CHAPITRE PREMIER
État de la dispute touchant la perpétuité de la foi sur CEucharistie, depuis que M. Claude a cessé d'écrire.
Après avoir expliqué dans le livre précédent le véritable état du christianisme en Orient , nous avons présentement à faire voir que tontes les églises orthodoxes, schismatiques ou hérétiques, s'accordent louchant la créance de la présence réelle du corps et du sang de Jésus-Christ dans l'Eucharistie ; el c'est ce que nous espérons prouver d'une manière si claire , qu'il ne faut point être théologien pour la comprendre. Les preuves répandues dans les trois volumes de la Perpétuité et dans la Réponse générale ont déjà mis la question dans une grande évidence , particulièrement à l'égard des Grecs anciens et modernes ; et pour ce qui regarde ces derniers, les attestations des patriarches grecs, les synodes de Conslantinaple en 1()58, en 1642 et en 1691, celui de Jérusalem en 1672, la Confession orthodoxe, les témoignages de Genna- Jius , de Grégoire protosyncelle , de Syrigus et de plusieurs autres auteurs cités dans les premiers vo-
P. DE LA F. III
lûmes, ont satisfait pleinement à tout ce que le minislre Claude avait demandé. 11 n'a fait aucune réponse au troisième tome ; et ainsi nous sommes en droit de dire que les preuves qui y sont contenues sont demeurées sans réplique.
On dira sans doute que M. Frédéric Spanheim, fameux professeur en Hollande , a soutenu la cause de M. Claude dans son livre qu'il a intitulé Stricturœ contre l'Exposition de la foi de feu M. l'évêque d« Meaux , et qu'il a fait voir la faiblesse du traité de la Perpétuité, cl celle des attestations venues du Levant. 11 est vrai que si les louanges outrées d'un auteur, un rapport très-infidèle des principes de ceux qui le réfutent et une vaine ostentation de capacité avec toutes les marques possibles de mépris pour ses adversaires, peuvent passer pour des raisons, ces Stricturœ sont un ouvrage sans réplique. Mais , comme on n'est pas obligé d'applaudir à ce que les ministres font croire à leurs auditeurs et à leurs écoliers , nous pouvons assurer que si on cherche dans tout ce livre une seule preuve , on ne la trouvera pas : ce qui fait voir que toutes les louanges de M. Claude naissent d'une prof Quatre.}
PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE
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fonde admiration , qui ne peut être produite que par une ignorance aussi énorme de tout ce qui regardait la Grèce chrétienne qu'était celle de celui qu'il loue. €eux qui pourraient avoir été frappés par le livre de M. Spanheim n'ont qu'à lire ce qiii a été répondu dans V Apologie des catholiques, et ils seront satisfaits. Cela n'empêche pas qu'il ne soit cité très-sérieusement par les autres calvinistes ; et de même que , pour toute réponse aux arguments les plus pressants des auteurs de la Perpétuité, il renvoie aux théologiens de sa communion qui les ont réfutés, à ce qu'il prétend, ainsi ceux qui ont écrit depuis renvoient à M. Spanheim, qui a , disent-ils , fait voir la fausseté et l'inutilité de toutes les attestations; ce qui doit s'entendre qu'il en a jugé comme M. Claude, c'est-àdire, très-mal.
Un des premiers qui s'est ensuite mis sur les rangs est le sieur Thomas Smith, prêtre de l'église anglicane, qualité avec laquelle il a su accorder une vénération si grande pour M. Claude , que le plus outré calviniste n'en parlerait pas plus avantageusement. Mais ce qui paraît plus surprenant est qu'un homme qui prétend rendre compte au public de ce qu'il a vu et entendu à Constanlinople, dans l'église grecque, nous la représente telle que l'avait imaginéeM. Claude, et qu'il prétend nous le persuader. Il en a donc pris le modèle sur la fausse Confession de Cyrille Lucar; et parce qu'il fallait, selon ce système, que cet apostat fût un saint, il s'est imaginé l'avoir ouï dire en ce pays-là ; comme aussi que Gabriel de Philadelphie était le premier qui s'était servi du terme de tramsubstantialion, qui avant lui était inconnu aux Grecs.
