‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 69 sur 323 · LIV. II. ACCORD DES ORIENTAUX AVEC L'ÉGLISE ROMAINE · texte numérisé non relu

LIV. II. ACCORD DES ORIENTAUX AVEC L'ÉGLISE ROMAINE

I! est aisé à un cliaciin de tirer toutes les autres conséquences qui naissent de l'aullienlicilé reconnue de celte seule pièce. Car elle enseigne formellement la iranssubstanliation , et d'une manière si claire, que la métouliote de M. Claude ne peut avoir lieu. Donc tout ce qu'il a dit pour prouver que les Grecs ne la croyaient pas est entièrement faux. Le patriarche qui l'a pprouva le premier est le même qui condamna la Confession de Cyrille Lucar,à la tête de son synode, Confirmant celui qui s'était tenu la même année en Moldavie; et par conséquent Cyrille n'enseignait pas la créance reçue par toute l'église grecque ; puisqu'on sait d'ailleurs par la lettre écrite au vayvode Basile que l'occasion de l'assemblée de ce synode, et ensuite (le la résolution qui y fut prise de dresser la Confession orlhodoxe, était le trouble que causèrent dans 'c pays quelques exemplaires qui s'y étaient répandus le celle de Cyrille. Gabriel de Philadelphie n'est donc jihis un novateur; et puisque Syrigus était théologien (!e l'église de Constantinople, qu'il fut chargé de réfuter Cyrille , comme il fit par un ouvrage exprès où il enseigne la transsubstantiation, tout ce que M. Claude et M. Smith ont dit au contraire tombe de soimême ; car on ne croit pas que personne ose prétendre qu'on doive croire l'un et l'autre plutôt que les Grecs mêmes sur ce qui regarde leur église.

M. Allix , le plus savant des ministres qui de notre temps aient été en France , a traduit le traité de Neclarius contre la primauté du pape, sur l'impression que Dosiihée son neveu et son successeur en fit faire à Jassi en Moldavie, en 1682. A la fin de ce traité il se trouve quelques miracles de l'Eucharistie, sur lesquels M. AUix a cru devoir faire des notes. H ne les attaque pas comme aurait fait M. Claude, qui se serait servi de ces mêmes miracles pour prouver qu'à cela seul on devait reconnaître un Grec latinisé, car c'est ainsi qu'il a répondu aux témoignages tirés du livre d'Agapius. Toutes les déclamations violentes contre les papes ne l'auraient pas embarrassé ; sa pénétration lui aurait fait reconnaître qu'elles n'étaient employées que pour mieux couvrir une dissimulation criminelle. M, Allix, plus savant et plus sincère, ne conteste point les miracles, ni la conséquence qui est certaine, qu'on ne peut croire rien de semblable sur l'Eucharistie sans croire la présence réelle. Il avoue donc que Nectarius l'a crue , et que les Grecs la croient ; mais sans s'engager plus avant dans la dispute, il renvoie aux antres protestants qui ont amplement démontré , dit-il, qu'en cela les Grecs n'étaient pas d'accord avec les anciens ; que cette opinion n'a pas toujours été reçue parmi eux, et qu'ils ne s'accordent pas entièrement sur cet article avec l'Église romaine. Mais il avoue que de ces paroles de Nectarius il paraît que ceux qui ont traité le synode de Jassi comme une pièce supposée se trompaient.

Voilà donc un des plus savants ministres qui rec^Vinaît la vérité d'un autre fait très important, qui ■t%i l'authenticité du synode de Jassi en 1642 , laquelle citant supposée, tous les raisonnements (!<^ M. Cîaudts ,

et les témoignages de M. Smith sont entièrement renversés. Car à l'exception des anathèmes personnels contre Cyrille , les décrets sont précisément les mêmes que ceux du synode de 1638, sous Cyrille de Berroée. Ainsi la condamnation de la Confession de Cyrille Lucar , n'eut rien que de conforme à la foi de l'église grecque; donc elle ne croyait point ce que ce malheureux apostat lui attribuait faussement ; donc il est contre toute raison et contre [toute vérité, de traiter comme novateurs et gens corrompus, par les émissaires de l'Église romaine, tant de patriarches , d'évêques et de religieux qui rendant témoignage de leur créance, l'ont expliquée sur ce qui regarde l'Eucharisiie , conformément aux expositions de foi publiées longtemps auparavant par leurs patriarches, cl à ce que croient les catholiques. Car aussitôt qu'on reconnaît la vérité et l'authenticité des décrets de Jassi, et de la Confession orthodoxe ; il s'ensuit par un enchaînement de preuves, et par le rappori qu'elles ont toutes les unes avec les autres, que l'église grecque, avant et après Cyrille Lucar, croyait ce qu'elle a déclaré en Condamnant sa confession ; que par conséquent le synode de Jérusalem n'a point innové ni varié, quand Nectarius et Dosithée s'y sont déclarés si fortement contre les calvinistes. Dix ans auparavant, Nectarius écrivit la lettre qui est à la tête de la Confession orlhodoxe, par laquelle il en recommande la lecture à tous les enfants de l'église grecque, et loue comme orthodoxes et comme de fameux maîtres , ceux qu'il a plu à M. Smith de nous représenter comme de faux grecs et de véritables papistes , des gens obscurs et méprisables , desquels il n'avait jamais ouï parler, dont par conséquent le témoignage ne pouvait pas être allégué dans la dispute. II s'ensuit pareillement que, lorsque Syrigus, Corressius, et les autres théologiens grecs assurent, comme ils ont fait dans leurs écrits, que ceux qui veulent savoir la foi de l'église grecque , la doivent chercher dans les ouvrages de Gabriel de Philadelphie , du patriarche Jérémie, et de ceux qu'ils citent outre ceuxlà, on ne peut, sans une témérité qui approche de la folie , entreprendre de les rendre tous suspects , par des conjectures insoutenables et par des raisonna ments en l'air, fondés sur des principes dont la fausseté a été évidemment démontrée.

