LIV. II. ACCORD DES ORIENTAUX AVEC L'ËGLISE ROMAINE
descente ou Villapsus, iinfoir-^ini
corps et sang en les créant , de même qu'il se fit à Tégard de la sainte Vierge, dans laquelle le S. -Esprit ■^orma le corps du Fils , qui néanmoins seul s'incarna. il répète les mêmes paroles dans son commentaire stir la Liturgie de S. Jncques , chapitre 13, et il y ajoute : De même sur l'uulel qui représente le sein de ta sainte Vierge et le sépulcre, le S. -Esprit descend, et change le pain et le vin en les faisant le corps et le sang du Verbe.
Le même auteur, dans un traité particulier sur le jeudi-saint, ou sur l'institution de l' Eucharistie , rapporte fort au long la même doctrine et les passages de l'Écriture qui y ont rapport, qu'il explique tous à la lettre en excluant le sens figuré et la métapiiorc. Ensuite dans le chapitre 11 il dit ces paroles : Comment Jésus-Christ a-t-il appelé son corps le pain qu'il prit entre ses mains? car son corps est une chair animée, qui a une âme raisonnable. Nous répondons que la puissance du S. -Esprit, qui étant descendu sur la sainte Vierge la sanctifia et la purifia , et qui forma en elle et sanctifia le corps de Jésus-Christ, et le fit le corps du Verbe de Dieu ; le même S. -Esprit descend aujourd'hui encore sur les pains qu'on met mr l'autel; il les consacre, il les perfectionne, et il les fait le corps du Verbe divin. Puisqu'il a donc dit lui-même que c'était son corps, qui ne le croira pas fermement ?
Les traités dont nous avons jusqu'à présent rapporté des extraits sont écrits en langue syriaque ; nous on trouvons un autre du même auteur écrit en araljc, touchant divers rites de l'Église. Il y exhorte à la modestie dans les églises, particulièrement dans le temps de la communion; parce que, dit-il, A'^ofrc- Seigneur, Créateur du ciel et de la terre, est exposé devant nous immolé pour nos péchés. Comment donc ne craindrons-nous pas , et comment ne serons-nous pas saisis de terreur et de tremblement, lorsque nous recevons dans nos mains celui de la majesté duquel les anges sont épouvantés ; que nous, malheureux pécheurs, recevons celui que les anges désirent de voir , et ne le peuvent ; que nous le prenons en nourriture , que nous le mêlons ainsi avec nos corps impurs, et le portons avec nous? Que devons-nous donc faire, nous autres pécheurs, sinon de craindre cette majesté , de nous en approcher avec respect, l'adorant, prosternés le visage en teree devant celui qui est descendu du ciel pour nous sanctifier pur sa sainteté, pour effacer nos péchés, nous purifier et nous donner la pureté ? 0 mes chers frères , combien est grande la dignité de ce temps auquel on célèbre la Liturgie, puisque le Seigneur du ciel et de la terre descend à nous pour se joindre à nous, pour mêler mn corps avec les nôtres, et nous rendre dieux comme m en quelque manière !
Pour ne pas nous étendre davantage, en rapportant de plus amples extraits de cet auteur, qui pourraient seuls faire un juste volume, nous ajouterons seulement une preuve qui paraît bien claire et bien certaine de la persuasion qu'il avait que la consécration des éléments du pain et du vin, qu'il explique ccninie tous les autres théologiens orientaux par la
du S.-Esprit, consistait en une sanctification permanente de la matière, indépendamment de la foi des communiants et de l'usage du sacrement. C'est la question qu'il fait dans son commentaire sur les Évangiles, et dans le traitf sur le jeudi-saint, si Jésus-Christ donna son corps e son sang à Judas. 11 rapporte sur cela diverses op. nions : Quelques anciens ont cru, dit-il, que le morceur que Jésus-Christ lui donna n'était pas l'Eucharistie d'autres qu'en le trempant il avait été la consécration, d'autres qu'il l'avait ètée par un nouveau miracle , et d'une manière que nous ne connaissons point ; et c'est celte opinion qu'il préfère. S'il eût été dans les principes des protestants, celte difficulté aurait été bientôt éclaircie, et il n'aurait point fallu un nouveau miracle, comme le supposaient quelques autres théologiens orientaux à l'égard de l'Eucharistie reçue par les infidèles, de quoi nous parlerons en son lieu.
