LIV. II. ACCORD DES ORIENTAUX AVEC L'ÉGLISE ROMAINE
nous rapporterons les témoignages, à cause de la grande réputation qu'il a eue dans l'église jacobile. Il [rivait encore l'an de Jésus-Christ 977, sous le pa- ! iriarche Eplireni, fils de Zaraa, qui est le soixaniedeuxième dans le catalogue des jacobites. Il a fait plusieurs ouvrages théologiques tous fort esliaiés dans sa secte, de sorte qu'il s'en trouve un grand nombre de manuscrits. Dans celui qui a pour titre : Confirmation de ta foi orthodoxe, il parle aÀnû: Jésus-CImsl a mangé du pain, et U a bu du vin mêlé avec de feau comme nous, afin que nous eussions sa chair et son sang, qui en avaient été formés. Lorsque le pain, le vin et l'eau sont offerts sur son autel , et que la grâce du S.-Esprit y descend, il s''unit à eux comme il s'était imi à celte chair et à ce sang par ^Incarnation. Ils deviennent sans aucun doute sa chair et son sang ; ainsi il est toujours présent parmi nous , selon sa divinité et selon son corps, de même qu'il était présentavec ses disciples.
Dans l'Explication du mystère de l'Incarnation, après avoir dit que le corps de Jésus-Christ, dans la séparation de son âme, n'avait pas été abandonné de la divinité, il ajoute : La preuve que le S.-Esprit est demeuré dans son corps après sa mort, se tire de son corps qui est présent parmi nous : car c'est le mystère de sa mort dont il est la représentation, puisqu'il y est mort pour l'amour de nous; il est enveloppé du linge sacré dans le disque ou patène, comme il l'était des suaires dans le sépulcre; son sang est répandu dans te calice, comme il le fut sur le Calvaire lorsqu'il fut percé de la tance. Le Saint- Esprit est avec son corps et avec son sang dans le calice et dans le disque, uni avec l'un et l'autre, afin que nous comprenions qu'il n'a pas abandonné son corps (de Jésus-Christ) ni sur la croix ni dans le sépulcre : car la personne divine du Fils est unie à l'esprit de son corps, sur lequel jamais le S.-Esprit n'a cessé de répandre celte onction divine, à raison de laquelle il est appelé Christ. Dans l'Exposition mystique de la loi, il dit que l'Éylise est semblable à l'ancien tabernacle : que celui qui a été baptisé y trouve la manne véritable, c'est-à-dire le corps et le sang de Jésus-Christ ; et que comme les enfants d'Israël se nourrissaient de la manne, ainsi les chrétiens se nourrissent de l'Eucharistie, de l'eau et du sang qui coulèrent de son côté lorsqu'il fut percé d'une lance...; que quand le chrétien est régénéré par le baptême, les parrains le reçoiveiit comme la nourrice reçoit un enfant; qu'on lui donne la ceinture, comme une espèce de maillot (c'est que dans le temps de l'auteur, la ceinture portée dessus les habits était une marque que les chrétiens étaient obligés de porter). Il reçoit Conction du chrême, comme un enfant nouveau né est frotté d'huile par la sage-femme. Enfin U suce le tait spirituel^ c'est-à-dire la cliair et le sang de Jésus-Christ, des deux saintes mamelles qui sont la patène et le calice, etc.
U se propose cette objection , que, si ce n'est pas une représentation, une ressemblance ou une métaphore qu'on doive entendre dans les paroles de Jésus-Christ, il csî impossible que son corps et son sang soient dans l'Eucharistie, puisqu'ils serment consumés il y a long-
temps, et devenus tout autre chose que ce qu'on en croit. La réponse est qu'il ne faut pas juger des myitères de la religion selon nos lumières, puisque notre entendement ne les peut comprendre, et que nous pouvons encore moins trouver des paroles pour les expliquer ; que ce sont des choses mystérieuses et spirituelles que Jésus-Christ souverainement sage nous a apportées; et que ce n'est pas par des raisonnements philosophiques qu'on les peut entendre. Que quelques-uns des saints docteurs se sont servis de la comparaison de la pierre, dont on tire du feu lorsqu'on en a besoin, sans qu'elle reçoive aucun changement ; qu'ainsi le pain et te vin, quand on les consacre au nom de Noire-Seigneur Jésus-Christ, le S.-Esprit descend sur eux, et qu'ils sont faits corps et sang, pour l'utilité d'un grand nombre de ceux qui en tes recevant sont purifiés de leurs péchés ; mais qu'ils demeurent te véritable corps de Jésus-Christ, qui ne reçoit aucune altération ou diminution ; que te pain et le vin par leur nature ne sont pas corps et sang, non plus que le corps et le sang ne sont pas du pain ; mais qu'ils le sont par une manière toute secrète, que nos yeux souillés par le péché ne peuvent pas découvrir... Qu'il paraît incompréhensible comment cela peut se faire, puisqu'on célèbre ta Liturgie en même temps dans toutes les églises du monde ; mais que le S.-Esprit éternel en Dieu 7-emplit tout, et n'est renfermé par aucunes bornes, sa majesté divine et son immensité ne pouvant être comparées à aucune chose créée. Que cependant quelques anciens Pères s'étaient servis de ta comparaison du soleil, qui répand partout en un moment sa lumière et sa chaleur, sans recevoir aucune diminution; qu'ainsi dans l'Eucharistie le S.-Esprit descend sur toutes les églises, et fait que toutes les oblations deviennent le corps et le sang de Jésus-Christ.
