il voudrait faire i Qgarder comme sans aucune tache; et que ce qui a été mis au nombre des abus par les premiers réformateurs est pratiqué par les Éthiopiens, conmie étant de tradition apostolique.

11 était peu nécessaire de remarquer avec afreclatiou que le mariage est permis aux prêtres et aux diacres ; il n'y a personne qui ignore que l'église orientale a toujours eu celle pratique ; mais avec cette restriction inconnue parmi les réformés, qu'il n'a jamais été permis aux prêtres ni aux diacres de se marier après leur ordination ; que les évêqucs ni les métropolitains ne sont jamais mariés , et que le mariage d'un religieux avec une religieuse ou avec toute autre personne est considéré comme un sacrilège. C était sur cela qu'il aurait pu consulter son Éthiopien, qui auiait entendu ses questions plus facilcincnl que sur la Iranssubslanliation.

Mais après tant de paroles perdues, pour faire croire qu'il se trouve ([uelque conformité entre la foi el la discipliiic des Éthiopiens el celle des proiesta'its, il est étoimant que M. Ludolf ail entrepris de les jusliliet sur diverses observations judaïques , que toutes let

97 LIY. I. EXAMEN DES ÉGLISES D'ORIENT AU STIJET DU CONSENTEMENT, etc.

«litres communions chréliejines ont toujours condamnées égaiftnienl. La première est la circoncision. Dans la confession de Claude, roi d'Élliiopic, on trouve qu'il CM est i)arlé comme d'une coutume ancienne du pays, qui n'a aucun rapport à la religion ; et les Élliinpiens la justifient sur leur tradition ridicule du fils du Salonion qui l'avait apportée avec d'autres observations légales. Quand cela scrnil véritable, les Juifs ne se sont pas servis d'une i)areille raison pour continuer celte pratique depuis l'élablissement du cluislianisme. Elle est assez fréqucnio parmi les Coplites; mais on ne trouve pas qu'elle ail été ordonnée comme nécessaire, et incnie il y a diverses coiistiliilioiis patriarcales qui 1.1 défendent après le baptênir. Les Éihiopieiis, au conlr.iire, connue on lildans l;\ Vie de \uçab, patriarche d'Alexandrie, qui mourut l'an 836, se soulevèrent contre leur métropnliiain nonuné Jean, sur ce qu'il n'était pas circoncis. Il y a quehpie apparence que l'abus introduit en Écçyple est venu de ce que les mahomélans, dejiuis (pi'ils en sont les maîtres, ayant circoncis par force plusicin-s enfants de elirétiens, on avait ôlé à la circoncision la note de juiiaismc ou de maliomctisme qu'elle portail avec soi ; ei, si on en croit quelipies auteurs, il y avait de plus quelques raisons naturelles de la pratiquer. Mais on lie trouve jimiais (pie les piUrianhcs d'Alexandrie l'aienl recommandée comme nécessaire; el il parait assez par l'exeniple qui vient d'élre rapporté (pi'clle tréiait pus en nsage en Eg}ple au neuvième s'èele. Ccpentlanl .M. Ludolf trouve cela fort innocent, ainsi que la célébration du sabbat, l'abstinence de la chair de porc, et de semblables superstitions. Elles ne l'ont pas cnipècbé de dire que quand on ex;iminait à fond les riies des Éibiopiens, on s'imaginait voir la forme de l'ancienne Église, quoiqu'il y eût plusieurs points dans lcs(ine!s ils s'éloignaient do la pratique de l'Église latine, dans le baptême, dans les agapes, les jeûnes et le sabbat. Mais dans le baptême el dans la célébration de l'Eucliarisiie, ou ne trouve ni céiémonie ni prière qui ne soit tirée de celles de l'église jacobile d'Alexandrie ; ainsi celte antiiiuilé ne remonte pas pins haut que le bniliènic siècle. On ne croira pas que dans ces prières, Inrsiju'on trouve (pie ta nnlure divine el Itnividitc en Jésns-Cliri^t ncii font quune, ce soit l'ancienne É|;lisc ni le concile de Cilcédonie qui parlent; on reconnaît aisément (pièce sont des hérétiques, disciples de Dioscore Ce que les Ethiopiens ont .ajouté de leur clief est, par exemple, de dire, en récitant les parobis de Jésus-Christ : Ce pain est mon corps. M. Ludolf piiuriail-il dire que c'est ainsi qu'elles ont été dites ilans l'ancienne Église?

