LIV. H. ACCORD DES ORIENTAUX AVEC L'ÉGLISE ROMAINE
(oi de ceux qui les reçoivent, qui purifient leur conscience et qui leur procurent le fatut. Nous célébrons ce viystère par le secours de la puissance du Saint-Esprit qui nous accompagne, et (les dons) sont changés de leur première nature, et sont faits , le pain, le corps saint de Jésus-Christ ; le vin, son sang précieux, qui nous procurent la rémission de nos péchés, la pureté et la sainteté, la lumière et la fermeté de l'espérance de la résurrection, l'héritage du royaume des deux , la vie éternelle et les délices véritables. Toutes les fois que nous approchons de ces mystères, nous allons au-devant de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; nous le portons sur nos mains; nous lui donnons un baiser , et par la communion que nous recevons nous sommes unis à lui par un mélange de son corps avec les nôtres , et de son sang avec le nôtre ; car il a dit : < Celui qui mange mon corps et qui boit t mon sang est uni à moi , et je suis uni à lui. Il ne < viendra pas au jugement , mais il sera transféré de la i mort à la vie , à la félicité éternelle , > pourvu qu'il ait une ferme foi , et une créance ou assurance certaine que ces deux choses , c'est-à-dire le pain et le vin consacrés, et la nature humaine qui est dans le ciel, sont un selon la gloire et la puissance. Lorsque Jésus-Christ abolit la loi des sacrifices anciens, et ce qu'ils pouvaient avoir de propre à sanctifier par l'effusion du sang des animaux et par tout ce qui s'y pratiquait , il institua un sacrifice pur de pain de froment , et de vin naturel , à cause que c'est la nourriture ordinaire des hommes, qui soutient leurs corps comme l'aliment te plus nécessaire , qui se trouve facilement , et qui se change en un moment en la nature du corps et du sang. Melchisédech , grandprêtre, qui avait deux surnoms , celui de Roi des justes, et de Roi de la paix, qui bâtit la ville de Jérusalem, qui pria pour Abraham notre père , et le bénit , avait établi que le sacrifice qu'il offrait à Dieu consistât en une offrande pure de pain et de vin , ayant en cela quelque ressemblance avec Jésus-Christ. On ne peut pas raisonnablement contester tout ce qui a été dit ci-dessus, puisque Jésus-Christ l'a témoigné à ses disciples, que le raisonnement et l'autorité de l'Écriture sainte , et d'autres preuves confirment que telle est la créance que nous devons avoir sur le baptême et sur l'Eucharistie , fondée sur la certitude de la vérité de l'Évangile, dans lequel est la lumière et la règle de notre conduite; et il n'est pas nécessaire de répéter sur cela ce que mus avons déjà dit; et ce que ces passages contiennent est tel, qu'il n'est permis à aucun chrétien d'en douter, ni de s'en écarter en aucune manière.
, On peut juger par ce passage, que nous avons rapporté un peu au long , avec quel londeraent quelques savants protestants ont avancé depuis peu que les nestoriens ne croyaient pas la présence réelle. A l'égard d'autres livres théologiques , comme il y a fort peu de nestoriens, nous n'en citerons pas davantage, quoique nous ayons une ample explication du mystère de l'Eucharistie par Amrou , fils de Maïaï ; mais comme elle ne contient rien de particulier, et seulement l'explication littérale de tous les passages qui »igi)ifient la présçocç réelle, il p'a pas paru nécessaire
de l'insérer après une explication aussi exacte que celle d'Élie.
Parmi les pièces les plus authentiques , les Orientaux mettant diverses formules d'homélies pour le peuple, et d'exhortations que les évêqiies font aux prêtres et aux diacres après l'ordination. Il s'en trouveplusieurs dans les manuscrits, et le P. Morin en a in séré quelques-unes avec le rit des ordinations des Cophtes, traduits par le P. Kircher, ou plutôt par quelque ignorant maronite sur des manuscrits du Vatican, mais si mal et si peu intelligiblement, que très-souvent la traduction a donné des sens entièrement contraires à l'original. Les extraits que nous donnerons seront très-fidèles.