Dans le traité intitulé : Explication de ta pâque et de l'agneau, et de la manière dont le pain et le vin sont faits le corps et le sang de Jésus-Christ , il traite fort au long tout ce qui a rapport au mystère de l'Kucharistie. Il dit que les fidèles en la recevant accomplissent ce qui avait été figuré dans la première pâque, frottant la porte et le devant de leurs maisons, c'est-à-dire, leur bouche , du sang de Jésus-Christ , te véritable agneau ; que ce signe fait fuir le démon , qui est l'ange exterminateur ; que l'agneau est rôti, parce que le pain eucharistique est préparé en le présentant au feu; que tes fidèles ont les reins ceints, à cause de la ceinture, marque du christianisme ; qu'ils ont leurs bâtons à la main, c'est-à-dire la croix qu'ils portent ; des souliers à leurs pieds , en s'abstenant de toute œuvre de concupiscence charnelle , même permise en d'autres temps, comme est l'usage du mariage. Enfin que la mémoire de ce mystère ne se célèbre pas seulement une fois l'an comme celui de l'agneau légal, puisque Jésus-Christ nous ayant délivrés par sa mort, de la servitude du péché et du diable , nous a donné son corps et son sang, afin que nous l'offrissions tous les jours pour nos péchés, et que le voyant enveloppé et étendu sur la patène, nous nous souvinssions qu'il a été enseveli et mis dans le sépulcre pour l'amour de nous ; que voyant son sang répandu dans le calice, nous
PERPÉTUITÉ DE LÀ FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE
pensassions qu'il Cavait répandu pour nous, quandil eut le côté percé d'une lance, et que nous lui rendissions grâces de tous ses bienfaits.
II dit ensuite ces paroles : Je vous expliquerai à présent commenl le pain levé est fait le corps de Jésus- Clirist, et comment le vin mêlé avec de l'eau est fait son sang, afin de faire mieux connaître sa gloire , su puiS' sauce et sa dignité , ainsi que cette vérité certaine que Jésus-Christ est présent avec nous, comme il l'était avec ses disciples. Quand il était revêtu de son corps, ils ne le voyaient pas , comme étant Dieu , Fils de Dieu , lumière de lumière, engendré par le Père avant tous les siècles, qui n'avait ni chair ni sang , qui était invisible , incompréhensible, impalpable, et qu'on ne pouvait connaître par les sens. Le corps qu'il prit de la Vierge était formé de pain , de vin et d'eau , ce qui est expliqiié fort au long, et qui se réduit à.ccci , que Jésus-Christ ayant un corps formé de la chair et du sang de la \ierge , il ciait formé de la matière qui avait servi de nourriture et de boisson à sa sainte Mère ; et qu'il s'en était lui-même nourri, de sorte que le pain el le vin étaient devenus aussi sa cliair et son sang, puisqu'il s'était fait sesnblable à nous en lî)utes choses excepté le péché. Puis il continue en ces termes : Lorsqu'il voulut bien opérer notre salut par lui-même , et qu'il était sur le point de monter au ciel avec son corps, il établit un moyen par lequel il pût être toujours avec nous, comme il avait été avec ses disciples. Il nous ordonna donc de prendre du pain , dont sa cliair aussi bien que la nôtre avaient élé formées ; du vin et de l'eau , matière de son sang et du nôtre ; de les mettre sur son autel , de le prier ensuite par son saint nom qu'il nous a enseigné lui-même , afin qu'il descendît sur eux par son iî--liipril, par lequel il était descendu sur la chair et le sang de Marie ; qu'il s'y unît comme il s'était uni à ceux-ci, et qu'il fût ainsi vérilablemenl avec nous visible , sensible, palpable , compréhensible , comme H avait élé avec eux; mort pour nous, comme il était niort pour les hommes de ce temps-là; enveloppé d'un linge et étendu sur la patène , comme il avait été enseveli et mis dans le sépulcre ; son sang étant répandu pour 7wus dans le calice, de même qu'il l'avait répandu pour nous sur le Calvaire. Lors donc que nous le regardons dans un état si vil et si humble , croyons el confessons sa puis* sance et sa dignité, de la même m".nière que le larron crut en lui et reconnut sa souveraine majesté , lorsqu'il le voyait dans l'étal de la plus grande faiblesse , afin que nous recevions la rémission des péchés que nous avons commis en si grand nombre ; à cause de la foi que nous avons en lui , même dans cet état d'humiliation et de bassesse ; puisque la même grâce que celle qui fut faite au larron twus est offerte. Confessons-le donc , et lui disons: « Souvenez-vous de nous, Seigneur, quand vous serez venu dans votre royaume, t II faudrait copier les traités entiers de cet auteur, si on voulait rapporter tout ce qui s'y trouve pour établir la présence réelle.