On ne comprend pas ce qu'il entend par agapes, puisqu'il n'y en a pas le moindre vestige dans tout ce qui nous reste de monuments de cette église. El à l'égard de la chair de porc , on trouve dans les collections des canons ceux de Laodicce et divers autres qui disent anaihème à ceux qui s'abstiennent par supcrsiilion des viandes que Dieu a créées ; de niêmc que sur ceux qui obccrvcnl le sabbal à la ihanièrc

des Juifs. Telle a été la discipline de raneieime Eglise , fort éloignée de la pratique superstitieuse des Éthiopiens.

Selon l'usage constant de tous les siècles, ceux qui oui été analhémaiisés par les conciles sont regardés connn(^. hérétiques, et ceux qui ( onservent du respect pour leur mémoire encourent les mêmes anatbêmes. M Lud If, comme protestant selon la confession d'Augsboiirg, devait regarder le concile de Calcédoine comme orthodoxe. Comm^nl donc eiitreprend-t-il de justifier ceux qui le traitent comme une assemblée de fous et d'apostats, et qui l'anathématisent aussi bien (pic S. Léon ; qui mettent au nombre de leurs saints Oar>omas, Dioscore, Sévère d'Aiitiocbe, Benjamin el plusieurs autres hérétiques? Car il ne dira pas qu'il se soit rien fait de semblable dans raneiennc Église.

Lu aulre abus intolérable, el auquel les palriarches d'Alexandrie ont tâché iiûiiilemenl de remédier, e^t la pluralité des femmes. On trouve dans la vie du patriarche Clirisiodiile, qui fut ordonné l'an de Jésus- ClirisH0i7, qu'il écrivit sur ce sujet aux Éthiopiens des lettres très-fories; qu'il chargea Sévère, métropolitain (rÉlbioiie (lu'il avait ordonné, de reiranch. r de la communion Ions ceux (pii auraient uik; autKî feiimie que celle qu'ils avaient épou.sée selon la f )rin ■ de l'Eglise; que néanmoins ces exhortaiioiis et ces menaces n'avaient servi de lieii. La preuve en subsi.^tt^ encore, puisque selon le téuioi^nagi! d'Alvarez el es jésuites , non seulement cet abus continue , mais il est fort ordinaire de trouver des Éthiiqiieus, [larticulièrenieiit des personnes de qualité, qui par cette raison demeurent toute leur vie excommuniées et n'approchent jamais de la communion. Ce n'est pas là l'image de la primitive Église. i\ussi M. Ludolf passe cet article très-légèrement; mais il loue fort la discipline qui regarde h; mariage des prêtres , sans expliipier néanmoins qu'elle se prati pie de la manière que nous avons manpié ci-dcssns; cela n'est pas particulier à l'Ethiopie, mais commun à lous les chrétiens d'Orient.

il ajoute sans aucune preuve que les personnes mariées sont |)réiérées aux autres pour le sacerdoce, ce qui est entièrement faux. Pour en tirer les conséquences ([u'on voit bien qu'il vent donner à e^ tendre louchanl le célibat des prêtres ordonné dans l'Église romaine, il fallait (|u'il nous apprît comment il- avaient une si granoc estime des prêtres mariés, et que cependaijt ilu'y a jamais eu de mélropoljlain irÉibiopie, ni de p:>triarclie jacobile d'Alexandrie qui ait été marié. On trouvera dans leur Synaxarion et dans les Vies des saints les louanges de quelques uns qui ont quitté leurs femmes; mais g\^ ne trouvera pas qu'aucun ait jamais été loué pour s'être marié après avoir reçu l'ordination ou fait pntfession de la vie monastique. Au contraire, il paraît par les collections de canons éthiopiennes, que ceux qui l'auraient osé faire étaient punis sévèrement , par la déposition , l'excommunication et d'autres peines canoniques.