L'auteur j.icobile du traité de la Science ecclésiastique rapporte dans le chapitre 84 de son ouvrage une exhortation propre à êlre faite aux communiants. C'est à vous , dit-il , que j'adresse ces paroles, vous qui êtes du peuple choisi de Dieu, que nous devons louer, glo' ri fier et bénir pour tontes les grâces qu'il nous a faites. Il a dit dans l'Écriture que i la vérité du Seigneur demeurait éternellement; » sachez donc que celte vérité du Seigneur est son corps saint, et son sang pur et précieux que voilà. Car il a prononcé de sa sainte bouche que son corps était véritablement une nourriture, et son sang, une boisson. C'est là cette vérité qui subsiste éternellement, et de laquelle David a parlé par avance. Car le Seigneur a ajouté à ces premières paroles : Celui qui me mange vivra à cause de moi : Je suis le pain descendu du ciel, celui qui en mangera vivra éternellement. David a dit de plus : Goûtez et voyez que le Seigneur est doux, confirmant par ces paroles que le Seigneur, lorsqu'il est vu et mangé, est doux à ceux qui le goûtent. Or comment cela peut-il se faire, et comment le peut-on goûter et le recevoir comme nourriture , si ce n'est celle de laquelle Jésus-Christ a dit : < Mon corps est véritablement nourriture, et mon sang est véritablement breuvage ? i Puisqu'il nous a donc ordonné de manger son corps et de boire son sang, et que par ce moyen nous pouvons parvenir à la vie éternelle, à quoi pensons-nous, quand par négligence nous nous abstenons de manger son corps et de boire son sang, ce qui ferait que nous demeurerions en lui, et qu'il demeurerait en nous, selon sa promesse , et que 7wus vivrions à cause de lui ? Sachez donc, enfants de l'Église chrétienne, établis sur la pierre de la foi orthodoxe que vous avez en lui, que quiconque mange de ce pain qui a été fait chair par le ministère de moi misérable, et qui boit de ce calice qui a été fait sang par la descente du Saint-Esprit sur lui, et le changement par lequel il a été transféré de la nature
DU VIN EN LA SUBSTANCE DU SANG DE JÉSUS-ChRIST , et
qui les reçoit dignement, il demeure en Jésus-Christ, et Jésus-Christ demeure en lui.
11 dit ensuite qvi'il faut croire fermement que l'Eucharistie, qui dans le temps qu'il parle était sur l'autel, est le corps de Notre-Seiyneur Jésus- Christ , le même qui fut mis d'abord dans la crèche, ensuite sur la croix , puis dans le sépulcre , enfin qui étant élevé m ciel, est assis sur le trône de gloire,,., Que ç'0 i^fift^
PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE
Christ présent, l'Agneau immolé pour les péchés du monde et pour le sahu des hommes ; créateur de tout ce qui est dans le monde siipérieur et inférieur. Enfin il est, (iii.-il, devant moi, entre mes mains, de moi pécheur indigne de l'ordre sacerdotal, immolé, sacrifié, partagé par sa clémerice et sa miséricorde ; et son sang est versé dans la bouche de ceux qui approchent, et reçoivent la communion.
Dans une autre exhortation attribuée à S. Ignace, martyr, mais qui paraît être de quelque patriarche (l'Aiitiochc plus moderne : Il ne faut pas qu'un prêtre souillé de quelque manière que ce soit offre l'Eucharistie, ou la distribue aux autres , ni même qu'il approche de la sainte église : car il ne convient pas qu'en cet état il touche ce saint corps avec des mains impures, ni quil les trempe dans le sang du Seigneur.
On trouve différentes formules d'exhortations pour les nouveaux prêtres , et une des plus considérables est rapportée par Abulbircat, où on lit entre autres choses : Vous aurez le corps de leur Créateur (il était parlé des chrétiens) entre vos mains ; vous le manierez, vous le toucherez avec vos doig's, et vous le diviserez ; vous répandrez son sang, et vous le distribuerez aux assistants. Conservez donc votre âme et votre corps dans une grande pureté.