On trouve dans un manuscrit assez ancien de la Uiblioilièquc-du-Iloi une pièce anonyme, mais consi-
dérable, parce qu'elle contient la formule d'une Confession de foi d'un prêtre jacobite nouvellement ordonné, qui s'explique ainsi sur l'Eucharistie. Il manque quelque cliose au commencement, et par leà dernières paroles il paraît qu'il expliquait le changement suivant le même principe que Sévère a employé, ainsi que la plupart des autres théologiens , et qui est que le corps naturel de Jésus-Christ pris de la sainte Vierge dans le mystère de rincarnation, avait été formé et entretenu de pain, de vin et d'eau , qui par la force seule de la nature avaient été unis à sa chair. On trouve ensuite ces paroles ; Ce que nous voyons avec les yeux du corps est du pain et du vin ; mais le regardant avec l'œil de la foi, et faisant attention à la puissance souveraine qui surpasse toute la capacité di notre intelligence, il signifie ce pain de vie descendu du ciii pour la rémission des péchés, qui est désigné par celui-ci. Ayant parlé de l'institution de l'Euciiaristie, et cité les paroles de Jésus - Christ , il poursuit: Cesl sur cela qu'est fondée notre espérance véritable, et la promesse certaine ; puisqu'à llieure même que le prêtre prend l'oblalion entre ses mains , et qu'il C élève sur le saint autel, aussitôt la grâce de Dieu descend , el son S. -Esprit descend pareillement avec des milliers d'anges invisibles ; el le Verbe éternel consubslantiel à lui s'unit à ce corps qui le signifiait dans le sacrifice inejfable par une union parfaite , qui ne souffre aucune séparation qui le divise de l'essence de sa puissance; et en même temps il n'y a aucun mélange ; mais c'est un corps qui est tout ensemble subtil ou spirituel, et matériel, éternel et créé de nouveau : véritablement le corps du Fils de Dieu, par lequel nous obtenons la vie éternelle, la grâce et le royaume des deux.
Denis Barsalibi, évêque d'Amid , jacobite, qui est mort dans le milieu du douzième siècle, s'est encore expliqué si amplement et si clairement sur la présence réelle, parliculicrement dans son commentaire sur l'Évangile de S. Jean, queBoates, savant Anglais, auquel Usher, archevêque d'Armagh, prêta un manuscrit de cet ouvrage , lui écrivit avec élonnenient qu'il l'avait trouvé conforme à la doctrine des papistes; marque certaine du peu de connaissance qu'il avait des églises d'Orient.
Dans ses Prolégomènes sur les Évangiles: Le Verbi "de Dieu ayant pris la chair, ou la nature humaine, l'a faite Dieu par l'union, ce qu'elle n'était pas par sa nature : et ainsi on dit du corps ( de Jésus-Christ ) que nous mangeons, qu'il est né de la Vierge , ce qui est en effet, non pas qu'il soit tel de sa nature, mais par l'union avec le Verbe de Dieu.
Dans le commentaire sur le sixième chapitre de S. Jean : Les sacres mystères sont appelés le corpt et, le sang de Jésus-Christ, parce qu'ils ne sont pas ce qu'ils paraissent; c'est-à-dire, du pain et du vin : mais comme Jésus-Christ paraissait à l'extérieur nêlre qu'un, homme, et que néanmoins il était Dieu, ainsi les mystè res ne paraissent être à nos yeux que du pain et du vin . ils sont néanmoins le corps et le sang de Jésus-Christ Car le S.-Esprit descend sur les mystères , cl les fnU