On lie dira pas (pic les Etbiopiens jugent de l'ordi-.

PERPÉTUITÉ DE hk FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE.

nation et de la bicrarchie ecclésiastique comme font les proieslanls , puisqu'il ne se irome aucune église dans l'anliquilé qui ail perlé plus loin la dépendance de ses niélropolilains cl des patriarches d'Alexandrie : car ce qui avait été d'abord nécessilé , puisque n'ayant qu'un niétropolilain dans le pays, ils devaient altcndre qu'il y en eût un autre ordonné à sa place, est passé en loi ; de sorte qu'ils ont été des temps irèsconsidérablcs sans évoques et sans prêtres, parce qu'il ne leur en venait point d'Alexandrie ; el ces prêtres qui restaient ne crurent pas pouvoir imposer les mains h quelqu'un d'entre eux. Mais ils tombèrent dans une extrémité toute opposée , le roi et les grands ayant forcé en une pareille occasion le disciple du dernier métropolitain à faire les fondions épiscopales. Cet exemple ne peul être tiré à conséquence, puisque ceux qui le rapportent marquent en même temps qu il attira de grands malheurs sur le royaume.

Le métropolitain , qu'on appelle abusivement le patriarche, est le supérieur ecclési:islique de toute l'Élliiopie. Il en est parlé dans les canons arabes qu'on attribue au concile de Nicéo , où il est prescrit qu'»7 sera ordonné par le patriarche d'Alexandrie, qui a mie entière supériorité sur lui ; que même les Éthiopiens ne pourront pas le choisir parmi leurs docteurs , c'esl-à-dirc dans leur clergé; el que si on tenait un concile en Crcce, il prendrait place après le catholique de Modaïn ou de Sélcucie. L'histoire apprend que celte discipline toute particulière a été exactement observée jusqu'à noire temps. Benjamin, qui envoya le premier mélropolilain depuis la conquête de l'Égyple, trouva celte loi établie, el ses successeurs ne s'en sont jamais écartés. Les rois d"Éthii»pie oui fait souvent de fortes insiances, a(in d'obtenir des patriarches d'Alexandrie que le méiropolilain pût ordonner autant d'évêques qu'il jugerait à propos. Mais sous Jean et Cosme, celuici, quarante-huitième, et l'autre soixante-douzième patriarches, cela leur fut ebsolu.mcnt refusé; parce que, disent les historiens , s'il y avait eu douze évêqms dans le pays , ils auraient pu élire et ordonner un patriarche , et ainsi ils se seraient soustraits de la dépendance du siège d'Alexandrie. Il paraît qu'alors ils avaient pouvoir d'ordonner sept évèques, mais Grégoire Abulfarage , qui mourut à Maraga en 1285, dans sa Collection de canons, après avoir rapporté en abrégé celui de Nicéc , selon la tradition des OritMitaux, ajoute que de son icmps ce niétropolilain d'Ethiopie iCordonnait plus d'évêques , mais seulement des prêtres et des diacres; ce qui est confirmé par le témoignage d'Abusclah , auteur contemporain. Zagazabo qui vint en Portugal, disait qu'il était évêque, ce qui serait contraire î» cet usage , si on pouvait tirer des conséquences certaines d'un fait qui roulait uniquement sur son témoignage : car la relation d'Alvarez el celles des jésuites confirment ce que di'^ent Abulfarage et Abuselah, puisqu'il ne se trouve aucune mention d'évêque, sinon de celui qu'on appelle lepatriarclie, qui exerçait toutes les fonctions épiscopales. Avant ces derniers temps, il y a quelques endroits dans l'histoire d'Ale-

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xanùrie où il est parlé d'autres évèques ; mais il n'y en a presque qu'un seul sur lequel on puisse faire attention , qiù est dans là vie de Jean, fds d'Abugalcb, vers l'an 1200. Il avait envoyé un mélropolilain en Ethiopie, et celui-ci retourna en Egypte, ne pouvant souflrir les insulles de l'évêque de la ville capitale.