Echmimi , auteur jacobite égyptien , dont jusqu'à présent nous n'avons pu bien connaître l'âge, mais qui ne peut êlre plus récent que le onzième ou le douzième siècle , a fait une Collection de canons par lieux communs qui est irès-eslimable. Dans le chapitre li , qui est de l'Eucharislie , après avoir rapporté les paroles de son institution , et les avoir expliquées, comme ont fait tous les autres canonisles et théologiens , selon le sens simple et littéral , il fait une question touchant les particules consacrées, pour demander s'il y a de la diftérence entre les grandes et les petites, et il répond ainsi : // est certain , et tous les chrétiens en sont persuadés fermement , que l'Eucharistie étant consacrée par le ministère d'un prêtre orthodoxe , est faite le corps de Notre Seigneur Jésus-Christ, conformément à la vérité de ces paroles qu'il a dites : Ceci est mon corps , ceci est mon sang. Il n'y a donc sur ce sujet aucune différence entre les particules , grandes ou petites ; car une particule de ce saint corps , tant petite qu'elle pi'it être, et même quand on pourrait à peine la distinguer avec les yeux, est d'une aussi grande dignité et aussi précieuse que la plus grande, puisque Jésus-Christ y est uni, par une union intime , de même qu'à l'autre plus grande.
, Jean Abuzacharia , surnommé Abusebah , dans son traité de la Science ecclésiastique, chapitre 83 , explique la cérémonie de la fraction de l'Eucharistie, après laquelle on récite l'oraison Dominicale , et finit par ces paroles : Reconnaissez la dignité de votre étal dans ce temps-là. Le Fils unique de Dieu repose dans le sanctuaire ; vous êtes présent , et vous invoquez son Père céleste , en disant l'oraison Dominicale. Sachez qu'en la disant vous entrez dans la participation de sa qualité de Fils , que vous entrez aussitôt dans une véritable union avec lui , puisque vous le recevez daris votre corps, et que sa divinité est unie à votre âme.
Dans un traité ancien de la préparation à la communion qui se trouve en plusieurs manuscrits : Le S.- Esprit descend et repose sur l'Eucharistie dans laquelle Jésus-Christ nous est donné , mais caché à nos yeux, et de la manière qu'on le voytiit dans le corps pris de (a
sainte Vierge Mark; c'esl-h dire, comme d'autres l'ont expliqué plus neltemenl, qu'on ne voyait que Hiomme , qui néannioins était Dieu.
On trouve la même pensée dans un autre traité sur celte matière , et qui n'est pas de moindre antiquité. Dieu nous a préparé une voie facile pour notre salut , dans r Eucharistie , qui est le corps du Seigneur , mais qui n'est ainsi appelée que quand la divinité du Seigneur xj est unie; car tes mystères spirituels que le S. -Esprit produit dans l'Eucharistie sont cachés à nos yeux , de même que le monde ne pouvait voir le Seigneur, sinon caché sous le corp$ qu'il avait pris de la Vierge Marie.
Dans l'ouvrage par lequel Abraham Echellensis a réfulè le livre de Selden intitulé : Origines ecclesiœ Alexandrinœ , et quelques dissertations de Hottinger, il cite divers passages d'auteurs orientaux sur l'Eucharistie, et entre autres un des religieux égyptiens, qui se trouve sans titre en plusieurs manuscrits , et dont l'autorité ne peut être suspecte.Yoici les paroles : L'Église chrétienne croit que la sainte Eucharistie est le corps et le sang précieux de Noire-Seigneur Jésus- Christ , ce sang qu'il a répandu pour la vie du monde , et pour la rémission des péchés. La preuve de celte créance est tirée de ce qu'il a dit lorsque, célébrant la pâque avec ses disciples, il prit du pain, le bénit, le rompit et le leur donna en disant : Prenez et mangez, ceci est mon corps , etc. Chaque fidèle qui reçoit les saints mystères doit donc croire sincèrement dans le fond de son cœur et confesser de bouche que ce quHl reçoit dans la communion a été fait le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ et son sang précieux , par la consécration du prêtre , par les prières , par l'avènement du S. -Esprit et par la puissance divine; et que la même main qui, dans la nuit de la dernière cène , a sanctifié ou consacré les mystères , est celle qui consacre encore le sacrement , et qui le lui comvmnique.... Tout se fait par une merveille incompréhensible , parce que c'est l'ouvrage de la puissance divine,
qui ne trouve aucun obstacle Et le S. -Esprit qui a
formé le saint corps dans le sein de la Vierge, de son sang et de sa substance , dont la première matière avait pour principe du pain et du vin mêlé avec de l'eau, et qui l'a sanctifié , est le même qui fait ce pain et ce calice le corps et le sang pur de Notre-Seigneur.