Voilà tout ce qui a paru de la part des protestants , ou, pour parler plus juste, delà part des calvinistes, depuis que M. Claude a cessé d'écrire , pour soutenir ce qu'il avait avancé; ce qu'ils n'ont pu faire néanmoins sans en abandonner la plus grande partie. On n'attendra pas que nous mettions au rang de leurs écrivains sérieux deux hommes qui ont voulu se signaler dans celte dispute. Le premier est un Anglais, Jean Hockslon, apparemment ministre des Anglais à Constantinople ou à Smyrne, dont on n'aurait jamais ouï parler sans l'occasion qu'il en a cherchée. Ayant vu un livre composé par un Grec établi à Padoue , nommé Nicolas Comnène Papadopoli, dans lequel il soutenait avec raison que les Grecs s'accordaient,

m PERPÉTUITÉ DE LA FOI

avec les catholiques sur les ariicles que les protestanis ont pris pour prétexte de leur séparation , Hockston crut devoir sur cela lui écrire une lettre que l'autre rendit publique, la faisant imprimer à Venise en 1703. Cela suffisait pour la réfuter; car quoiqu'elle ne soit que de onze petites pages , elle contient toutes les ignorances et les absurdités qu'on a dites sur celte matière. 11 vomit contre ce Grec les injures les plus grossières, parce que, dit-il, il veut faire réglise grecque papiste, el vous osez, poursuil-W , faire cela étant Grec? Cùm,Deo teste, Grœci alia loqnantur ; cùm habeant doclores suos neotericos antiqnis pares , B. Cyrillum Alexandrinum , qui tam contraria doctrinœ Itiœ docuît in cathedra Grcecâ sedens, cinctus epîscopis, Crœciam are docens , et ore Grœciœ loquens ; verum Israelilam Nalhanaelem, S. Zacliariam episcopnm , D. Joannem Logollietam, qnos audit et audiet Ecclesia Orientalis ; puisque , comme feu prends Dieu à témoin, les Grecs parlent autrement et qu'ils aient des docteurs modernes comparables aux anciens : le bientieureux Cyrille Lucar, qui a enseigné une doctrine tout opposée, assis sur une chaire patriarcale de Grèce, entouré d'évéques, enseignant ta Grèce par sa bojiche, et parlant comme la bouche de la Grèce; Nathanaël véritable Israélite, S. Zacharie, évêque , le sieur Jean Logothèle que l'église 07'ientale écoute et écoutera. Voilà un de ces prétendus témoins oculaires , qui ne se contente pas d'avancer la fausseté la plus notoire, mais qui prend le nom de Dieu en vain pour la confirmer. Cyrille est-il regardé comme bienheureux, lui qui a été frappé d'anathème, el dont la doctrine a été condamnée, et l'est encore tous les jours ; (pii , selon le témoignage de tous les Grecs, a toujours nié avec serment qu'il fût auteur de celte mallicurcuse Confession; qui a fait publiquement toutes les fonctions qu'il condamnait comme superstitieuses , et pleines de sacrilèges ; qui n'a jamais parlé dans son église un autre langage que celui de ses prédécesseurs, et qui a été désavoué par toute l'église orientale, pour lui avoir faussement attribué des opinions qu'elle n'a pas plutôt connues qu'elle les a rejetées avec exécration ? Ce bon Israélite Nathanaël était celui dont H'Ottinger a inséré tine lettre qui contient un récit de la trisie fin de Cyrille, et qui devait traduire les Institutions de Calvin en grec vulgaire. S. Zacharie évêque, surnommé Gergan , était un misérable qui se fit, ou fit semblant de se faire calviniste, el donna une Confession assez semblable à celle de Cyrille, évéquedeLarla, petite ville peu considérable, simèmeiU'élail, elqui n'a jamais eu aucune réputation dans l'église grecque. Jean Logolhète surnommé Caryophylle, duquel nous parlerons ailleurs plus amplement , a été condamné par une sentence synodale du patriarche Callinique en 1691 ; et Dosithée, patriarche de Jérusalem, qui y souscrivit, a fait un traité exprès contre ses erreurs imprimé en 1693, en Moldavie. Que dira-t-on de ce témoin oculaire, qui étant à Ccnstantinople, a osé écrire quatre ans après de pareilles faussetés ; sinon q-ie les proteslanls ne dojvent pas s'étonner si nous

doutons du témoignage de ceux dort ils paraissent faire plus de cas, quand on a fait l'expérience d'une pareille effronterie , ni trouver mauvais que nous ne croyions pas plus Corneille Haga et Léger sur Cyrille, que Hockston sur ce qui regarde son temps?

L'autre , qui ne parle pas comme témoin oculaire , mais avec beaucoup i)lus de confiance que s'il avait été sur les lieux , et que s'il avait été présent à tout ce qui s'est passé à l'occasion des actes produits dans la Perpétuité, ne mérite pas qu'on en fasse mention, puisque son gros ouvnige n'est qu'un tissu de faussetés cl d'absurdités si grossières, qu'on doute qu'il s'en soit jamais fait, où il y ait plus d'impudence et plus d'ignorance. C'est ce qu'on croit avoir fait voir d'une manière si sensible dans la Défense de la Perpétuité, qu'il serait inutile d'examiner davantage un livre aussi méprisable.

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