L'autorité du patriarche était absolue dans le pays, d'autant plus qu'on n'avait pas fréquemment des nouvelles d'Alexandrie , où était son seul supérieur : car quoique M. Ludolf , par l'affectation avec laquelle il fail des réflexions sur toulce qui peut être contrairo à l'Église romaine, ait dit sans aucune preuve que ce prélat n'avait pas l'immunité ecclésiastique , cela est absolument faux , puisque son pouvoir était si ample qu'en différentes occasions il donnait ombr.ige aux rois. Celait aux meiropolitains ou patriarches qu'il appartenait de les couronner à leur avènement , et celte cérémonie se faisait en une de deux anciennes églises, celle de S.-iMichel qui était près de l'ancienne Axuma , et celle de S.-George. On voit qu'en quelques occasions ils usèrent de celte aulorilé avec ime telle indépendance qu'ils refusèrent do faire cette cérémonie , quoique la plupart des grands du pays attendissent pour reconnaître les rois que le métropolitain les eût couronnés. Toutes les affaires ecclésiastiques dépendaient de lui enlièremcnl ; et comme il n'y a eu presque jamais d'autre diocésain pour toute l'Ethiopie, il en était absolument le maître. II faisait seul les ordinations , et jamais abus n'a été porté plus loin que celui qu'en ont fail ces métropolitains : car comme Alvarez , témoin oculaire, le rapporte , le patriarche Mare ordonna en un jour deux mille trois cent cinquante-six personnes, donnant non seulement les moindres ordres , mais le diacofnat à des enfants, et cela sans examen et sans aucune attention aux qualités requises; el il n'y avait guère plus de difficulté pour le sacerdoce, pourvu que ceux qui s'y [résenlaient eussent l'âge compétent.

On ne trouve aucun Uilucl d'ordination en langue éthiopienne, quoique la Liturgie cl les autres offices se fassent en celle langue, parce que les prières pour l'ordination se font en langue cophte.

Les patriarches d'Alexandrie se sont aussi toujours rc'servé le droit de bénir le myron ou chrême , qu'on envoyait d'Égyple en Ethiopie tous les sept ans; qui était le temps durant lequel , sans aucune raison extraordinaire, les niélropolilains étaient obligés d'écrire et d'envoyer une dépulalion aux patriarches.

Il.n'est pas difficile de juger qu'une église fort élenduc , gouvernée delà manière qui a été décrite so)nmaircmenl par un seul évêque , toujours étranger, et qui ne devait rendre compte de sa conduite qu'au patriarche d'Alexandrie , duquel on ne pouvait souvent avoir de nouvelles; dans un pays barbare, au milieu de Juifs, de Mahomélaiis, et d'autres peuples ennemis de la religion chrétienne , devait être exposée cà de grands changements. Aussi , quoiqu'elle eût été fondée par Frumentius, disciple de S. Athanase ; qu'il paraisse par les lelires menaçâmes que Tempe'

LTV. I. EXAMEN DES ÉGLISES D'ORIENT AU SUJET DU CONSENTEMENT, etc.

rrnr Constance écrivit aux princes des Axumitcs , fp.i'ils cotiservaienl avec zèle la fol orthodoxe , il est hcr^ de doiUe que depuis la conqucle de i'Égyple pnr les Arabes , la religion catholique s'y perdit entièrement. Car depuis Benjamin , qui envoya le premier niélropolitain , il ne s'en trouve pas un seul qui n'ait été dans la même iiéré^ic. Il y a dans les diptyques des Liturgies qui furent impriinces à Rome sous Paîil 111, les noms de quelques-uns de ces anciens métropolitains, ainsi que celui lic tecklahnimanoth , père de la vie nionasliqne en Ethiopie, et les noms de quf'Iques anciens rois , tous jacoLitcs.