On réfuta M. Smith, et sa réponse dans une seconde édition de ses Miscellanea ou Mélanges , livre assez court quoique le style en soit fort diffus, fut que Gennadius était un auteur supposé; que quand l'homélie qu'on avait citée serait véritablement de lui , elle ne pouvait être d'aucune autorité, puisque Gennadius avait été entièrement attaché aux Latins dans le concile de Florence. Enfin , dans un dernier écrit , il se défendit sur ce qu'il prétendait n'avoir pas dit absolument que Gabriel de Philadelphie se fût servi le premier du mot de tmnssubslantiation , mais qu'il était des premiers. Pour le reste, il avoue à la fin que les Grecs croient à la réalité et à la transsubstantiation; mais que ce n'est que depuis assez peu de temps qu'ils ont rcçH cette nouveauté, qui leur était autrefois inconnue , et que cela s'est fait par les artifices des missionnaires et des émissaires de l'Église romaine. Ensuite il revient sur les louanges de Cyrille Lucar, de la vie duquel il nous donne un roman composé sur les mémoires de Ilottingcr, déclarant que, quoi qu'il arrive, il le regardera toujours comme un saint et comme un martyr.
Quoique dans les trois petits ouvrages de M. Smith il n'y ait pas la moindre autorité pour appuyer le jugement qu'il avait fait de Gabriel de Philadelphie, de Gennadius et de Syrigus , surtout du dernier qu'il traite avec un très-grand méoris , n'alléguant néan-
moins aucune autre raison si ce n'est qu'il n'en a pas ouï parler à Constnnlinople; qu'il ne cite pas un soiil auteur grec , aucune pièce, aucun témoignage; mais que tout ce qu'il dit se trouve dans M. Claude; qu'il attaque de même et par des raisons pitoyables l'autorité du synode de Jérusalem, parce que le patriarche dont il ne savait pas le nom lui avait dit qu'il avait fait un traité contre le pape ; cependant la prévention est telle , qu'à peine trouvera- t-on un protestant qui ait écrit de ces matières, même en passant, sans nous opposer l'autorité incontestable de ce témoin oculaii-e. Mais les louanges qu'il a reçues n'ont pas empêché les protestants mêmes de s'éloigner de son avis ; car M. Normannus , qui a fait imprimer à Leipsik la Confession orthodoxe, avoue qu'il ne peut comprendre comment on croit avoir raison de traiter toutes les pièces produites dans la Perpétuité comme fausses ou très-suspectes, parce qu'elles sont plus conformes aux opinions des catholiques qu'à celles des protestants ; et , donnant au public cette Confession avec une version latine , il a fait assez, entendre qu'il la croyait véritable; d'autant plus que, comme il le marque, les moscovites l'avaient traduite en leur langue.
Celte seule pièce étant reconnue pour telle, ce qu'on ne peut nier sans une opiniâtreté inexcusable, elle suffit pour renverser tout le système de M. Claude, soutenu même du témoignage de M. Smith; et la preuve en est bien certaine, car si les Grecs croient tout ce que contient cette Confession , M. Claude n'a rien écrit sur leur créance qui ne soit faux : ils ne pouvaient pas croire, par conséquent , ce que contenait celle de Cyrille Lucar , puisque rien n'est plus opposé. Par cette même conséquence , il s'ensuit que Cyrille était hérétique selon les Grecs; un menteur et un calomniateur, puisqu'il avait assuré que sa Confession contenait la créance de toute l'église d'Orient; un homme sans religion, puisqu'il administrait les sacrements dans cette même église contre sa conscience , ce qui est le comble de tous les crimes, s'ensuit pareillement que M. Smiih s'est grandement trompé dans le jugement qu'il a fait de Mélétius Syrigus, puisque ce fut hii qui eut le principal soin de rédiger par écrit la Confession orthodoxe, et qui, après l'avoir apportée au patriarche Parthénius-le-Yieux à Constantinople, afin qu'elle y fût approuvée synodalement, la reporta en Moldavie. Ceux donc qu pouvaient avoir donné de faux mémoires à M. Sniilli sur Syrigus l'avaient étrangement trompé , quand ils lui avaient fait croire que c'était un misérable moine, homme très-obscur, très-attaché à l'Église romaine, m impertinent et un petit brutal. Ce qu'il y a encore de plus contraire à ce qu'assure M. Smith, est que celui qui rend ce témoignage de Syrigus avec éloge par une lettre mise à la tête de la Confession orthodoxe, Nectarius, ce même patriarche de Jérusalem qu'il ni pouvait croire capable d'avoir eu part aux décrets do synode de 1G72, parce qu'il lui avait dit qu'il avali écrit contre le pape.