Un des livres qui fournit en plus grand nombre des témoignages de la créance des Orientaux sur la présence réelle est un recueil d'homélies pour les fêtes et dimanches suivant le rit copbte. Dans la première, dont le texte est pris de l'Épître de S. Jacques, après avoir expliqué ce qui est dit de la puissance de la prière, et prouvé par l'exemple du prophète Élie, l'auteur continue en ces termes : Donc, puisque la prière d'Élie, qui était un serviteur, et non pas le Fils, a été si puissante, celle du prêtre, vicaire de Jésus- Christ, est aussi exaucée lorsqu'il fait sa prière sur le pain et sur le vin , afin que la divinité s'y unisse , de même que lorsqu'il s'est incarné de la chair et du sang de la Vierge Marie... Purifiez-vous donc afin de pouvoir participer à cette nourriture et à celte boisson qui se reçoit dans son sacrifice, afin qu'on sache certainement que vous croyez sans aucun doute que sa divinité est unie au yain et au vin. Celui qui dit : Je crois que ce pain et ce vin sont le corps et le sang de Jésus-Christ unis à sa divinité, et qui par la pureté de ses mœurs n'est pas toujours prêt à le recevoir par la communion, est un menteur, quand il assure qu'il a cette foi... La divinité invisible est unie au pain et au vin, de même qiCelle a été unie à son humanité qu'elle a prise de la Vierge Marie^ Dans l'homélie sur le commencement de l'Évangile de S.Luc, après avoirditquele S.-Esprilavait formé dans la sainte Vierge l'humanité que prit le Verbe dans le mystère de l'Incarnation, voici ce qui suit : Cesl de cette même manière que le Fils, Verbe de Dieu, iunit au pain et an vin, les faisant son corps et son sang, de sorte néanmoins que le Saint-Esprit précède, descendant dessus et les sanctifiant, comme il avait fait aans le premier instant de l'Incarnation : car le prêtre prie pour demander la descente du Saint-Esprit sur le
pain et sur le vin, afin qu'il les sanctifie, et lorsqu'il les a sanctifiés, alors le Fils s'unit à eux, et ils sont faits $on corps et son sang par son union avec eux.
Dans l'homélie sur le cantique de Zacharie, l'auleiiï cite ces paroles : Jlluminare iis qui in tenebris et in utnbrâ mortis sedent , etc., c'est-à-dire, que tous le* jours il renaisse pour nous, incarné dans le disque ou dans la patène eucharistique, et dans le calice.
Dans une autre sur ces paroles de la première Épîire de S. Jean : Ipse prior dilexit nos : Il est, dit-il , certain par ces paroles, que Dieu habite dans le chrétien, et le chrétien en Dieu, à cause qu'il confesse que Jésus est le Fils de Dieu : car sans ta descente et l'inha» bitalion de l'Esprit de Dieu dans l'homme, il iie peut pas confesser de l'humanité visible, qu^elle soit le Fils de Dieu vivant. Celui qui croit que l'homme né de Marie est le Fils de Dieu, le croit par le Saint-Esprit qui lui donne la force pour le croire. De même celui qui voit du pain dans le disque eucharistique, et du vin dans le calice, et qui croit que ce qu'il voit est le corps et le sang du Fils de Dieu vivant, le croit par le Saint-Esprit qui lui donne la force de le croire.
Dans l'homélie sur le sixième chapitre de S. Jean ; // nous a accordé par sa bonté que nous pussions manger du fruit de l'arbre de vie, qui est son corps dans lequel il a souffert la mort pour nous, et son sang qu'il a répandu pour nous , et qu'il nous a donné pour nourriture et pour boisson, afin de nous procurer la vie éternelle. Car lorsqu'il s'est incarné, il a pris un corps de notre chuir et de notre sang ; il a bu et mangé ce qui sert ordinairement à notre nourriture, et ce qui forme notre chair et notre sang ; c'est-à-dire notre nourriture et notre boisson ordinaire. Il a voulu ainsi que nous fussions assurés que sa chair et son sang, qui sont demeurés par^ mi nous, étaient de nous; c'est-à dire de nos aliments ordinaires. Ainsi il a eu la bonté d^ se, manifester toujours à nous, incarné et uni à notre nourriture et à notre boisson, c'est à savoir au pain et au vin mêlé d'eau, auxquels il s'unit par sa divinité vivifiante, afin que lorsque nous croyons qu'il y est vérilctblement uni, quoique nous ne le voyions pas, parce qu'il est invisiMcy nous acquérions la vie éternelle ; et c'est par celle raison qu'il a dit : t Heureux celui qui ne voit pas, et qui croit néun moins! i ,
Je suis, dit-il, le pain de vie et céleste, et le Pète m'a donné à vous, afin que vous me mangiez et que vous viviez parce que je suis le pain de vie... Je suis le pain qui est descendu ciel ; c'est-à-dire, qui en descend tou^ jours, étant tous les jours parmi nous par l'union de sa divinité céleste avec notre pain dans toutes les Liturgies.
Dans «ne homélie sur TÉpître aux Hébreux, après avoir expliqué les significations mysli(iues de l'arche d'alliance, il dit : L'arche était une, composée d'or et d^un bois incorruptible; Jésus-Christ est un, Fils de Dieu et de la Vierge Marie, ayant la divinité sainte r l'humanité pure. Au lieu des deux tables de l'ancier Testament qui étaient dans l'arche pour servir de témoignage aux enfants d'Israël, Jésus-Christ nous a donné son corps et son sang, en témoignage de la mort qu'il a