Outre j'iiérésic des jacohites (pii s'est conservée p'.riiii les Éthiopiens depuis le icinps de Benjamin , ils siiiit tomber dans plusieurs autres erreurs et abus qi:c nous avoîiS marques, et il y a sujet de croire que 1;; coiumercc des Juifs leur en a insinué plusieurs ; car il y avait en Arabie des rois qui faisaient profession de la religion judaïque, et il est diffic'iie de comprer.drc qu'ils aient pu recevoir d'ailleurs que des Juifs cl des Mahométans, les superstitions grossières do la circoncision, de l'abstinence de la chair de porc , et diverses autres. Ccpeiulanl M. Ludolf , après avoir rapporté très infidèleincnt ce qu'il pouvait éclaircir par les livres dont l'autorité est reçue parmi eux , el avoir donne comme la créance des Éthiopiens, des ré|)onscs obscures d'un particulier cndjarl'assé par des questions qui surpassaient ses lumières, veut (iife nous reconnaissions parmi eux un modèle p irlait de la primitive Église.

La preuve do ce paradoxe est fort étonnante ; car si elle peut imposer à ceux qui n'ont aucune connaissance de l'antiquité ecclésiastique , non plus que de l'histoire orientale, die ne peut causer que de l'indignaliou à ceux qui cherchent la vérité, et qui lâclicnl de l'cclaircir pour le bien de leurs frères. Cest, dit il , que l'Éijlue de Rome, s'élcml allribué une trop grande aulorUé , a introduit plusieurs noiiveauiés dans les cércnionics ; el comnie elle éiuil plus riche et plus puissanle que les autres , elle y a réussi. Mais le palriarcite d'Ali'xnndrie , à qui CÉtliiopie est soumise pour ce qui regarde la religion', a cm qu'il lui suffisait de conserver les droits de son siège pendant 1rs malheureuses conieslalions des melcLiles el des jacobites , sans penser à établir de uouvemtx rites.

Ce n'est pas du p;itriarche d'Alexandiie dont il avait à nous parler; c'était du méirojioliuiin d'Élhiopie , pays dont il a prélendu doi^icr l'histoire plus exactement (pie pas un n'avait encore fait; or il est aisé de trouver u'.êmc dans cet ouvrage la confirmali !u de tout ce qu'on repioche légitimement aux Éthiopiens , non scu'emenl louchant l'hérésie qu'ils Oi'.t reçue des palriaichcs d'Alexandrie, mais aussi touchant les antres abus que ces mêmes patriarches ont lâché imitilemeiit de corriger. On ne trouvera pas qu'ils aient ordon né la circoncision , ni permis la polygamie, ni défendu la viande de porc, ni donné leur approbation à tant de prauqucs rejetées par tous les autres chrétiens ; ce sont les Éthiopiens eux-

mômes qui les ont introduites. L'abrogation de \\ confession et de la pénitence canonique parurent une nouveauté Irès-crinunelle à Michel , patriarche jacobite d'Antioche, à Mare, (Ils d'Elkonbar, el à tous ceux qui le suivirent , aux deux Ebuassals et à d'poitres que nous avons cités. Cependant ce furent deux patriarchesd'Alexandrie qui iulroduisirenlla pratique aussi nouvelle qu'impie et ridicule de se confesser sur l'encensoir.

11 est contre les anciens canons et contre la pratique de toutes les églises d'Orient d'ôter à un métropolitain , surtout en un pays aussi éloigné de tout commerce, le pouvoir d'ordonner des cvèques , et d'exposer ainsi toute une nombreuse nation à manquer de prêtres et de sacrements pendant fort longtemps, et à entreprendre des nouveautés inouïes, comme celle d'obliger un simple prêtre à faire les fonctions episcopales. Si c'est là ce que M. Ludolf appelle maintenir les droits de son siège , ils étaient fort inconnus à l'Église ancienne, dont il veut que nous reconnaissions l'image dans celle d'Ethiopie.

Une prière ou confession de foi sur le mystère de l'Eucharistie , ooinme est celle qui se trouve dans la Liturgie des Coplilcs, en y ajoe.tant la profession dii point essentiel de la doctrine par'.icnlière des jacobiles sur l'incarnatic-n , était m: rit nouveau , pinsqi'.e dans l'Église primitive on se conlenlail de dire les paroles : Corpus Christi. Amen. Les patriarches d'Alexandrie l'ont cependant introduit. Il ne serait pas difficile de trouver dans les constitutions des patriarches Chrislodule, Gabriel, ÙUde Tarich , Cyrille, hls de Laklak, et diverses autres, plusieurs nouveaux rég'eincnls sur les rites. Si M. Lndolf n'a pas connu ces livres-là , il aurait pu trouver dans Elmancin , qu'il cilc souvent, que Macaire introduisit plusieurs changements. On peut donc juger combien est fuisse la propoiiion parhupielle il représente ces patriarches comme ne pensant qu'à conserver leur autorité, sans songer à introduire aucune nouveauté.

L'autre est encore beaucoup plus fausse ; car il nous représente les patriarches d'Alexandrie comme chefs d'une espèce de tiers-parti qui gardait la iiosiiraiilé dans les disputes entre les melchitcs et les jacobites. Mais ceux dont il veut parler, sectateurs et successeurs de Dioscore, étaieiit à la tête du parti des jacobites, et la plupart ont clé des hommes hardis ,'cnlreprcnants, turbulents, comme on le reconnaît par l'histoire de ces temps-là; et en cela elle s'accorde avec ce qu'en écrivent Sévère et les autres historiens du même parti. Benjamin, qui engagea tous ceux qui le reconnaissaient comme supérieur à se soumellre aux Mahoméians , cl qui manqua le premier à la fidélité qu'il devait à l'emp.ereur son légitime souverain ; qui obtint des Arabes une juridiction absolue sur tous les chrétiens d'Egypte; qui chassa les orthodoxes de toutes leurs églises , étaitil un homme tranquille et peu entreprenant ? Ses successeurs firent encore des entreprises plus hardies; et ce ne fut qu'au bout de quatre-vingt-di.\-sept an»

que les Grecs el tous les melcliiies qui claienl restés à Alexandrie obliiirenl de pouvoir jouir de la même ]ii)erlé que les aulres ciiréliens qui se irouvaient soumis aux princes muhomélims.

C'est encore imposer grossièrement au public que d'allribuer à la puissance temporelle et à la richesse de l'Église rouiaiiie les préleiidues innovations que M. Ludolf aurait élé bien cnipèclié de marquer. Pouvail-il ignorer que le patriarciie d'Alexandrie avait de très-grands biens ; et sans consulter les historiens ccclésiasiiiiues , Eunapius ne lémoigne-l-il pas assez combien était grande sa puissance lorsqu'il parle de la deslrnclion du temple de Scrapis? Ce n'est pas moins ignorer la discipline ecclésiastique que de reprocher des innovations à l'Église romaine sur des conjectures aussi frivoles que toutes celles qui ont été rapportées. Ce sera donc parce qu'on ne célèbre plus les saints mystères sur une bière ou sur ini coffre, au lieu que cette église si parfaite et sans tache d'Ethiopie conserve encore cette coutume. Mais outre que ce qui a été dit sur ce sujet fait assez voir que celte conjecture n'est fondée que sur un équivoque grossier, on demanderait à ceux qui en pourraient être touches qu'ils citassent le moindre passage de l'antiquité qui put servir à lui donner quchiue vraisemblance. De plus, on ne trouvera pas que l'église d'Alexandrie ail jamais eu une pareille pratique, liuis(iue Benjamin même consacra un aulol dans le monastère de S.-Macaire , cl que l'histoire des patriarches, môme celle de Makrizi et d'autres Mahométans , parlent de plusieurs autres autels célèbres en Egypte et en Ethiopie.

Il n'y a donc jamais eu de pensée plus insoutenable que celle de M. Ludolf, quand il s'est imaginé qu'on devait réformer l'Église sur un modèle aussi défectueux que celle d'Éthio!>ie. Nous l'avons représentée- Sommairemcnl telle qu'elle a été cl telle que la trouve renl le P. Alfonso Mendcz , le P. André d"Oviédo , le r. Apollinaire d'Almcyda , le P. Gcronymo Lobo, et d'autres jésuites qui y furent envoyés dans le dernier siècle avec le premier, auquel le pnpe avait donné le titre de liairiurcbe d'Élliiopie. C'est sur leurs mémoires que le P. Balthaznr Tcllez composa son Histoire , imprimée en portugais, en 1664, de laquelle M. Ludolf a tiré ce qu'il y a de meilleur dans la sienne. Il a vu très-i eu de livres éthiopiens, el ces livres éiaient des hymnes, des monologues en vers et de pareils ouvrages , desquels seuls on ne peut jamais rien tirer de certain. Les jésuites en avaient vu beaucoup davantage, el les hislon-es de régjise d'Axuma qu'ils citent en divers éndroilc, s'accordent entièrement avec ce qu'on trou\e ailleurs de rÉthioi>io dansées livres des jacobiles d'Alexandrie. C'est de ces derniers que nous avons tiré idusicurs faits considérables, entièrement inconnus à M. Ludolf, aussi bien ([uc le vérilalde syslc:re de l'église d'Alexaiiiirie. Nous avons examiné icurs Liturgies; cl ce savant honuue qui les avait lues, puisqu'il les cite à lotite occasion dans son dictionnaire ,

ne parle point des parties les plus essentielles, qui sont l'invocation du S.-Esprit el la confession avant la communion.

C'était cependant de ces pièces authentiques qu'il fallait se servir pour protiver que les Éthiopiens ne croient pas la présence réelle cl la transsubstantiation , cl non pas alléguer des réponses d'un particulier ."auquel il faisiiit tourner la cervelle par des questions ambiguës. S'il lui avait proposé le dogme de la consubstantialion, qui est le plus reçu parmi ceux de sa communion, il lui aurait répondu sans doute qu'on ne croyait rien de semblable en Ethiopie C'est manquer au respect que nous devons à la vérité el au public, que de faire des relations plus conformes à nos idées qu'au véritable élat des choses. Quand les Éthiopiens auraient une aulre doctrine sur l'Euchnristie que les églises avec lesquelles ils sont en communion comme jacobiles, el parlicidièrement celle d'Alexandrie dont ils dépendent entièrement, on ne croirait pas pour cela qu'ils eussent mieux conservé la foi et la discipline de l'Église ancienne, qu'ils ont fait en plusieurs autres points. Un théologien qui prétendrait prouver qu'on peut sans scrupule tolérer la circoncision cl les autres superstitions judaïques, parce que les Éthiopiens les pratiquent, s'exposerail à la censure el à la risée du public. Mais quand on fait valoir celle autorité comme fait M. Ludolf, et que tout ce qu'il allègue est entièrement faux, on ne mérite aucune excuse.

Ainsi lous ceux qui peuvent avoir trop facilement ajouté loi à ce qu'il dit de la créance des Éthiopiens , comme il semble qu'ont f;iit ceux qui ont donné en français et en d'autres langues des extraits et des abrégés de son histoire, doivent se détromper el ne pas employer une telle autorité contre les catholiques. On a assuré dans les premiers cl dans les derniers traités de la Perpétuité de la foi que les Éthiopiens avaient la même créance que les autres conununions séparées touchant l'Eucharistie. Ebnellaïh, neslorien. Natif, fils d'Yemen, melchile; Ehnassal, jacobite, l'ont assuré il y a plus de cinq cents ans. Le synode de Jérusalem, en 1672, a rendu le même témoignage par la notoriété publique qu'on en avait, à cause que ceux de celte nation oui une chapelle à Jérusaîesn depuis près de cinq cents ans. Nihusius a fait inipri mer une attestation de prêtres éthiojjicns qui confirme la même chose. A toul cela M. Ludolf oppose le lésnoiguage de son Éthiopien Grégoire , au<]uel il fait iinc que l'Eucharistie est le corps mystérieux cl représenlatii' de Jésus-Christ. Si jiar le mot barbare de mijstriosiim, M. Ludolf entend' autre chose que k /xuiTripi&àsi dont les Grecs se servent, comme il paraît assez qu'il veut qu'on l'entende ainsi , il s< trompe, et trompe ses lecteurs; car il pouvait apprendre des théologiens grecs qu'ils entendent pnr ce mot le corps de Jésus-Christ qui est dans l'Eucharislie, parce qu'il y est sacramcntellemenl ; ce qui exclut si peu >a aoctrine de la réalité cl de la transsubstantiation, que Gcnnadius, dans riioraclie où il

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